Íslenskt svæði (zone islandaise)

Íslenskt svæði (zone islandaise)

Íslenskt svæði

(zone islandaise)

L’étrange lumière blanche venue d’Islande

Je n’ai jamais eu l’opportunité de la voir de mes propres yeux, mais il paraît que l’étrange lumière venue d’Islande a quelque chose de magique qu’on ne peut, bien évidemment, voir qu’à des latitudes où la nuit dure longtemps, bien que plus que la valeur d’une nuit humaine. Est-ce que l’Islande en dehors de l’hiver est une Islande heureuse ? Un jour, je le saurais certainement, j’en ai la conviction. Peut-être même que j’y passerai plus de temps que nécessaire, là-haut ou peut-être au large de la Norvège, à Henningsvær, dans l’archipel de Lofoten… Va savoir.

Je suis entré dans la nouvelle année en revenant du Vietnam. En réalité, j’ai fait un rêve, dans lequel j’étais dans une partie du Vietnam que je ne connais pas ; le sud. Certainement Hô-Chi-Minh-Ville, mais rien n’est moins certain. Tout ce que je sais, c’est qu’il y faisait chaud et humide et que j’étais à mille lieues de chez moi, ce qui en cette période de l’année, dans un cas comme dans l’autre, est tout simplement impossible. Il en résulte que la longue nuit qui a donné naissance à ce rêve s’est terminée dans un bien-être facile à reconnaître. Je suis retourné aux lumières de mon intérieur, ne souhaitant pas en sortir en attendant que la nouvelle année arrive ; j’ai allumé des bougies et profité de ma journée en ne faisant rien d’autre que bouquiner. Un soleil clair dans un beau ciel lumineux, clinquant, laissait présager que la nuit qui allait nous emmener en 2020 allait être froide, ce qui arriva effectivement. J’ai laissé une bouteille de Champagne sur le perron, pour qu’elle soit à la température de dehors, ce qui est à mon sens la meilleure condition pour pleinement en apprécier la saveur. Trop froid, dirons les connaisseurs qui le préfèrent à 8°C, mais les connaisseurs ne me connaissent pas et ne savent pas que j’aime le Champagne bien froid.

Mes nuits sont longues, ressemblent à celle d’un animal hibernant, des nuits boréales, fragmentées souvent ; je fais des tours de cadrants comme si je tentais de battre un record de marmotte ; j’ai rarement été aussi peu actif, ce qui signifie que j’atteins un point d’équilibre parfait, puisqu’il est le signe avant-coureur d’autre chose.

J’ai dans la tête des petites musiques qui traînent et qui me suivent toute la journée. Mais je lis aussi des polars, genre littéraire que j’aurais traité il y a quelques années de cela de sous-genre, mais c’était sans avoir encore découvert les œuvres de Ragnar Jónassonn et d’Arnaldur Indriðason.

Et puis, il y a Björk. Björk mais aussi tous les autres qui viennent de l’île boréale magique, celle qui s’appelle terre de glace ; Ólafur Arnalds, Sigur Rós, Múm, Amiina, Jóhann Jóhannsson, Ásgeir Trausti… autant de créativité dans un aussi petit pays paraît presque suspect. Seulement 332 000 habitants, dont 128 000 dans la capitale Reykjavik (la baie des fumées) et une toute jeune première ministre, Katrín Jakobsdóttir, 43 ans et un sourire à se damner… 

Prenez quelques instants, détendez-vous et imaginez-vous assis sur un fauteuil en face de l’Atlantique nord, il fait froid et sec, le paysage est blanc et venteux, mais incroyablement calme. Il n’y a rien d’autre que la nature et vous, et vous écoutez Boga par le groupe Amiina, sur l’album Kurr… Et là, il n’y a plus rien d’autre, à part l’Islande…

Photo d’en-tête © Jon Flobrant on Unsplash

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l'auteur danois Jørn Riel, aujourd'hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d'étudiants de beaux souvenirs et d'histoires humaines fascinantes, que je n'ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu'on ne déballe pas tous à la fois. L'homme vit aujourd'hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m'ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d'autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m'a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j'ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d'un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d'en-tête Wim Pauwels on Unsplash

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Prendre le temps et garder la lumière

Prendre le temps et garder la lumière

Prendre le temps

Et garder la lumière

Une étude très sérieuse des minutes qui passent

Au coeur d’un hiver qui ressemble à un automne, la nuit la plus longue est déjà passée par là, un peu venteuse, un peu pluvieuse par intermittence ; rien de très sérieux. La lumière du soleil illuminait hier matin le pignon de la maison de la voisine en caressant le crépi. Ce matin, il n’est plus question de ça, la nature semble avoir envie de faire grise mine. Mais il n’empêche que le temps s’est arrêté, tout est silencieux, non pas triste, mais au contraire lumineux et porteur de joie.

