Le Boucoléon
Palais des lions de mer. Constantinople au ras de l’eau
Le Boucoléon, palais des lions de mer
Constantinople au ras de l’eau — histoire d’une façade qui refuse de mourir
I. Trois fenêtres sur la Marmara
Il faut d’abord accepter de ne rien voir. C’est la condition d’entrée, le droit de passage. Celui qui longe la rive sud de la vieille Istanbul, sur cette avenue Kennedy où les voitures filent comme si la mer de Marmara n’existait pas, celui-là passe devant le Boucoléon sans le savoir. Un pan de muraille, trois grandes baies encadrées de marbre blanc, un appareil de briques rousses mangé par les figuiers sauvages, et derrière, le grondement régulier du train de banlieue. Rien n’indique qu’ici s’élevait, pendant sept siècles, la résidence maritime des empereurs de Byzance. Rien, sinon ces trois fenêtres qui regardent la mer avec l’obstination des aveugles.
Je me souviens de ma première rencontre avec cette ruine. Je descendais de Sultanahmet vers la mer, un peu au hasard, par ces ruelles de Kadırga où le linge sèche entre les balcons et où les enfants jouent au football contre des murs byzantins sans le savoir — ou en le sachant très bien, ce qui revient au même. J’avais dans ma poche un plan de la ville ancienne, un de ces plans reconstitués où Constantinople apparaît comme elle n’a jamais tout à fait été, avec ses forums, ses portiques, son Hippodrome intact. Et soudain, au détour de la voie ferrée, le mur. Haut, massif, percé de ces baies monumentales dont les linteaux de marbre semblaient avoir été posés la veille. Une porte murée. Des corbeaux de pierre en saillie, vestiges d’un balcon disparu. Et au pied du mur, là où clapotait autrefois un port impérial, l’asphalte, les glissières de sécurité, un arrêt de bus.
C’est cela, le Boucoléon : le plus ancien palais d’Istanbul, plus vieux que Topkapı de mille ans, et le plus invisible. Les guides l’expédient en trois lignes quand ils le mentionnent. Les touristes photographient Sainte-Sophie à huit cents mètres de là et ne descendront jamais jusqu’à lui. Il a fallu attendre ces toutes dernières années pour que la municipalité d’Istanbul entreprenne de le tirer de son sommeil, d’en faire un musée à ciel ouvert, de rendre aux Stambouliotes ce fragment de leur ville dont ils avaient oublié jusqu’au nom.
Ce nom, pourtant. Boukoleôn. Il roule dans la bouche comme un galet. Il faudra y revenir, car tout commence par lui — par un taureau et par un lion.
II. Le taureau et le lion
Les Byzantins aimaient que leurs lieux racontent des histoires, et quand les lieux n’en racontaient pas, ils leur en inventaient. Le Boucoléon tire son nom, dit la tradition, d’un groupe sculpté qui ornait le petit port aménagé au pied du palais : un lion terrassant un taureau. Bous, le bœuf ; leôn, le lion. Le combat éternel de la force souveraine et de la puissance domestiquée, planté là, face à la mer, comme une enseigne. Les navires qui approchaient de la capitale par la Propontide voyaient d’abord cela : un fauve de pierre dévorant sa proie, et derrière lui, étagée sur les murailles maritimes, la façade du palais impérial.
L’étymologie est peut-être fausse, comme le sont la plupart des belles étymologies. Certains érudits penchent pour une déformation de Boukolos, le bouvier, d’autres pour un nom propre oublié. Peu importe. La légende a gagné, comme toujours à Constantinople, ville où la légende gagne systématiquement contre l’archive, et c’est justice : une ville qui a inventé le récit de sa propre fondation par un Byzas mythique pouvait bien inventer le nom de ses palais.
Ce qui n’est pas une légende, ce sont les lions eux-mêmes. Car on les a retrouvés — du moins certains d’entre eux. Des lions de marbre, massifs, la crinière stylisée, la gueule entrouverte, qui gardaient l’escalier monumental descendant du palais vers le débarcadère impérial. Ils dorment aujourd’hui au Musée archéologique d’Istanbul, à quelques centaines de mètres de leur poste de garde millénaire, dans cette belle bâtisse ottomane où l’on conserve aussi le sarcophage dit d’Alexandre et les stèles funéraires de Sidon. Je suis allé les voir, un après-midi de canicule où le musée était presque vide. Ils ont cette expression particulière des fauves byzantins, ni tout à fait antique ni tout à fait médiévale, une férocité ornementale, apprivoisée par des siècles de cérémonies. On imagine les ambassadeurs perses, arabes, bulgares, russes, débarquant au pied de ces bêtes, levant les yeux vers la façade, et comprenant d’un coup, avant même d’avoir vu l’empereur, ce que Byzance voulait leur dire : ici, même les lions sont à notre service.
