Le Rose de Pontormo
Le Rose de Pontormo
Parties 1 et 2
PARTIE I
Le train ralentit dans un soupir de ferraille et Léonce posa la main sur la vitre, comme on touche un front fiévreux. Dehors, les faubourgs de Florence glissaient sans grâce — entrepôts, garages, murs tagués d’inscriptions politiques que personne ne lisait plus, linge suspendu entre les immeubles comme des drapeaux de reddition. Il avait imaginé autre chose. Il avait imaginé que la ville se donnerait d’emblée, dans un surgissement de coupoles et de pierres dorées, comme dans les livres. Mais les villes ne se donnent pas ainsi. Les villes, comme les êtres, commencent par leur côté laid.
Il tira sa valise du porte-bagages. Une valise trop lourde, bourrée de livres — trois Forster, un Stendhal, le journal de voyage de Goethe, un Henry James glissé au dernier moment par superstition, et ses propres cahiers, vierges encore, qui pesaient plus que tout le reste par la promesse qu’ils contenaient. Dans la poche intérieure de sa veste, un stylo-plume que Mathilde lui avait offert pour ses vingt-huit ans. Il ne savait pas encore pourquoi il l’avait emporté. Par fidélité à quoi ? Au geste d’écrire, ou à la main qui l’avait donné ?
Mathilde. Ne pas y penser. Pas maintenant.
La gare de Santa Maria Novella le reçut dans un vacarme de voix italiennes, d’annonces incompréhensibles, de pigeons égarés sous la verrière. Il resta un moment immobile sur le quai, sa valise à ses pieds, avec cette sensation qu’ont les voyageurs solitaires en terre inconnue — celle d’être à la fois absolument libre et absolument perdu. Un courant d’air chaud lui caressa le visage, portant une odeur de diesel et de jasmin mêlés, et il se dit que c’était peut-être ça, l’Italie : cette impureté constante, ce refus de séparer le beau du sale.
Il traversa le hall de la gare d’un pas qu’il voulait assuré. Il avait trente ans, il était écrivain — ou du moins il avait publié un premier roman, trois ans plus tôt, chez un petit éditeur lyonnais, un livre que quatorze personnes avaient lu et dont douze avaient dit du bien, ce qui ne voulait rien dire — et il venait à Florence écrire le deuxième. C’était le plan. Le plan était simple et lumineux, comme tous les plans élaborés dans la douleur : quitter Lyon, quitter l’appartement de la Croix-Rousse où l’odeur de Mathilde imprégnait encore les draps qu’il n’avait pas changés, quitter la France, s’installer dans un grand hôtel florentin et écrire un roman sur un Anglais qui ne ressent rien devant la beauté. Tout le contraire de Stendhal. Un anti-Stendhal. C’était le projet.
*
Sur la Piazza della Stazione, la lumière de mai l’éblouit. Il mit un moment à comprendre que ce n’était pas la même lumière qu’à Lyon — pas cette clarté laiteuse et raisonnable des bords de Saône, mais quelque chose de plus violent, de plus doré, une lumière qui semblait provenir non pas du ciel mais des pierres elles-mêmes, comme si les façades avaient emmagasiné des siècles de soleil et le restituaient par bouffées. Il plissa les yeux. Ce n’était qu’une place de gare, avec ses taxis et ses vendeurs de tours guidés, mais déjà quelque chose lui serrait la gorge, et il pensa — c’est ridicule, c’est la fatigue du voyage, ce n’est rien.
Le taxi longea des rues étroites. Le chauffeur parlait au téléphone dans un dialecte impénétrable, une main sur le volant, l’autre agitée dans des gestes qui semblaient diriger un orchestre invisible. Léonce regardait par la vitre. Des façades ocre et sienne, des volets vert sombre, des motos garées n’importe comment, des femmes en robes légères devant les cafés, et partout, au détour d’une rue, comme une apparition incongrue, un fragment de splendeur — le flanc d’une église, une loggia sculptée, un bout de fresque aperçu par une porte ouverte. Florence ne se livrait pas d’un coup. Elle procédait par éclats, par embuscades.
Via il Prato. Le taxi s’arrêta.
*
Le Grand Hotel Villa Medici se tenait là, en retrait de la rue, avec cette assurance tranquille des bâtiments qui n’ont plus rien à prouver. Un palais du dix-huitième siècle converti en hôtel, façade crème et volets gris, un jardin qu’on devinait derrière les grilles — des cyprès, une piscine peut-être, et cette odeur de buis et de terre chaude qui franchissait les murs. Léonce leva les yeux vers les étages supérieurs. Des balcons en fer forgé, des rideaux blancs qui bougeaient à peine dans l’air immobile. Il se dit que c’était exactement ce qu’il cherchait — un lieu suspendu, hors du temps, un décor de roman édouardien échoué dans les années quatre-vingt-dix.