Quand j’étais gamin, les hivers étaient souvent froids, la neige faisait son apparition même si on ne l’attendait pas ; je me souviens que mon grand-père m’avait emmené chez le coiffeur (je portais à l’époque une coupe indéfinissable à laquelle je ne comprenais rien et qu’il fallait entretenir) et qu’à notre retour, il était tombé trente centimètres de neige dans ces rues qui n’avaient pas l’habitude d’en voir. Alors nous avons fait un bonhomme de neige énorme, les mains recouvertes de moufles qui ne sortaient jamais du placard, ce qui n’empêchait nullement les doigts de geler, rouges et humides, engourdis sous le tissu qui ne servait qu’à protéger de la morsure du froid, mais pas de l’humidité. Les pieds en prenaient pour leur grade, ils finissaient généralement dans une bassine d’eau chaude à attendre que la vie coule à nouveau dans les veines.

C’est un temps qui est lointain désormais et qui s’éloigne de plus en plus. Pas de tristesse, pas de nostalgie, une nostalgie qui ne servirait qu’à diffuser l’aigreur d’une vie qui a disparu. Les moments de la vie changent, on perd souvent beaucoup mais on gagne souvent autant, les époques se succèdent et celles qui ont disparu sont le terreau des prochaines ; il faut alors se laisser porter, se laisser guider sans barguigner.

La lumière est là pour trahir l’obscurité de jours qui ne durent pas assez longtemps.

Le vent finit par chasser les nuages, laissant place à une cotonnade teintée de bleu, fragile et mouvante. Un autre jour passe, une percée lumineuse dans un ciel de plomb ; les feuilles d’eucalyptus dégoulinent d’eau froide et se teintent d’orange. Il est temps de prendre le temps.

Faisons comme si rien n’était, détournons le regard. Voici venu le temps où la canapé est mon meilleur ami, mon refuge. Un plaid en polaire, les jambes recroquevillées, blotti sous des épaisseurs moelleuses, sur des coussins empilés, je me laisse aller à rêver, sans même prendre le temps de lire.

Dans ce billet, il y en a pour plus de 36 heures de vidéos.

Photo d’en-tête © Dominik Dombrowski sur Unsplash.

Téléscargot

J’ai découvert il y a quelques temps une occupation qui va particulièrement bien à l’hiver, sans prétention et particulièrement en vogue en Norvège : la slow TV (en français, téléscargot). La chaîne norvégienne NRK (Norsk rikskringkasting) s’en est fait la spécialiste. En 2009, elle diffuse le trajet une vidéo captée à l’avant d’un train parcourant 500 kilomètres en 7 heures entre Oslo et Bergen ; un succès terrible puisque 1 Norvégien sur 4 a regardé l’émission. Depuis, on a vu fleurir ce type d’expérience un peu partout : un feu de cheminée pendant toute une nuit (avec rajout d’une bûche), un concours national de tricot pendant lequel on peut voir la tonte et le filage de la laine, ou encore, issu du web de la fin des années 90, les webcam islandaises (live from Iceland) qui scrutent la vie trépidante d’une douzaine de lieux touristiques comme aux abords du volcan Öræfajökull. Pascal Leclerc, lui, parcourt le monde à moto et capte à la sauvette des dizaines d’heures de la vie simple qui s’écoule, un concept qui me parle tout particulièrement et que j’ai déjà expérimenté notamment en Turquie et en Thaïlande sans savoir que cela portait déjà un nom.

Tokyo à l’envers

La palme revient à deux jeunes Français (Simon Bouisson et Ludovic Zuili). Pendant neuf heures, on voit Ludovic marcher d’une étrange manière dans les rues de Tokyo, tandis que toutes les personnes qu’il croise marchent à l’envers. En réalité, c’est lui qui marche à l’envers et les captations sont inversées. Une exéprience esthétique qu’il faut prendre le temps de regarder (j’avoue, je ne suis pas allé au bout…), à l’heure où tout va trop vite, où tout est trop explicite ; une manière de retrouver des sensations perdues.

