Registre de flageolet

Registre de flageolet

Registre de flageolet

Voix de sifflet

Registre de flageolet… C’est ainsi qu’on appelle le registre de la voix le plus haut, plus haut que la voix de fausset. On l’appelle aussi voix de sifflet, ou petit registre. Si la voix de fausset est observable physiologiquement, il n’est pas possible de le faire pour la voix de sifflet puisque l’épiglotte ferme le larynx.

Seules quelques chanteuses sont capables de forcer jusqu’à obtenir ce registre. Parmi les plus connues, Mariah Carey, Yma Sumac et Ariana Grande. Mais rien ne vaut la voix cristalline de Battista Acquaviva, une chanteuse corse dont le psaume de David est un véritable enchantement.

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Stavkirke, l’église en bois debout (zone norvégienne)

Stavkirke, l’église en bois debout (zone norvégienne)

Stavkirke, l’église en bois debout

Zone norvégienne

Quel nom étrange… Église en bois debout… En bois debout… Le nom de ces églises qu’on ne trouve plus guère qu’en Norvège vient de la manière dont le bois est travaillé. En réalité, l’expression est “bois de bout”, par opposition à “bois de fil”. Le bois de bout est tout simplement le bois travaillé dans le sens vertical, dans le sens de la fibre, ce qui en fait un matériau très résistant à la compression. Érigées à partir de pieux fichés dans le sol, la structure toute entière est supportée par ces blocs de bois qui sont parfois tout simplement des troncs entiers, qu’on appelle stav en norvégien et qui en anglais, stave, signifie “portée”. Ce sont ces poteaux d’angle qui donnent leur nom à ces églises ; stavkirke, ou stavkyrkje. Entièrement en bois, ce sont des chefs-d’œuvre d’ingénierie médiévale. Si on estime que l’Europe du Nord pouvait compter environ 1300 églises, peut-être plus, il n’en reste aujourd’hui que 28, toutes en Norvège.

Photos © Håkon Li

Gefðu Að Móðurmálið Mitt

by Ragnheiður Gröndal | Þjóðlög

Laissons-nous emporter dans les campagnes du sud de la Norvège, en dehors des grandes villes, avec la voix cristalline de la chanteuse islandaise Ragnheiður Gröndal et ce merveilleux titre parfaitement imprononçable, Gefðu Að Móðurmálið Mitt.

Je le disais plus haut, il ne reste que 28 églises conservées de ce type alors que les églises en bois debout étaient légion en Europe du Nord. La plupart ont fini brûlées, abandonnées ou tout simplement désossées pour finir en bois de chauffage.

L’édification de ces petites églises correspond à la période de christianisation des terres norvégiennes entre 1150 et 1350, tandis que la religion naturelle pré-chrétienne finit d’être chassée par le christianisme ; le quadrillage des terres habitées est un formidable outil de propagande qui fait son œuvre. Aux alentours de 1700, ces églises réputées rurales sont abandonnées au profit d’églises en pierre construites en cœur de ville.

Le défi technique de ce type de construction est de pouvoir résister aux vents forts, dans une région qui ne disposent que de feuillus peu hauts ; la technique du bois debout avec ses semelles d’angles permet de simplement poser la structure sur une semelle de pierre, ce qui réduit les risques d’enlisement et de pourrissement des piliers dans le sol. Ainsi, il existe deux sortes de stavkirke qui correspondent à leur point d’évolution. Les premières sont petites, carrées et peu élevées, comme celles de Haltdalen ou d’Uvdal. Les secondes sont plus élancées, ce sont les plus connues, car elles sortent de la terre norvégienne avec fierté, parfois biscornues et un peu tordues, on les croirait prêtes à s’écrouler parce qu’elles prennent de la hauteur et le transept est élevé (comme l’atteste la photo (© Micha L. Rieser) du plafond de celle de Hopperstad ci-dessous) ; elles sont la quintessence de l’art scandinave, ornées de volutes et de têtes sculptées.

Que ce soit les portails, les chapiteaux, les peintures, tout ce qui de loin peut paraître tristement sobre est en réalité incroyablement prolixe d’originalité.