Le hall l’accueillit dans une fraîcheur de marbre et de silence. Sols noirs et blancs en damier, colonnes, un lustre de Murano dont les pendeloques frissonnaient sans raison apparente — peut-être un courant d’air, peut-être le souffle de quelqu’un qui venait de passer. Derrière la réception, un homme mince au sourire calibré, cheveux noirs lissés en arrière, costume impeccable, qui lui dit « Benvenuto, Signore » avec une douceur de confesseur.
— Léonce Armand. J’ai réservé pour trois semaines.
Le réceptionniste chercha dans son registre avec des gestes d’une lenteur liturgique. Léonce en profita pour observer le hall. À gauche, un salon dont il apercevait un angle — fauteuils club, boiseries, un tableau sombre représentant une chasse. À droite, un escalier monumental qui montait vers les étages dans une courbe paresseuse. Au fond, une baie vitrée donnait sur le jardin intérieur où des parasols blancs semblaient attendre des fantômes. Et partout, ce silence particulier des grands hôtels anciens, un silence qui n’est pas une absence de bruit mais une présence — celle de toutes les voix qui ont résonné là et dont l’écho, pensait Léonce, devait s’être incrusté dans les murs comme les pigments dans une fresque.
— Chambre 307, Signore. Troisième étage. Avec vue sur les collines de Fiesole.
L’ascenseur était une cage dorée, lente, grinçante, qui semblait monter à regret. Léonce appuya son front contre la grille et ferma les yeux. Il sentit le bâtiment vibrer autour de lui, cette vibration imperceptible des vieux immeubles qui tiennent debout par habitude plus que par structure, et il pensa à Forster, au jeune Forster de 1901 qui avait peut-être emprunté un ascenseur semblable dans une pension semblable, avec la même appréhension, la même excitation secrète, et il se demanda ce que Forster avait ressenti en voyant Florence pour la première fois — lui qui portait déjà en germe Lucy Honeychurch, George Emerson et cette chambre avec vue qui allait tout changer.
*
La chambre 307 était vaste, claire, avec des moulures au plafond et un parquet qui craquait sous les pas comme une mémoire du bois. Le lit était immense et blanc. Un bureau Empire était placé près de la fenêtre — exactement ce qu’il fallait. Léonce posa sa valise, traversa la pièce et ouvrit les volets.
Florence.
Les toits s’étendaient sous ses yeux dans un désordre magnifique de tuiles rousses, de terrasses, d’antennes de télévision et de clochers. Au loin, à gauche, le dôme de Brunelleschi flottait au-dessus de la ville avec une évidence géométrique que la distance rendait presque irréelle. Et derrière, les collines de Fiesole montaient doucement dans une brume dorée, avec leurs villas cachées dans les oliviers, leurs cyprès dressés comme des sentinelles noires. La lumière du soir enveloppait tout d’un voile d’ambre. Un merle chantait quelque part dans le jardin, en dessous.
Léonce resta longtemps accoudé au balcon. Il sentait la tiédeur de la pierre sous ses avant-bras, le parfum des glycines qui montait du jardin, et cette espèce de bourdonnement lointain qui était Florence au crépuscule — klaxons, voix, cloches, moteurs — un bruit de fond continu et doux, comme une respiration. Il pensa qu’il aurait dû prendre des notes. Un écrivain prend des notes. Mais il ne bougea pas. Il resta là, immobile, et quelque chose en lui — quelque chose qu’il ne voulait pas nommer — se desserra très légèrement, comme un nœud qu’on n’avait pas conscience de porter.
Ne pas confondre. Ce n’est pas de l’émotion. C’est la fatigue du voyage.
Il se retourna vers la chambre. Sortit les livres de la valise, les aligna sur le bureau. Forster, Forster, Forster, Stendhal, Goethe, James. Les cahiers vierges à côté. Le stylo-plume de Mathilde, qu’il posa devant lui avec une précaution excessive, comme un chirurgien dispose ses instruments. Puis il ouvrit le premier cahier et écrivit, d’une écriture soignée, presque scolaire :
« Personnage : homme anglais, quarante ans, cultivé, fortuné. Nom : à trouver. Caractère : une froideur absolue devant l’art. Il a tout vu. Rien ne l’atteint. Florence n’est pour lui qu’un musée supplémentaire. Il traverse les salles des Offices comme on traverse un hall de gare — vite, sans lever les yeux. Il est l’anti-Stendhal. Le contraire de l’émotion. »
Il relut ces lignes. Elles lui parurent justes. Froides. Exactement ce qu’il cherchait. Il referma le cahier et descendit dîner.
*
Le restaurant de l’hôtel occupait une salle longue aux murs tendus de soie jaune pâle. Des tables espacées, des nappes blanches, des bougies, et cette lumière tamisée qui donne aux visages des airs de portraits anciens. Léonce fut installé à une petite table près de la fenêtre. Il commanda un risotto aux artichauts et un verre de Chianti, et il attendit en observant les autres convives.
