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Le temps très lent des toutes petites choses #7

Le temps très lent des toutes petites choses #7

Un mar­di matin comme toutes les semaines, un matin frais et doux sous un ciel de prin­temps. La nature crie son bon­heur de pou­voir exhi­ber à nou­veau ses charmes aux yeux de qui sait prendre le temps de l’ad­mi­rer, elle se pavane dans des poses lan­gou­reuses telle une femme lisant une lettre d’a­mour dans un tableau de Fragonard.

Fer­nand Brau­del et l’in­ven­tion d’une his­toire au temps long de la Méditerranée

Il faut com­men­cer par un homme sans mer. Un bara­que­ment de la Bal­tique, un hiver alle­mand, des châ­lits super­po­sés, l’o­deur de laine mouillée et de tabac gris. L’O­flag X‑C de Lübeck est un camp de repré­sailles : on y regroupe les offi­ciers fran­çais jugés indo­ciles, les gaul­listes, les éva­dés repris.

Mis­tra, la der­nière capi­tale byzan­tine dans le Péloponnèse

On arrive à Mis­tra par le mau­vais côté, c’est-à-dire par le bon. La route qui monte de Sparte tra­verse d’a­bord une plaine que l’on n’at­ten­dait pas si verte : des oran­gers en rangs ser­rés, des oli­viers gris qui bougent à peine, des câpriers accro­chés aux murets, et sur tout cela une lumière de fin d’a­près-midi qui pose les ombres bien à plat.

Trois tom­beaux et pas un seul corps

Kath­leen Mar­ti­nez était avo­cate péna­liste à Saint-Domingue quand elle a déci­dé de trai­ter la dis­pa­ri­tion d’une femme morte depuis deux mille ans comme une affaire non réso­lue. Elle le dit elle-même, sans se for­cer : elle n’a jamais eu de pre­mière for­ma­tion d’ar­chéo­logue, sa dis­ci­pline c’est le droit cri­mi­nel, et elle a pris Cléo­pâtre comme on prend un dossier.

Une lampe aux ori­gines multiples

Un seau de perles posé par terre. Le pre­mier bruit de l’a­te­lier n’est pas celui du verre. C’est celui des perles. Un seau de plas­tique bleu, presque plein, posé contre le pied de l’é­ta­bli. Quand la main y plonge pour en tirer une poi­gnée, cela fait le son d’un res­sac très court, très sec — un chuin­te­ment miné­ral qui s’ar­rête net.

Trois objets dans la pyra­mide de Khéops

Un cro­chet de cuivre, une boule de pierre, un frag­ment de cèdre : le seul butin jamais tiré de l’in­té­rieur de la Grande Pyra­mide. Récit d’une dis­per­sion qui va d’une nuit de 1872, à la bou­gie, jus­qu’à une boîte à cigares oubliée dans les réserves d’un musée écossais.

Palimp­sestes sacrés : ces édi­fices qui ont chan­gé de dieu

Il existe une caté­go­rie de bâti­ments qui ne se laissent jamais réduire à une seule his­toire. On y entre pour prier un dieu et l’on y devine, sous la chaux, sous les tapis, der­rière les rideaux, la trace obs­ti­née d’un autre.

Ulu­bu­run : le navire qui a cou­lé avec tout un monde à son bord

Vers 1320 avant notre ère, un bateau de quinze mètres sombre au large de la côte lycienne avec dix tonnes de cuivre, une tonne d’é­tain, du verre bleu cobalt, de l’i­voire d’hip­po­po­tame, de l’ambre de la Bal­tique et un sca­ra­bée d’or au nom de Néfertiti.

La Lycie, Keko­va et Sime­na, ou la plus belle nécro­pole du monde

Il faut arri­ver à Keko­va par la mer. C’est la seule entrée digne de ce nom, la seule qui res­pecte la logique du lieu. On embarque à Üçağız ou à Kaş, sur l’un de ces cabo­teurs de bois qu’on appelle ici gulet, et très vite le monde se réor­ga­nise : la côte se hérisse, se découpe, se replie sur elle-même en une suc­ces­sion de criques et de presqu’îles.

La pourpre de Tyr : Douze mille coquillages pour un gramme et demi

L’his­toire com­mence par un chien, ce qui est déjà un mau­vais pré­sage pour la rigueur his­to­rique. Le chien appar­tient à Mel­qart — Héra­clès pour les Grecs, qui ont tou­jours eu la manie de tra­duire les dieux des autres comme on tra­duit une facture.

Tous les empe­reurs romains d’O­rient #2

İzn­ik fait des car­reaux. C’est une petite ville turque au bord d’un lac plat, on y vend des assiettes à tou­ristes sous les pla­tanes, et il y a autour d’elle une muraille romaine de cinq kilo­mètres, avec ses tours et ses portes triples, qui enferme aujourd’­hui des ver­gers. On entre en ville par un arc de triomphe. Il n’y a rien derrière.