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Le Mont Athos

Mille ans de répu­blique monastique

Le Mont Athos : mille ans de répu­blique monastique

 

Le canal de Xerxès

À Nea Roda, au fond du golfe, la route tra­verse une bande de terre si basse et si plate qu’on la fran­chit sans y pen­ser. Deux kilo­mètres de roseaux, de sel et de ter­rains vagues, des poteaux élec­triques, quelques serres. C’est l’isthme qui rat­tache la pres­qu’île de l’A­thos au reste de la Chal­ci­dique, et c’est ici qu’en 483 avant notre ère les ingé­nieurs de Xerxès ont creu­sé un canal pour évi­ter à sa flotte le contour­ne­ment du cap.

Héro­dote raconte l’af­faire avec la pré­ci­sion d’un homme qui a vu les lieux et le mépris d’un Grec pour la déme­sure perse : trois ans de tra­vaux, des équipes rele­vées par le fouet, un canal assez large pour que deux tri­rèmes puissent y ramer de front, et cette remarque en forme de haus­se­ment d’é­paules — Xerxès aurait pu faire tirer ses navires sur des rou­leaux à tra­vers l’isthme, mais il vou­lait un canal, pour la gran­deur et pour le souvenir.

Pen­dant vingt-cinq siècles on a tenu le récit pour une exa­gé­ra­tion d’é­cri­vain. Les pros­pec­tions géo­phy­siques menées à par­tir des années 1990 par une équipe anglo-grecque ont retrou­vé le fos­sé sous les allu­vions : une tran­chée d’une tren­taine de mètres de large, col­ma­tée assez vite après l’ex­pé­di­tion, mais réel­le­ment creu­sée, réel­le­ment navi­gable. Héro­dote avait rai­son, ce qui lui arrive plus sou­vent qu’on ne le dit.

La rai­son de tout ce tra­vail était vieille de neuf ans. En 492, la flotte de Mar­do­nios, qui lon­geait la côte pour atta­quer la Grèce par le nord, avait été prise par un vent du nord-est au large de l’A­thos et jetée contre les falaises. Héro­dote parle de trois cents navires per­dus et de vingt mille hommes, chiffres qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre, mais l’é­vé­ne­ment est cer­tain : les récifs du cap, les rafales qui tombent du mas­sif, l’ab­sence de mouillage sur trente kilo­mètres de côte sud. La mon­tagne avait man­gé une armée.

Quand on remonte la pres­qu’île en bateau depuis Oura­nou­po­li, on com­prend le pro­blème sans avoir besoin d’un manuel de navi­ga­tion. La côte est raide, boi­sée jus­qu’à la mer, entaillée de ravins sans plages. Les monas­tères appa­raissent à inter­valles, posés sur des replats ou accro­chés aux rochers, cha­cun avec sa petite jetée et son han­gar à barques, et l’on met plu­sieurs heures à com­prendre qu’il n’y a rien d’autre : pas de vil­lage, pas de port, pas de route qui vien­drait du conti­nent. À l’ex­tré­mi­té sud, le pic se lève d’un coup à 2 033 mètres, marbre gris et cal­caire, sans contre­fort ni gla­cis, avec cette manière bru­tale qu’ont cer­taines mon­tagnes grecques de sor­tir de l’eau comme si le relief avait été cou­pé au couteau.

Il faut ajou­ter à cela une der­nière anec­dote, parce qu’elle dit quelque chose du rap­port que les hommes ont entre­te­nu avec ce mor­ceau de rocher. Un archi­tecte — Vitruve l’ap­pelle Dino­crate, Plu­tarque le nomme Sta­si­crate — aurait pro­po­sé à Alexandre de sculp­ter l’A­thos tout entier à son effi­gie : le conqué­rant assis, tenant dans une main une ville de dix mille habi­tants, dans l’autre une vasque où vien­draient se déver­ser les tor­rents de la mon­tagne. Alexandre aurait refu­sé, en deman­dant si la ville aurait des terres pour se nour­rir. L’his­toire est pro­ba­ble­ment inven­tée, comme la plu­part des anec­dotes sur Alexandre, mais elle a la ver­tu de résu­mer trois mille ans d’at­ti­tude à l’é­gard du lieu : on a vou­lu le per­cer, le contour­ner, le tailler, le trans­for­mer en autre chose que lui-même. Ce qui a fini par s’y ins­tal­ler et par y durer est venu d’une tout autre direction.

Des ermites et un par­che­min de chèvre

Le pre­mier docu­ment connu qui concerne les moines de l’A­thos n’est pas un texte de spi­ri­tua­li­té. C’est un chry­so­bulle de Basile Ier, daté de 883, qui inter­dit aux fonc­tion­naires impé­riaux et aux ber­gers de Hié­ris­sos de faire paître leurs trou­peaux sur la pres­qu’île et de moles­ter les ascètes qui s’y trouvent. L’acte fon­da­teur de la Sainte Mon­tagne est un règle­ment de conflit de pâturage.

On ne sait presque rien de ces pre­miers occu­pants. La tra­di­tion les fait venir d’É­gypte et de Syrie, chas­sés par la conquête arabe ; d’autres récits invoquent la crise ico­no­claste, qui a effec­ti­ve­ment jeté sur les routes des com­mu­nau­tés entières de moines. Aucune de ces expli­ca­tions ne repose sur des sources contem­po­raines. Ce qui est sûr, c’est qu’au IXe siècle des hommes vivaient là, dis­per­sés dans les ravins, assez nom­breux pour que l’ad­mi­nis­tra­tion byzan­tine juge utile de légi­fé­rer à leur sujet, et assez orga­ni­sés pour qu’un siècle plus tard on trouve à Karyès, au centre de la pres­qu’île, un res­pon­sable élu que les textes appellent le Pro­tos, le premier.

Ces ermites vivaient de très peu : des châ­taignes, des herbes, un peu de pois­son, les aumônes des bateaux de pas­sage. Ils s’é­ta­blis­saient par deux ou trois autour d’un ancien, chan­geaient de cabane quand le voi­si­nage deve­nait trop dense, des­cen­daient à Karyès pour les grandes fêtes et pour vendre le pro­duit de leur tra­vail manuel. Le mot grec lavra désigne exac­te­ment cela : une ruelle, un cha­pe­let de cel­lules le long d’un sen­tier, une com­mu­nau­té sans mur ni règle écrite.

En 963, un homme change tout. Atha­nase, né à Tré­bi­zonde, orphe­lin éle­vé à Constan­ti­nople où il a fait une car­rière de pro­fes­seur brillante avant de rompre avec le monde, arrive sur la mon­tagne avec l’argent d’un ami deve­nu empe­reur. Nicé­phore Pho­cas venait de reprendre la Crète aux Arabes et de ceindre la cou­ronne ; il avait pro­mis de venir finir ses jours en moine auprès d’A­tha­nase, pro­messe qu’il n’a jamais tenue mais qu’il a payée en or. Avec cet or, Atha­nase construit la Grande Lavra : un mur d’en­ceinte, une église à cou­pole, un réfec­toire, un aque­duc, une tour. Une ins­ti­tu­tion, avec des comptes, un règle­ment, des horaires, un jar­din, des mules.

Les ermites l’ont très mal pris. Ils sont allés se plaindre à Constan­ti­nople que cet intrus construi­sait des bâti­ments somp­tueux, impor­tait des bœufs de labour et trans­for­mait le désert en exploi­ta­tion agri­cole — ce qui, à peu de chose près, était vrai. Jean Tzi­mis­kès, qui avait assas­si­né Nicé­phore pour prendre sa place, a tran­ché en 972 par un règle­ment que l’on appelle depuis le Tra­gos, « le bouc », parce qu’il est écrit sur une grande peau de chèvre. Le docu­ment existe tou­jours. Il est conser­vé au Pro­ta­ton de Karyès, rou­lé, noir­ci, por­tant les signa­tures des supé­rieurs de l’é­poque — le plus ancien texte consti­tu­tion­nel d’Eu­rope encore déte­nu par l’ins­ti­tu­tion qu’il régit.