C’est là qu’il les vit pour la première fois.
Deux tables plus loin, un couple d’Américains — la soixantaine, bronzés de ce bronzage artificiel des gens qui ne sont jamais là où ils vivent, lui en blazer bleu marine avec un mouchoir de poche assorti, elle couverte de bijoux qui tintaient chaque fois qu’elle portait la fourchette à sa bouche. Ils parlaient fort. Pas fort comme on parle quand on est sourd ou joyeux, mais fort comme on parle quand on veut que les autres entendent, avec cette assurance souveraine des gens qui pensent que le monde est une audience.
— Three hundred thousand for the Bellini study, disait l’homme en coupant sa viande. It’s a steal, Patricia. A steal.
— But the provenance, Howard. The provenance is cloudy.
— Provenance is a story. You buy the story or you don’t.
Léonce écoutait malgré lui. Provenance is a story. Il y avait quelque chose d’obscène et de fascinant dans cette phrase — réduire l’histoire d’un tableau, son voyage à travers les siècles, les mains qui l’avaient tenu, les murs qui l’avaient abrité, à une simple « histoire » qu’on achète ou pas. Il pensa à son personnage anglais. Voilà exactement le monde dans lequel il évoluerait. Un monde où l’art est une transaction.
Le risotto arriva. Il était parfait — crémeux, avec cette pointe d’amertume de l’artichaut qui contrebalançait le parmesan. Léonce mangea lentement. Il n’avait pas eu faim depuis des semaines, depuis Mathilde, depuis ce soir de mars où elle avait dit « je ne peux plus vivre avec quelqu’un qui vit dans les livres plus que dans la vie » — et il s’était rendu compte, avec un effroi silencieux, qu’il n’avait rien trouvé à répondre, parce qu’elle avait raison.
Mais là, le risotto. Les artichauts de Florence. Le Chianti qui lui chauffait doucement la poitrine. Et par la fenêtre, le jardin illuminé par des lampes basses qui faisaient danser les ombres des cyprès sur le mur du fond, et il se dit que peut-être, ici, les choses pourraient recommencer — non pas la vie avec Mathilde, cette vie-là était finie, mais quelque chose d’autre, une autre forme d’habitation du monde, par l’écriture, par les yeux, par cette attention aux choses que Forster appelait « only connect ».
— Vous permettez ?
La voix venait de la table voisine. Léonce tourna la tête. Une femme âgée, très droite, cheveux blancs relevés en chignon, un collier de perles sur une robe noire simple. Des yeux d’un bleu très pâle, presque transparent, qui le regardaient avec une curiosité amusée. Anglaise, évidemment. Tout en elle disait l’Angleterre — la posture, la retenue, cette manière de sourire sans montrer les dents.
— Vous êtes français, n’est-ce pas ? Je vous ai vu arriver cet après-midi avec votre montagne de livres. On ne vient à Florence qu’avec trop de livres ou pas assez. Il n’y a pas de juste milieu.
Léonce sourit malgré lui.
— Trop de livres, j’en ai peur.
— Ah, mais c’est la bonne catégorie. Les gens qui arrivent sans livres finissent toujours par acheter les mauvais. Les boutiques de la Via Tornabuoni sont pleines de très jolies éditions qui ne valent rien. Moi, je suis ici depuis onze ans, et je ne lis plus que Dante. En italien. C’est la seule façon honnête de lire Dante.
Onze ans. Léonce la regarda avec un étonnement qu’il ne chercha pas à dissimuler. Onze ans dans cet hôtel. Comme une résidente permanente, un meuble vivant du Grand Hotel Villa Medici, un fantôme en robe noire et collier de perles.
— Vous vivez ici ? demanda-t-il, et il regretta aussitôt la banalité de la question.
— Je ne vis nulle part, dit-elle. Je suis simplement là où je suis. Il se trouve que depuis onze ans, je suis ici. Florence a cette propriété : elle vous retient sans que vous vous en rendiez compte. On arrive pour une semaine et on reste pour toujours. C’est une forme de piège. Le plus beau piège du monde.
Elle but une gorgée de vin — du blanc, nota Léonce, pas du rouge comme tout le monde.
— Je m’appelle Mrs. Blackwood. Eleanor Blackwood. Et vous écrivez un roman, naturellement. Tous les Français qui viennent ici avec trop de livres écrivent un roman.
Léonce eut un rire bref.
— C’est si évident ?
— Mon cher, à Florence, tout est évident. C’est sa malédiction. Cette ville ne sait rien cacher.
Elle lui adressa un dernier sourire — un sourire étrange, qui contenait quelque chose de tendre et d’averti à la fois, comme si elle savait déjà ce qui allait lui arriver — puis elle se tourna vers sa sole meunière avec une concentration de chirurgien et ne dit plus un mot.
