Blog
Dernières nouvelles du mondeTous les empereurs romains d’Orient #1
Il reste du monastère de Stoudios quatre murs et un sol. On y entre par une porte de grillage, dans un quartier d’Istanbul où les chats sont maigres et où personne ne monte, et l’on tombe sur une basilique sans toit dont le pavement de marbre continue de dessiner, sous l’herbe sèche, des cercles et des tresses que plus personne ne foule. C’est le plus vieux bâtiment chrétien de la ville. Il a servi mille ans.
Tous les empereurs de Rome
Il y a, dans l’arrière-boutique d’un numismate de la rue de Richelieu, un meuble à tiroirs plats qui sent la cire et la poussière chaude. Le marchand tire le troisième du haut et le pose sur le comptoir sans un mot, comme on sert un plat. Cent alvéoles de feutre vert.
Saint-Étienne, la lanterne de Dieu
On arrive à Metz comme on arrive dans les villes de frontière : avec une légère hésitation dans le pas, une incertitude sur la langue qu’on va entendre, sur la pierre qu’on va toucher.
Balade messine
Il y a une chose que l’on remarque à Metz avant même de sortir de la gare : la couleur change. Pas la lumière, pas le ciel — la pierre. On arrive depuis Nancy dans un train qui longe la Moselle et ses villages aux façades couleur miel, on descend sur le quai, et brusquement on se retrouve sous une voûte de grès gris pâle, presque froide, aux reflets légèrement bleutés selon l’heure.
Les bains oubliés de Thessalonique
Il y a une inscription en arabe au-dessus d’une porte basse, sur l’Egnatia. La rue est bruyante, les scooters slaloment entre les touristes, une odeur de koulouri grillé flotte depuis l’étal d’en face. On passe devant sans regarder. C’est précisément là qu’il faut s’arrêter. Ce que l’on frôle ainsi, sans le savoir, c’est le plus vieux hammam ottoman de Grèce.
La destruction de Carthage
Il y avait, dit-on, des immeubles à six étages. Des rues larges de cinq à six mètres, des patios ouverts sur le ciel bleu de Tunisie, des sols couverts de ce béton gris piqué d’éclats blancs que les archéologues nomment encore « pavement punique ». Une ville riche, dense, organique — trois cent mille âmes sur un promontoire coincé entre deux mers, une Méditerranée marchande et calculatrice que Rome avait décidé d’effacer.
La fosse aux cobras — Chapitres 9 à 12
Elle arriva un vendredi de février, par la porte vitrée, avec un sac à dos trop gros pour son corps et un carnet Moleskine serré contre sa poitrine comme un bouclier.
La fosse aux cobras — Chapitres 5 à 8
Il arriva un jeudi de décembre, par le vol de Francfort, avec deux valises, un sac en bandoulière bourré de cahiers et une barbe de trois jours qui lui donnait l’air d’un homme qui a cessé de se soucier de son apparence depuis suffisamment longtemps pour que cette négligence soit devenue un style.
La fosse aux cobras — Chapitres 1 à 4
Le plateau n’était pas en argent. Étain, peut-être, ou un alliage que personne n’avait jamais su nommer, mais Nong l’appelait le plateau d’argent parce que c’était ainsi que le Dr. Henn l’avait appelé la première fois, en 1974, quand elle avait dix-huit ans et ne comprenait pas un mot d’anglais.
L’odeur de l’orange — Chapitres 7 à 10
Le mercredi, ils firent l’amour. Ce ne fut pas brutal, ce ne fut pas lent — ce fut quelque chose entre les deux, quelque chose qui avait la précision d’un geste répété mille fois en pensée et la maladresse d’un geste accompli pour la première fois.
L’odeur de l’orange — Chapitres 4 à 6
Il faut remonter. Il faut quitter janvier 2011, quitter la poussière du Majestic et les sirènes et les vidéos tremblantes sur les écrans de téléphone, il faut remonter le temps comme on remonte un escalier
L’odeur de l’orange — Chapitres 1 à 3
La pluie de janvier à Tunis n’est pas une vraie pluie. C’est autre chose — un voile gris, tiède encore, qui tombe sans conviction sur les façades de l’avenue de Paris et donne aux trottoirs cet éclat trouble.
Saison humide — Cinquième partie
Il avait plu toute la nuit. Une pluie régulière, obstinée, sans colère — pas un orage, pas un déluge, juste la mousson dans sa version la plus pure, la plus constante : un rideau d’eau continu qui tombait du ciel comme si le ciel avait décidé de se vider et n’avait fixé aucune date limite.
Saison humide — Quatrième partie
L’homme s’appelait Delvaux. Ou Devaux. Ou quelque chose comme ça — il marmonnait son nom dans sa barbe comme s’il n’y tenait plus, comme si le nom n’était qu’un vêtement usé qu’on porte encore par habitude.
Saison humide — Troisième partie
Ils prirent l’habitude des temples à midi. C’était l’heure morte de Luang Prabang, l’heure où la chaleur atteignait son paroxysme et où la ville entière se repliait sur elle-même comme un animal qui cherche l’ombre.







