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Les fan­tômes de l’O­rien­tal (Les oubliés du pays doré #2)

Les fan­tômes de l’O­rien­tal (Les oubliés du pays doré #2)

On arrive tou­jours à Bang­kok par le fleuve. Même aujourd’­hui, même en avion, c’est le Chao Phraya qui nous accueille, ser­pent brun et majes­tueux char­riant l’his­toire. En 1876, deux capi­taines danois, Han­sen et Ander­sen, com­prirent cela. Ils ache­tèrent une bâtisse au bord de l’eau. Un hôtel. Pour­quoi pas, après tout. Le Siam s’ou­vrait au monde comme on ouvre une fenêtre sur l’Orient. Avec un O majuscule.

Suvar­nabhu­mi (Les oubliés du pays doré #1)

Suvar­nabhu­mi (Les oubliés du pays doré #1)

L’aé­ro­port de Bang­kok porte ce nom : Suvar­nabhu­mi. Quinze mil­lions de pas­sa­gers par an pro­noncent ce mot sans le com­prendre. Ils tra­versent le hall cli­ma­ti­sé, traînent leurs valises à rou­lettes sur le marbre gris, achètent du whis­ky détaxé. Per­sonne ne sait qu’ils foulent la Terre de l’Or.

La tur­bine

La tur­bine

Dans son petit appar­te­ment du centre-ville, les rideaux tirés, volets fer­més, il est presque trois heures du matin lorsqu’elle ouvre un œil, les deux, entre ses pau­pières lourdes du som­meil qu’elle vient de subir. Ses longs che­veux raides épar­pillés sur l’oreiller, la joue col­lée des­sus et la bouche sèche, elle ne bouge pas, les yeux entr’ouverts.

L’homme sans clefs

L’homme sans clefs

Il est en train de perdre ses clefs mais il ne le sait pas. Pas encore. Et puis de toute façon ça ne veut rien dire, on ne peut pas être en train de perdre ses clefs, c’est quelque chose de sou­dain ou dont on se rend compte après coup, dans aucune langue la forme pro­gres­sive ne per­met de dire qu’on est en train de perdre ses clefs. Et pour­tant. Il est bien en train de perdre ses clefs. 

Moka au bar sur les marches glis­santes à Borobudur

Moka au bar sur les marches glis­santes à Borobudur

Je ne sais pas vrai­ment ce qu’il s’est pas­sé en 1957, je ne m’en sou­viens plus trop. Roger Vailland a obte­nu le prix Gon­court pour La loi. Je crois en fait qu’il ne s’est pas pas­sé grand-chose, que les jours ont pas­sé sans que per­sonne ne s’en aper­çoive, que les hommes étaient grands et secs, qu’ils por­taient des cos­tumes droits…

Car­net de cam­pagne #5

Car­net de cam­pagne #5

Après m’être bala­dé au Laos avec Isa­belle Mas­sieu, me voi­ci repar­ti dans le pays que décri­vait Pierre Loti dans les Pagodes d’or, la Bir­ma­nie, avec cette fois-ci un auteur par­fai­te­ment incon­nu, Émile Cavaglion.

Car­net de cam­pagne #4

Car­net de cam­pagne #4

Si tou­te­fois, un jour, vous pas­sez par Can­franc… Non, je recom­mence, il n’y a aucune rai­son que vous pas­siez un jour par Can­franc… A moins que vous ne pre­niez un jour le train pour relier Pau à Sara­gosse… Oui hein, les chances sont maigres…

Car­net de cam­pagne #3

Car­net de cam­pagne #3

J’ai regrou­pé autour de moi des petits tré­sors, et pour cer­tains, le sou­ve­nir-même de les avoir ache­tés m’avait quit­té. L’énorme volume des Voyages en Extrême-Orient de Pierre Loti, mais aus­si les Essais sur la Chine, de Simon Leÿs, celui qui prit comme nom de plume le nom de famille du per­son­nage créé par Vic­tor Sega­len, René Leÿs. Les boucles se bouclent. 

Car­nets de cam­pagne #2

Car­nets de cam­pagne #2

De petits dra­peaux tri­an­gu­laires, colo­rés, frap­pés d’écritures et de prières, pal­pitent dans l’air – ornés d’un garu­da, d’un dra­gon, d’un tigre et d’un lion, on les appelle les “che­vaux du vent”.