Léonce remonta dans sa chambre. Il ouvrit la fenêtre sur la nuit florentine. La ville bruissait en dessous, odeur de pierre tiède et de rivière, une moto au loin, des rires quelque part, et au-dessus de tout le dôme de Brunelleschi éclairé dans le ciel noir, irréel, suspendu comme une lune de pierre.
Il s’assit au bureau. Ouvrit son cahier. Relu sa première note sur le personnage anglais. Ajouta :
« Il descend au Grand Hotel. On est en mai. La lumière ne l’intéresse pas. »
Puis il éteignit la lampe et resta longtemps dans le noir, les yeux ouverts, à écouter Florence respirer.
PARTIE II
Le lendemain, Léonce se leva tôt. Six heures. La lumière entrait à peine par les volets entrebâillés, une lumière mauve et indécise, celle de Florence avant que Florence ne devienne Florence — avant les touristes, avant les klaxons, avant la comédie du jour. Il prit une douche longue et très chaude, s’habilla avec soin — chemise blanche, pantalon de lin, chaussures de marche — et descendit prendre le petit déjeuner dans la salle du restaurant déserte.
Un serveur silencieux lui apporta un cappuccino et une corbeille de pains. Le cappuccino était épais, brûlant, surmonté d’une mousse dense que Léonce contempla un instant avec une gravité absurde avant de la crever du bout de sa cuillère. Il y avait aussi de la confiture de figues, du miel de châtaignier, des tranches de cake aux fruits confits, et il mangea tout avec un appétit qui le surprit lui-même — à Lyon, depuis la rupture, il se nourrissait de café noir et de tartines oubliées, il avait perdu quatre kilos et sa mère, au téléphone, disait « tu as une voix de papier ».
Il sortit son cahier et relut ses notes de la veille. Le personnage anglais. Quarante ans. Froid. Blindé. Il fallait lui trouver un nom. Quelque chose de sec, de coupant, un nom qui claque comme une porte qu’on ferme. Il essaya plusieurs combinaisons en marge du cahier : Ashworth, Pemberton, Crawley, Hale. Aucun ne tenait. Puis il écrivit — presque sans y penser, comme si la main avait décidé seule — Wynters. Charles Wynters. Avec un y, cette lettre froide, cette voyelle qui n’en est pas une, cette anomalie silencieuse au cœur du mot.
Charles Wynters. Oui. C’était lui.
Il nota : « Wynters arrive à Florence par obligation. Un héritage à régler, une propriété familiale dans les collines de Bellosguardo. Il ne veut pas être là. L’Italie l’ennuie. L’art l’ennuie. Il est de ces Anglais pour qui le continent est un désagrément nécessaire, une corvée climatique. Il traverse les musées comme on traverse les salles d’attente — vite, les yeux ailleurs, en pensant au retour. »
Il sourit. Il tenait quelque chose.
*
À huit heures, il sortit du Grand Hotel et marcha vers le centre.
Florence au petit matin est une ville différente. Les rues sont encore humides du passage des balayeuses, les devantures fermées, les places presque vides. On entend ses propres pas résonner sur les dalles. Les façades ont cette teinte particulière des pierres mouillées — un gris doré, un ocre assourdi, comme un tableau vu à travers un voile. Et il y a cette odeur, cette odeur de Florence que Léonce apprendrait à reconnaître au fil des jours, un mélange de café torréfié, de pierre ancienne, de cuir — les ateliers de l’Oltrarno commençaient à ouvrir — et de cette chose indéfinissable qui est peut-être simplement l’odeur du temps accumulé.
Il avait un plan. Un programme. Une méthode. C’était sa façon de fonctionner — Mathilde le lui reprochait, cette manie de tout organiser, de quadriller le réel avec des listes et des horaires, comme si la vie était un manuscrit à structurer. Mais c’était aussi ce qui le tenait debout. La méthode, c’est ce qui reste quand le reste s’effondre.
Premier jour : les Offices. Entrer dans le musée, observer les salles, noter les œuvres devant lesquelles Wynters passerait sans s’arrêter. Faire l’inventaire de l’indifférence. Comprendre comment un homme peut se tenir devant la Naissance de Vénus et ne rien sentir.
Il arriva Piazzale degli Uffizi à huit heures trente. Il n’y avait presque personne — quelques touristes japonais, un groupe de lycéens italiens que leur professeur tentait de rassembler, et un homme en salopette bleue qui fumait une cigarette assis sur les marches, avec la nonchalance magnifique de ceux qui vivent à côté des chefs-d’œuvre et n’y pensent plus. Léonce entra.