Le port lui-même a disparu. Comblé, asphalté, rendu à la terre. Il occupait cette bande étroite entre la muraille maritime et la mer, un bassin modeste — ce n’était pas un port de commerce, mais un embarcadère de prestige, réservé aux galères impériales, aux dromons de parade, aux barques dorées qui menaient le basileus vers les monastères du Bosphore ou les palais d’Asie. Quand on se tient aujourd’hui sur le trottoir de l’avenue Kennedy, on a les pieds, très exactement, sur l’eau morte du port du Boucoléon.
III. La maison d’Hormisdas
Avant d’être le palais des lions, le lieu fut la maison d’un exilé. L’histoire du Boucoléon commence par un prince perse en fuite — et cela aussi est une manière de programme, dans cette ville qui fut toujours le refuge et la prison des princes déchus de trois continents.
Hormisdas — Hormizd, pour lui rendre son nom sassanide — était un fils de roi. Frère cadet ou parent proche de Shapur II selon les sources, il fut emprisonné lors d’une querelle successorale dont l’Orient avait le secret, s’évada de sa forteresse grâce à une lime dissimulée dans un poisson par son épouse (la légende, encore, toujours, mais laissons-la faire son travail), et vint chercher asile auprès de Constantin, dans la Rome nouvelle qui sortait à peine de terre. On lui donna un quartier, sur la pente qui descend de l’Hippodrome vers la Propontide, un quartier qui prit son nom et le garda longtemps : ta Hormisdou, les terres d’Hormisdas. Le prince perse servit dans la cavalerie romaine, participa à l’expédition de Julien contre son propre pays natal, et disparaît de l’histoire sans qu’on sache où il est enterré. Mais son nom resta accroché à la colline, comme ces odeurs qui persistent dans une maison longtemps après le départ des habitants.
C’est là, sur les terres du Perse, que s’élève au début du Ve siècle la première résidence impériale maritime. On l’attribue traditionnellement à Théodose II, cet empereur bâtisseur de murailles qui régna quarante-deux ans sans presque jamais faire la guerre lui-même, et qui laissa à sa ville les remparts terrestres les plus formidables du monde antique. Le palais du rivage était le pendant maritime de cette œuvre défensive : une résidence posée sur la muraille de mer, l’habitant même de la fortification, comme si l’empereur avait voulu dormir à l’intérieur de son bouclier.
Puis vient Justinien — et avec lui, tout change d’échelle. Avant de monter sur le trône, le neveu de Justin résidait précisément là, dans la maison d’Hormisdas, avec Théodora. C’est de cette maison que le couple le plus improbable de l’histoire romaine — le paysan de Macédoine et l’ancienne actrice de l’Hippodrome — guettait le pouvoir. Devenu empereur, Justinien ne l’oublia pas : il agrandit la résidence, l’incorpora au Grand Palais, et fit bâtir juste à côté cette église des Saints-Serge-et-Bacchus que les Turcs appellent aujourd’hui Küçük Ayasofya, la petite Sainte-Sophie, coupole d’essai avant la grande, bijou octogonal qui survit intact à trois cents mètres de la ruine du palais. Un bloc de marbre portant le monogramme de Justinien se voyait encore, il y a peu, remployé près de l’entrée principale du Boucoléon — les restaurateurs ont prévu de le remettre à sa place d’origine. Seize siècles plus tard, l’empereur signe encore son mur.
IV. Théophile, ou la façade
Le Boucoléon que l’on voit aujourd’hui — ce qu’il en reste — n’est pourtant ni de Théodose ni de Justinien. Il est, pour l’essentiel, l’œuvre d’un empereur du IXe siècle que l’histoire a rangé parmi les iconoclastes et que l’architecture devrait ranger parmi les grands esthètes : Théophile, qui régna de 829 à 842.
Théophile est un personnage de roman. Dernier empereur iconoclaste, persécuteur des images et amoureux fou des formes, il mena contre le calife de Bagdad des guerres désastreuses tout en copiant avec passion l’architecture de ses ennemis. Ses ambassadeurs revenaient de la cour abbasside éblouis, et l’empereur, au lieu d’en concevoir du dépit, en concevait des palais. Il fit bâtir sur la rive asiatique du Bosphore une résidence à la manière arabe, le palais de Bryas, dont les chroniqueurs disent qu’elle reproduisait les demeures de Bagdad jusque dans leurs jardins. Voilà qui devrait faire méditer ceux qui imaginent les civilisations comme des blocs étanches : au IXe siècle, l’empereur très chrétien de Constantinople faisait construire des palais abbassides pour son plaisir personnel, pendant que ses théologiens anathémisaient l’islam. La frontière passait par les champs de bataille d’Anatolie ; elle ne passait pas par les jardins.