Si la plus connue est celle de Borgund, nichée dans un écrin de verdure, la plus ancienne est celle d’Urnes, plantée au bord d’un petit fjord. La plus grande est celle de Heddal, avec ses bois dorés qui flamboient dans le soleil et son ornementation extérieure qui lui donne des airs de ruche… Celle de Gol est construite en bois sombre, celle de Ringebu porte fièrement une flèche peinte en rouge et celle de Øye semble perdue au-dessus des eaux sombres d’un fjord, celle de Fantoft est la plus intriguante, sombre et fantômatique, la nouvelle car l’ancienne a été détruite par un sombre crétin incendiaire en 1992…

Il existe une carte interactive des églises en bois debout de Norvège sur le site VisitNorway.com, qui peut donner des idées de voyage…

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Eilean Leòdhais agus Na Hearadh (zone hébridienne)

Eilean Leòdhais agus Na Hearadh (zone hébridienne)

Eilean Leòdhais agus Na Hearadh

Zone Hébridienne

Ce sont des îles, au nord-ouest de l’Écosse, les contreforts de l’Atlantique, légèrement décollées de la grande île, et elles portent des noms gaéliques écossais ou anglais ; Benbecula, Berneray, South Uist, Barra, Saint-Kilda. La plus grande île est composée de deux toponymes : Lewis (Eilean Leòdhais) et Harris (Na Hearadh). Ce sont en fait deux îles collées, donc une seule île. La première est réputée pour ses figurines, la seconde pour la fabrication du meilleur tweed du monde, un tissu de laine croisée en chevrons, qui fera les beaux jours de la culture anglo-saxonne.

Nous sommes ici dans un des finistères du monde, sous des latitudes et un climat qui n’augurent qu’un ciel gris et un vent à décorner les bœufs. L’été, il fait rarement plus de 16°C et l’hiver, il y gèle rarement, comme si l’archipel tout entier était destiné à subir un hiver humide toute l’année, fouetté par les embruns chargés d’iode. Une cornemuse entonne Amazing grace, l’hymne écossais qui résonne sur la lande ; nous y sommes, le décor est planté, avec tous ses clichés.

Photo d’en-tête Max Hermansson on Unsplash, suivante par Paolo Chiabrando on Unsplash.

Je sors à peine de la lecture d’un livre de Peter May, l’auteur écossais de la suite chinoise, un maître de la littérature policière. L’île des chasseurs d’oiseaux (The Blackhouse) est une œuvre magistrale dont l’action se situe aux confins de l’île de Lewis, à Stornoway. Sur fond de drame personnel, l’inspecteur Fionnlagh Macleoid va revivre un drame qu’il avait occulté au plus profond de sa mémoire. Mais ce n’est pas tant le sujet de l’histoire qui m’a captivé que cette histoire de chasseurs d’oiseaux.

L’île de Lewis est réputée pour sa chasse aux oiseaux, aux gugas. Le guga est le petit du fou de Bassan, qu’on trouve sur une petite île située à 64 kilomètres au nord du point le plus septentrional de l’île de Lewis, sur le promontoire rocheux de Sula Sgeir, un îlot d’à peine un sixième de kilomètre carré. Tous les ans, une poignée d’hommes se rend sur l’île pour y chasser de quoi alimenter la demande d’amateurs de poussins de l’île de Lewis. Si cette chasse ancestrale peut paraître barbare au premier abord, c’est qu’elle l’est, et la conservation des coutumes n’est, à mon sens, pas une raison pour continuer de perpétuer des traditions imbéciles.

On trouvera sur Dailymotion un documentaire un peu daté sur la chasse au guga et sur Atlas Obscura quelques pistes sur les raisons culinaires qui poussent ces hommes à se livrer à cette chasse qui consiste à décimer des populations entières de poussins de fous de bassans sur une île sanctuaire, même si celle-ci est désormais est encadrée par des quotas.

Pour le coup, s’il y a une chose qu’il faut retenir de l’île de Lewis (pour l’île de Harris, on retiendra le tweed et ses fabriques de tissus protégées par une appellation contrôlée depuis 1993), ce sont les très célèbres figurines de Lewis, connues également sous le nom de figurines de Uig, ou Fir-Tàilisg en gaélique écossais (les pièces d’échecs de Lewis). Ces pièces dont la plupart ont été sculptées dans des dents de morses, mais aussi dans des dents de baleine constituent un ensemble de 93 pièces dont 78 sont des pièces de jeu d’échecs. Datant du XIIè siècle, elles ont été trouvées en 1831 aux alentours de la baie de Uig à environ vingt centimètres de la surface du sol, dans une maison en pierre sèche. Fabriquées à Trondheim en Norvège, dont Lewis était une colonie, ces pièces sont une des icônes liées à l’île de Lewis.

