Celui qui les mit tous à genoux : Võ Nguyên Giáp

Celui qui les mit tous à genoux : Võ Nguyên Giáp

Võ Nguyên Giáp

CElui qui les mit tous à genoux

Il est né en 1911 dans la campagne de la province de Quảng Bình, dans ce qui était autrefois l’Annam, la forme vietnamienne du nom chinois Annan, qui signifie Sud pacifié, diminutif du nom officiel du protectorat, qui est « Protectorat Général pour Pacifier le Sud » (An Nam đô hộ phủ), institué par la dynastie Tang entre le VIIè et le Xè siècle et qui perdurera pendant la colonisation française, désignant le centre de l’actuel Vietnam.

Le général Võ Nguyên Giáp (prononciation approximative : Vo Nuin Zap) avait 43 ans lorsqu’il mena la bataille de Điện Biên Phủ, qu’il remporta haut la main face aux forces françaises et dont la victoire fut l’acte fondateur des accords de Genève, qui menèrent la France à quitter définitivement l’Indochine française et qui plongea aussi le Sud-est asiatique dans l’horreur avec la Guerre du Vietnam et par ricochet la chute de Phnom Penh…

L’homme est réputé discret, le visage lisse et plutôt ouvert, même s’il est peu enclin au sourire. On le considère comme le bras armé de Hồ Chí Minh, qui sera son mentor et ami.

Giáp a la réputation de n’avoir jamais perdu une seule bataille, ce qui n’est pas complètement vrai, mais ce qui le caractérise avant tout, c’est qu’il a mené l’Armée populaire vietnamienne (Quân đội Nhân dân Việt Nam) à la victoire totale sur la France sans avoir jamais étudié dans une quelconque académie militaire, puisque passé par l’école Quốc Học à Huế, où il étudia avant tout l’histoire, le droit et l’économie.

Le général fut ministre des armées pendant la guerre du Vietnam face aux Américains, puis Vice-premier ministre à la fin de la guerre. Il est également connu pour avoir été le seul militaire à avoir défait l’armée française, l’armée américaine, l’armée chinoise et l’armée Khmère rouge.

Son prestige international fit de lui un homme hautement respecté jusqu’à sa mort en 2013 à l’âge de 102 ans, bien au-delà des frontières de son pays puisque les généraux Salan (France) et Westmorland (États-Unis) lui rendirent hommage comme étant un grand combattant. Ce qui ne doit tout de même pas faire oublier que ses victoires se firent au prix de la perte de centaines de milliers d’hommes.

Il était temps de mettre un visage sur un nom…

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Ca trù, la pureté vietnamienne

Ca trù, la pureté vietnamienne

Ca Trù

La pureté en musique

Un chant venu du Vietnam

De ces deux syllabes qu’on prononce avec des sons longs, on n’entend pas grand-chose, pas plus qu’on en connaît. Pourtant, le Ca trù est inscrit sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO. Apparu au XIè siècle sous la dynastie Lý, l’acculturation liée à la colonisation française et aux guerres ont quasiment fait disparaître cet art millénaire de la poésie chantée.

Généralement, une chanteuse joue du Phách, une tige de bambou frappée par un morceau de bois, et le groupe est composé d’un joueur de luth, le Đàn đáy et d’un joueur de tambour d’éloges, le Trống chầu.

Il n’y a finalement pas beaucoup à en dire, mais entendre une chanteuse de Ca trù (Ka tchou) avec ses envolées plaintives et ses trilles enchantées, a quelque chose d’un peu magique, rythmée par le son sec du bambou frappé. Le mieux est encore d’écouter cet art sensuel venu du nord du Vietnam.

A voir, pour aller plus loin, les très belles photos de Tewfic el-Sawy avec sa série sur les chanteuses de Ca trù.

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Une pluie de Bouddhas

Une pluie de Bouddhas

Des Bouddhas comme s’il en pleuvait, un million peut-être, peut-être plus, mais des myriades de Bouddhas. Des Bouddhas dans des niches dorées, accompagnés dans leur éveil de centaines de petits bâtonnets rouges à la pointe incandescente dessinant dans l’air chaud des volutes incompréhensibles et pointant du doigt le sens du vent, charriant une odeur âcre et parfumée qui embaume l’air où que l’on se trouve. Ici ou là, tout nous rappelle que la terre que nous foulons n’est ni plus ni moins qu’un espace de transition entre notre existence faite de chair et le monde vaporeux des esprits et des dieux ; l’existence des dieux ne fait pas de doutes, ils sont partout autour de nous et on nous rappelle sans cesse que le Prince Siddhartha passe son temps à se battre contre la tentation de Māra et qu’il prend la terre à témoin dans la position du Bhûmisparsha-Mudrā. Toute vie ne dure, en réalité, qu’un seul et bref instant de conscience…

Peu importe le nombre qu’ils représentent, c’est la myriade qui fait sens, l’incongrue et impermanente multiplicité singulière.

