Le huitième jour, Fleming attendit.
Le huitième jour, Fleming attendit.
Le cinquième jour, Fleming décida de jouer.
On lui avait dit dix heures, café A Brasileira, Rua Garrett.
L’avion perça les nuages au-dessus de l’estuaire et la lumière entra d’un coup, comme une gifle.
La nuit du 26 au 27 mai 1993, Léonce ne dormait pas.
C’est le huitième jour que tout commença — ou plutôt c’est le huitième jour que Léonce cessa de pouvoir faire semblant que rien n’avait commencé.
Le train ralentit dans un soupir de ferraille et Léonce posa la main sur la vitre, comme on touche un front fiévreux. Dehors, les faubourgs de Florence glissaient sans grâce — entrepôts, garages, murs tagués d’inscriptions politiques que personne ne lisait plus, linge suspendu entre les immeubles comme des drapeaux de reddition.
Le reste de la journée passa dans une sorte de brouillard. Tùng travailla. Servit. S’effaça. Comme toujours. Mais son esprit était ailleurs — dans une chambre de 1923, sur une terrasse de 1952, quelque part entre les deux, dans cet espace flou où le temps n’existe plus vraiment.
L’après-midi fut interminable. La chaleur. L’humidité. Ce ciel blanc qui pesait sur la ville comme un couvercle de marmite. Les clients qui se plaignaient de tout — du ventilateur trop lent, de la glace qui fondait trop vite, du bruit de la rue, du silence de la sieste, de la guerre qui n’en finissait pas de ne pas finir.
La lumière de cinq heures avait cette qualité particulière que Tùng ne savait pas nommer — ni dorée ni blanche, quelque chose entre les deux, une lumière d’avant l’orage ou d’après la fièvre, une lumière qui n’appartenait qu’à Saïgon et à cette heure précise où la ville hésite entre le jour finissant et la nuit qui n’ose pas encore.