Ces pièces massives, avec leurs grands yeux ronds comme des billes, ont la particularités d’être très grandes pour des pièces d’échec (environ 8cm de haut pour le roi), et très simplifiées en ce qui concerne les pions (de simples pierres tombales stylisées) ; elles proviennent de plusieurs jeux incomplets, principalement constitués de pièces majeures. Elles sont particulièrement expressives ; les rois ont leur épée posée sur les genoux, les reines ont la main posée sur le visage dans une attitude méditative. Les pièces d’angles, celles qu’on prendrait pour des tours aujourd’hui, sont représentées par des guerriers vêtus de peau de bête ; ce sont les « berserkr », les guerriers-fauves, rendus fous par les privations, véritables machines de guerre conditionnées pour tuer…

Pour en revenir aux reines, elles ont toutes cette attitude songeuse et d’une morosité abyssale. Si dans les jeux antiques, la reine ne pouvait se déplacer qu’en diagonale, elle finira par devenir la pièce la plus puissante de l’échiquier et ce n’est que grâce à elle que le roi est protégé ; c’est dire à quelle point la reine, dans la symbolique européenne, prend une dimension puissante sur le jeu politique.

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Conversation intime avec mon couloir aérien

Conversation intime avec mon couloir aérien

Conversation intime

avec mon couloir aérien

Ce n’est un secret pour personne ; j’adore les avions. Mais qui dit avions, dit aussi aéroport, car même s’ils restent souvent peu de temps au sol, ils ont tout de même besoin de se poser de temps en temps, un peu comme les albatros. Et qui dit aéroport, dit couloir aérien. On appelle couloir aérien (en termes techniques AWY, abréviation de airway) une voie qu’empruntent les avions pour atterrir ou décoller.

Étant donné que la piste a une certaine orientation, qu’elle est difficilement modifiable, que l’installation qu’on appelle aéroport est difficilement transportable… comment dire… il faut bien faire avec.

En réalité, je suis un peu exaspéré contre ceux qui s’élèvent contre les nuisances aériennes, à plusieurs titres. En effet, il existe une carte stratégique des nuisances sonores, disponible sur le site bruitparif.fr, carte qui désigne le niveau des nuisances ; qu’on soit d’accord ou pas avec son tracé, ses contours, sa pertinence, elle a le mérite d’exister et il faut savoir que de cette carte découlent un certain nombre de mesures pour améliorer la qualité de vie, comme des aides à l’insonorisation de l’habitat, ou pas. Il existe aussi des associations, comme l’Advocnar, des porte-étendards de la lutte contre les nuisances aériennes, des gens qui ont visiblement le soutien des élus. Sur leur site internet, pas un nom (juste des “responsables d’antennes”), pas un mot sur qui sont ces personnes, pas de président, pas de membres, pas de conseil d’administration et la page des mentions légales est vide… Son existence depuis 1986 pose question. Et de ces gens, certains habitent dans la même ville que moi.

J’habite dans une petite ville de 8408 habitants au dernier recensement, et dont la densité de population est exactement de 3161 habitants au km², ville qui a l’avantage et l’inconvénient de se trouver en plein dans le couloir aérien. Concrètement, cela signifie que des avions passent à une certaine altitude (dire qu’ils passent trop bas serait exagéré et dire qu’ils font trop de bruit relève d’ores et déjà d’un point de vue totalement subjectif), à une fréquence d’un avion toutes les deux ou trois minutes pendant les heures de pointe (et non pas 50 secondes comme je l’ai lu, ce qui pour des raisons de sécurité est impossible à l’atterrissage et encore moins au décollage) et que la piste d’atterrissage se trouve très exactement à trois minutes d’ici. Bien.

Puisque le sujet m’intéresse, je lis parfois des sujets, des forums, où l’on peut voir les gens écrire pour râler, se plaindre, dire que rien ne va dans ce monde pourri et surtout qu’ils en ont marre de vivre ici et qu’ils vont finir par tous aller vivre à la campagne… Et puis rappelons tout de même qu’en France, il est plus normal d’être viscéralement contre, que fermement pour

Un exemple : Je n’en peux plus du trafic incessant jour et nuit. Il n’y a que très peu d’atterrissages de nuit, quelques départs seulement avec une configuration vent arrière et des pilotes expérimentés qui poussent leur bécane pour réduire l’impact sonore. Et j’ajoute que si vous avez commandé un Thermomix sur Amazon, il y a de fortes chances qu’il se trouve à bord d’un de ces oiseaux de nuit, qu’il vous soit livré par Fedex ou TNT.