Au Boucoléon, Théophile fit édifier la grande façade maritime, posée directement sur la muraille de mer qu’on avait épaissie quelques décennies plus tôt. C’est ce mur, précisément, qui nous est parvenu : les trois baies monumentales aux encadrements de marbre, le balcon dont il ne reste que les consoles, la loggia d’où l’empereur regardait la Propontide. Il faut imaginer cette façade dans son état d’origine : les marbres polychromes, les colonnettes, les chapiteaux, la mer battant le pied de la muraille — car la mer, alors, venait jusqu’au mur, et les fenêtres du palais s’ouvraient directement sur l’eau, comme celles d’un palais vénitien avant Venise. Le balcon impérial surplombait le port aux lions. Par les soirs d’été, le basileus pouvait s’y tenir et voir passer les navires du monde entier, qui ralentissaient à hauteur du palais, non par obligation mais par stupeur.
Entre le IXe et le XIe siècle, le Boucoléon devient le cœur habité du Grand Palais. Il faut se représenter ce que fut le Grand Palais de Constantinople : non pas un bâtiment, mais une ville dans la ville, une acropole de pavillons, d’églises, de casernes, de terrasses, de cisternes et de jardins dévalant en gradins de l’Hippodrome à la mer, sur des hectares. Les empereurs, au fil des siècles, s’y déplaçaient comme des locataires perpétuels, abandonnant une aile pour une autre, laissant des quartiers entiers à la ruine pendant qu’ils en édifiaient de nouveaux. Au temps de la dynastie macédonienne, c’est au Boucoléon qu’ils vivent — dans la partie la plus méridionale, la plus maritime du complexe, là où l’air est le meilleur et la vue la plus vaste. Le reste du Grand Palais devient peu à peu un décor de cérémonie, un théâtre qu’on ouvre pour les grandes occasions. Le Boucoléon, lui, est la maison.
V. La chambre des reliques
Une maison, mais une maison sacrée. Car le Boucoléon abritait, outre les empereurs, ce que Byzance possédait de plus précieux : les insignes impériaux et les grandes reliques de la chrétienté.
Tout près de la façade maritime s’élevait l’église de la Vierge du Phare — Théotokos tou Pharou — ainsi nommée parce qu’elle voisinait avec le fanal qui guidait les navires vers le port impérial. La tour du Phare existe encore, mutilée, accolée à la ruine ; les restaurateurs travaillent aujourd’hui à consolider ses façades. L’église, elle, a disparu corps et biens, et c’est une des grandes disparitions de l’histoire de l’art, car cette chapelle palatine de dimensions modestes fut, pendant trois siècles, le plus grand reliquaire du monde. On y vénérait la Couronne d’épines, des fragments de la Vraie Croix, la Sainte Lance, le Mandylion d’Édesse — cette image du Christ « non faite de main d’homme » que l’empereur Romain Lécapène avait fait transférer d’Édesse en 944, au terme d’une expédition militaire dont la relique était l’unique objectif. Une armée entière pour un morceau de tissu : voilà Byzance.
L’accès à la chapelle était strictement contrôlé — on n’entrait pas chez l’empereur comme dans une église de quartier — et pourtant les sources laissent deviner que des pèlerins, des privilégiés, des ambassadeurs obtenaient parfois la faveur d’une visite. Les récits des voyageurs russes, des clercs latins, des émissaires arabes qui purent approcher les reliques du Phare ont tous le même ton : celui de l’homme qui a vu le centre du monde et qui ne sait pas comment le dire. Robert de Clari, le petit chevalier picard qui participa au sac de 1204, énumère les merveilles de la chapelle avec une stupéfaction de paysan à la foire, et son inventaire émerveillé est devenu l’un des documents majeurs sur ce trésor — dressé, ironie cruelle, au moment même où on le dispersait.
Car tout cela finira à Paris, à Venise, dans les trésors d’église de la France et de l’Italie. La Couronne d’épines, vendue par l’empereur latin Baudouin II à saint Louis, arrivera en 1239 en France, où on lui bâtira le plus somptueux des écrins : la Sainte-Chapelle. La Sainte-Chapelle de Paris est, très exactement, la fille de la chapelle du Boucoléon — sa réplique fonctionnelle, son héritière, presque son remords. Quand vous faites la queue sur l’île de la Cité pour admirer les verrières, songez que vous visitez le fantôme parisien d’une église d’Istanbul dont il ne reste pas une pierre.
VI. La nuit de décembre 969
Mais le Boucoléon n’est pas seulement un palais de cérémonies et de reliques. C’est aussi une scène de crime — l’une des plus célèbres du millénaire byzantin. Et il faut raconter cette nuit-là, parce qu’elle dit tout du lieu : sa splendeur, sa paranoïa, et cette façon qu’avait Byzance de mêler le sublime et l’abject dans les mêmes chambres.
