Dans le souk Ech-Chaouachine de Tunis, entre la mosquée Zitouna et la Kasbah, un vieil homme façonne encore, assis en tailleur sur un banc de bois poli par deux siècles de la même posture, un bonnet de laine rouge qu’il appelle chéchia.
Dans le souk Ech-Chaouachine de Tunis, entre la mosquée Zitouna et la Kasbah, un vieil homme façonne encore, assis en tailleur sur un banc de bois poli par deux siècles de la même posture, un bonnet de laine rouge qu’il appelle chéchia.
Il est onze heures et la pierre commence à rendre ce qu’elle a pris. On entre au Forum par la via Sacra, on descend, et la première chose que le corps apprend, avant l’œil, c’est que ce creux entre les collines est un four.
Tout commence, comme souvent dans l’archéologie du Levant, par un accident agricole. Au printemps 1928, un paysan alaouite nommé Mahmoud Mella az-Zir laboure son champ près de la baie de Minet el-Beida, la « rade blanche », à une douzaine de kilomètres au nord de Lattaquié, sur la côte syrienne.
Il faut commencer par la mer, puisque la route commence par elle. À Durrës, sur la côte albanaise, l’Adriatique vient mourir contre une digue de béton où des pêcheurs à la ligne attendent sans conviction, entre deux immeubles inachevés dont les fers à béton rouillent au sommet comme des antennes inutiles.
« Omnia fui, et nihil expedit. » — J’ai été tout, et rien ne sert. — Histoire Auguste, Vie de Sévère
De Carthage à la côte de Bithynie, en passant par Tyr, Antioche et Éphèse : l’itinéraire d’un homme que Rome n’a jamais cessé de craindre, même désarmé.
On visite les monuments par l’endroit, jamais par l’envers. On arrive au Parthénon par les Propylées, on entre dans la Grande Pyramide par le boyau que les pillards ont creusé, on lève la tête vers l’entablement du temple de Bacchus à Baalbek en se demandant comment des hommes ont pu poser là-haut des blocs de cette taille.
Le ferry part de Kabataş et met une heure et demie à traverser la mer de Marmara, ce qui est peu pour changer de monde. On laisse derrière soi le tumulte d’Istanbul, ses klaxons, ses seize millions d’habitants agglutinés sur deux continents, et l’on avance vers un chapelet de neuf îles couchées dans l’eau grise, dont quatre seulement se visitent.
La route de Meknès à Volubilis ne prévient pas. On roule une trentaine de kilomètres au nord de la ville impériale, entre des champs d’orge et des oliviers alignés comme une troupe au repos, et rien n’annonce que l’on approche d’un bout du monde.
Il y a des noms qui font plus de bruit que les lieux qu’ils désignent. Naucratis en est un. On l’énonce et l’on croit entendre le grincement des cordages, le heurt des amphores contre le flanc des barques, le grec ionien mêlé à l’égyptien sur un quai grouillant.