Projet phare : Amiina

Dans cette quête du temps long, j’ai découvert une pure merveille. Amiina est un groupe islandais composé de Edda Rún Ólafsdóttir, Hildur Ársælsdóttir, María Huld Markan Sigfusdottir, et Sólrún Sumarliðadóttir. Oui, car en Islande, les femmes ont pour nom de famille le prénom de leur père et parfois de leur mère. Ainsi, Sólrún est la fille de Sumarliða. Il n’y a pas de lignée familiale en Islande, et c’est très bien comme ça…

Amiina est un groupe de cordes, dans lequel on trouve régulièrement le thérémine, cet instrument très étrange, un des premiers instruments de musique électronique inventé dans les années 20 par Lev Sergueïevitch Termen. Le son est produit à partir d’un signal électrique engendré par un oscillateur hétérodyne à tubes électroniques, et cet instrument a la particularité de ne pas être touché par celui qui en joue ; seule la position des mains fait varier la fréquence des notes, créant des sons très souples, tout en rondeur.

Amiina a joué ses propres compositions écrites pour être jouées dans des phares ou des lieux exigus ; c’est ainsi que l’album The lighthouse project a vu le jour entre 2009 et 2013. Un album de toute beauté, aux sonorités simples et chaleureuses. L’intégralité de l’album est disponible sur Youtube, chapitrée. Seulement vingt-deux minutes de bonheur cristallin. Mon titre préféré ; Bíólagið…

Regarder passer les rennes

La NRK ose tout et c’est même à ça qu’on la reconnaît. Pendant plus de huit heures, on peut suivre la transhumance des rennes avec le peuple Sami. Fascinant.

Pendant plus de 11 heures, on peut également regarder la croisière d’un bateau à vapeur sur le canal du Télémark.

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l'auteur danois Jørn Riel, aujourd'hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d'étudiants de beaux souvenirs et d'histoires humaines fascinantes, que je n'ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu'on ne déballe pas tous à la fois. L'homme vit aujourd'hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m'ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d'autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m'a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j'ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d'un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d'en-tête Wim Pauwels on Unsplash

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Couleurs de l’automne intérieur. Un automne avec James Lee Burke (et avec les autres)

Couleurs de l’automne intérieur. Un automne avec James Lee Burke (et avec les autres)

Couleurs de l’automne intérieur

Un automne avec James Lee Burke

L’après-11 novembre

11 novembre, on commence à entrer dans le dur. L’automne ne se cache plus, la lumière rasante du soleil disparaît à 14h30 derrière le toit de la maison des voisins, laissant ainsi le jardin dans une semi-ombre terrifiante, qui dit aussi que les beaux jours sont derrière nous. J’ai profité de mon samedi pour ramasser les premières feuilles d’érable, nettoyer les massifs et rentrer les toiles des hamacs. Les alocasias ont trouvé refuge à la place qu’ils avaient cédé près des fenêtres, afin de passer un hiver serein.

On dit que l’automne indien dure longtemps sous les latitudes canadiennes. Si j’en crois la carte des couleurs automnales au Québec, la saison est déjà terminée. Etonnamment, ici, l’automne se prolonge, les feuilles ne sont pas encore toutes tombées. Le marronnier de la résidence d’en-face a terminé de catapulter ses fruits sur les voitures garées en-dessous et ses feuilles palmées ont depuis bien longtemps commencé à griller, victimes de la sécheresse ; elles n’ont pas eu le temps de prendre leurs belles teintes. Mon érable est encore bien vert, tirant vers un jaune doré léger, tandis que mon sumac flamboie de vives teintes rouges. Dans la résidence, de beaux grands arbres tirent sur le jaune d’or, et pendant ce temps-là, sur les feuilles persistantes des métakés (pseudosasa japonica) et du magnolia grandiflora, ruissèlent les gouttes d’eau que la pluie fine vient déposer sur une nature dégoulinante.

On entre bien dans le dur. Il n’y a plus beaucoup de place pour le doute, ni pour la lumière. C’est à se demander si les arbres ne perdent pas leurs feuilles pour laisser place à la lumière. Il n’en demeure pas moins que l’automne est une saison superbe, qui prépare à la rigueur de l’hiver.

Claire-Fontaine, New-Brunswick. Photo © Shawn Harquail

Une saison intérieure

Je profite de mon intérieur douillet, des petites lumières que j’allume en pleine journée pour apporter un peu de gaité tandis que dehors il pleut depuis que je me suis levé ; il semblerait que ça ne veuille pas s’arrêter de tomber, mais peu importe, je n’avais pas décidé de sortir.