Les premières salles. L’art médiéval, les fonds d’or, les Vierges hiératiques aux yeux immenses. Il prenait des notes dans son cahier : « Wynters traverse la salle des Primitifs sans lever les yeux. Les fonds d’or lui semblent vulgaires — trop d’or, comme un restaurant qui en fait trop. Il pense à son club londonien, au feu de cheminée, au scotch du soir. » C’était facile. L’ironie coulait. Wynters était un personnage confortable — on pouvait se moquer de lui tout en l’habitant, le mépriser tout en le comprenant. Léonce avançait dans les salles avec une assurance d’entomologiste, épinglant chaque tableau sur le liège de son cahier, classant, annotant, maîtrisant.
La Naissance de Vénus. Il s’arrêta.
Non pas parce qu’elle le touchait — il l’avait vue mille fois en reproduction, sur des cartes postales, des couvertures de livres, des boîtes de chocolats, et cette surexposition avait fait son travail d’usure — mais parce qu’il devait noter la réaction de Wynters. Il s’assit sur la banquette au centre de la salle et regarda le tableau avec les yeux de son personnage. Vénus debout sur sa coquille, les cheveux emportés par le vent, ce corps d’une pâleur presque maladive, et à gauche Zéphyr qui souffle, et à droite la nymphe qui tend le manteau. Il nota : « Wynters regarde Vénus comme on regarde un meuble. Une jolie chose, bien faite, à sa place. Il remarque que le cou est trop long. Anatomiquement impossible. Il s’en satisfait — une imperfection qui justifie son indifférence. »
Il referma le cahier. Satisfait. Mais en se levant de la banquette, il eut une sensation étrange — un très léger vertige, à peine perceptible, comme quand on se relève trop vite — et il lui sembla que la lumière dans la salle avait changé, qu’elle était devenue plus dense, plus dorée, et que Vénus, l’espace d’une seconde, le regardait.
Ridicule. Il ajusta ses lunettes et passa dans la salle suivante.
*
Il revint au Grand Hotel en début d’après-midi, la tête pleine de tableaux qu’il avait classés et étiquetés dans son cahier avec la rigueur d’un archiviste. Le hall était animé d’un ballet discret — clients qui entraient et sortaient, grooms en uniforme bordeaux, un chariot de bagages qui traversait le damier de marbre en cliquetant. Le lustre de Murano brillait dans la lumière de la baie vitrée, et Léonce se dit qu’il y avait quelque chose de théâtral dans cet hôtel, une mise en scène permanente dont les clients étaient à la fois les acteurs et les spectateurs, sans jamais savoir très bien lequel des deux rôles ils tenaient.
Il s’installa au bar pour prendre un café. Le bar du Grand Hotel Villa Medici était une pièce boisée, intime, avec des fauteuils de cuir fauve et des étagères garnies de bouteilles qui montaient jusqu’au plafond. Des photographies en noir et blanc ornaient les murs — des clients célèbres d’autrefois, des actrices, des écrivains, des diplomates, tous figés dans des poses d’une élégance disparue, avec leurs cigarettes longues et leurs sourires de gens qui savent qu’on les regarde. Léonce chercha un visage qu’il connaîtrait. Il ne trouva pas.
Le barman — un petit homme rond aux joues rouges, la cinquantaine, qui s’appelait Marco et portait un nœud papillon vert — lui prépara un espresso avec des gestes d’une précision horlogère.
— Primo giorno a Firenze, Signore ?
— Si, dit Léonce, épuisant d’un coup la moitié de son vocabulaire italien.
— Ah, répondit Marco avec un sourire qui contenait toute la bienveillance et toute la condescendance de Florence envers ses visiteurs. Firenze è come il vino. Il primo giorno, non si capisce niente. Il secondo giorno, si crede di capire tutto. Il terzo giorno, si capisce che non si capirà mai.
Florence est comme le vin. Le premier jour, on ne comprend rien. Le deuxième, on croit tout comprendre. Le troisième, on comprend qu’on ne comprendra jamais.
Léonce sourit poliment. Il ne savait pas encore à quel point Marco avait raison.
*
Les jours suivants, il s’installa dans une routine précise. Lever à six heures. Petit déjeuner seul dans la salle déserte. Sortie à huit heures. Musée ou église le matin — il procédait méthodiquement, quartier par quartier, comme un géomètre arpentant un terrain. Déjeuner dans une trattoria de l’Oltrarno où on lui servait des pâtes aux truffes et du vin de la maison dans des verres épais. Retour au Grand Hotel en début d’après-midi. Écriture jusqu’au soir. Dîner au restaurant de l’hôtel. Cahier. Sommeil.
San Marco, le deuxième jour. Le couvent de Fra Angelico. Chaque cellule contient une fresque — une Annonciation, une Crucifixion, une Mise au tombeau — peinte pour les moines, pour eux seuls, dans le silence de leur retraite. Léonce entra dans la première cellule et nota : « Wynters trouve les fresques naïves. Des images pieuses. De l’illustration, pas de l’art. Il préfère le couloir au cellule. » C’était cruel et drôle. Il aimait cette cruauté. Elle le protégeait.