Symbole de la dynastie Chakri

Pendant ce temps, la Thaïlande millénaire vit son petit bonhomme de chemin dans l’ère moderne. Le bon roi Rama IX, Bhumibol Adulyadej (ภูมิพลอดุลยเดช), mort en 2016 après un règne d’une longévité exceptionnelle (70 ans, 4 mois et 4 jours, pendant lesquels il a tout de même épuisé 26 premiers ministres) et une fin de règne marquée par un teint cireux et figé, a finalement laissé sa place à son successeur. Dans la dynastie Chakri qui tient le pouvoir (oui enfin plus trop) depuis 1792, il reste quatre descendants, tous affublés de petits noms faciles à retenir.

  • Une première fille : Ubolratana Rajakanya Sirivadhana Barnavadi (อุบลรัตนราชกัญญา สิริวัฒนาพรรณวดี)
  • Un premier fils : Maha Vajiralongkorn Bodindradebayavarangkun (มหาวชิราลงกรณ บดินทรเทพยวรางกูร)
  • Somdech Phra Debarattanarajasuda Chao Fa Maha Chakri Sirindhorn Ratthasimagunakornpiyajat Sayamboromarajakumari (สมเด็จพระเทพรัตนราชสุดา เจ้าฟ้ามหาจักรีสิรินธร รัฐสีมาคุณากรปิยชาติ สยามบรมราชกุมารี)
  • Somdet Phrachao Luk Thoe Chaofa Chulabhorn Walailak Agrarajakumari (สมเด็จพระเจ้าลูกเธอ เจ้าฟ้าจุฬาภรณวลัยลักษณ์ อัครราชกุมารี)

Et c’est bien évidemment le garçon qui a remporté le cocotier sous le nom de Rama X et qu’on appellera pour plus de commodité, Vajiralongkorn. Mais voilà, ce n’est pas un roi comme les autres. On l’a vu descendre d’un avion simplement vêtu d’un top crop laissant apparaître ses tatouages et d’un jean taille basse, prenant dans ses bras un caniche certainement royal. Pour faciliter la vie à la famille royale, il s’est marié à une roturière dont la moitié de la famille a été accusée de corruption et croupit actuellement dans une geôle tropicale. Peu intéressé par les choses du pouvoir, il a décidé de gouverner la Thaïlande depuis son nid d’aigle bavarois en laissant les affaires courantes à ses sœurettes. Voilà la Thaïlande dans de beaux draps. Personne ne vous le dira, mais tout le monde regrette le bon roi Rama IX, modèle de vertu et de sagesse…

Alors voilà. La Thaïlande revient dans la discussion. J’aime les redites lorsque tout me convient. J’aime marcher à nouveau dans mes pas et tant que je ne me lasse pas, je peux remettre ça autant de fois que je le souhaite. Je fais la liste de toutes ces villes traversées, de tous ces temples dans lesquels j’ai pu m’asseoir, les pieds tournés à l’exact opposée des Bouddhas hiératiques, de tous ces wat, ubosot, chedi et viharn croisés sur le bord des routes, des Bouddhas de la semaine (si vous êtes né un mardi comme moi, sachez que c’est le jour du Pang Sai Yat, et que si Bouddha est allongé ce jour-là, c’est parce qu’il a rabaissé la fierté de Asura Rahu, eh oui…) Je me remémore les lieux perdus dans lesquels je me suis moi-même perdu, les petits quartiers où l’on mange un bouillon de poulet et des nouilles sous des bâches sombres qui ont cette fâcheuse tendance à garder la chaleur étouffante, les places gigantesques où la misère a du mal à se terrer et que l’on peine à supporter sous ces latitudes tropicales. Je me refais la liste de toutes ces choses que j’ai vues et dont je n’ai pas parlé ici, parce que le temps est précieux et que je ne sais même plus par où commencer.

J’ai posé mes valises à Sukhothaï où j’ai eu tout le loisir de me faire dévorer par des moustiques carnassiers, à Phetchaburi où je suis arrivé en train après un voyage rocambolesque et où je me suis fait courser par un singe grand comme en enfant qui en voulait à mon appareil photo, à Lampang où je me suis arrêté en rase campagne sous une pluie battante pour visiter un temple shan qu’aucune carte ne mentionne, qu’aucun guide ne connaît, j’ai vu un temple tout en métal à Bangkok et l’endroit précis où l’on découpait les corps pour les funérailles célestes, des Bouddhas géants perdus dans les marais, tellement grands que l’on a l’impression qu’ils ont grandi contraints entre quatre murs, j’ai vu un chedi dans lequel j’ai pu descendre et admirer des peintures du 15è siècle, des éléphants se baignant dans la rivière et des enfants jeter des bouts de pain pour nourrir les poissons-chats de la Chao Phraya. J’ai vu des chiens errer autour des temples, attendant que les moines leur jette une poignée de riz. L’année dernière, j’ai fait une halte à Hanoï où j’ai visité le très joli temple de la littérature et pu contempler la dépouille desséchée de Ho Chi Minh et à Ninh Bình où je me suis promené sur une rivière encastrée entre des falaises escarpées rappelant la baie de Hạ Long. J’ai vu des pagodes dont la taille surpassait de loin tout ce que j’avais pu voir jusque là. Et surtout, j’ai bu un café dont je me souviens encore des effluves et qui reste gravé à tout jamais en moi comme étant l’odeur de Hanoï.

J’aime la beauté du monde car cette réalité-là est unique. On n’y voit que la beauté qu’on ne cherche pas.

[audio:thai/01-CM.mp3]

Il y a cinq ans de cela, je me suis arrêté à Chiang Mai où je suis arrivé un jour de marché, c’était un dimanche, j’y ai mangé des œufs de caille cuits sur une planche et du riz gluant dans l’enceinte d’un temple en plein cœur de la ville, sous une chaleur étouffante. L’hymne national a retenti dans les hauts-parleurs accrochés aux lampadaires et toute la ville s’est arrêtée, figée, pour honorer le roi. J’ai vu des Bouddhas, petits, grands, dormant, joignant leurs mains, j’ai vu une pluie de Bouddhas et je ne compte pas m’arrêter là. Je pars bientôt au pays de la pluie de Bouddhas, des myriades de Bouddhas…. Peu importe leur nombre…

Photo d’en-tête © Chùa Bái Đính (Vietnam Nord – août 2017)

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Le temps très lent des toutes petites choses #2

Le temps très lent des toutes petites choses #2

Je retrouve le temps très lent des toutes petites choses et je me rends bien vite compte que toutes les toutes petites choses se localisent précisément dans mon esprit plutôt que dans mon immédiateté au monde, comme si je vivais une partie de mon présent dans mes souvenirs.

En revenant de voyage nous sommes comme des galions pleins de poivre et de muscade et d’autres épices précieuses, mais une fois revenu au port, nous ne savons jamais que faire de notre cargaison. Nicolas Bouvier (oui, encore lui)

Le temps de préparer un thé vert au fruit dans une théière en fonte de laquelle monte une odeur de fer chaud, le temps de laisser infuser quelques infimes minutes et de faire autre chose, le temps de prendre un peu de temps, quelques instants suspendus avant de goûter à l’eau chaude parfumée. Et puis écouter Hương Thanh chanter Quê Hương Là Gì ? avec sur mes mains l’odeur encore très présente de l’Helichrysum italicum, qui me fait toujours penser aux plages de sable fin derrière les dunes de Grand-Village plage à Oléron.

Puisqu’aujourd’hui on est dimanche, commençons cette journée avec la littérature biblique, un des plus beaux livres de l’Ancien Testament qui reste aussi un des plus énigmatiques, le Livre de Job. Lamartine disait qu’au cas où la fin du monde adviendrait, il faudrait avant tout sauver le poème de Job… Mais bon, on connaît la spontanéité de Lamartine… Quelques instants de lecture avec le chapitre 41. Texte étrange et symboliste, il n’y est question que du Mal, avec un M majuscule…

Ses éternuements font jaillir la lumière ; ses yeux sont les paupières de l’aurore.
De sa gueule partent des éclairs, des étincelles de feu s’en échappent.
De ses naseaux sort une fumée, comme d’une marmite chauffée et bouillante.
Son haleine embrase les braises, et de sa gueule sort une flamme.
En son cou réside la force, devant lui bondit l’épouvante.
Les fanons de sa chair tiennent ferme, durs sur lui et compacts.
Son cœur est dur comme pierre, dur comme la meule de dessous. »

Mais puisqu’il est coutume de ne pas partir ainsi travailler au jardinet sans avoir à l’esprit quelque bon mot à se mettre sous la dent, laissons encore une fois parler Bouvier qui m’accompagnera encore tant que la lecture est en cours :

N’oublions tout de même pas qu’en Chine du sud le crocodile est père du tambour et de la musique, qu’au Cambodge il est seul maître des éclairs et des salvifiques pluie de la mousson, qu’en Égypte… Mais là je m’aventure sur un terrain dont la densité culturelle m’épouvante, d’autant plus que le trou du cul auquel j’ai prêté mon Dictionnaire de la civilisation égyptienne ne me l’a jamais rendu.

Nicolas Bouvier, Histoires d’une image
Éditions Zoé, 2001

Le dieu crocodile Sobek – Temple de Kom Ombo

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