Nicéphore II Phocas était le plus grand soldat de son temps. Vainqueur des Arabes en Crète, en Cilicie, en Syrie, reconquérant d’Antioche, il avait rendu à l’Empire des provinces perdues depuis trois siècles. Les chroniqueurs arabes eux-mêmes l’appelaient avec effroi « la mort pâle des Sarrasins ». Devenu empereur en 963, il avait épousé Théophano, la veuve — jeune, belle et redoutée — de son prédécesseur. Mais Nicéphore était un moine sous l’armure : ascète, dormant sur une peau de panthère à même le sol, portant le cilice, rêvant de finir ses jours au Mont Athos dont il avait financé la grande Laure. L’impératrice s’ennuya. L’histoire est vieille comme les palais.
Nicéphore se savait haï — par le peuple qu’écrasaient ses impôts de guerre, par le clergé dont il voulait limiter les biens, par l’aristocratie qu’il brutalisait. En 969, précisément, il fit entourer le Boucoléon d’une nouvelle enceinte fortifiée, transformant le palais du rivage en citadelle personnelle. On raconte qu’un soir, une main anonyme lui fit passer un billet : « Sire, tu as beau bâtir des murs hauts comme le ciel ; si le mal est dedans, la ville est prenable. » Le mal était dedans. Il s’appelait Jean Tzimiskès, neveu de l’empereur, brillant général disgracié, et il était l’amant de Théophano.
La nuit du 10 au 11 décembre 969, par une tempête de neige, une barque s’approcha de la muraille maritime du Boucoléon. À son bord, Tzimiskès et une poignée de conjurés. Des complices — les servantes de l’impératrice, dit-on — descendirent une corbeille le long du mur, et l’on hissa les assassins un par un dans le gynécée. Théophano avait laissé ouverte la porte de la chambre impériale. Nicéphore dormait sur le sol, sur sa peau de bête, comme à son habitude. Les conjurés, ne le trouvant pas dans le lit, crurent un instant au piège et faillirent fuir. Puis on le découvrit, endormi dans son coin d’ascète. Ce qui suivit fut long et hideux : réveillé à coups d’épée, le visage ouvert, traîné aux pieds de Tzimiskès qui l’insulta, lui arracha la barbe et lui brisa les dents avant de l’achever. La tête de l’empereur fut montrée à une fenêtre pour décourager la garde ; son corps attendit tout un jour dans la neige avant qu’on l’enterrât à la sauvette aux Saints-Apôtres.
Sur son sarcophage, un poète grava plus tard une épitaphe devenue proverbiale : il avait tout vaincu, sauf une femme. Théophano, du reste, fut la grande perdante de sa propre conspiration : Tzimiskès, pour se faire couronner, dut apaiser le patriarche, qui exigea le châtiment des coupables — et l’amant exila l’amante. La corde qui avait hissé les assassins le long du mur du Boucoléon avait hissé, en somme, l’ordre nouveau tout entier, moins celle qui l’avait nouée.
Quand on longe aujourd’hui la façade du palais, on cherche malgré soi la fenêtre. On ne la trouvera pas — le gynécée a disparu avec le reste — mais le mur est là, et la mer aussi, et par les nuits de décembre où le vent du sud rabat les embruns sur l’avenue Kennedy, il n’est pas très difficile d’entendre grincer une corbeille le long de la pierre.
VII. Le théâtre de la mer
Il faut maintenant remonter le temps de quelques années et changer d’éclairage, car le Boucoléon ne fut pas seulement une chambre à coucher tragique. Il fut, avant tout, une machine à produire de la majesté — et cette machine avait la mer pour scène.
Nous connaissons le fonctionnement de ce théâtre grâce à un livre extraordinaire, le Livre des cérémonies compilé au Xe siècle sous Constantin VII Porphyrogénète, cet empereur lettré qui préférait les bibliothèques aux champs de bataille et qui consigna, avec une minutie d’entomologiste, le moindre geste du protocole impérial. On y voit le basileus quitter le palais par l’escalier des lions, s’embarquer sur la galère impériale tendue de pourpre, gagner par mer les sanctuaires de la rive ou les palais de plaisance du Bosphore. Chaque déplacement est une liturgie : les acclamations des dèmes, les chants, les stations, les changements de vêtements. L’empereur byzantin ne voyage pas, il processionne — et le Boucoléon est son portail maritime, le point exact où la majesté terrestre se change en majesté flottante.