Autre exemple : Venez dans mon jardin et vous verrez si aucun avion ne passe par ici ! Quelqu’un a dit qu’aucun avion ne passait par ici ? Qui est l’imbécile qui a dit ça ? On nous aurait menti ? Cela voudrait dire que les avions qui atterrissent à Roissy ne passent pas par le couloir aérien ?

Encore un petit pour la route :  Les avions volent trop bas ! Comment vous dire cher Monsieur, que pour atterrir, les avions ne peuvent pas descendre d’un seul coup vers la piste d’atterrissage et que tout ceci se fait progressivement… et surtout que la vitesse et la longueur de l’atterrissage dépendent de la longueur de la piste.

Je crois que ce qui m’exaspère le plus, c’est cette exagération presque maladive qui consiste à dire où on habite et qu’en ce qui ME concerne, c’est une véritable autoroute qui nous passe au-dessus de la tête, que la nuit il est impossible de dormir la fenêtre ouverte (encore une fois, peu d’avions la nuit, et puis dormir la fenêtre fermée est l’assurance de ne pas faire entrer les moustiques) et que la journée on ne peut pas profiter de son jardin (en dehors de l’été, ce n’est pas vraiment un sujet). Personnellement, je n’ai aucun mal à faire une sieste dans mon jardin quand il faut chaud, même avec les avions qui passent au-dessus de ma tête.

Pour être tout à fait honnête, je suis beaucoup plus dérangé par le raffut des voisins qui bricolent, le vacarme des familles des pensionnaires de la maison de retraite d’en face qui se croient à Disneyland quand ils viennent voir Pépé, dont les enfants crient sur la balançoire qui grince et par le best-of des années 80 qu’on passe à fond les manettes les jours de fêtes, le bruit des voitures qui accélèrent avant le rond-point, des motos qui passent à 90km/h dans ma rue avec un niveau sonore approchant celui d’un avion au décollage. Pour le coup, ça c’est un vrai sujet dont les municipalités feraient bien de s’emparer, pour des questions de sécurité (une fillette est morte, percutée par une voiture qui se croyait sur le circuit de Magny-Cours, juste au bout de ma rue), de nuisances sonores de proximité, plus que de ce qui se passe en l’air et qui n’est à mon sens que de la râlerie à la Française, une manière de s’occuper l’esprit quand on n’a pas grand-chose d’autre à faire, et puis j’aimerais savoir comment se comportent ces gens lorsqu’ils sont amenés eux-mêmes à prendre l’avion ? Sont-ils aussi ronchons ? Ou alors se rendent-ils simplement à Nice ou à l’Île Maurice la bouche en cœur ?

Allons, un peu d’honnêteté intellectuelle, nous n’avons pas le déplaisir d’habiter Goussainville ou Sarcelles, qui elles sont des villes, pour le coup, réellement exposées ; il y a des nuisances bien pire que celles-ci. Et puis on pourrait toujours déplacer l’aéroport qu’il y aurait toujours des mécontents, parce que nous habitons un pays pas très grand où une certaine proximité avec les équipements est un luxe et dans lequel ceux qui veulent avoir la paix peuvent se payer le privilège d’aller repeupler les campagnes. Nous n’habitons pas non plus Aubervilliers, ni Paris, avec cette incompréhensible promiscuité et cette insupportable pollution. J’ai la chance d’habiter en banlieue, pas suffisamment près de Paris pour en subir les inconvénients, pas suffisamment loin pour tout avoir à proximité.

Pour ma part, je sais que, en tant qu’amoureux des avions, j’ai encore devant moi de longues après-midi bercées par le ronron des moteurs et de leur bruit si caractéristique quand ils remettent les gaz pour relever un peu l’appareil à l’approche de la piste. J’ai encore devant moi de longues siestes pendant lesquelles je pourrais m’exercer à reconnaître les modèles et le nom des compagnies inscrites sur leur ventre. Je pourrais continuer à imaginer des gens revenir de pays où je ne suis jamais allé, d’autres qui sont allés dans des pays que je connais, et je pourrais continuer à imaginer l’odeur de ces pays charriée par ces grands oiseaux métalliques dont le vol n’est possible que grâce au périlleux équilibre de trois notions de physique aérodynamique ; la poussée, la portance et la trainée. Que faire d’autre que de rester bouche bée devant les A380 de la Singapore Airlines ou de la Thaï Airways qui se suivent de quelques minutes et qui se posent après onze heures de vol, dans la lumière orangée des matinées d’été ?