Le Tra­gos est un com­pro­mis, et il l’est res­té. Il recon­naît les deux formes de vie, l’er­mite et le céno­bite, le soli­taire et le com­mu­nau­taire. Il confirme l’au­to­ri­té du Pro­tos et l’as­sem­blée de Karyès. Il fixe des limites au déve­lop­pe­ment maté­riel — inter­dic­tion des grands bateaux, contrôle des ventes de bois — que les monas­tères pas­se­ront ensuite mille ans à contour­ner. Un typi­kon ulté­rieur, pro­mul­gué par Constan­tin IX Mono­maque vers 1045, ajoute les dis­po­si­tions qui frappent le plus les visi­teurs modernes : inter­dic­tion du ter­ri­toire aux femmes, aux eunuques, aux ado­les­cents imberbes et aux ani­maux femelles. C’est l’ava­ton, la clause de non-entrée, encore en vigueur aujourd’­hui et sanc­tion­née par le droit grec.

L’in­ter­dit n’est pas une inven­tion atho­nite. On le trouve dans d’autres domaines monas­tiques byzan­tins, et il découle d’une logique simple : dans une com­mu­nau­té d’hommes qui ont fait vœu de chas­te­té, l’ab­sence phy­sique de la ten­ta­tion vaut mieux que la lutte contre elle. Ce qui dis­tingue l’A­thos, ce n’est pas la règle, c’est sa sur­vie. Par­tout ailleurs les clauses de ce genre sont tom­bées avec les ins­ti­tu­tions qui les por­taient. Ici la cou­tume a tra­ver­sé la conquête otto­mane, l’an­nexion grecque, la Consti­tu­tion de 1975 et l’en­trée dans la Com­mu­nau­té euro­péenne, dont l’acte d’adhé­sion de la Grèce, en 1981, com­porte une décla­ra­tion com­mune qui recon­naît expli­ci­te­ment le sta­tut spé­cial de la Mon­tagne. Il faut avoir en tête cette phrase glis­sée dans un trai­té euro­péen, entre deux articles sur les tarifs doua­niers, pour mesu­rer ce que le mot longue durée veut dire ici.

Vingt mai­sons

L’ar­chi­tec­ture ins­ti­tu­tion­nelle de l’A­thos s’est fixée len­te­ment puis n’a plus bou­gé. Vingt monas­tères sou­ve­rains, ni plus ni moins, dans un ordre hié­rar­chique immuable qui com­mence par la Grande Lavra et se ter­mine par Kons­ta­mo­ni­tou. Le der­nier admis, Sta­vro­ni­ki­ta, date de 1541 ; depuis, la liste est close. On peut fon­der une skite, une cel­lule, un ermi­tage, on ne peut plus fon­der de monas­tère. Toute construc­tion, tout ermite, tout arpent de terre relève obli­ga­toi­re­ment de l’une des vingt mai­sons, qui se par­tagent la pres­qu’île en vingt sec­teurs comme un cadastre médié­val qu’on n’au­rait jamais révisé.

Cette fixi­té a une consé­quence poli­tique que l’on sous-estime : elle rend impos­sible la conquête interne. Aucun monas­tère ne peut en absor­ber un autre, aucune vague de nou­veaux venus ne peut créer sa propre mai­son. Quand les Russes sont arri­vés par mil­liers au XIXe siècle, ils n’ont pu occu­per qu’une place — Saint-Pan­té­lé­imon, dix-neu­vième au clas­se­ment — et essai­mer dans des skites et des cel­lules qui res­taient juri­di­que­ment dépen­dantes de monas­tères grecs. Le tableau de 1541 a plus fait pour l’é­qui­libre de la Sainte Mon­tagne que tous les trai­tés du XXe siècle.

Les vingt mai­sons ne sont pas grecques. Hilan­dar est serbe depuis 1198, fon­dée par Ste­fan Neman­ja, prince de Ras­cie deve­nu moine sous le nom de Syméon, et par son fils Sava, qui ren­tre­ra au pays orga­ni­ser l’É­glise serbe. Zogra­phou est bul­gare. Saint-Pan­té­lé­imon est russe. Ivi­ron est géor­gienne — le nom vient d’I­bé­rie, la Géor­gie orien­tale — fon­dée vers 980 par des aris­to­crates cau­ca­siens dont l’un, Tor­ni­kios, avait quit­té le monas­tère pour aller com­man­der une armée géor­gienne contre le rebelle Bar­das Sklè­ros, et en était reve­nu avec du butin et de l’argent impé­rial. Les monas­tères rou­mains n’existent pas comme tels, mais les princes de Vala­chie et de Mol­da­vie ont finan­cé la moi­tié des bâti­ments qu’on voit aujourd’hui.

Karyès, la capi­tale, est un vil­lage d’une rue. Des mai­sons à encor­bel­le­ment, quelques maga­sins qui vendent de l’en­cens, des outils et des piles, l’é­glise du Pro­ta­ton au milieu, un bâti­ment admi­nis­tra­tif, un poste de police, un bureau de poste. La Sainte Com­mu­nau­té y siège : vingt repré­sen­tants, un par monas­tère, renou­ve­lés chaque année. L’exé­cu­tif, l’É­pis­ta­sie, compte quatre membres tirés à tour de rôle par­mi cinq groupes de quatre monas­tères, ce qui fait qu’un monas­tère don­né par­ti­cipe au gou­ver­ne­ment une année sur cinq et le pré­side une année sur vingt. Le sceau de la com­mu­nau­té est cou­pé en quatre mor­ceaux, un par membre de l’É­pis­ta­sie : aucun acte ne peut être scel­lé si les quatre hommes ne sont pas dans la même pièce. On a rare­ment conçu dis­po­si­tif plus simple pour empê­cher un pou­voir de se concentrer.

L’É­tat grec est repré­sen­té par un gou­ver­neur civil qui dépend du minis­tère des Affaires étran­gères — non de l’In­té­rieur, ce qui en dit long sur le sta­tut du lieu. La Mon­tagne relève spi­ri­tuel­le­ment du Patriar­cat œcu­mé­nique de Constan­ti­nople, c’est-à-dire d’une ins­ti­tu­tion ins­tal­lée à Istan­bul, dans un quar­tier du Fener, à six cents kilo­mètres de là. Qui­conque est admis comme novice dans l’un des vingt monas­tères acquiert auto­ma­ti­que­ment la natio­na­li­té grecque, quelle que soit son ori­gine. L’ar­ticle 105 de la Consti­tu­tion grecque garan­tit l’en­semble. Cela fait beau­coup de sou­ve­rai­ne­tés emboî­tées pour trois cent trente-six kilo­mètres car­rés de forêt.

Le plan qui a fait le tour du monde orthodoxe

Vus de la mer, les monas­tères res­semblent à des châ­teaux forts, et c’est exac­te­ment ce qu’ils sont. Un qua­dri­la­tère de bâti­ments hauts, sans ouver­ture au niveau du sol, une seule porte bar­dée de fer, une tour mas­sive dans un angle. La rai­son n’est pas sym­bo­lique. Du XIVe au XVIIIe siècle, la mer Égée a été un espace de course per­ma­nent — Cata­lans, Turcs, Génois, cor­saires bar­ba­resques, plus tard pirates grecs des îles — et un monas­tère plein d’ar­gen­te­rie litur­gique posé sur une côte déserte consti­tuait une cible évi­dente. La tour, le pyr­gos, ser­vait de coffre-fort et de der­nier refuge. On y mon­tait les reliques et les manus­crits, on tirait l’é­chelle, on atten­dait que ça passe.