Santa Croce, le troisième jour. Les tombeaux de Michel-Ange, de Machiavel, de Galilée. L’immensité de la nef. Et le Crucifix de Cimabue dans la chapelle du fond, cet objet ravagé par l’inondation de 1966, dont la peinture était à moitié effacée, le Christ à demi disparu, et cette disparition même rendait l’œuvre plus poignante que si elle avait été intacte — comme si la souffrance du Christ et la souffrance du bois ne faisaient plus qu’une. Léonce nota dans son cahier : « Wynters passe devant le Cimabue sans s’arrêter. Un Christ abîmé ne l’intéresse pas. L’art endommagé n’est plus de l’art, pense-t-il. C’est du déchet. » Mais en écrivant ces mots, il eut une hésitation. Sa main trembla — très légèrement, presque rien, un frémissement du poignet qu’un observateur extérieur n’aurait pas remarqué. Il ratura « déchet » et écrivit « souvenir ». L’art endommagé n’est plus de l’art, c’est du souvenir. Ce n’était pas la même chose. Ce n’était pas du tout la même chose.
Le Palazzo Pitti, le quatrième jour. La Galleria Palatina, ses salles surchargées, les tableaux accrochés du sol au plafond dans un entassement qui tenait du cabinet de curiosités et du délire. Des Raphaël, des Titien, des Rubens, côte à côte, sans espace pour respirer. Léonce s’assit devant la Madonna della Seggiola de Raphaël — cette Vierge ronde, douce, parfaite dans son tondo — et il chercha les mots de Wynters. Mais Wynters, ce matin-là, ne voulait pas parler. Le cahier resta ouvert sur la page blanche. Léonce regarda la Vierge. La Vierge le regardait. Il y avait dans ses yeux peints quelque chose qui ressemblait à de la pitié — pas une pitié religieuse, pas la pitié de la Madone pour l’humanité souffrante, mais une pitié intime, personnelle, comme si elle voyait à travers lui, comme si elle voyait la rupture, les draps de la Croix-Rousse, les nuits blanches, la fuite à Florence, le roman qu’il s’efforçait d’écrire pour ne pas penser. Il referma le cahier d’un geste brusque et quitta la salle.
Ce soir-là, au bar du Grand Hotel, il tomba sur le restaurateur.
*
L’homme était assis dans un des fauteuils de cuir, un verre d’amaro devant lui, les mains posées sur ses genoux. Et c’étaient les mains qu’on voyait d’abord. Des mains extraordinaires — longues, fines, tachées de pigments, des traces de bleu de cobalt sous les ongles, du jaune de Naples dans les plis des phalanges, une cartographie de couleurs incrustée dans la peau comme un tatouage involontaire. Le visage était mince, buriné, la cinquantaine avancée, des cheveux gris en désordre, des yeux noirs très vifs sous des sourcils broussailleux. Il portait une chemise froissée et un pantalon de velours côtelé dont les genoux étaient usés à force de s’agenouiller — devant des fresques, devant des retables, devant tout ce que les siècles avaient abîmé et que ses mains réparaient.
— Vous êtes restaurateur ? demanda Léonce en s’asseyant dans le fauteuil voisin, les yeux fixés sur ces mains.
L’homme le regarda avec surprise, puis baissa les yeux vers ses propres doigts et eut un rire bref.
— C’est si visible ? Je me lave pourtant. Trois fois par jour. Mais les pigments sont plus tenaces que moi. Filippo Cataldi. Je travaille à Santa Maria Novella en ce moment. La chapelle des Espagnols. Une fresque d’Andrea di Bonaiuto, quatorzième siècle. Très endommagée. Très belle.
Il prononçait « molto bella » avec une gravité de médecin annonçant un diagnostic, et Léonce comprit que pour cet homme, la beauté d’une fresque et sa fragilité étaient une seule et même chose — on ne pouvait pas dire l’une sans dire l’autre.
— Vous savez ce que c’est, restaurer une fresque ? dit Filippo en faisant tourner son verre d’amaro entre ses doigts tachetés. C’est toucher quelque chose que quelqu’un a touché il y a six cents ans. Mes doigts sont là où les doigts de Bonaiuto étaient. Sur le même enduit. La même chaux. Le même mur. Six siècles entre nous et rien du tout entre nous. C’est vertigineux. Et c’est terrible, parce que chaque geste que je fais peut sauver ou détruire. Un millimètre de trop, un solvant trop fort, et c’est fini. L’original disparaît. Pour toujours.
Il but une gorgée d’amaro.
