Splendeurs des Han, essor de l’empire céleste, au Musée Guimet

Splendeurs des Han, essor de l’empire céleste, au Musée Guimet

Vingt siècles nous séparent de la dynastie de Han, dont l’empereur Qin Shi Huang (秦始皇) reste le personnage le plus emblématique de cette période par son esprit visionnaire et son esprit unificateur. Cette exposition qui se termine le 1er mars 2015 au Musée Guimet montre une grande variété d’objets rituels funéraires d’une grande finesse. La pièce maîtresse de l’exposition reste ce superbe linceul de jade de la tombe du roi de Chu dont j’avais déjà parlé ici et qui est venu jusqu’à Paris. Statuettes de terre ou de bronze, brûle parfum Boshanlu, vases Hu, statuettes gracieuses de danseuses… tout un monde hiératique et mystérieux qui dit combien la société traditionnelle des Han était élaborée au travers de ses traditions funéraires.
Se laisser simplement bercer par des images comme si elles venaient d’un autre monde et le voyage commence déjà.

Une soirée à la Guillotine : lectures de poèmes avec le poète chinois Yu Jian

Une soirée à la Guillotine : lectures de poèmes avec le poète chinois Yu Jian

La Guillotine est un lieu unique, située rue Robespierre, métro Robespierre, à Montreuil, une friche industrielle reconvertie en lieu de vie pour la poésie, un lieu pour qu’elle s’exprime librement, avec des vrais gens dedans, qui l’écrivent, la connaissent, la lisent et la partagent. Mon pote François m’y a invité et comme cela faisait quelques années-lumières que nous ne nous étions pas vus, j’ai dit oui. Je connais son goût pour la poésie chinoise, pour la poésie tout court, et pour la Chine tout court. Si les passions ne se partagent pas, à quoi bon les vivre ? Je suis un être de passion et je suis passionné par les passions des autres, de voir à quel point leur âme est transfigurée par ce qu’ils y mettent et la manière dont ils font vivre leur resplendissante vertu.

François m’a donc invité à venir écouter cette lecture de poésie de Yu Jian, poète dont il nous dit tout sur l’enregistrement et qu’il a lui-même traduit. Je ne connaissais pas la poésie chinoise, si ce n’est que quelques bribes qu’il m’avait donné à manger au travers de son site (Mâcher mes mots), et je connaissais encore moins Yu Jian, même s’il m’en avait déjà parlé. Mais tant qu’on n’est pas confrontés aux gens, ils ne sont que des ombres. J’ai donc rencontré l’homme, un peu impressionné, lui demandant simplement s’il pouvait poser pour une photo. La fille assise à côté de moi m’a demandé d’un air pénétré comment j’avais découvert l’auteur. Elle avait l’air très déçue que je lui réponde « je connais François qui connaît Yu Jian ». Elle a serré contre elle son exemplaire de Un vol publié chez Gallimard. J’ai crû bon d’en rajouter une couche. « C’est ce soir que je me fais déflorer. Il faut bien commencer un jour. » Elle n’a rien rajouté. J’ai souri presque exagérément.

Réponses donc, entre le poète, et ses lecteurs, Philippe, Anne et François. Avec l’autorisation de François qui m’a assuré que cela ferait plaisir à Yu Jian qu’il reste une trace de cette soirée sur un enregistrement audio, j’ai donc enregistré, puis reproduit ce moment de douceur dans la nuit montreuillaise, même si on entend bien le bruit de la circulation et parfois pas assez les récitants. Voici également, pour ceux qui lisent le chinois ou ceux qui veulent avoir le texte intégral, le programme que m’a fourni François.
Fermons les yeux et laissons nous porter. Merci Yu Jian.