À l’in­té­rieur, le plan est par­tout le même, et c’est là que l’A­thos a le plus dura­ble­ment mar­qué le monde ortho­doxe. Une cour, l’é­glise au milieu — le katho­li­kon —, le réfec­toire en face de la porte de l’é­glise, dans son axe, de sorte que la com­mu­nau­té sort de l’of­fice et entre direc­te­ment dans la salle à man­ger, le repas étant trai­té comme un pro­lon­ge­ment de la litur­gie. Entre les deux, la phiale, une vasque à ciel ouvert sous un bal­da­quin de colonnes, où l’on bénit l’eau. Autour, sur trois ou quatre niveaux, les cel­lules, les ate­liers, la biblio­thèque, l’in­fir­me­rie, les réserves. En contre­bas, sur la mer, l’arsa­nas : une jetée, un entre­pôt, une petite tour.

L’é­glise elle-même suit un type qu’on appelle atho­nite et qui naît à la Grande Lavra : une croix ins­crite clas­sique à laquelle on ajoute deux absides laté­rales, les cho­roi, pour loger les deux chœurs qui se répondent pen­dant les offices. Un nar­thex, sou­vent un second nar­thex, le litè, pour les vigiles. La forme est née d’un besoin acous­tique et rituel pré­cis, et elle s’est ensuite répan­due par­tout où l’in­fluence atho­nite est pas­sée : en Ser­bie sous les Neman­jić, dans les prin­ci­pau­tés danu­biennes, jus­qu’aux monas­tères russes du nord. Un plan d’é­glise conçu au Xe siècle pour deux chœurs de moines grecs a fini par déter­mi­ner la sil­houette de bâti­ments construits huit siècles plus tard à mille kilo­mètres de là.

La pein­ture a sui­vi le même che­min. Les fresques du Pro­ta­ton de Karyès, du tout début du XIVe siècle, attri­buées par la tra­di­tion à un peintre nom­mé Manuel Pan­se­li­nos dont on ne sait rien de cer­tain, comptent par­mi les som­mets de l’art byzan­tin tar­dif : des figures amples, char­nues, mode­lées par la lumière, très loin de la rai­deur qu’on prête à tort à l’i­co­no­gra­phie ortho­doxe. Deux siècles plus tard, Théo­phane le Cré­tois tra­vaille à la Grande Lavra en 1535 puis à Sta­vro­ni­ki­ta en 1546, dans une manière plus sèche, plus linéaire, qui devien­dra la réfé­rence de ce qu’on appelle l’é­cole cré­toise. Entre les deux, à Dio­ny­siou, un autre Cré­tois couvre le katho­li­kon d’une Apo­ca­lypse dont les anges tombent en dia­go­nale sur les murs.

Ces chan­tiers ne se sont jamais inter­rom­pus long­temps. On repeint, on recouvre, on gratte, on rajoute une cha­pelle, on refait une cou­pole après un incen­die. Simo­no­pe­tra, plan­tée sur un épe­ron à trois cent trente mètres au-des­sus de la mer, avec ses bal­cons de bois en encor­bel­le­ment sus­pen­dus au-des­sus du vide, a brû­lé au moins trois fois — dont une en 1580 et une en 1891 — et a été recons­truite à chaque fois sur le même rocher impos­sible, parce que dépla­cer le monas­tère de quelques cen­taines de mètres aurait été plus rai­son­nable et n’a jamais été envi­sa­gé une seconde.

Ce que les moines possédaient

Il faut main­te­nant quit­ter la pres­qu’île, parce que l’his­toire de l’A­thos ne s’est jamais jouée entiè­re­ment sur l’Athos.

Dès le XIe siècle, les monas­tères reçoivent des terres. Des empe­reurs, des géné­raux, des veuves, des fonc­tion­naires pro­vin­ciaux leur donnent des champs, des vignes, des mou­lins, des salines, des pêche­ries, des vil­lages entiers avec les pay­sans qui les cultivent. Ces biens, les méto­chia, sont dis­per­sés dans toute la Macé­doine, en Thrace, à Lem­nos, à Tha­sos, en Chal­ci­dique occi­den­tale, plus tard jus­qu’en Vala­chie, en Mol­da­vie, en Bes­sa­ra­bie et en Rus­sie méri­dio­nale. Un monas­tère atho­nite du XIVe siècle est une entre­prise fon­cière mul­ti­na­tio­nale dont le siège social se trouve dans un ravin sans route.

La ges­tion de ce patri­moine a pro­duit du papier, et ce papier a sur­vé­cu. C’est le fait le plus impor­tant de toute l’his­toire savante de l’A­thos, et il tient à une conjonc­tion impro­bable : les archives cen­trales de l’É­tat byzan­tin ont entiè­re­ment dis­pa­ru, mais les vingt monas­tères ont conser­vé leurs chartes, parce qu’ils en avaient besoin pour prou­ver leurs droits devant les empe­reurs byzan­tins, puis devant les cadis otto­mans, puis devant l’É­tat grec. Un titre de pro­prié­té ne se jette pas. Les docu­ments conser­vés à l’A­thos consti­tuent aujourd’­hui le seul ensemble cohé­rent d’ar­chives rela­tif au cœur de l’Em­pire byzantin.

Le dépouille­ment de ce tré­sor est une entre­prise fran­çaise, com­men­cée dans les années 1930 et pour­sui­vie depuis : les Archives de l’A­thos, série de volumes publiés à Paris sous la direc­tion de Paul Lemerle, puis de Jacques Lefort, Nico­las Oiko­no­mi­dès, Denise Papa­chrys­san­thou et quelques autres, monas­tère par monas­tère — Lavra, Ivi­ron, Vato­pé­di, Dio­ny­siou, Xéro­po­ta­mou, Docheia­riou, Chi­lan­dar. Des chry­so­bulles impé­riaux, des actes de vente, des tes­ta­ments, des juge­ments, des inven­taires, et sur­tout des prak­ti­ka, ces rele­vés fis­caux dres­sés par les agents du fisc lors du trans­fert d’un domaine.

Le prak­ti­kon est un objet extra­or­di­naire. Il énu­mère, feu par feu, les pay­sans dépen­dants d’un vil­lage : le nom du chef de famille, celui de sa femme, ceux des enfants avec leur âge approxi­ma­tif, le bétail, les arbres frui­tiers, la sur­face des par­celles, le mon­tant dû. Quand on pos­sède plu­sieurs rele­vés du même vil­lage à quelques décen­nies d’é­cart, on tient une source d’un genre que le Moyen Âge byzan­tin ne livre nulle part ailleurs : la démo­gra­phie d’une com­mu­nau­té rurale, ses nais­sances, ses dis­pa­ri­tions, son enri­chis­se­ment ou sa ruine.

Le vil­lage de Rado­li­bos, dans la plaine du Stry­mon, appar­te­nait à Ivi­ron. Il a été arpen­té en 1103 par des géo­mètres impé­riaux dont Lefort a recons­ti­tué les méthodes de cal­cul, puis à nou­veau au XIVe siècle. On connaît la taille des par­celles, la manière dont les héri­tages ont frag­men­té le finage, la pro­por­tion de veuves, le rythme des mariages, la courbe qui monte au XIIe siècle et s’ef­fondre au XIVe avec les guerres civiles, la peste et les raids turcs. Toute l’his­toire sociale de la pay­san­ne­rie byzan­tine tar­dive — le grand livre d’An­ge­li­ki Laiou en 1977, les tra­vaux de Lefort sur les vil­lages de Macé­doine — sort de ces liasses conser­vées par des moines qui vou­laient sim­ple­ment pou­voir prou­ver, le jour venu, que la terre était à eux.