Car­nets de cam­pagne #1

Car­nets de cam­pagne #1

Des lettres en forme de car­net de cam­pagne, jour après jour, pour consi­gner quelque part le flux des jours. Il n’y aura pas beau­coup de jours comme celui-ci, chaud et fié­vreux, où le vent ne semble pas lais­ser com­plè­te­ment son jeu ouvert face au soleil.

Les cata­ractes du Nil selon Wins­ton Churchill

Le voya­geur qui des­cend vers Assouan avec, en tête, le mot cata­racte, s’at­tend à une chute. Il ima­gine une paroi d’eau, un fra­cas ver­ti­cal, quelque chose comme les grandes cas­cades d’A­frique aus­trale, une gorge où le fleuve se jet­te­rait d’un seul élan. Il n’y a rien de cela.

L’é­rup­tion de Théra

Un vol­can a explo­sé au milieu de la mer Égée, un jour d’un été qu’on ne sait tou­jours pas dater avec cer­ti­tude — et cette seule incer­ti­tude suf­fit à faire vaciller la chro­no­lo­gie de trois civi­li­sa­tions à la fois.

Les Cyclades avant la tha­las­so­cra­tie crétoise

Mille ans avant que Minos n’existe, même comme rumeur, un archi­pel avait déjà inven­té sa manière de tra­ver­ser la mer. On l’a long­temps lu comme la pro­vince d’une Crète rayon­nante. C’est l’in­verse : la Crète est arri­vée dans un monde qui navi­guait depuis toujours.

La table de Peu­tin­ger et l’i­dée romaine de la distance

Dépliez-la sur une table trop courte et elle déborde de par­tout : six mètres quatre-vingt-deux de long pour trente-quatre cen­ti­mètres de haut, un ruban de par­che­min qui ne res­semble à aucune carte que l’œil moderne ait appris à lire. Aucun conti­nent n’y a la forme qu’on lui connaît.

Tim­gad, ville neuve plan­tée dans les Aurès

On ne fonde pas une ville comme on fonde un vil­lage. On la trace. Tim­gad est née d’un coup de style, un jour de l’an 100, sur un pla­teau caillou­teux où rien, avant elle, ne por­tait de nom latin — et il a fal­lu près de dix-huit siècles de sable pour que ce coup de style s’ef­face, puis un siècle et demi de pioches fran­çaises pour qu’on le redessine.

Utique avant Car­thage : la doyenne oubliée des colo­nies phéniciennes

Le vent qui tra­verse les oli­viers d’U­tique n’a plus l’o­deur du sel. Douze kilo­mètres séparent aujourd’­hui l’é­pe­ron cal­caire où s’ac­crochent les ruines de la ligne bleue de la Médi­ter­ra­née, et il faut un effort d’i­ma­gi­na­tion assez violent pour repla­cer, sous les labours et les serres agri­coles, le golfe où mouillaient les navires tyriens.

Gji­ro­kastër, la Médi­ter­ra­née vue de dos

Il y a des villes qui regardent la mer et des villes qui lui tournent le dos. Gji­ro­kastër fait les deux à la fois. Accro­chée au flanc du Mali i Gjerë, à trois cents mètres au-des­sus d’une val­lée qui file vers le sud, elle est sépa­rée de l’A­dria­tique par une seule chaîne de montagnes.

Cyrène et Car­thage aux confins de la Grande Syrte

Entre les ruines blondes de Cyrène et les ves­tiges puniques de Car­thage s’é­tendent aujourd’­hui près de mille kilo­mètres de côte libyenne : une bande de sable, de seb­khas et de vent où plus rien ne signale la fron­tière qui sépa­ra pen­dant trois siècles deux mondes méditerranéens.

Motyé, la cité punique englou­tie et retrou­vée en Sicile

Le bateau glisse sur une eau qui ne dépasse jamais l’é­paule. De part et d’autre, des rec­tangles d’eau rose et blanche s’é­tendent jus­qu’à l’ho­ri­zon, cou­pés par les ailes immo­biles de mou­lins à toits rouges. Sous la coque, par endroits, on devine une ligne plus sombre, rec­ti­ligne, qui file vers le large avant de se perdre dans le miroi­te­ment de la lagune : une route.

Pal­myre romaine avant Zéno­bie : cara­vanes, taxes et dieux locaux

On ne pense à Pal­myre qu’à tra­vers une femme et une ruine. La reine qui défia Rome, les colon­nades qui gisent aujourd’­hui dis­per­sées dans le sable et les com­mu­ni­qués de guerre. Mais avant Zéno­bie, avant même que qui­conque songe à défier Rome, il y eut deux siècles d’une tout autre histoire.