— Les gens croient que les œuvres d’art sont éternelles. Ils regardent un Giotto et ils pensent : ça a toujours été là, ça sera toujours là. Mais non. C’est fragile comme la peau. Comme le souffle. Un incendie, une inondation, un tremblement de terre — tout peut disparaître en une nuit. Florence a failli mourir en 1966. L’Arno est sorti de son lit et a noyé tout. Les Crucifix, les manuscrits, les retables. L’eau boueuse dans les nefs des églises. Vous imaginez ? La boue de l’Arno sur les fresques de Cimabue. C’est comme — comment dire — c’est comme gifler Dieu.
Léonce écoutait. Il avait oublié son cahier. Oublié Wynters. Il y avait dans la voix de Filippo quelque chose qui rendait l’écriture inutile — une passion si nue, si directe, qu’aucune phrase ne pouvait l’égaler. Cet homme touchait l’art avec ses mains. Lui, Léonce, ne faisait que le regarder et en tirer des mots. Et les mots, ce soir-là, lui parurent insuffisants.
— Et vous, dit Filippo, qu’est-ce que vous faites à Florence ? Non, laissez-moi deviner. Français, jeune, cet air un peu perdu, ce cahier que Marco m’a dit que vous trimbalez partout. Vous écrivez.
— J’essaie.
— Sur Florence ?
— Sur quelqu’un qui ne ressent rien à Florence.
Filippo le dévisagea un long moment, avec une expression indéchiffrable — amusement, inquiétude, compassion, tout cela à la fois, ou rien de tout cela.
— Alors vous écrivez sur un homme mort, dit-il doucement. Parce que ne rien ressentir à Florence, c’est être mort. Il n’y a pas d’autre mot.
*
Le soir, dans sa chambre, Léonce écrivit pendant trois heures. Le chapitre où Wynters visite les Offices. Il le voulait sec, rapide, clinique. Wynters passe devant le Printemps de Botticelli et pense à son jardinier anglais qui taille mieux les haies que ces nymphes ne dansent. Wynters regarde le Tondo Doni de Michel-Ange et trouve la composition « encombrée ». Wynters s’arrête devant un Caravage — la tête de Méduse — et note que l’expression de terreur est « légèrement théâtrale ».
C’était drôle. C’était efficace. Mais quelque chose ne fonctionnait pas. Léonce relisait ses pages et sentait un malaise qu’il ne parvenait pas à identifier — comme un musicien qui joue juste mais à côté du rythme, un décalage infime, imperceptible pour les autres mais insupportable pour lui. Wynters était trop parfait dans sa froideur. Trop lisse. Trop facile. Il n’y avait pas de faille. Et un personnage sans faille n’est pas un personnage, c’est une thèse.
Il pensa à ce que Filippo avait dit. Un homme mort.
Il se leva, alla à la fenêtre. Florence la nuit, en dessous. Les toits sombres, les rues éclairées par les réverbères orangés, le dôme de Brunelleschi qui flottait dans le noir comme un vaisseau ancré au-dessus de la ville. Quelque part, une cloche sonna — pas une cloche d’église, une cloche plus petite, plus claire, peut-être une horloge, peut-être rien. Et il pensa : est-ce que c’est Wynters qui est mort, ou est-ce que c’est moi qui suis mort et qui essaie de se cacher derrière un personnage mort pour ne pas le savoir ?
Il chassa cette pensée. La méthode. Revenir à la méthode.
*
Mrs. Blackwood l’attendait au dîner. Non pas qu’elle l’eût invité — elle n’invitait jamais personne, elle était simplement là, à sa table habituelle, la table sept, près du mur du fond, avec son couvert dressé pour une, sa demi-bouteille de Vernaccia di San Gimignano et son air d’éternité patiente. Mais quand Léonce passa devant elle, elle leva les yeux et dit :
— Asseyez-vous, je vous prie. J’ai mangé seule pendant onze ans et j’en ai fait le tour.
Il s’assit. C’était une femme qu’on n’avait pas le pouvoir de refuser — non par autoritarisme, mais par cette force tranquille des gens qui ont abandonné toute prétention et à qui, pour cette raison même, on ne peut rien refuser.
Elle commanda pour lui — un tagliata di manzo avec des cèpes, et un Brunello di Montalcino qu’elle connaissait par l’année, le domaine, et le nom du vigneron.
— Florence vous a‑t-elle déjà fait pleurer ? demanda-t-elle en dépliant sa serviette avec des gestes d’une précision maniaque.
— Non.
— Alors elle ne vous a pas encore trouvé. Mais elle vous trouvera. Florence trouve toujours.
— Vous parlez de Florence comme d’une personne.
— Florence est une personne. Capricieuse, cruelle, d’une beauté insupportable. Elle s’offre aux imbéciles et se refuse aux délicats. Elle brise ceux qui l’aiment trop et ennuie ceux qui ne l’aiment pas assez. En cela, elle ressemble beaucoup aux femmes. Et aux hommes, d’ailleurs.