C’est par là que passent aussi les hôtes de marque, et le XIIe siècle offre à cet égard deux scènes remarquables. En 1161, Kılıç Arslan II, sultan seldjoukide de Roum, séjourne à Constantinople — l’ennemi héréditaire reçu en grande pompe, promené de merveille en merveille par Manuel Comnène qui entendait l’écraser de splendeur puisqu’il n’avait pu l’écraser sur le terrain. Le Boucoléon servit de cadre à ces rencontres où la diplomatie byzantine donnait sa pleine mesure : ne jamais montrer sa force, montrer son décor. Dix ans plus tard, en 1171, c’est Amaury, roi de Jérusalem, qui vient en personne solliciter l’alliance de l’Empire — un roi croisé descendant l’escalier aux lions, s’inclinant devant le basileus dans les salles du palais du rivage. Et entre les deux, en 1166, Manuel y réunit un concile pour trancher une querelle théologique sur la parole « le Père est plus grand que moi » : les décisions furent gravées sur des plaques de pierre, dont certaines, retrouvées, ont fini elles aussi au musée. Palais de la guerre, palais de la foi, palais du protocole : au Boucoléon, tout finit gravé dans le marbre, puis tout finit au musée.
Il y a pourtant, dès cette époque, une fêlure dans le décor. Depuis Alexis Comnène, à la fin du XIe siècle, les empereurs ont pris l’habitude de résider aux Blachernes, à l’autre bout de la ville, dans l’angle nord-ouest des murailles, près de la Corne d’Or. Les raisons sont pratiques — la proximité des terrains de chasse, la modernité des bâtiments — mais le symbole est immense : le centre de gravité de l’Empire quitte la mer. Le Grand Palais, et le Boucoléon avec lui, entame alors sa longue carrière de monument : on l’entretient, on y célèbre, on y loge les hôtes, mais on n’y vit plus. Les palais meurent ainsi, non par la ruine, mais par la cérémonie : le jour où l’on n’y fait plus que des visites, ils sont déjà des musées.
VIII. 1204, ou les dames dans la tour
Puis vient avril 1204, et la plus grande catastrophe de l’histoire de Constantinople avant la dernière — le sac de la ville par les croisés de la quatrième croisade, ces pèlerins partis délivrer Jérusalem et qui, de détournement en détournement, de dette vénitienne en querelle dynastique byzantine, finirent par prendre d’assaut la plus grande ville chrétienne du monde.
Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne et chroniqueur de l’expédition, raconte la scène qui nous concerne. Tandis que la ville brûle et que les croisés se répandent dans les rues, Boniface de Montferrat, chef nominal de la croisade, pique droit vers le rivage : il chevauche le long de la mer jusqu’au palais de Boucoléon, qui se rend à lui à condition que la vie de ses occupants soit épargnée. Et là, dans la citadelle du rivage, il trouve ce que la panique y avait rassemblé : les grandes dames de l’Empire, réfugiées dans le palais le mieux fortifié de la ville. Parmi elles, deux impératrices — Agnès de France, sœur du roi Philippe Auguste, mariée enfant à Constantinople et deux fois veuve d’empereurs ; et Marguerite de Hongrie, fille du roi Béla III, veuve de l’empereur Isaac l’Ange. Quant au trésor trouvé dans le palais, Villehardouin renonce à le décrire : il y en avait trop, dit-il en substance, pour qu’on pût le compter.
Ce qui suit tient du roman courtois greffé sur le pillage : Boniface de Montferrat, quinquagénaire, épouse dans la foulée Marguerite de Hongrie, la jeune impératrice trouvée dans le palais conquis. On peut lire cette union comme un calcul politique — elle l’était — mais les contemporains y virent aussi le geste symbolique par excellence : prendre le palais, prendre l’impératrice, prendre la légitimité. Le Boucoléon fonctionnait, jusque dans sa chute, comme une machine à produire de la souveraineté.
La chapelle du Phare, elle, fut mise en coupe réglée. Les reliques partirent par vagues, vendues, données, volées, authentifiées par des clercs qui savaient très bien qu’ils légalisaient un pillage. C’est le plus grand transfert de sacré de l’histoire européenne : la Couronne d’épines vers Paris, des fragments de la Croix vers cent trésors d’églises, le Mandylion vers une destination qui se perd — certains disent Paris, d’où il aurait disparu à la Révolution, d’autres le cherchent encore. Byzance avait concentré le sacré en un seul point du monde, une chapelle au bord de la Marmara ; la quatrième croisade le pulvérisa sur toute la carte de l’Occident. La Sainte-Chapelle, les trésors de Venise, vingt cathédrales de France et d’Italie sont les éclats de cette déflagration.
Pendant le demi-siècle de l’Empire latin — 1204–1261 —, le Boucoléon servit de résidence aux empereurs francs de Constantinople, ces souverains fantomatiques qui régnaient sur une ville exsangue dont ils vendaient les toits de plomb pour payer leurs soldats. Baudouin II, le dernier d’entre eux, en fut réduit à mettre en gage la Couronne d’épines chez les Vénitiens ; saint Louis la racheta. Quand on en est à vendre les reliques de sa propre chapelle palatine, c’est que l’histoire est finie ; elle le fut en 1261, quand les troupes de Michel VIII Paléologue reprirent la ville presque sans combat.
