Requiem pour Katrina : lorsque la digue se rompt

Requiem pour Katrina : lorsque la digue se rompt

Requiem pour Katrina

Lorsque la digue se rompt

Un conte de la volonté de Dieu

C’est un mot qui n’a pas besoin d’être traduit pour être compris… Levee… En anglais, c’est une digue, même si dans les traductions en français de la série des Dave Robicheaux écrits par James Lee Burke, le mot levee est traduit par levée… Ce qui convient assez bien. En tout cas, moi, j’adhère…

Tout commence par un échange, je te donne une chanson d’Arno qui parle d’Oostende, et tu me donnes un titre de Terence Blanchard, Wading through… ça tombe apparemment sous le sens, mais rien n’est autant fortuit que cette rencontre. Je n’écoute pas le titre tout de suite, je me le garde sous le coude comme pour le laisser maturer un peu. L’album s’écoute tout seul, même si quelques sonorités sont parfois un peu rudes, un peu ardues. L’album A tale of God’s will, est sorti chez Blue Note et dès la première écoute, je me rends compte que je suis face à quelque chose d’exceptionnel, une album d’une superbe qualité, bien équilibré et recherché. On me confie que c’est la bande originale d’un documentaire de Spike Lee datant de 2006, sur les ravages de l’ouragan Katrina, When the Levees Broke: A Requiem in Four Acts. Là aussi, je n’ai jamais entendu parlé de ce documentaire. A ce jour, je n’ai pas encore réussi à le visionner dans une version de bonne qualité, préférant m’abstenir que de me coltiner une vieille copie à la définition plus qu’approximative. When the levees broke…

Il suffit d’écouter quelques minutes, ou même les 8 minutes de ce superbe morceau pour imaginer ce à quoi on peut s’attendre. L’ambiance de l’album décrit tout à la fois quelques fondamentaux de la Nouvelle-Orléans mais également quelque chose de tragique inhérent aux événements.

Lorsque la digue se rompt

On connaît plus ou moins bien l’histoire de cette tragédie qui a dévasté La Nouvelle-Orléans et ses environs en 2005 après la rupture des digues et du 17th Street Canal, et ce qu’en a fait Spike Lee a fait écho en moi avec un morceau de musique que je n’avais pas écouté depuis des lustres, When the levee breaks, sur le quatrième album de Led Zeppelin (IV). En me renseignant un peu, je m’aperçois que la chanson de Led Zeppelin est en réalité une reprise très largement remaniée d’une chanson écrite 1929 par deux stars du Delta Blues, Kansas Joe McCoy et Memphis Minnie, qui écrivirent cette chanson, comme beaucoup d’autres à l’époque pour raconter la grande crue du Mississippi de 1927. Histoire de se faire plaisir, on peut écouter ici la version originale… Mais aussi une reprise du titre de Led Zeppelin par Zepparella… surprenant, parce que vraiment fidèle.

If it keeps on rainin’, levee’s goin’ to break
If it keeps on rainin’, levee’s goin’ to break
When the levee breaks I’ll have no place to stay
Mean old levee taught me to weep and moan
Lord mean old levee taught me to weep and moan
It’s got what it takes to make a mountain man leave his home
Oh well, oh well, oh well
Don’t it make you feel bad
When you’re tryin’ to find your way home
You don’t know which way to go?
If you’re goin’ down South
They got no work to do
If you don’t know about Chicago
Cryin’ won’t help you prayin’ won’t do you no good
Now cryin’ won’t help you prayin’ won’t do you no good
When the levee breaks mama you got to move
All last night sat on the levee and moaned
All last

Lake Pontchartrain. Photo © Christian Banck

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l'auteur danois Jørn Riel, aujourd'hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d'étudiants de beaux souvenirs et d'histoires humaines fascinantes, que je n'ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu'on ne déballe pas tous à la fois. L'homme vit aujourd'hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m'ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d'autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m'a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j'ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d'un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d'en-tête Wim Pauwels on Unsplash

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Moka au bar au café de la Résistance

Moka au bar au café de la Résistance

Moka au bar

au café de la Résistance

Retour à l’écriture après la résistance

Retour des beaux jours lumineux de l’automne, des belles journées encore douces au soleil bas et aux senteurs nouvelles qui annoncent la mort prochaine de l’année.

Il y a quelques semaines que je n’ai rien écrit. Non pas parce que je n’avais plus rien à dire, plus rien à partager, mais parce qu’il me manquait quelque chose. J’ai retrouvé mes habitudes d’il y a longtemps, j’ai repris un carnet, que j’ai modestement appelé carnet n°57 (ห้าเจ็ด en numération thaïe). Depuis le début du mois de septembre, je prends des notes, je retiens tout, j’essaie de capter des moments que je transcris, avec le plus de détails possibles, le plus de fidélité possible, afin de pouvoir retrouver ces ambiances plus tard.

Alors je n’écris pas, je n’écris pas parce que je résiste, je me force à ne pas le faire pour ne pas tomber à côté. Je résiste à moi-même, je suis entré à l’intérieur de moi pour ne pas parler, ne pas être à l’extérieur de moi-même. Je suis en retrait. Vous voyez ? Je ne parle pas, je ne dis rien, vous ne me voyez même pas tellement je suis en retrait. Au quotidien, je ne suis qu’une ombre sans consistance, j’agis doucement, wu wei (無爲), la non-intervention, le pouvoir discret, silencieux… La résistance.