Je suis en train de relire Le brasier de l’ange (Burning angel) de James Lee Burke. Resté trop longtemps sur ma table de nuit sans avoir été ouvert, il a pris le moisi, je ne me rappelais plus le début ; en le relisant, des tournures de phrases entières me reviennent en mémoire, des noms de personnages, des situations que je pensais venir de ses ouvrages précédents. James Lee Burke, c’est un écrivain de polars d’une grande justesse, dont la manière de raconter a la fluidité d’un grand écrivain américain, le tout servi par une traduction digne et fidèle. L’écriture est toujours en tension, comme écartelée au-dessus du vide, et donne envie à chaque page de continuer l’aventure, dans une Louisiane électrique et ravagée par un mal fiévreux.

Puis se produit quelque chose qui vous rappelle que nous avons tous dégringolé du même arbre.
Imaginez un homme enfermé dans un coffre de voiture, les poignets attachés dans le dos, il a le nez qui coule à cause de la poussière et des épais relents d’huile de la roue de secours. Les feux stop de la voiture s’allument, illuminant brièvement l’intérieur du coffre, puis la voiture s’engage sur une route de campagne et les gravillons claquent comme des coups de carabine sous les ailes. Mais un changement se produit, un coup de chance auquel l’homme n’arrive pas à croire : la voiture rencontre une ornière, le loquet du coffre se libère mais reste accroché de façon à ce que la porte ne se redresse pas brutalement dans le rétroviseur du conducteur.
L’air qui s’engouffre par l’ouverture sent la pluie, les arbres et les fleurs mouillés ; l’homme entend des centaines de grenouilles qui coassent à l’unisson. Il se prépare, appuie la semelle de ses tennis contre le loquet, le libère, puis il roule par-dessus le rebord du coffre, dégringole en se cognant au pare-choc et rebondit comme un pneu en caoutchouc au milieu de la route. Sa poitrine se vide de son souffle et un long sifflement, comme l’on venait de la faire tomber d’une grande hauteur ; les pierres arrachent des morceaux de chair à son visage, lui entaillent les coudes comme à la meule, y laissant des ronds rouges de la taille de dollars d’argent.
Trente mètres plus loin, la voiture s’est immobilisée après un dérapage, la porte du coffre battant l’air. L’homme ligoté patauge au travers des typhas jusqu’au creux d’un marigot en bordure de la route, les jambes entravées par les filaments de jacinthes mortes sous la surface, la vase se referme autour de ses chevilles comme du ciment mou.
Devant lui, il voit les bouquets inondés de cyprès et de saules, la couche d’algues vertes sur l’eau morte, les ombres qui l’enveloppent et le protègent comme une grande cape. Les filaments de jacinthes lui font l’effet de fils de fer autour de ses jambes ; il trébuche, tombe sur un genou. Un nuage marron de champignons de vase l’entoure. Il avance, péniblement, trébuche encore, tirant sur la corde à linge qui lui noue les poignets, le cœur en train d’exploser dans sa poitrine.
Ses poursuivants sont sur ses talons maintenant ; son dos le tire et tressaute comme si on en avait arraché la peau à la pince. Puis il se demande si le hurlement qu’il entend sort de sa propre gorge ou de celle d’un ragondin tout là-bas sur le lac.
Ils ne tirent qu’une seule balle. Elle le traverse comme un pieu de glace, juste au-dessus du rein. Lorsqu’il ouvre les yeux, il est sur un banc de sable, allongé sur un tapis de branches de saules écrasées, les jambes dans l’eau. Le bruit de la détonation du pistolet résonne encore à ses oreilles. L’homme qui patauge en avançant vers lui n’est qu’une silhouette, la cigarette aux lèvres.

La lumière revient un peu sur les coups de midi, la pluie s’est arrêtée et la course des nuages chasse les plus épais, les plus chargés. Il est temps pour moi de reprendre ma lecture… J’ai retrouvé toute la série des livres de Dave Robicheaux, j’ai réinstallé sur mon PC de bureau un vieux jeu auquel je jouais à la fin des années 90 grâce à un émulateur et une machine virtuelle, j’ai comme l’impression de bidouiller avec mon PC comme je le faisais il y a vingt ans, j’écoute ma playlist islandaise en buvant du thé dans lequel je trempe des biscuits à la cannelle pendant que d’autres se caillent les meules sous la pluie, raides comme des piquets… Je pense aux morts de ma famille, que, contrairement à beaucoup d’autres, je connais parce que j’ai pris le temps d’interroger mes grands-parents, depuis mon intérieur douillet. Je connais chacun de mes arrières-grands-parents et leurs faits d’armes en 14-18, parce que j’ai la mémoire vive. En fait, je vis ma nostalgie en recréant des ambiances, avant d’oublier comment c’était d’être nostalgique…