C’est ici que l’ap­proche brau­dé­lienne cesse d’être une figure de style. Ce que ces archives donnent à voir, ce n’est pas l’é­vé­ne­ment, c’est la struc­ture : le ren­de­ment du blé, la taille des trou­peaux, l’âge au mariage, le poids de la fis­ca­li­té, la lente recons­ti­tu­tion des grands domaines aux dépens de la petite pro­prié­té pay­sanne. Les empe­reurs passent, les dynas­ties se rem­placent, l’Em­pire perd la moi­tié de son ter­ri­toire, et pen­dant ce temps un moine de l’A­thos reco­pie l’in­ven­taire de ses oliviers.

La lumière incréée

Au début du XIVe siècle, un jeune homme de bonne famille constan­ti­no­po­li­taine arrive sur la Mon­tagne. Gré­goire Pala­mas a une ving­taine d’an­nées, une for­ma­tion phi­lo­so­phique solide, un père qui sié­geait au conseil impé­rial, et il vient apprendre une tech­nique de prière.

Cette tech­nique est ancienne, trans­mise ora­le­ment, sans doc­trine expli­cite. On l’ap­pelle hésy­chia, le silence, la quié­tude. Elle consiste à répé­ter indé­fi­ni­ment une for­mule courte — « Sei­gneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi » — jus­qu’à ce que la prière des­cende du men­tal dans le cœur et conti­nue d’elle-même, y com­pris pen­dant le som­meil et le tra­vail. Les manuels atho­nites du temps y ajoutent des indi­ca­tions phy­siques : s’as­seoir sur un tabou­ret bas, incli­ner la tête vers la poi­trine, régler la res­pi­ra­tion sur les mots, fixer le regard vers le centre du corps.

Ces détails ont failli tout faire échouer. Un moine cala­brais nom­mé Bar­laam, for­mé en Ita­lie, très bon logi­cien et beau­coup trop spi­ri­tuel, a ridi­cu­li­sé les hésy­chastes en les trai­tant d’ompha­lo­psy­choi, ceux-qui-ont-l’âme-dans-le-nom­bril. Der­rière la moque­rie il y avait une ques­tion sérieuse : ces moines pré­ten­daient voir de leurs yeux, à l’is­sue de leur prière, la même lumière que les apôtres avaient vue sur le Tha­bor. Bar­laam objec­tait qu’on ne voit pas Dieu, que la lumière du Tha­bor était un phé­no­mène créé et pas­sa­ger, et qu’un homme qui pré­tend contem­pler l’in­créé blas­phème ou délire.

La réponse de Pala­mas a occu­pé quinze ans, plu­sieurs conciles et une bonne par­tie de l’éner­gie théo­lo­gique de l’Em­pire finis­sant. Elle repose sur une dis­tinc­tion entre l’es­sence divine, défi­ni­ti­ve­ment inac­ces­sible, et les éner­gies divines, incréées elles aus­si mais réel­le­ment com­mu­ni­cables à l’homme. La lumière du Tha­bor est une éner­gie, non une essence : on peut donc la voir sans voir Dieu. En 1340 ou 1341, les supé­rieurs atho­nites signent un texte qui sou­tient Pala­mas, le Tome hagio­rite, rédi­gé par lui. Trois conciles tenus à Constan­ti­nople en 1341, 1347 et 1351 tranchent en sa faveur. Bar­laam part en Ita­lie, se ral­lie à Rome et finit évêque de Gerace, où il don­ne­ra, dit-on, des leçons de grec à Pétrarque.

Il faut mesu­rer ce qui s’est pas­sé. Une pra­tique de moines illet­trés, trans­mise de vieillard à dis­ciple dans des cabanes de la côte sud, a été for­ma­li­sée en doc­trine, impo­sée à l’É­glise impé­riale par une série de conciles, et est deve­nue la théo­lo­gie offi­cielle de l’or­tho­doxie — qu’elle est res­tée jus­qu’à aujourd’­hui. La Sainte Mon­tagne n’é­tait plus seule­ment un refuge de fuyards du monde. C’é­tait le lieu où se déci­dait ce que l’O­rient chré­tien allait pen­ser de Dieu pen­dant les sept siècles suivants.

Le mou­ve­ment a aus­si four­ni des cadres. Les moines atho­nites du XIVe siècle sont par­tout : ils deviennent patriarches de Constan­ti­nople, métro­po­lites en Bul­ga­rie, en Ser­bie, en Rus­sie ; ils portent avec eux les manus­crits, le plan des églises, la manière de peindre, la litur­gie révi­sée. Cyprien, métro­po­lite de Kiev et de toute la Rus­sie à la fin du siècle, est un Bul­gare pas­sé par l’A­thos. Le réseau fonc­tionne d’au­tant mieux que les États ortho­doxes s’ef­fondrent les uns après les autres : la Mon­tagne sur­vit à ses pro­tec­teurs et devient, par défaut, l’ins­ti­tu­tion la plus stable du monde orthodoxe.

Une conquête négociée

L’his­toire poli­tique de l’A­thos entre 1200 et 1800 se résume à une leçon d’op­por­tu­nisme, et ceux qui la lui reprochent oublient ce que les alter­na­tives ont coû­té ailleurs.

En 1204, les croi­sés prennent Constan­ti­nople. La Chal­ci­dique tombe dans le royaume latin de Thes­sa­lo­nique, un évêque latin s’ins­talle, on tente d’im­po­ser l’o­bé­dience romaine. Les monas­tères écrivent à Inno­cent III, qui les prend sous sa pro­tec­tion et rap­pelle ses gens à l’ordre. Il n’empêche : des dépen­dances sont pillées, des moines mal­trai­tés. L’é­pi­sode a lais­sé une ran­cune durable, qu’on retrouve intacte sept cents ans plus tard dans les ban­de­roles noires d’Es­phig­mé­nou. Un siècle après, en 1307–1309, la Com­pa­gnie cata­lane — mer­ce­naires embau­chés par Byzance, non payés, retour­nés contre leur employeur — ravage la pres­qu’île, brûle des monas­tères et en fait dis­pa­raître plu­sieurs pour de bon.

Face aux Otto­mans, les moines ont fait le cal­cul inverse. Dès les années 1380, alors que Thes­sa­lo­nique est encore byzan­tine, des délé­ga­tions atho­nites vont trou­ver Murad Ier pour négo­cier une sou­mis­sion pré­ven­tive. Le geste est répé­té auprès de Murad II en 1424, quelques années avant la chute défi­ni­tive de la ville. Les Otto­mans acceptent : la pro­prié­té des monas­tères est confir­mée, le culte garan­ti, l’au­to­no­mie interne main­te­nue, en échange d’un impôt annuel — le haraç — et d’une loyau­té sans faille. Le sul­tan devient le pro­tec­teur de la Sainte Mon­tagne comme l’empereur l’était.

L’af­faire a bien fonc­tion­né pen­dant un siècle et demi. Elle s’est gâtée en 1568, quand Sélim II, à court d’argent, a confis­qué l’en­semble des biens monas­tiques de l’Em­pire et obli­gé les éta­blis­se­ments à les rache­ter. Les monas­tères atho­nites ont emprun­té pour payer, à des taux rui­neux, auprès de prê­teurs de Thes­sa­lo­nique et de Constan­ti­nople. Cer­tains ont mis un siècle à s’en remettre ; plu­sieurs ont aban­don­né la vie com­mu­nau­taire au pro­fit du régime dit idior­ryth­mique, où chaque moine gère son propre bud­get, mange chez lui et tra­vaille pour son compte — solu­tion pra­tique quand la caisse com­mune est vide, désas­treuse pour la discipline.