Même avec une petite dose de mauvaise foi qui ne m’empêche pas de camper sur mes positions, je me contrecarre de ne pas me faire d’amis sur ce sujet. J’aime les avions et j’aime mon couloir aérien… Bon vol !

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Boreaalinen vyöhyke (zone boréale)

Boreaalinen vyöhyke (zone boréale)

Boreaalinen vyöhyke

Zone boréale

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l’auteur danois Jørn Riel, aujourd’hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d’étudiants de beaux souvenirs et d’histoires humaines fascinantes, que je n’ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu’on ne déballe pas tous à la fois. L’homme vit aujourd’hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m’ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d’autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m’a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j’ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d’un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d’en-tête Wim Pauwels on Unsplash

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le boréal va mal. Il est loin de nous, loin des yeux, loin du cœur, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne dit rien de notre monde qui va mal.

Un des symptômes de ce mal, c’est le Zachariæ Isstrøm. C’est un immense glacier groënlandais de 91 780 km2, dont la vitesse d’écoulement a plus que doublé ces cinq dernières années. Sa fonte, ainsi que celle d’un autre glacier, le Nioghalvfjerdsfjorden, qui se trouve sur le même sous-continent glacé, n’aurait qu’une incidence mineure sur l’avenir de l’humanité : l’élévation du niveau de la mer de plus d’un mètre… Une paille, avec les conséquences qu’on imagine. Lire l’article sur Le monde.

Photo by Eric Welch on Unsplash

Dans le livre de Sonja Delzongle, sans vouloir dévoiler l’intrigue, il est question d’une gigantesque faille qui se creuse dans l’inlandsis du Groënland. La réalité dépasse alors la fiction puisqu’on vient de découvrir (avant l’écriture du bouquin) le canyon terrestre le plus profond du monde, non pas au Groënland mais sous la glace de l’Antartique, très exactement sous le glacier Denman. Avec une profondeur de 3500 mètres sous le niveau de la mer, il dépasse la profondeur du canyon de Colca au Pérou.

Ce même relief abriterait également celui du point le plus bas de la surface terrestre non recouvert d’eau (bien qu’il soit recouvert par de la glace) – Géo.

En Islande, pays des glaces, pays des glaciers, on vient de rendre hommage au premier glacier disparu du pays. Une plaque commémorative posée en août 2019 fait état de la disparition du glacier, en forme de lettre au futur (Bréf til framtíðarinnar), prévenant que d’ici 200 ans, tous les glaciers du pays auront disparu. L’Okjökull n’est plus désormais qu’une petite calotte recouvrant le volcan Ok et déclaré mort par le glaciologue Oddur Sigurðsson. Les photos satellites qu’on peut trouver sur le web sont édifiantes ; entre 1986 et 2019, le glacier a tout simplement disparu…

Certains ont cru que le Groenland était leur terrain de jeu personnel et qu’ils pouvaient s’y installer en faisant fi de tout. Ainsi les États-Unis ont colonisé le nord-ouest de cette terre glacée pour construire la plus grande base militaire entièrement creusée dans la glace, Camp Century. Installée entre 1959 et 1967, le but de cette ville souterraine était de pouvoir stocker près de 600 ogives nucléaires au plus près des côtes de l’URSS. Si l’existence de la base ainsi que du projet n’ont été révélés qu’en 1997, on sait à présent que l’installation est victime du réchauffement des zones glaciaires et qu’elle risque d’être mise à nu si la glace continue de fondre. Ce ne serait pas si grave si n’y étaient pas stockés 200 000 litres de fuel et plus encore d’eaux usées et c’est sans compter les fuites liées à l’abandon du réacteur nucléaire qui approvisionnait la base en électricité. La ville souterraine étant enfouie sous plus de trente mètres de glaces, on imagine parfaitement le risque de pollution qu’entrainerait la dispersion de liquides hautement toxiques dans le sous-sol… Mais qu’on se rassure, les Américains ne se sentent absolument pas concernés par les erreurs de leurs ainés et ne comptent pas investir le moindre dollar dans la dépollution du site.

Pour en savoir plus, voir cette vidéo sur Camp Century sur Dailymotion.