1ère partie

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Pause musicale

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Soirée lecture avec Yu Jian - 23 octobre 2014 - 06

Projection de photos de la région de l’auteur

2ème partie

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Soirée lecture avec Yu Jian - 23 octobre 2014 - 05

Yu Jian

Soirée lecture avec Yu Jian - 23 octobre 2014 - 03

Yu Jian et Anne Segal

Soirée lecture avec Yu Jian - 23 octobre 2014 - 02

Yu Jian et François Charton

Les pendules sympathiques d’Abraham-Louis Breguet

Les pendules sympathiques d’Abraham-Louis Breguet

Abraham-Louis Breguet n’est pas qu’un simple horloger, c’est également un physicien français de renom qui s’est illustré par la création des pendules sympathiques. Si le physicien qu’il était s’est fait de l’horlogerie une spécialité, c’est à cause de sa préoccupation technique de pouvoir mesurer le temps d’une manière fiable et de mettre à disposition pour ses collègues des objets de haute technicité. Il a par ailleurs participé au développement d’un objet que tout le monde porte aujourd’hui ; la montre-bracelet.
Alors certes, ces pendules ont vraiment quelque chose qui les rend sympathiques, mais là n’est pas la question. Ces pendules sont dites sympathiques car elles fonctionnent en réalité par couple. La pendule fonctionne de manière autonome mais sa particularité consiste à activer une tige tous les jours à minuit. La tige vient se ficher dans une montre logée dans son berceau sur le dessus de la pendule. Cette tige actionne le mécanisme de la montre qui se remet à l’heure automatiquement.

Le mécanisme de la montre compare alors son heure à celle de la pendule et ajuste la fréquence de battement de son balancier. Après quelques jours, cette fréquence est correctement ajustée. Ce mécanisme constitue l’un des premiers systèmes à rétroaction qui ait été élaboré. En effet, une erreur est mesurée et, de la grandeur de cette erreur, le mécanisme déduit la correction à apporter afin d’annuler la dite erreur. Dans ce cas précis, la correction porte sur la vitesse et ce qui est mesuré est l’espace parcouru. L’erreur de vitesse est donc intégrée. Ainsi, aussi petite qu’elle soit, son intégrale tendrait vers l’infini si la correction était insuffisante. (source Wikipedia)

De son vivant, Breguet ne fabriquera que cinq horloges de ce type.
Les plus notables sont l’horloge fabriquée pour le sultan Mahmud II (1784-1839) et aujourd’hui conservée au musée du Palais de Topkapı à Istanbul, celle du Duc d’Orléans, la plus richement décorée et également la pièce d’horlogerie la plus chère vendue aux enchères (6,8 millions de dollars, chez Sotheby’s en décembre 2012) et enfin celle vendue au roi des Français Louis-Philippe Ier, le 23 août 1834, aujourd’hui conservée au Mobilier National. C’est à mon sens la plus belle pièce, par sa sobriété visuelle, ses lignes pures et son esthétique intemporelle, ainsi que par la finesse de la montre qui se fiche sur le berceau.

Pendule sympathique de Mahmut II - Abraham-Louis Bréguet - Musée de Topkapi - Istanbul

Pendule sympathique de Mahmut II – Abraham-Louis Bréguet – Musée de Topkapi – Istanbul

Pendule sympathique - Abraham-Louis Bréguet - vendue à l'empereur français Louis-Philippe, le 23 août 1834 - Paris, Mobilier national -  Isabelle Bideau

Pendule sympathique – Abraham-Louis Bréguet – vendue au roi des Français Louis-Philippe, le 23 août 1834 – Paris, Mobilier national – Isabelle Bideau