C’est alors que les dona­teurs du nord prennent le relais. Les princes de Vala­chie et de Mol­da­vie — Nea­goe Basa­rab, Petru Rareș, Vasile Lupu — construisent, res­taurent, dotent. Ils envoient des tonnes de cire, du blé, de l’argent mon­nayé, et rat­tachent à des monas­tères atho­nites des dizaines de cou­vents rou­mains dont les reve­nus remontent vers la Mon­tagne : au XIXe siècle, ces biens repré­sen­te­ront près du quart des terres culti­vables de la Vala­chie et de la Mol­da­vie, ce qui pro­vo­que­ra leur sécu­la­ri­sa­tion bru­tale par Cuza en 1863. Les tsars russes, d’I­van le Ter­rible à Pierre le Grand, envoient de leur côté des ambas­sades char­gées de four­rures et de roubles.

On peut lire cela comme une chro­nique d’au­mônes. C’est en réa­li­té la des­crip­tion d’un sys­tème : un centre reli­gieux dépour­vu de res­sources propres, ins­tal­lé sur un rocher sté­rile en ter­ri­toire musul­man, finan­cé par une péri­phé­rie ortho­doxe qui s’é­tend du Danube à la Vol­ga et qui a besoin de lui pour se pen­ser comme un monde. Brau­del appe­lait cela une éco­no­mie-monde. Celle-ci a fonc­tion­né pen­dant quatre cents ans avec des voi­liers, des mules et des lettres de change.

Un livre par­ti de la montagne

Au milieu du XVIIIe siècle, l’A­thos a essayé les Lumières. Une école supé­rieure, l’A­tho­nias, est fon­dée en 1749 sur une col­line au-des­sus de Vato­pé­di, et l’on confie sa direc­tion à Eugène Voul­ga­ris, l’un des meilleurs esprits du monde grec, tra­duc­teur de Locke et de Vol­taire, futur cor­res­pon­dant de Cathe­rine II. Il y enseigne les mathé­ma­tiques, la logique, la phy­sique moderne. L’ex­pé­rience dure dix ans. Les moines conser­va­teurs s’in­quiètent, les que­relles s’en­ve­niment, Voul­ga­ris démis­sionne en 1759 et part vers le nord. Le bâti­ment est aujourd’­hui une ruine que l’on aper­çoit du sentier.

Ce qui a réus­si, à la même époque, est venu du camp oppo­sé. Un groupe de moines qu’on a sur­nom­més les Kol­ly­vades, à pro­pos d’une que­relle sur le jour où l’on doit faire les offices des morts, entre­prend de reve­nir aux sources : com­mu­nion fré­quente, res­pect strict de la litur­gie, retour aux Pères. L’un d’eux, Nico­dème l’Ha­gio­rite, entre­prend avec Macaire de Corinthe de ras­sem­bler les textes ascé­tiques dis­po­nibles dans les biblio­thèques de la Mon­tagne — Évagre, Maxime le Confes­seur, Syméon le Nou­veau Théo­lo­gien, Gré­goire le Sinaïte, Pala­mas. L’an­tho­lo­gie paraît à Venise en 1782 sous le titre de Phi­lo­ca­lie, l’a­mour de la beauté.

Ce livre a fait un voyage remar­quable. Un moine ukrai­nien, Païs­sy Velit­ch­kovs­ki, qui avait séjour­né à l’A­thos avant de s’ins­tal­ler au monas­tère de Neamț en Mol­da­vie, en tra­duit une par­tie en sla­von ; la Dobro­to­liou­bié paraît à Mos­cou en 1793. Les start­sy d’Op­ti­no la dif­fusent au XIXe siècle. Un pèle­rin ano­nyme en fait le com­pa­gnon de route d’un récit qui devien­dra le plus lu de la spi­ri­tua­li­té russe. Dos­toïevs­ki connaît cette lit­té­ra­ture ; Tol­stoï aus­si. Au XXe siècle, les émi­grés russes de Paris — Loss­ky, Evdo­ki­mov, plus tard Sophro­ny, moine atho­nite deve­nu fon­da­teur d’un monas­tère dans l’Es­sex — la font pas­ser en fran­çais et en anglais. En 1961, un per­son­nage de Salin­ger lit Le Pèle­rin russe dans un appar­te­ment de l’Up­per East Side et essaie la prière du cœur entre deux cigarettes.

Un recueil com­pi­lé dans une biblio­thèque de la Chal­ci­dique par des moines hos­tiles aux Lumières, impri­mé dans une répu­blique mar­chande catho­lique, tra­duit en Mol­da­vie, publié en Rus­sie impé­riale, relu à Paris par des exi­lés et décou­vert par la contre-culture amé­ri­caine : la Sainte Mon­tagne n’a jamais été cou­pée de rien. Elle est un nœud dans un réseau, et elle l’a tou­jours été.

Le siècle russe

Vers 1830, l’A­thos sort épui­sé de la guerre d’in­dé­pen­dance grecque. Les moines s’é­taient sou­le­vés en 1821 ; les troupes otto­manes ont occu­pé la pres­qu’île pen­dant neuf ans, impo­sé des contri­bu­tions écra­santes, et la popu­la­tion monas­tique est tom­bée à quelques cen­taines d’hommes. Un demi-siècle plus tard, elle dépasse les sept mille. L’é­cart s’ex­plique en un mot : la Russie.

L’af­flux com­mence dans les années 1840 et s’ac­cé­lère après la guerre de Cri­mée. Des pay­sans, des sol­dats, des mar­chands rui­nés, des fils cadets débarquent par bateaux entiers. Une com­pa­gnie de navi­ga­tion russe assure la liai­son depuis Odes­sa. Saint-Pan­té­lé­imon, monas­tère grec en déclin, passe sous contrôle russe au terme d’un conflit interne des années 1870 et se met à construire : des ailes de six étages, des cou­poles vertes, une église à bulbes, une hôtel­le­rie pour des cen­taines de pèle­rins. En 1903, la mai­son compte 1 446 moines à elle seule. Les skites d’An­dreas et du Pro­phète-Élie res­semblent à des villes. Aux alen­tours de 1900, sur envi­ron sept mille cinq cents moines, plus de la moi­tié sont sujets du tsar.

Les Grecs y voient un pro­jet poli­tique, et ils n’ont pas tort. Le pan­sla­visme, la ques­tion macé­do­nienne, la riva­li­té pour l’hé­ri­tage otto­man font de la Mon­tagne un ter­rain d’in­fluence. Un moine russe qui achète une cel­lule à un monas­tère grec endet­té acquiert un pied-à-terre en ter­ri­toire stra­té­gique. Saint-Péters­bourg finance, encou­rage, décore.

Deux évé­ne­ments ont mis fin à tout cela en quatre ans.

Le pre­mier est théo­lo­gique, et il est étrange. À par­tir de 1912, une que­relle éclate par­mi les moines russes de l’A­thos sur la nature du nom de Dieu : un cou­rant, l’ono­ma­to­doxie, sou­tient que le Nom est Dieu lui-même, que le pro­non­cer c’est le rendre pré­sent. Le Saint-Synode de Rus­sie condamne. Les moines refusent. En 1913, le gou­ver­ne­ment impé­rial envoie un navire de guerre ; les marins prennent d’as­saut Saint-Pan­té­lé­imon et la skite Saint-André à la lance à incen­die, arrêtent huit cent qua­rante moines et les rapa­trient à Odes­sa dans les cales d’un trans­port. C’est la der­nière grande opé­ra­tion mili­taire russe sur la Sainte Mon­tagne, et elle a consis­té à dépor­ter des moines russes.