IX. L’araignée dans le palais des Césars
On pourrait croire que la reconquête byzantine rendit vie au vieux palais. C’est le contraire qui advint. Michel VIII et ses successeurs s’installèrent aux Blachernes, définitivement, et le Grand Palais — trop vaste, trop dégradé par les Latins, trop coûteux pour un empire ruiné — fut abandonné à son sort. Pendant les deux derniers siècles de Byzance, le plus grand ensemble palatial du monde médiéval se défit lentement, pavillon par pavillon, toiture par toiture. On y prenait des matériaux ; les jardins retournaient à la broussaille ; des quartiers entiers de la ville, dépeuplée par les pestes et les guerres civiles, redevenaient des champs. Les derniers empereurs, dit-on, n’avaient plus les moyens d’entretenir ne serait-ce que les salles où l’on couronnait leurs ancêtres.
Le 29 mai 1453, Mehmed II entre dans Constantinople conquise. Le jeune sultan — il a vingt et un ans — parcourt la ville dans les jours qui suivent, et les chroniqueurs rapportent qu’il visita les ruines du Grand Palais. Devant les salles éventrées, les cours envahies d’herbe, il aurait murmuré les vers d’un poète persan : l’araignée tisse ses rideaux dans le palais des Césars, la chouette sonne la relève sur les tours d’Afrasiab. L’anecdote est peut-être arrangée — elle l’est sans doute, comme tout ce qui est trop beau — mais elle dit une vérité profonde : le conquérant de Constantinople trouva le palais des empereurs déjà mort, et il eut, devant cette mort, le réflexe non du vainqueur mais du poète. Mehmed, du reste, ne s’installa pas dans les ruines : il bâtit son propre palais, puis un second — Topkapı — sur la première colline, à l’endroit exact de l’acropole de l’antique Byzance. Le cycle recommençait ailleurs.
Le Boucoléon, lui, entra dans sa nuit ottomane. Le quartier prit le nom de Çatladıkapı, « la porte fendue » — d’après une poterne de la muraille maritime lézardée par un tremblement de terre, et il y a quelque chose de juste à ce qu’un palais d’empereurs finisse sous le patronage d’une fissure. Des maisons de bois s’adossèrent à la façade de Théophile, s’y incrustèrent, y percèrent leurs fenêtres ; les grandes baies de marbre servirent de murs porteurs à des logis de pêcheurs. Les voyageurs européens du XVIIIe et du XIXe siècle, Grand Tour en poche, venaient chercher là leur frisson de décadence : Pierre Gilles au XVIe siècle déjà, puis les autres, dessinateurs et photographes, s’arrêtaient devant ce mur où des consoles de marbre soutenaient du linge qui séchait. Le photographe français Pierre Trémaux fixa vers le milieu du XIXe siècle la façade centrale encore debout — image précieuse entre toutes, car ce qu’il photographiait allait disparaître.
X. Le train contre le palais
Car le pire ennemi du Boucoléon ne fut ni le croisé, ni le tremblement de terre, ni le pêcheur squatteur. Ce fut le progrès — et le progrès, dans les années 1870, avait la forme d’une locomotive.
L’Empire ottoman finissant voulait son chemin de fer, et l’Europe voulait le lui vendre. La ligne de Roumélie, qui devait relier Constantinople à l’Europe centrale — l’ancêtre direct de l’Orient-Express —, exigeait une pénétrante jusqu’au cœur de la vieille ville, jusqu’à la pointe du Sérail où l’on bâtirait la gare de Sirkeci. Le tracé retenu longeait la rive de Marmara, au ras des murailles maritimes. Il fallait passer ; le passé était sur le chemin ; on coupa dans le passé. Le sultan Abdülaziz, à qui l’on faisait remarquer que la voie traverserait les jardins de ses propres palais du rivage, aurait répondu que le chemin de fer pouvait bien lui passer sur le dos, pourvu qu’il se fît. Boutade de souverain moderne — et arrêt de mort pour ce qui restait du palais des empereurs.
Au début des années 1870, les terrassiers de la ligne éventrèrent le site. La partie occidentale de la façade de Théophile, celle-là même que Trémaux avait photographiée, fut démolie vers 1873 pour laisser passer les rails ; seule la section orientale — nos trois fenêtres — resta debout, épargnée moins par scrupule que par hasard de tracé. Les trains passèrent, et passent encore : la ligne de banlieue, puis aujourd’hui les rames modernes, circulent à quelques mètres derrière la façade, dans ce qui fut les salles du palais. Il y a une ironie ferroviaire assez vertigineuse à songer que les voyageurs de l’Orient-Express, ce train-palace, cette machine à fantasmes orientalistes, faisaient leur entrée triomphale dans Istanbul en traversant le cadavre du plus ancien palais de la ville — et que pas un sur mille ne le savait.