Pendule Sympathique Breguet du Duc d’Orléans -Abraham-Louis Bréguet

Pendule Sympathique Breguet du Duc d’Orléans -Abraham-Louis Bréguet

Pendule Sympathique Breguet du Duc d’Orléans (détail) - Abraham-Louis Bréguet

Pendule Sympathique Breguet du Duc d’Orléans (détail) – Abraham-Louis Bréguet

Un artiste de la lumière méconnu : Orest Adamovich Kiprensky

Un artiste de la lumière méconnu : Orest Adamovich Kiprensky

Voici un peintre que je ne qualifierais pas spécialement de bon peintre. En réalité, Oreste Adamovitch Kiprensky (Орест Адамович Кипренский) est un peintre académique pur, qui se situe dans la catégorie des peintres de la période romantique russe. Cet enfant illégitime sort de l’académie de Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg avec la médaille d’or et se fait connaître avec des scènes de bataille dans lesquels il insère des portraits ; sa carrière sera ensuite celle d’un peintre des grands du monde dans lequel il vit. Ses tableaux les plus célèbres restent celui du Colonel hussard Yevgraf Davydof et celui du poète Alexandre Pouchkine. Si sa peinture est absolument conventionnelle, pour ne pas dire un peu rasoir, Kiprensky demeure un grand dessinateur, ce qui nous indiqué par un nombre très important d’études, de nus à la sanguine et de pastels. Le portrait de Pyotr Olenin reste un exemple magnifique de son art au crayon. Le romantisme qui transpire de son œuvre fait de lui un capteur de son temps, d’un mélange de rigidité dans les attitudes et de légèreté dans les gestes ; une peinture qui n’est pas vraiment pas ma tasse de thé mais qui capte des lumières blafardes dans les carnations et qui témoigne que la peinture n’est que l’art d’attraper la lumière…

Le cœur de Leonardo

Le cœur de Leonardo

Il est bien dans le caractère de Léonard de Vinci d’avoir examiné avec minutie l’action du cœur et des artères sans être jamais venu à formuler une théorie de la circulation du sang. Ce manuscrit est écrit avec une plume épointée sur un papier gris-bleu à gros grain, et les dessins qui l’illustrent ont un laisser-aller voulu, comme si Léonard eût renié la beauté de ses premiers dessins. Ce sera le style de presque tous ses derniers dessins. Cela n’est pas le fait d’une décadence physique, puisque Léonard nous donne des exemples d’écriture soignée à des dates ultérieures, mais exprimerait plutôt le pessimisme et le désenchantement de la vieillesse, qui dédaigne toute beauté purement matérielle, fût-elle la dextérité d’un trait ou le tour gracieux d’un vers.

Kenneth Clark, Léonard de Vinci, 1939

Leonardo da Vinci – dessins anatomiques du cœur – Windsor Castle, Royal Library – RL. 19073

Leonardo da Vinci – dessins anatomiques du cou – Windsor Castle, Royal Library – RL. 19075

Et Leonardo se mit à peindre sur le mur humide du réfectoire…

Et Leonardo se mit à peindre sur le mur humide du réfectoire…

A la lecture du Léonard de Vinci de Kenneth Clark, on a parfois l’impression d’être face à un peintre un peu renfrogné, ombrageux, un peu taciturne, voire un peu dilettante (je me rends compte que ce mot n’a pas de féminin) et lorsque l’on voit le nombre de tableaux qu’il a laissé, l’impression n’en est que plus forte. Pourtant, pour qui connaît ses manuscrits, il n’en est rien.

Pour compenser l’absence de document, nous avons, sur ce travail, plusieurs relations de témoins oculaires, dont celle de l’écrivain Bandello que je me dois de citer bien qu’elle soit très connue, car rien ne donne une image plus vivante de Léonard au travail.
« Souvent, dit-il, j’ai vu Léonard s’en aller travailler le matin sur l’échafaudage de La Cène ; et il lui arrivait de s’y installer depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, ne posant jamais son pinceau sans boire ni manger. Puis il restait parfois trois ou quatre jours sans toucher à l’œuvre, bien qu’il passât chaque jour plusieurs heures à la considérer et à critiquer en lui-même les personnages. Je l’ai vu également, quand il lui en prenait fantaisie, quitter la Corte Vecchia alors qu’il travaillait à l’immense cheval d’argile et s’en aller droit au couvent de Sainte-Marie-des-Grâces. Là, escaladant l’échafaudage, il saisissait un pinceau et ajoutait quelques touches à l’un des personnages ; puis brusquement, il s’en allait.»

Et si ce tableau, l’un des plus connu de l’histoire de la peinture occidentale n’était en fait qu’un leurre, l’œuvre d’un mauvais peintre ? Pire : l’œuvre de plusieurs mauvais peintres ou pire encore : l’œuvre de mauvais restaurateurs ? Même pas des peintres ! Malheureusement, cette étude de Kenneth Clark nous dit qu’on n’est pas forcément très loin de la vérité.

Commençons, dans une souci de lisibilité, par distribuer les rôles, pour que toute interprétation à venir soit éclairée par ce sens : de la gauche vers la droite donc : Barthélémy, Jacques le Mineur, André, Judas (au premier plan, la main enserrant une bourse), Pierre, Jean (oui qui que soit d’autre), le Christ, Thomas, Jacques le Majeur, Philippe, Matthieu, Thaddée et enfin Simon.