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l'auteur danois Jørn Riel, aujourd'hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d'étudiants de beaux souvenirs et d'histoires humaines fascinantes, que je n'ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu'on ne déballe pas tous à la fois. L'homme vit aujourd'hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m'ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d'autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m'a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j'ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d'un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d'en-tête Wim Pauwels on Unsplash

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Citizenfour. Quelques jours avec Edward Snowden

Citizenfour. Quelques jours avec Edward Snowden

Citizenfour

Quelques jours avec Edward Snowden

La surveillance de masse

C’est un matin comme les autres, ensoleillé et froid, en plein cœur de l’automne. Il fait 6°C dehors et les jours prochains promettent d’être plus froids encore et pluvieux ; ceci me crie à la figure la promesse de moments passés dans la chaleur de mon intérieur. J’écluse mes livres. La pile de livres à lire s’étire en hauteur comme les galeries toujours plus hautes d’une termitière, construction factice dont je finis par demander si tout cela va s’arrêter un jour. Une de mes dernières acquisitions ; Mémoires vives, par un certain Edward Snowden. Rien que le fait d’écrire ces mots sur une page web, malgré sa faible diffusion, signifie d’entrée de jeu que je suis impliqué dans un système de surveillance dont je n’ai même pas idée. Snowden, je ne m’y étais jamais vraiment intéressé, je savais à peine qui c’était, un Américain pas tout à fait tranquille, blafard, un informaticien à lunettes qui, parce qu’il avait une couverture médiatique hallucinante, devait forcément avoir fait quelque chose de mal… Quelques lignes, la reproduction de quelques phrases tirées du journal intime de Lindsay Mills, sa compagne, étalées dans les pages du magazine Society, m’ont donné envie de lire ce livre sur un sujet pour lequel je n’avais a priori aucun espèce d’attirance, et surtout, qui n’a jamais véritablement titillé ma méfiance.

Quelques jours m’ont suffi à lire ce livre d’une grande pureté. Les mots de Snowden résonnent encore alors que je viens de poser le livre, dont j’ai englouti le contenu comme un enfant boulimique. Je regarde dehors, le soleil qui glisse sur les feuilles dorées de l’eucalyptus, et je me demande ce qui a bien pu se passer pour qu’on en arrive là et pour, au final, qu’on se soit laissé faire. Il n’est pas question d’être paranoïaque, mais simplement conscient que notre vie électronique ne nous appartient pas. Elle ne nous a en fait jamais appartenu.

Snowden qui a vécu les prémices d’Internet se pose la question de savoir ce qui a fait que cet outil libre qu’était le réseau mondial a pu tomber entre les mains de la NSA et des autres organes étatiques de surveillance dans le monde. Toutes les traces que nous y avons laissées existent pour toujours, impossibles à récupérer, impossibles à effacer. Les trois instructions lire, écrire, exécuter, excluent de facto une quatrième qu’on pense exister également : effacer. En informatique, rien n’est jamais effacé, et même si votre ordinateur tente de vous en convaincre en vous demandant de confirmer plusieurs fois que vous êtes en train de tirer un trait sur ce que vous venez de créer, il n’en est rien. Effacer ses traces est pratiquement impossible, cela signifie peut-être que l’on est en train de disparaître soi-même.

Mais ça n’aurait fait que rendre encore plus destructeurs certains préceptes qui gouvernent la vie sur Internet, à savoir que personne n’a le droit de commettre une erreur et que si jamais cela arrive, il en sera tenu responsable jusqu’à la fin de ses jours. Or, je n’avais pas envie de vivre dans un monde où tous devraient faire semblant d’être parfait, car ce serait un endroit où ni mes amis ni moi n’aurions notre place. Effacer ces commentaires revenait à effacer ce que j’étais, d’où je venais, et jusqu’où j’étais allé. Renier ce que j’avais été autrefois m’aurait conduit à ôter toute valeur à ce que j’étais devenu.