Le XXe siècle acheva le travail à sa manière, qui fut paradoxale. En 1912, un grand incendie ravagea le quartier de Çatladıkapı et dévora les maisons de bois incrustées dans la ruine ; le feu, en détruisant le quartier, dénuda le monument. Les archéologues purent enfin voir le mur — et le voir, c’est le comprendre. L’entre-deux-guerres fut le moment des savants : Ernest Mamboury, ce Suisse d’Istanbul, professeur et topographe obstiné, arpenta le site, le dessina, le publia, et c’est sur ses relevés que reposent encore aujourd’hui la plupart des reconstitutions du palais. Les fouilles du Walker Trust britannique, dans les années 1930 et 1950, exhumèrent un peu plus haut les mosaïques prodigieuses du Grand Palais — chasses, griffons, enfants jouant — qu’on peut voir aujourd’hui au musée des Mosaïques, derrière la Mosquée bleue. Mais le Boucoléon lui-même resta ce qu’il était devenu : un mur au bord d’une voie ferrée, envahi de figuiers, ceint de grillage, où dormaient les chats et parfois les hommes.
Puis, dans les années 1950, on gagna sur la mer. Les grands remblais du littoral et le percement de l’avenue côtière — cette Kennedy Caddesi que l’on doit à l’ère Menderes, quand Istanbul se rêvait en métropole automobile — repoussèrent le rivage à cent mètres du mur. Le palais maritime cessa d’être maritime. Les fenêtres de Théophile, bâties pour s’ouvrir sur l’eau, s’ouvrent depuis sur six voies de circulation. C’est peut-être la plus cruelle des métamorphoses : on avait tué le palais, on tuait maintenant sa raison d’être, qui était la mer.
XI. La ruine qui se relève
Et puis, contre toute attente, le vent tourna. En 2018, la municipalité métropolitaine d’Istanbul annonça un projet de restauration du Boucoléon, dans le cadre de son programme de sauvegarde du patrimoine ; le projet prévoyait de faire du site un musée à ciel ouvert, avec cheminement de bois pour les visiteurs, retrait des grillages au profit de grilles en fer forgé, nettoyage des marbres, consolidation des maçonneries, remise en place du bloc au monogramme de Justinien, et traitement des façades de la tour du Phare, complétées en pierre de taille dans le respect des formes d’origine. Le chantier, conduit par le département de conservation du patrimoine culturel de la municipalité sous la supervision d’un comité scientifique dirigé par le byzantiniste Engin Akyürek, s’ouvrit au tournant des années 2020, avec un principe affiché d’intervention minimale.
Et le sol se mit à parler. En 2021, les archéologues mirent au jour une fontaine byzantine dans l’emprise du palais ; les fouilles révélèrent des môles, des colonnes richement ornées, tout un appareillage monumental qui confirmait ce que les textes laissaient entendre : le débarcadère du Boucoléon était une scénographie totale, un parcours cérémoniel où l’empereur, arrivant de la mer, traversait une cour à coupole entre deux haies de soldats avant de pénétrer dans le palais. Chose rare et réjouissante, la municipalité ouvrit le chantier aux curieux : des visites furent organisées sur place, où les Stambouliotes pouvaient interroger les archéologues au travail. Après des décennies d’abandon, le vieux palais redevenait ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être — un lieu public, au sens le plus noble.
Il faut dire un mot de ce que ce chantier signifie, au-delà des pierres. Istanbul entretient avec son passé byzantin une relation compliquée, faite de fierté, d’embarras et de longues amnésies ; l’héritage ottoman a ses palais rutilants, Topkapı, Dolmabahçe, ses files de visiteurs et ses boutiques de souvenirs ; l’héritage byzantin, hors Sainte-Sophie et Kariye, a longtemps eu les terrains vagues. Qu’une municipalité consacre des années et des budgets à relever un palais d’empereurs chrétiens, qu’elle restaure dans le même mouvement les murailles théodosiennes, qu’elle revendique la ville « multidimensionnelle » dans toute son épaisseur historique — cela n’a rien d’anodin. Les restaurations sont toujours des discours. Celle du Boucoléon dit à peu près ceci : cette ville a mille six cents ans de palais, et ils sont tous à elle.
XII. Marcher au Boucoléon
Reste à dire comment on y va, et ce qu’on y éprouve — car cet article est aussi, qu’on me pardonne, une invitation.