Le second est poli­tique. Les guerres bal­ka­niques de 1912–1913 amènent la flotte grecque devant Athos ; la ques­tion du sta­tut se pose devant les chan­cel­le­ries, et la Rus­sie pro­pose l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion du ter­ri­toire sous garan­tie des puis­sances ortho­doxes. Le 3 octobre 1913, les vingt monas­tères votent : dix-neuf se pro­noncent pour le rat­ta­che­ment à la Grèce, Saint-Pan­té­lé­imon s’abs­tient. Le trai­té de Lau­sanne, en 1923, confirme la sou­ve­rai­ne­té grecque. La Charte consti­tu­tion­nelle de 1926 en fixe les moda­li­tés, tou­jours en vigueur.

En 1917, la révo­lu­tion coupe le der­nier fil. Plus de bateaux, plus de sub­sides, plus de novices, plus de cour­rier. Les moines russes de l’A­thos vieillissent sur place, iso­lés, entre des bâti­ments pré­vus pour dix fois leur nombre, à balayer des cor­ri­dors vides et à enter­rer leurs anciens. Le régime sovié­tique n’au­to­rise aucun départ ; les auto­ri­tés grecques, méfiantes, n’ac­cordent guère de per­mis d’ins­tal­la­tion. En 1990, Saint-Pan­té­lé­imon compte trente-cinq moines. Le monas­tère le plus peu­plé de la Médi­ter­ra­née ortho­doxe était deve­nu un hos­pice de quinze vieillards et vingt hommes fati­gués dans un immeuble de trois cents chambres.

1971

Le point bas de toute l’his­toire atho­nite se situe au début des années 1970. On compte alors un peu plus de onze cents moines pour vingt monas­tères, dont plu­sieurs n’en abritent qu’une poi­gnée. La moyenne d’âge dépasse soixante ans. Des ailes entières sont fer­mées, les toi­tures s’ef­fondrent, les biblio­thèques prennent l’eau, les archives moi­sissent. La moi­tié des mai­sons vit encore sous le régime idior­ryth­mique, cha­cun pour soi, ce qui accé­lère la décom­po­si­tion. Les com­men­ta­teurs de l’é­poque, y com­pris bien­veillants, écrivent que la Sainte Mon­tagne en a pour vingt ans, trente au plus, et qu’il faut son­ger à en faire un musée.

Le retour­ne­ment a com­men­cé presque immé­dia­te­ment, et per­sonne ne l’a­vait prévu.

Il s’est pro­duit par trans­plan­ta­tion de com­mu­nau­tés entières. En 1973, Émi­lia­nos Vafei­dis, higou­mène d’un monas­tère des Météores où le tou­risme ren­dait la vie contem­pla­tive impos­sible, monte à Simo­no­pe­tra avec ses moines. Vasi­leios Gon­ti­ka­kis arrive à Sta­vro­ni­ki­ta en 1968 avec un groupe venu de Crète, puis passe à Ivi­ron en 1990. Éphrem s’ins­talle à Phi­lo­théou, d’où par­ti­ront ensuite les fon­da­tions amé­ri­caines de l’A­ri­zo­na. Joseph, dis­ciple d’un ermite célèbre de la côte sud, s’ins­talle avec sa confré­rie chy­priote à Vato­pé­di en 1987 et redresse en dix ans la deuxième mai­son de la hiérarchie.

Plu­sieurs de ces groupes se rat­tachent à un même homme, Joseph l’Hé­sy­chaste, mort en 1959 dans une cabane des Katou­na­kia, qui n’a jamais diri­gé de monas­tère et dont les dis­ciples ont fini par repeu­pler cinq ou six des vingt mai­sons. Un autre ermite, Païs­sios, mort en 1994 et cano­ni­sé en 2015, rece­vait dans sa cel­lule des files de visi­teurs venus de toute la Grèce. La renais­sance atho­nite est par­tie de trois ou quatre baraques en planches.

Les nou­veaux venus ne res­sem­blaient pas aux anciens. Ils étaient jeunes, sou­vent diplô­més — ingé­nieurs, méde­cins, juristes, pro­fes­seurs —, issus des villes, et arri­vaient au moment pré­cis où la Grèce sor­tait de la dic­ta­ture des colo­nels et entrait dans l’Eu­rope. Ils ont réta­bli par­tout la vie com­mu­nau­taire : la der­nière mai­son idior­ryth­mique bas­cule au céno­bi­tisme au début des années 1990, refer­mant une paren­thèse ouverte par la crise fis­cale de 1568. La popu­la­tion remonte : envi­ron mille cinq cents moines dans les années 1990, autour de deux mille aujourd’­hui, chiffre qui n’a plus bou­gé depuis une quin­zaine d’années.

L’ou­ver­ture du bloc de l’Est a ajou­té une vague nou­velle — Rou­mains, Serbes, Bul­gares, Russes, Géor­giens, Ukrai­niens — au point que le Patriar­cat œcu­mé­nique a deman­dé en 2014 de pla­fon­ner à dix pour cent la pro­por­tion de moines nés dans ces pays au sein des monas­tères de langue grecque. La démo­gra­phie de la Sainte Mon­tagne reste ce qu’elle a tou­jours été : une affaire diplomatique.

Le bull­do­zer, le calen­drier et la ban­de­role noire

La moder­ni­té est arri­vée par la piste fores­tière. Il n’y a tou­jours pas de route reliant l’A­thos au conti­nent — on n’entre que par la mer, depuis Oura­nou­po­li ou Ieris­sos — mais l’in­té­rieur de la pres­qu’île est aujourd’­hui qua­drillé de che­mins de terre où cir­culent des mini­bus et des 4x4 conduits par des moines en sou­tane retrous­sée. Les mules sub­sistent pour les cel­lules inac­ces­sibles. Le télé­phone por­table capte à peu près par­tout. Les monas­tères ont des groupes élec­tro­gènes, des pan­neaux solaires, des adresses élec­tro­niques et, pour cer­tains, des ser­vices de com­mu­ni­ca­tion assez habiles.

L’argent est venu de Bruxelles. À par­tir des années 1980, des pro­grammes euro­péens de sau­ve­garde du patri­moine ont finan­cé la res­tau­ra­tion des bâti­ments, la conso­li­da­tion des tours, la mise aux normes des biblio­thèques ; le clas­se­ment à l’U­nes­co, obte­nu en 1988 au titre mixte, cultu­rel et natu­rel, a accom­pa­gné le mou­ve­ment. On a mon­té des écha­fau­dages sur des façades qui n’en avaient pas vu depuis quatre siècles. Un centre spé­cia­li­sé ins­tal­lé à Thes­sa­lo­nique numé­rise les manus­crits — quinze mille codex envi­ron, la plus impor­tante col­lec­tion grecque manus­crite au monde après celles des grandes biblio­thèques natio­nales, et la plus riche réserve d’i­cônes byzan­tines existante.

Il a aus­si fal­lu que la Sainte Mon­tagne s’ex­plique. En 2003, une réso­lu­tion du Par­le­ment euro­péen sur l’é­ga­li­té des chances a deman­dé la levée de l’in­ter­dit qui frappe les femmes, au motif qu’il contre­vient au prin­cipe de libre cir­cu­la­tion. La Grèce a répon­du en invo­quant la décla­ra­tion com­mune annexée à son trai­té d’adhé­sion de 1981, et l’af­faire en est res­tée là. Le pro­to­cole d’adhé­sion à Schen­gen com­porte une clause ana­logue. On mesure la sin­gu­la­ri­té juri­dique du lieu : un ter­ri­toire de l’U­nion euro­péenne où le droit com­mu­nau­taire s’ar­rête à la coque du bateau.

À l’in­té­rieur, la répu­blique des moines a ses conflits, et ils sont violents.