Tokyo. Photo © B. Lucava

Tokyo et les métadonnées

Snowden est tour à tour un bon petit soldat, sous-traitant, membre externe d’un organe d’état, employé d’une boîte d’informatique ayant pignon sur rue et dont vous possédez peut-être un exemplaire (Dell), commercial, administrateur réseau. En réalité, il est membre du contre-espionnage, à la solde de l’État américain et victime à son insu d’une gigantesque machination dont il est lui-même l’architecte. Il passe par toutes les strates qui lui permettent de comprendre que la mission qu’on lui a confiée n’est ni plus ni moins que participer à la fabrication d’un gigantesque système de surveillance globale qui collecte toutes les traces électroniques à travers Internet et dont n’importe qui pourrait se servir pour rendre n’importe qui d’autre coupable de n’importe quoi. Mais on n’est plus en train de parler du système ECHELON, on est bien au-delà. Pour bien comprendre de ce dont il est question, il faut comprendre que ce n’est pas tant le contenu des données électroniques qui intéressent ceux qui ont décidé de mettre en place cette surveillance, mais les données qui en permettent le transport ; les métadonnées… Snowden se trouve alors à Tokyo et nous explique avec une clarté biblique à quel point nous sommes vulnérables.

Je veux parler des informations qui ne sont pas dites ni écrites mais qui permettent néanmoins de révéler un contexte plus large et des modèles de comportements. […] Imaginons que vous téléphoniez à quelqu’un depuis votre portable. Les métadonnées peuvent alors inclure la date et l’heure de votre conversation, la durée de l’appel, le numéro de l’émetteur, celui du récepteur, et l’endroit où l’un et l’autre se trouvent. Les métadonnées d’un e-mail peuvent indiquer le genre d’ordinateur utilisé, le nom de son propriétaire, le lieu depuis lequel il a été envoyé, qui l’a reçu, quand il a été expédié et quand il a été reçu, qui l’a éventuellement lu en dehors de son auteur et de son destinataire, etc. Les métadonnées peuvent permettre à celui qui vous surveille de connaître l’endroit où vous avez passé la nuit et à quelle heure vous vous êtes réveillé ce matin-là. Elles permettent de retracer ce que fut votre parcours dans la journée, combien de temps vous avez passé dans chaque endroit visité et avec qui vous avez été en contact. […] Vous ne contrôlez pas, ou à peine, les métadonnées que vous générez automatiquement. C’est une machine qui les fabrique sans vous demander votre participation ni votre autorisation, et c’est aussi une machine qui les recueille, les archive et les analyse. A la différence des êtres humains avec qui vous communiquez de votre plein gré, vos appareils ne cherchent pas à dissimuler les informations privées et n’utilisent pas de mots de passe par mesure de discrétion. Ils se contentent d’envoyer un ping à l’antenne-relais la plus proche à l’aide de signaux qui ne mentent jamais.

TITANPOINTE, le bunker de la NSA en plein cœur de New-York. Lire l’article sur The Intercept

La TURBULENCE

Quelque chose me rend un peu nerveux à la lecture de ces mots. Je n’ai pas à proprement parler la sensation d’être épié. Je ne suis pas plus inquiet que ça à l’idée que la webcam de mon PC portable puisse être contrôlée à distance par quelqu’un qui voudrait voir ce que je fais en écrivant ces mots et en buvant mon café, parce qu’en réalité, je ne pense pas être l’objet des attentions particulières des services de contre-espionnage… Toutefois, je me rends compte que ma vie est consignée sur des serveurs à qui je n’ai pas donné l’autorisation de stocker ces informations. En regardant “mes trajets” sur Google maps, je sais que tous mes trajets sont consignés. Le GPS, même si je n’utilise pas d’itinéraire particulier, est en capacité de me dire si je suis rentré chez moi par la rue Gabriel Péri ou la rue Pasteur, à quelle heure je suis arrivé sur les hauteurs de Magnanville ce jour où il pleuvait des cordes et si la photo de ce champignon dont je ne connais même pas le nom a bien été prise près de l’étang Godard dans la forêt de Montmorency. Des données anodines, mais qui sont archivées. Depuis longtemps. Tout un pan de ma vie stocké sur des ordinateurs dont je ne connais pas l’emplacement. Tout ceci commence à me faire peur. Pourtant, je n’ai pas la sensation d’être un criminel mais savoir que je suis surveillé à mon insu me laisse penser que je pourrais potentiellement l’être alors que je n’en ai pas spécialement envie…

Pour bien comprendre les risques encourus, personne mieux que Snowden peut nous expliquer ce qui se passe exactement et pour cela, il nous explique comment fonctionne TURBULENCE, une arme de confiscation massive.