La Cène - Leonardo da Vinci - 1494-1498 - Santa Maria delle Grazie - Milano

La Cène – Leonardo da Vinci – 1494-1498 – Santa Maria delle Grazie – Milano

Leonardo da Vinci reste un technicien très pointu de la peinture et de l’anatomie et sur les questions de religion, il a des idées bien arrêtées, des conceptions qui, comme pour la plupart de ses collègues contemporains, sont loin d’être des parangons de vertu. Clark dit pourtant qu’il est certainement le moins païen des peintres de son époque.
On pensera ce qu’on veut de la Joconde, La Cène est certainement le chef-d’œuvre absolu de Leonardo. En plus d’être une peinture immense (4,6 x 8,8 mètres !), le dernier repas du Christ peint sur le mur du réfectoire du couvent Sainte-Marie-des-Grâces (Santa Maria delle Grazie) de Milan est assurément un des plus grands tableaux du maître, pour de multiples raisons ; sa composition d’abord, mais aussi le parti pris du peintre (il décide de peindre la scène tandis que le Christ dit d’un des leurs les trahira : En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera, Jean, XIII, 21-22), et enfin l’organisation très pragmatique des émotions dégagées par chacun des apôtres, qui fait de l’auteur un rationaliste extrême.
Pourtant, cette œuvre n’a plus grand-chose à voir avec l’œuvre que peignit Leonardo entre 1494 et 1498, à cause d’un détail qui a son importance : le peintre n’a pas peint à fresque tandis que le mur du réfectoire était visiblement trop humide pour fixer l’huile. A peine 20 ans après la réalisation de l’œuvre, elle commence à se détériorer de manière irrémédiable.

Cette façon de procéder ainsi par intermittence laisse entendre que Léonard ne peignait pas al fresco ; nous savons qu’effectivement, il utilisa un mélange d’huile et de vernis. Le mur étant humide, la peinture ne tarda pas à se détériorer. Dès 1517, Antonio de Beatis notait que l’œuvre était excellente bien qu’elle se soit abîmée à cause de l’humidité du mur ou pour quelque autre raison ; et Vasari, qui la vit en mai 1556, rapporte qu’ « elle est en si mauvais état qu’on n’y distingue rien d’autre que des taches toutes brouillées ». En 1642, Scanelli pouvait écrire qu’il ne demeurait de l’œuvre que quelques traces des personnages, si bien que l’on pouvait à peine reconstituer le sujet. Devant de tels témoignages, nous sommes obligés de conclure que ce que nous voyons à présent sur le mur du couvent est essentiellement l’œuvre de restaurateurs. La peinture, en effet, a été restaurée quatre fois depuis le début du XVIIIè siècle, et elle le fut sans doute plusieurs fois auparavant. En 1908, elle fut entièrement nettoyée par Cavenaghi, qui fit à son sujet un rapport des plus optimistes, prétendant que seule la main gauche du Christ aurait été sérieusement retouchée.

La cène (main gauche du Christ) - Leonardo da Vinci - 1494-1498 - Santa Maria delle Grazie - Milano

La Cène (main gauche du Christ) – Leonardo da Vinci

Il ajoute assez naïvement que Léonard était un précurseur car il semble qu’il ait employé un mélange rarement utilisé avant la fin du XVIè siècle. Cavenaghi avait une réputation de technicien si bien établie que ses dires sont généralement admis ; mais, dans le cas présent, nous avons des preuves accablantes de son erreur. On ne peut admettre qu’une peinture qui, selon tous les témoignages, n’était aux XVIè et XVIIè siècles qu’une ruine irréparable, ait survécu plus ou moins intacte jusqu’à nos jours. En comparant les têtes des apôtres de la fresque avec celles des premières copies, nous avons la preuve évidente de sa restauration. Prenons comme meilleurs exemples les deux séries distinctes de dessins, actuellement à Weimar et à Strasbourg qui furent exécutés par des élèves de Léonard directement à partir de l’original. Ils ne comportent aucune de ces variantes personnelles qui apparaissent habituellement dans les copies. