Comptoir tyrien avant d’être ville espagnole : histoire longue d’une île qui vendit au monde le métal du bout du monde
Comptoir tyrien avant d’être ville espagnole : histoire longue d’une île qui vendit au monde le métal du bout du monde
Le vent de Tanger sent l’iode et la poussière de calcaire. En juin, la lumière tombe droit sur les terrasses blanches et la mer, en contrebas, n’a pas encore la couleur qu’elle prendra en août : elle est d’un bleu plat, presque gris, traversé de courants que les pêcheurs lisent comme des routes.
En 331 avant notre ère, Alexandre trace sur le sable le plan d’une ville qu’il ne verra jamais achevée, et la mer, qui devait faire sa fortune, finit par en prendre la meilleure part.
Au soir, quand la chaleur se retire de la pierre, une felouque se détache de la rive d’Assouan et prend le large entre les îles. Le reïs, debout à l’arrière, tient l’écoute d’une main et la barre d’un pied nu ; il attend, sans hâte, ce moment précis où la voile cesse de battre et se remplit d’un coup.
On monte à la galerie de Sainte-Sophie par une rampe, pas par un escalier. C’est le premier renseignement que donne le bâtiment, et il est d’ordre social : les marches supposent qu’on grimpe avec ses jambes, la rampe suppose qu’on est porté.
Le tirage albuminé d’Antonio Beato montre une eau immobile, des palmiers doubles — ceux du rivage et ceux du reflet —, et au fond, à peine dessinée dans la brume argentique, la masse triangulaire d’une pyramide. La légende dit : crue du Nil. Elle dit aussi : offert au roi George V.
Il faut se défaire tout de suite d’une idée : dans une mine d’or antique, il n’y a pas d’or. Ce qui reste, ce qui jonche le sol par tonnes et qu’on voit de loin, c’est la roche broyée. Des amoncellements de quartz pilé, blanc, presque lumineux quand le soleil est bas, étalés en cônes et en langues sur des centaines de mètres au fond des ouadis.
À Nea Roda, au fond du golfe, la route traverse une bande de terre si basse et si plate qu’on la franchit sans y penser. Deux kilomètres de roseaux, de sel et de terrains vagues, des poteaux électriques, quelques serres.
On arrive à Hiérapolis par le blanc. C’est un blanc qui ne ressemble à rien de ce que l’on connaît, ni la neige, ni le sel, ni la chaux, un blanc minéral et tiède qui monte du fond de la vallée du Lycos comme une lèpre magnifique, et que les Turcs, avec ce génie qu’ils ont pour nommer les choses en les rendant domestiques, ont appelé Pamukkale, le château de coton.
Tout le monde connaît la Citerne Basilique, ses colonnes noyées et ses Méduses renversées. Mais Constantinople fut bâtie sur des dizaines de réservoirs, dont la plupart dorment encore sous les boutiques, sous les stades, sous les potagers de Fatih. Enquête dans une capitale qui a passé seize siècles à retenir de l’eau qu’elle n’avait pas.