Imaginez-vous assis devant un ordinateur, alors que vous êtes en train de vous rendre sur un site web. Vous ouvrez votre navigateur, tapez un URL, et appuyez sur la touche “entrée”. L’URL est une requête, et cette requête est envoyée vers son serveur de destination. Mais quelque part, au cours de son voyage, avant que la requête ne parvienne à son serveur, elle devra passer à travers TURBULENCE, l’une des armes la plus puissantes de la NSA.

Plus spécifiquement, votre requête passera par plusieurs serveurs noirs empilés les uns sur les autres, d’à peu près la taille d’une bibliothèque à quatre rayonnages. Ces serveurs sont installés dans des salles spéciales au sein de bâtiments appartenant aux plus grands opérateurs télécoms privés dans des pays alliés, ainsi que dans des ambassades  et des bases militaires américaines. […]

Si TURMOIL décide que votre navigation est suspecte, il transmet l’info à TURBINE, qui redirige votre requête vers les serveurs de la NSA ; là-bas des algorithmes décident quel programme – quel logiciel malveillant, ou malware – de l’agence va être utilisé contre vous. […] Les programmes choisis sont renvoyés à TURBINE qui les injecte dans le trafic et vous les refile en même temps que le site web que vous cherchiez à visiter. Et voilà le résultat : vous avez eu le contenu que vous vouliez, avec la surveillance dont vous ne vouliez pas, le tout en moins de 686 millisecondes. Et complètement à votre insu.

Une fois que les programmes sont sur votre ordinateur, la NSA n’a plus seulement accès à vos métadonnées mais également à toutes vos données. Désormais votre vie numérique lui appartient entièrement.

Bon. Pas vraiment rassurant tout ça. Cela me pose la question de savoir si je n’ai pas, tout au long de ma vie numérique, quelque peu déconné, à chercher des informations sur tel homme politique, tel dissident chinois, tel président de la république américaine à la chevelure orange… Et du coup, existe-t-il dans mon ordinateur un logiciel qui pirate toutes mes métadonnées pour en organiser la collecte dans un datacenter d’Amazon et permettre ainsi à un agent traitant de la NSA de savoir tout ce qui se passe dans ma maison… ? Je vais me refaire un café.

Disclosure

Snowden n’est pas qu’un geek asocial qui aurait fait fuiter des informations pour se tailler tranquillement une carrière de stature internationale mise en lumière par quelques journalistes un peu aventureux… On ne le sait peut-être pas, mais les révélations dont il est l’auteur ont eu pour effet de faire condamner la NSA qui a outrepassé ses droits et d’encadrer les procédures de surveillance. Aujourd’hui, Edward Snowden vit en exil à Moscou, après avoir vécu quelques temps à Hong-Kong d’où il a pu faire ses révélations dans une chambre d’hôtel aveugle, le teint blafard et les vêtements froissés, entouré de quelques reporters qui ont décidé de porter sa parole au grand public. Il paie chèrement ses révélations, les autorités américaines au cul et la peur au ventre. La France vient de refuser de lui donner asile, certainement par peur de froisser un président américain qui le considère toujours comme un criminel. Si on peut constater aujourd’hui que les lanceurs d’alerte ne bénéficient d’aucune protection et que leur vie dépend d’états qui souhaitent plus ou moins offrir l’asile, Snowden donne l’exemple, car il n’a pas hésité à oser sacrifier sa vie, celle de ses parents et de sa compagne, pour une cause qu’il jugeait juste et dont la révélation a eu des effets. Il n’en reste pas moins que cela pointe autre chose… dont il faut toujours être conscient.

Si, à un moment ou à un autre au cours de votre lecture de ce livre, vous vous êtes arrêté un instant sur un terme en désirant le clarifier ou l’approfondir, et vous l’avez tapé dans votre moteur de recherche – et si ce terme est d’une manière ou d’une autre suspect, comme XKEYSCORE, par exemple – alors félicitations : vous êtes dans le système, victime de votre propre curiosité.
Même si vous n’avez fait aucune recherche sur Internet, tout gouvernement un peu curieux pourrait aisément découvrir que vous avez lu ce livre. Ou du moins que vous le possédez, que vous l’ayez téléchargé illégalement ou que vous ayez acheté un exemplaire papier en ligne, ou encore que vous en ayez fait l’acquisition dans une librairie en dur, en payant par carte.

Autant dire qu’en écrivant ce billet, avec toutes les requêtes que j’ai lancées dans mon navigateur – même si j’ai utilisé le navigateur TOR et le moteur de recherche DuckDuckGo – pour me renseigner sur les opérations secrètes renseignées dans ce livre, les sigles, les noms des personnes impliquées, journalistes, avocats, les lieux où se trouvent les bases de la NSA et les articles de presse consacrés à l’affaire, je suis déjà quasiment certain d’être au cœur d’un certain type de surveillance. Ainsi que vous, qui êtes en train de blêmir en lisant ce billet… Il est déjà trop tard.