Le plus ancien oppose la Sainte Com­mu­nau­té au monas­tère d’Es­phig­mé­nou, à la pointe nord de la pres­qu’île. Après la ren­contre du patriarche Athé­na­go­ras et de Paul VI en 1964 et la levée des ana­thèmes de 1054, ce monas­tère a ces­sé en 1972 de com­mé­mo­rer le patriarche pen­dant la litur­gie, l’ac­cu­sant d’hé­ré­sie œcu­mé­niste. Une ban­de­role noire pend depuis sur la façade, por­tant deux mots : Ortho­doxie ou mort. Or la Charte consti­tu­tion­nelle fait de la com­mé­mo­ra­tion du patriarche une obli­ga­tion légale. Les moines ont été décla­rés schis­ma­tiques en 2002, une confré­rie de rem­pla­ce­ment a été recon­nue en 2005, la jus­tice grecque a ordon­né l’ex­pul­sion, et rien ne s’est pro­duit. En 2013, à Karyès, la ten­ta­tive de sai­sie du bâti­ment que la com­mu­nau­té pos­sède dans la capi­tale a tour­né à l’af­fron­te­ment ; les pho­to­gra­phies d’un moine tenant un cock­tail Molo­tov ont fait le tour de la presse grecque. Depuis, plus de cent moines occupent le monas­tère du bord de mer, une ving­taine d’autres, seuls recon­nus, vivent dans une mai­son de Karyès à cent mètres du poste de police, et la situa­tion n’a pas bou­gé d’un pouce. En juillet 2025, l’hi­gou­mène de la confré­rie recon­nue a trou­vé sur sa porte une lettre de menaces de mort.

L’autre conflit a tou­ché à l’argent. En 2008, une série d’é­changes de ter­rains entre le monas­tère de Vato­pé­di et l’É­tat grec — des par­celles autour d’un lac de Macé­doine contre des immeubles publics valo­ri­sés bien au-des­sus, selon les enquê­teurs — a déclen­ché un scan­dale poli­tique qui a contri­bué à la chute du gou­ver­ne­ment Kara­man­lis, un an avant l’ef­fon­dre­ment finan­cier du pays. L’hi­gou­mène a pas­sé l’hi­ver 2011–2012 en déten­tion pro­vi­soire, la pro­cé­dure a duré des années. On a redé­cou­vert à cette occa­sion que les monas­tères atho­nites étaient tou­jours de très gros pro­prié­taires fon­ciers en Grèce conti­nen­tale, ce qui est vrai depuis le XIe siècle et n’a­vait jamais ces­sé de l’être.

Reste la ques­tion du temps, qui est peut-être le meilleur résu­mé du lieu. Les monas­tères suivent le calen­drier julien, en retard de treize jours sur le nôtre. Ils vivent à l’heure byzan­tine, où la jour­née com­mence au cou­cher du soleil : l’hor­loge est remise à zéro chaque soir, ce qui décale midi et minuit d’une quan­ti­té variable selon la sai­son. Chaque monas­tère règle sa pen­dule pour son propre compte, de sorte qu’entre deux mai­sons dis­tantes d’une heure de marche il peut y avoir plu­sieurs heures d’é­cart offi­ciel. Un pèle­rin qui veut arri­ver pour les vêpres doit cal­cu­ler. Les moines, eux, n’ont aucun mal : ils vivent dans le seul sys­tème horaire où la jour­née com­mence quand le soleil se couche, ce qui est après tout la conven­tion la plus ancienne du bas­sin méditerranéen.

Quatre-vingt-cinq mille

Le der­nier cha­pitre est en train de s’é­crire, et il res­semble à ce qui arrive par­tout ailleurs.

Le nombre de pèle­rins a explo­sé. Les règles sont pour­tant res­tées les mêmes depuis 1993 : cent visi­teurs ortho­doxes et dix non-ortho­doxes par jour, un per­mis nomi­na­tif, le dia­mo­ni­ti­rion, quatre jours de séjour, hommes seule­ment. Mais les clercs ortho­doxes ne sont pas comp­tés dans le quo­ta, les groupes se mul­ti­plient, et la pre­mière moi­tié de l’an­née 2025 a vu quatre-vingt-cinq mille entrées par les ports d’Ou­ra­nou­po­li et de Ieris­sos, sans comp­ter quelque quatre mille ouvriers de chan­tier munis de per­mis de tra­vail. Les Grecs viennent en tête, sui­vis par les Rou­mains — vingt et un mille, chiffre qui a sur­pris tout le monde —, les Serbes, les Bul­gares. Les Russes se sont effon­drés à quinze cents, effet direct de la rup­ture entre Mos­cou et Constan­ti­nople et de la guerre. Cinq cents Chi­nois se sont présentés.

En mai 2025, la Sainte Com­mu­nau­té a réagi comme n’im­porte quelle des­ti­na­tion sub­mer­gée : pla­fond de trois cents per­mis men­suels par monas­tère pour les étran­gers, excep­tion faite des Grecs et des Chy­priotes, et des Serbes, Bul­gares, Russes et Ukrai­niens qui se rendent dans leurs mai­sons natio­nales. Les skites sont limi­tées à deux cents pèle­rins par mois, les cel­lules à vingt. Il faut annon­cer sa venue la veille avant midi.

Les moines ont d’autres sou­cis, plus pro­saïques. Il y a trop de véhi­cules sur les pistes, les acci­dents se mul­ti­plient, et la Sainte Com­mu­nau­té a deman­dé au gou­ver­ne­ment grec, lors d’une visite du Pre­mier ministre à l’é­té 2025, l’au­to­ri­sa­tion de dres­ser des contra­ven­tions — pou­voir dont la Charte de 1926 ne l’a pas dotée, ses rédac­teurs n’ayant pas pré­vu la ques­tion du sta­tion­ne­ment. Et il y a le feu. La pres­qu’île est cou­verte de forêt sur presque toute sa sur­face, châ­tai­gniers, chênes verts, arbou­siers, une masse de com­bus­tible que per­sonne n’ex­ploite plus vrai­ment et que les étés grecs assèchent un peu plus chaque année. Une base de drones a été ins­tal­lée cet été à la skite Saint-Démé­trios, une camé­ra à trois détec­teurs de fumée est en cours de mon­tage sur le sec­teur de Hilan­dar. Le com­man­dant des pom­piers de Karyès explique que le délai de détec­tion est le fac­teur décisif.

Hilan­dar sait de quoi il parle. Dans la nuit du 4 mars 2004, un feu par­ti d’un conduit défec­tueux a détruit plus de la moi­tié du monas­tère serbe, ailes d’ha­bi­ta­tion, hôtel­le­rie, réserves. Les moines ont sor­ti les icônes et les chartes à bout de bras. Le chan­tier de recons­truc­tion, finan­cé par l’É­tat serbe, dure depuis vingt-deux ans et n’est pas terminé.

Le bateau de la ligne repart d’Ou­ra­nou­po­li en fin d’a­près-midi. Depuis le pont, la côte occi­den­tale défile en sens inverse, les jetées, les han­gars, les tours ; le pic du sud reste long­temps visible, puis la brume de cha­leur le mange par la base et il ne reste qu’un tri­angle gris qui a l’air de flot­ter. Sur la crête, quelque part au-des­sus des forêts, une camé­ra tourne len­te­ment et cherche de la fumée.


Notes et sources

Géo­gra­phie et canal de Xerxès. Héro­dote, His­toires, VI, 44 (la flotte de Mar­do­nios) et VII, 22–24 (le per­ce­ment de l’isthme). Les pros­pec­tions géo­phy­siques conduites à par­tir des années 1990 par une équipe anglo-grecque autour de B. S. J. Isser­lin, pour­sui­vies au début des années 2000, ont confir­mé l’exis­tence et le tra­cé du canal. Alti­tude du som­met : 2 033 m. Super­fi­cie du ter­ri­toire auto­nome : envi­ron 336 km².