De Sultanahmet, descendez vers le sud-ouest, vers Küçük Ayasofya. Visitez d’abord la petite Sainte-Sophie, l’église de Justinien devenue mosquée, pour vous mettre l’œil et l’âme en état : sous sa coupole octogonale, dans la fraîcheur des marbres, vous êtes déjà, techniquement, dans l’orbite du palais — Serge et Bacchus était l’église de la maison d’Hormisdas. Puis passez sous la voie ferrée, gagnez le rivage, et longez la muraille vers l’est. La façade est là, entre la ligne de chemin de fer et l’avenue : les trois baies, les consoles du balcon, la porte de mer murée, la tour du Phare en retrait. Selon l’avancement des travaux, vous verrez les échafaudages, les cheminements neufs, ou déjà le musée à ciel ouvert achevé ; mais même en chantier, même de derrière une palissade, le mur produit son effet, qui est un effet de temps pur.
Choisissez la fin d’après-midi. La façade regarde le sud : c’est l’heure où le soleil descendant sur la Marmara frappe les marbres de biais et rend aux encadrements des fenêtres leur blancheur d’origine. Les cargos passent au large, à l’ancre ou en route vers le Bosphore, exactement là où passaient les dromons. Un train de banlieue franchit le site dans un long feulement métallique — et ce train, qui fut l’assassin du palais, en est devenu malgré lui le dernier habitant, la seule chose vivante qui traverse encore ses salles. Il y a des chats, évidemment. Il y a des pêcheurs à la ligne le long de l’avenue, héritiers sans le savoir des pêcheurs qui nichaient dans la ruine. Il y a, si vous avez de la chance, personne d’autre que vous.
Alors regardez les trois fenêtres, et faites l’exercice auquel ce lieu oblige : remontez. Retirez l’avenue, rendez l’eau au pied du mur. Posez les lions de part et d’autre de l’escalier. Remettez le balcon sur ses consoles, les marbres polychromes sur la brique, la galère pourpre à quai. Mettez Théophile à la fenêtre, regardant venir de Bagdad des idées d’architecture ; Nicéphore endormi sur sa peau de panthère pendant que la neige tombe sur la mer ; Théophano guettant une barque ; Boniface de Montferrat poussant son cheval le long du rivage ; Mehmed murmurant du persan dans les gravats ; Trémaux sous son voile noir de photographe ; les terrassiers de 1873 ; l’incendie de 1912 ; Mamboury et son carnet ; les archéologues de 2021 dégageant une fontaine. Tout cela tient dans un mur de cent mètres.
XIII. l’éloge des façades
On m’objectera qu’il ne reste presque rien, et c’est vrai. Un byzantiniste le disait joliment : c’est comme si l’on avait lu tous les livres sur Topkapı sans jamais rien en voir que quelques tristes ruines. Du Boucoléon, nous ne savons au fond que ce que disent les textes ; la façade est un index qui pointe vers un livre disparu. Mais je finis par croire que c’est précisément pour cela qu’il faut y aller. Les monuments intacts nous dispensent d’imaginer ; ils font le travail à notre place, et l’on en sort repu et vide. Les façades seules, elles, nous mettent au travail. Le Boucoléon appartient à cette famille de lieux — le mur du temple à Jérusalem, les colonnes seules dans les campagnes grecques, les portails sans église — qui n’offrent qu’un fragment et exigent le reste.
Constantinople fut la ville des palimpsestes ; j’ai raconté ailleurs ses églises devenues mosquées, ses mosquées redevenues musées, ses musées redevenus mosquées. Le Boucoléon est un palimpseste plus radical encore, puisque presque toutes les écritures s’y sont effacées : maison d’un prince perse, palais d’un empereur romain, reliquaire de la chrétienté, scène d’assassinat, butin de croisés, carrière de pierres, bidonville de bois, tranchée ferroviaire, terrain vague — et maintenant, musée à ciel ouvert, dernière couche, la nôtre, qui consiste à donner à voir toutes les autres. Il aura fallu mille six cents ans pour que ce mur trouve sa fonction définitive, qui est de se souvenir.
Le soir tombait quand j’ai quitté le rivage, la dernière fois. Derrière moi, un train passait dans le palais. Devant, la Marmara prenait cette couleur d’étain que Bouvier aimait tant, celle des fins de journée qui ne concluent rien. Les trois fenêtres, dans mon dos, continuaient de regarder la mer — et je me suis dit qu’elles avaient raison, qu’elles avaient toujours eu raison : quand on a vu passer les dromons, les croisés, les sultans, les locomotives et les autoroutes, on peut bien attendre encore. Les lions, eux, sont au musée. Mais le taureau et le lion du vieux port, le combat de pierre qui donna son nom au palais, personne ne les a jamais retrouvés. Ils sont quelque part sous l’asphalte de l’avenue Kennedy, ou au fond de la Marmara, ou nulle part — c’est-à-dire partout où l’on prononce encore leur nom. Bous, leôn. Boukoleôn. Le nom aura survécu à tout, comme toujours. C’est le propre des villes très anciennes : à la fin, il ne reste que les noms.
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