On résiste à quoi ? Pourquoi résiste-t-on ? On résiste lorsqu’on est attaqué, physiquement, dans sa chair, dans ses valeurs, lorsqu’on est face à la violence d’un être ou d’une instance qui fait entrer son système de valeurs en conflit avec un autre. Parce que les choses ne sont pas comprises, peut-être de part et d’autre, mais comme je dis toujours, en pédagogue que je pense être, si les choses ne sont pas comprises… c’est qu’elles sont mal expliquées. Penser le contraire viendrait à dire clairement que son interlocuteur est un imbécile.

La France, une partie de la France, pendant la guerre de 39-45, a résisté et là où son armée n’a pas réussi à garder le territoire, au moins le peuple a-t-il gardé l’honneur sauf, elle a résisté comme une femme qui ne veut pas donner son corps, comme une femme qui ne souhaite pas qu’on lui dicte quoi faire, qui ne veut pas qu’on lève la main sur elle… Je pense à mes deux grands-pères, l’un prisonnier en Allemagne dès le début de la guerre, l’autre plus jeune, faisait des allers et retours à vélo pour porter des messages à la Résistance. Il a tellement bien résisté que sa famille l’a découvert après sa mort.

Résister, c’est ne pas vouloir être dominé et ne pas vouloir subir, c’est éviter qu’un pays sombre dans la tyrannie ou qu’ait lieu un viol. C’est ce qui évite que la proposition ne devienne une imposition. Car défendre ses valeurs, c’est avant tout refuser les églises, les chapelles, les sectes, et ce n’est pas défendre un temple qui n’existe pas. Résister est normal lorsqu’on propose le changement, mais si le changement n’est pas expliqué, n’a pas de but, ou que les motivations sont obscures, alors il devient vite incompris, incompréhensible, voire injustifiable.

Lorsque Phnom Penh est tombée en 1975 sous l’influence des Khmers Rouges, peut-on vraiment dire que le quart de la population cambodgienne qui a été massacré n’a pas compris le projet de Pol Pot, un projet qui était de toute façon une pure folie ?

Alors oui, je suis un résistant, parce que je ne plie pas l’échine, parce que j’aime bien qu’on m’explique, qu’on m’écoute lorsque j’estime avoir un avis ; je ne défends aucune chapelle, je suis un progressiste qui respecte les règles, et je ne sers aucune autre cause que la mienne.

Et puis j’écoute beaucoup la radio. Jean-Claude Ameisen m’emmène souvent avec lui ; je télécharge des podcasts à l’envi, je m’en fais des caisses entières que j’écoute sur la route entre les neuf points cardinaux entre lesquels je passe mon temps ; j’écoute la radio jusqu’à me saturer d’informations que je n’arrive plus à synthétiser… Il est question d’un lapin sur la lune, un lapin de jade, un singe pèlerin, de la voie du Tao… de tout un tas de choses qu’il ne faut pas laisser passer, sous peine de devoir tout recommencer…

Dendrobate à tapirer (Dendrobates tinctorius). Photo © MNHN

J’ai fait la découverte d’une petite grenouille, une grenouille bleue, qui parfois peut être jaune également, dont le nom vernaculaire est Dendrobate à tapirer et le nom scientifique Dendrobates tinctorius. Quoi qu’en dise le correcteur orthographique de Firefox, le mot tapirer existe bel et bien. C’est ici qu’on sent la résistance de la langue ; quelque chose nous dit que ce mot n’existe pas, et pourtant, il vient d’une langue du groupe caribe (tapiré), le kali’na, parlé au Vénézuela et dans les Guyanes ; le verbe tapirer signifie : Modifier les couleurs des plumes d’un oiseau, notamment en jaune ou en rouge. L’oiseau est plumé puis enduit d’un onguent à base de graines de rocou et de peau de batracien, ensuite les plumes repoussent d’une autre couleur. C’est en tout cas ce qu’en dit Wiktionnaire avec en exemple ces mots de cher bon vieux Charles-Marie de La Condamine :

Les Indiens des bords de l’Oyapoc ont l’adresse de procurer artificiellement aux perroquets des couleurs naturelles, différentes de celles qu’ils ont reçues de la nature, en leur tirant les plumes et en les frottant avec du sang de certaines grenouilles ; c’est là ce qu’on appelle à Cayenne « tapirer un perroquet ».— (Charles-Marie de La Condamine, Voyage sur l’Amazone, La Découverte, page 115, ISBN 2707143537)

L’automne est là, la forêt de Montmorency est juste à côté de chez moi, derrière Saint-Leu-la-forêt, les champignons poussent sous les frondaisons des arbres qui commencent à se dénuder. Je fais la connaissance de dizaines d’espèces de champignons que je n’ai jamais rencontrés ; certains sont violets, d’autres portent une sorte de peau craquelée comme une céramique trop cuite… Je n’en demandais pas tant. Il ne me reste plus qu’à ouvrir mon carnet… reprendre mes lectures, Alexandre Yersin, Patrick Deville, Edward Snowden le résistant…

Champignon dans la forêt domaniale de Montmorency

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l'auteur danois Jørn Riel, aujourd'hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d'étudiants de beaux souvenirs et d'histoires humaines fascinantes, que je n'ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu'on ne déballe pas tous à la fois. L'homme vit aujourd'hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m'ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d'autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m'a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j'ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d'un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d'en-tête Wim Pauwels on Unsplash

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