A l’instant même où j’écris ces mots, je reçois un mail de Google qui m’informe que, parce que j’ai demandé à ce que ce soit configuré de telle sorte, je reçois ma timeline d’octobre, c’est-à-dire le rapport circonstancié de mes déplacement le mois dernier. Ainsi j’ai fait 746 kilomètres en transports (beaucoup plus je pense en réalité), je me suis rendu à Vincennes (au zoo, avec mon fils) et à Chennevières-sur-Marne. J’ai enregistré 49 lieux dans 23 villes, etc. Le mail vient de Moutain View, Californie. A moi de décider de quelle surveillance j’ai envie…

Le livre d’Edward Snowden, Mémoires vives, vient de paraître au Seuil (septembre 2019), traduit de l’anglais par Etienne Ménanteau et Aurélien Blanchard.

Le film de Laura Poitras, Citizenfour, troisième volet de sa fresque post-11 septembre (avec My country, my country et The oath), tourné en 2014, est disponible dans son intégralité sur Archive.org, en version originale non sous-titrée.

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l'auteur danois Jørn Riel, aujourd'hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d'étudiants de beaux souvenirs et d'histoires humaines fascinantes, que je n'ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu'on ne déballe pas tous à la fois. L'homme vit aujourd'hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m'ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d'autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m'a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j'ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d'un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d'en-tête Wim Pauwels on Unsplash

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Celui qui les mit tous à genoux : Võ Nguyên Giáp

Celui qui les mit tous à genoux : Võ Nguyên Giáp

Võ Nguyên Giáp

CElui qui les mit tous à genoux

Il est né en 1911 dans la campagne de la province de Quảng Bình, dans ce qui était autrefois l’Annam, la forme vietnamienne du nom chinois Annan, qui signifie Sud pacifié, diminutif du nom officiel du protectorat, qui est « Protectorat Général pour Pacifier le Sud » (An Nam đô hộ phủ), institué par la dynastie Tang entre le VIIè et le Xè siècle et qui perdurera pendant la colonisation française, désignant le centre de l’actuel Vietnam.

Le général Võ Nguyên Giáp (prononciation approximative : Vo Nuin Zap) avait 43 ans lorsqu’il mena la bataille de Điện Biên Phủ, qu’il remporta haut la main face aux forces françaises et dont la victoire fut l’acte fondateur des accords de Genève, qui menèrent la France à quitter définitivement l’Indochine française et qui plongea aussi le Sud-est asiatique dans l’horreur avec la Guerre du Vietnam et par ricochet la chute de Phnom Penh…

L’homme est réputé discret, le visage lisse et plutôt ouvert, même s’il est peu enclin au sourire. On le considère comme le bras armé de Hồ Chí Minh, qui sera son mentor et ami.

Giáp a la réputation de n’avoir jamais perdu une seule bataille, ce qui n’est pas complètement vrai, mais ce qui le caractérise avant tout, c’est qu’il a mené l’Armée populaire vietnamienne (Quân đội Nhân dân Việt Nam) à la victoire totale sur la France sans avoir jamais étudié dans une quelconque académie militaire, puisque passé par l’école Quốc Học à Huế, où il étudia avant tout l’histoire, le droit et l’économie.

Le général fut ministre des armées pendant la guerre du Vietnam face aux Américains, puis Vice-premier ministre à la fin de la guerre. Il est également connu pour avoir été le seul militaire à avoir défait l’armée française, l’armée américaine, l’armée chinoise et l’armée Khmère rouge.

Son prestige international fit de lui un homme hautement respecté jusqu’à sa mort en 2013 à l’âge de 102 ans, bien au-delà des frontières de son pays puisque les généraux Salan (France) et Westmorland (États-Unis) lui rendirent hommage comme étant un grand combattant. Ce qui ne doit tout de même pas faire oublier que ses victoires se firent au prix de la perte de centaines de milliers d’hommes.

Il était temps de mettre un visage sur un nom…

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l'auteur danois Jørn Riel, aujourd'hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d'étudiants de beaux souvenirs et d'histoires humaines fascinantes, que je n'ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu'on ne déballe pas tous à la fois. L'homme vit aujourd'hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m'ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d'autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m'a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j'ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d'un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d'en-tête Wim Pauwels on Unsplash

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