Le tagliata arriva — la viande saignante, les cèpes dorés, un filet d’huile d’olive verte sur une roquette amère. Mrs. Blackwood regarda l’assiette de Léonce avec l’approbation muette d’un médecin vérifiant que son patient mange.
— Vous écrivez sur un homme qui ne ressent rien, m’a dit Marco.
— Marco parle beaucoup.
— Marco est le vrai directeur de cet hôtel. Le directeur officiel ne sait rien. Marco sait tout. Il sait qui couche avec qui, qui est ruiné, qui pleure la nuit. C’est le privilège du barman — les gens se confient au-dessus d’un verre comme ils ne se confient jamais au-dessus d’une table. Le bar est un confessionnal horizontal.
Elle coupa un morceau de sa sole — c’était toujours de la sole, comme si elle avait épuisé tous les autres poissons du menu en onze ans et que celui-ci seul avait survécu à l’épreuve — et ajouta :
— Un personnage qui ne ressent rien devant l’art. C’est un sujet dangereux, vous savez. Parce que l’écriture est elle-même un art. Et si votre personnage ne ressent rien, c’est qu’il nie ce que vous êtes en train de faire en l’écrivant. C’est un serpent qui se mord la queue. Ou un miroir qui refuse de refléter.
Léonce posa sa fourchette.
— C’est exactement le problème, dit-il, et il fut surpris par sa propre franchise.
— Bien sûr que c’est le problème. Et il n’y a qu’une solution : le casser.
— Casser quoi ?
— Le miroir, dit-elle. Ou le personnage. Ou vous-même. L’un des trois doit céder. C’est la loi de Florence.
Elle termina son vin, tamponna ses lèvres avec sa serviette, et se leva avec la raideur gracieuse des vieilles dames anglaises habituées à sortir de table comme on quitte une scène.
— Bonne nuit, mon cher. Et méfiez-vous de Santa Felicita. C’est la plus petite église de Florence et la plus traître. On y entre pour voir une Déposition et on en ressort sans peau.
Elle disparut dans le couloir menant aux ascenseurs, laissant derrière elle un sillage de parfum — du muguet, pensa Léonce, ou du lys, quelque chose de blanc et de funèbre — et cette phrase suspendue dans l’air du restaurant comme une prophétie qu’on ne reconnaît comme telle que bien après qu’elle s’est accomplie.
*
Le cinquième jour, Léonce reçut une carte postale de sa mère. Vue de la basilique de Fourvière, côté Lyon. Au dos, une écriture ronde et appliquée : « Mon Léonce, je pense à toi à Florence. Mange bien. Ne reste pas trop dans les musées. Le soleil est meilleur pour la santé que les tableaux. Maman. »
Il posa la carte sur le bureau, à côté de ses cahiers. Fourvière et le dôme de Brunelleschi. Lyon et Florence. La mère et l’art. Il se dit que sa vie entière oscillait entre ces pôles — le familier et le sublime, le confort et le vertige, Mathilde qui voulait qu’il vive dans la vie et lui qui fuyait dans les livres, et maintenant ce roman où il inventait un homme qui ne ressentait rien pour ne pas avoir à admettre qu’il ressentait trop.
Il n’écrivit pas cette pensée dans son cahier. Il n’en avait pas le droit. Pas encore.
Ce soir-là, les Américains étaient de retour au restaurant.
— The Pontormo Deposition is overrated, disait Howard en versant du vin sans regarder le verre. Too much pink. Too much drama. Give me a clean Piero della Francesca any day.
— You’re wrong, darling, disait Patricia en faisant tinter ses bracelets. The Pontormo is the best thing in Florence. It’s like Balenciaga — if Balenciaga were a painting.
— That’s exactly the problem. Art shouldn’t remind you of fashion. Fashion reminds you of death.
— Everything reminds you of death, Howard.
— Only the expensive things.
Léonce écoutait, fasciné. Ces gens étaient des personnages — pas de son roman, d’un autre roman, un roman qu’il n’écrirait jamais, une comédie noire sur les riches qui traversent le monde en le réduisant à des transactions. Provenance is a story. Fashion reminds you of death. Only the expensive things. Chaque phrase était une pierre jetée dans l’eau dormante de sa conscience, et les cercles s’élargissaient sans fin.
Il remonta dans sa chambre et ouvrit son cahier. Mais au lieu d’écrire sur Wynters, il écrivit : « Howard et Patricia. Les Offices comme un marché. Bellini à trois cent mille. Le rose du Pontormo. La mode et la mort. L’art réduit au prix. Et moi — l’art réduit aux mots. Est-ce si différent ? »
Il relut cette note. La ratura. Trop personnel. Revenir à Wynters. Revenir à la méthode.
Mais la méthode, ce soir-là, avait un goût de cendre.