Pour se rassurer sur les intentions des êtres humains au regard des terres glacées, laissez-moi vous faire découvrir ces cairns que construisent les peuples inuit et yupik le long de la ceinture allant de l’Alaska au Groenland. Le mot inukshuk (au pluriel inuksuit) définit une forme qui aurait la capacité d’agir comme un être humain. La construction de pierre qui porte aujourd’hui ce nom est plutôt considérée par les Inuits comme inunnguaq (pluriel : inunnguait) ; ce qui ressemble à un être humain, et le terme Inuksugalait désigne le lieu « où il y a beaucoup d’inuksuit ». Mais que sont ces empilements ?

Leur forme clairement anthropomorphe a résolument une fonction liée à la chasse. Si on peut facilement imaginer que c’est une sorte de totem, il n’en est rien. L’inukshut sert en réalité d’épouvantail à l’attention des caribous pour les attirer dans des culs de sac ; les chasseurs sont généralement cachés derrière les hommes de pierre et attendent les animaux qui se font piéger. Les inuksuit pouvait également servir de cache à nourriture, de borne de territoire ou de panneau directionnel, le bras le plus long indiquant la direction du village le plus proche.

Aujourd’hui, l’inukshuk fait office de symbole pour une nation qui cherche ses repères, autant que son autonomie, puisque c’est la forme stylisée qu’on trouve sur le drapeau du territoire fédéral canadien du Nunavut, mais aussi du Nunatsiavut, l’association des Inuits du Labrador.

Voici la légende de la création du premier inukshuk :

Il y a très longtemps, un petit garçon aimé de ses parents, choyé, protégé, par son père qui était un grand chasseur, et sa mère si douce… Il se retrouva pourtant très aigri à la naissance de sa petite sœur, car elle devînt l’objet de toute l’attention de ses parents, et le petit garçon, triste, énervé et plein de rancœur, décida de partir, seul.

Sur le chemin, il rencontra un chaman. Mais ce dernier n’était pas un “angakok” (chaman en langue inuit) bon pour les humains. Il enseigna donc au garçon perdu, l’art du chamanisme pour se venger des Hommes. Les années passèrent et le petit garçon grandit, et avec lui la haine qu’il portait désormais aux Hommes. Il apprit à maîtriser la magie du grand chaman, et réveilla le grand vent du Nord, qui souffla en tempête et souleva un terrible blizzard… Il voulait ainsi faire disparaître toutes les habitations et les villages des Hommes. Mais face à cet ouragan blanc qui mordait sa famille, qui l’avait tant aimé, il fût pris de remords.

Monté au sommet de la plus haute colline, il ouvrit grand les bras pour lutter contre vent glacial du Nord. Le combat dura toute la nuit. Et au petit matin, la tempête avait cessée… mais le jeune garçon lui, avait été changé en pierre. C’est ainsi qu’apparût le tout premier Inukshuk.

Il est temps de refermer la page boréale de ce blog, dans un hiver qui ressemble à un printemps et qui n’annonce rien de bon pour les mois prochains, pour la terre, pour le jardin. Je nourris un rêve secret, celui de rejoindre un jour les terres glacées des régions arctiques, bien au-delà du cercle polaire et au-dessus encore des glaciers de l’Islande. Il y a trois lieux qui m’enchantent et qui sont pour moi comme des nirvanas où j’aimerais un jour poser le pied.

Les îles Lofoten, un archipel au nord de la Norvège et au large de Bodø, où les falaises tombent à pic dans une mer noire, où subsistent encore quelques villages de pêcheurs et où les noms des îles se finissent tous en –øya (Austvågøya, Gimsøya, etc.).

J’aimerais aussi vivre quelques semaines à Tromsø, encore plus au nord de la Norvège, la ville de plus de cinquante mille habitants la plus septentrionale du monde. Plus de 6000 étudiants y étudient la glaciologie et la climatologie arctique, et selon les périodes de l’année, dans l’obscurité de la nuit polaire… Enchâssée dans un dédale de fjords aux eaux profondes et de montagnes enneigées, la ville est un refuge, loin des côtes de la haute mer et des vents impétueux.

J’aimerais connaître le pays sâme finlandais (Sápmi), plus connu sous le nom de Laponie, plus à l’est que Tromsø, pour y admirer les aurores boréales et y voir, dit-on, le blanc le plus blanc du monde. Il n’y a rien qui me ferait plus plaisir au monde que faire la connaissance de ce peuple encore un peu préservé, dont on dit que les jeunes filles ont les yeux clairs et les cheveux de la couleur de la neige.

Photo ci-dessous © Erika Larsen

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