Le pro­jet de sta­tue d’A­lexandre est rap­por­té par Vitruve (De archi­tec­tu­ra, II, pré­face), qui nomme l’ar­chi­tecte Dino­crate, et par Plu­tarque (Vie d’A­lexandre, 72, et De la for­tune d’A­lexandre), qui l’ap­pelle Sta­si­crate. Stra­bon en donne une troi­sième ver­sion. À trai­ter comme un topos lit­té­raire, non comme un pro­jet réel.

Chro­no­lo­gie fon­da­trice. Chry­so­bulle de Basile Ier, 883. Pre­mière men­tion du Pro­tos et de Karyès, début du Xe siècle. Fon­da­tion de la Grande Lavra par Atha­nase l’A­tho­nite, 963 (cer­taines sources donnent 962). Tra­gos de Jean Ier Tzi­mis­kès, 972, conser­vé au Pro­ta­ton. Typi­kon de Constan­tin IX Mono­maque, vers 1045, qui codi­fie l’ava­ton. La date de 960 par­fois avan­cée pour l’au­to­no­mie atho­nite ne cor­res­pond à aucun acte connu.

Les ori­gines égyp­tiennes ou syriennes des pre­miers ermites relèvent de la tra­di­tion et ne sont attes­tées par aucune source contem­po­raine. À pré­sen­ter comme telles.

Archives. Archives de l’A­thos, série publiée à Paris depuis 1937 sous la direc­tion suc­ces­sive de Paul Lemerle, Jacques Lefort, Nico­las Oiko­no­mi­dès, Denise Papa­chrys­san­thou et leurs col­la­bo­ra­teurs, monas­tère par monas­tère. Sur Rado­li­bos : J. Lefort, « Le cadastre de Rado­li­bos (1103), les géo­mètres et leurs mathé­ma­tiques », Tra­vaux et Mémoires 8, 1981, et « Rado­li­bos : popu­la­tion et pay­sage », TM 9, 1985 ; le dos­sier figure dans les Actes d’I­vi­ron. Sur la pay­san­ne­rie : A. Laiou, Pea­sant Socie­ty in the Late Byzan­tine Empire, Prin­ce­ton, 1977 ; J. Lefort, Vil­lages de Macé­doine, Paris, 1982. Sur la fis­ca­li­té : N. Oiko­no­mi­dès, Fis­ca­li­té et exemp­tion fis­cale à Byzance (IXe-XIe s.), Athènes, 1996.

Hésy­chasme. Le Tome hagio­rite est daté de 1340 ou 1341 selon les édi­tions. Conciles de Constan­ti­nople de 1341, 1347 et 1351. Sur l’en­semble : J. Meyen­dorff, Intro­duc­tion à l’é­tude de Gré­goire Pala­mas, Paris, 1959. L’a­nec­dote des leçons de grec don­nées par Bar­laam à Pétrarque est tra­di­tion­nelle et discutée.

Période otto­mane. Les négo­cia­tions avec Murad Ier sont géné­ra­le­ment situées dans les années 1380 (1383 ou 1387 selon les auteurs) ; la confir­ma­tion sous Murad II est datée de 1424. La confis­ca­tion géné­rale des biens monas­tiques par Sélim II est de 1568–1569. Sécu­la­ri­sa­tion des biens atho­nites de Rou­ma­nie par Alexandre Jean Cuza : 1863.

Phi­lo­ca­lie. Édi­tion prin­ceps : Venise, 1782, par Nico­dème l’Ha­gio­rite et Macaire de Corinthe. Tra­duc­tion sla­vonne par­tielle de Païs­sy Velit­ch­kovs­ki, Dobro­to­liou­bié, Mos­cou, 1793. Récits d’un pèle­rin russe, texte ano­nyme du XIXe siècle. La réfé­rence à Salin­ger ren­voie à Fran­ny et Zooey, 1961.

Chiffres de popu­la­tion monas­tique. 1 446 moines à Saint-Pan­té­lé­imon en 1903 ; envi­ron 7 000 à 7 500 moines au total vers 1900, dont une majo­ri­té de sujets russes ; 35 moines à Saint-Pan­té­lé­imon en 1990. Le point bas géné­ral, géné­ra­le­ment situé en 1971–1972, est esti­mé à un peu plus de 1 100 moines ; le chiffre exact varie selon les décomptes. Popu­la­tion actuelle : envi­ron 2 000, chiffre stable. Demande patriar­cale de pla­fon­ne­ment à 10 % des moines nés dans l’ex-bloc sovié­tique : 2014.

Affaire des ono­ma­to­doxes. Inter­ven­tion mili­taire russe et arres­ta­tion d’en­vi­ron 840 moines : été 1913. Vote de la Sainte Com­mu­nau­té en faveur du rat­ta­che­ment à la Grèce : 3 octobre 1913, dix-neuf voix, Saint-Pan­té­lé­imon s’abstenant.

Sta­tut juri­dique. Charte consti­tu­tion­nelle du Mont Athos, 1926 ; article 105 de la Consti­tu­tion grecque. Décla­ra­tion com­mune n° 4 annexée à l’acte d’adhé­sion de la Grèce aux Com­mu­nau­tés euro­péennes, 1981 ; décla­ra­tion ana­logue lors de l’adhé­sion à Schen­gen. Réso­lu­tion du Par­le­ment euro­péen deman­dant la levée de l’ava­ton : jan­vier 2003, sans effet juri­dique. Ins­crip­tion à l’U­nes­co : 1988, site mixte.

Esphig­mé­nou. Rup­ture de com­mé­mo­ra­tion : 1972, à la suite de la ren­contre Athé­na­go­ras-Paul VI de 1964. Décla­ra­tion de schisme : 2002. Recon­nais­sance d’une nou­velle confré­rie : 2005. Affron­te­ments de Karyès : 2013. Envi­ron 115 à 118 moines occupent le monas­tère, une ving­taine consti­tuent la confré­rie recon­nue ins­tal­lée à Karyès. Lettre de menaces adres­sée à l’hi­gou­mène recon­nu : 8 juillet 2025. Situa­tion non résolue.

Vato­pé­di. Échanges de ter­rains révé­lés en 2008 ; déten­tion pro­vi­soire de l’hi­gou­mène durant l’hi­ver 2011–2012. La pro­cé­dure judi­ciaire s’est pro­lon­gée plu­sieurs années ; véri­fier l’is­sue défi­ni­tive avant publi­ca­tion si l’on sou­haite la mentionner.

Fré­quen­ta­tion. 85 000 entrées au pre­mier semestre 2025 selon les chiffres de la Sainte Com­mu­nau­té, plus envi­ron 4 000 per­mis de tra­vail ; répar­ti­tion annuelle 2025 : Grecs en tête (envi­ron 40 000), Rou­mains 21 000, Serbes 6 500, Ukrai­niens et Bul­gares 2 500 cha­cun, Russes envi­ron 1 500, Chi­nois envi­ron 500. Direc­tive de mai 2025 : pla­fond de 300 per­mis men­suels par monas­tère pour les pèle­rins étran­gers, avec excep­tions natio­nales. Quo­tas jour­na­liers en vigueur depuis 1993 : 100 ortho­doxes, 10 non-ortho­doxes, clercs ortho­doxes exemp­tés. Mesures de pré­ven­tion des incen­dies (base de drones à la skite Saint-Démé­trios, détec­teurs sur le sec­teur de Hilan­dar) : juillet 2026.

Incen­die de Hilan­dar : nuit du 4 mars 2004, plus de la moi­tié du com­plexe détruite ; recons­truc­tion finan­cée par l’É­tat serbe, tou­jours en cours.

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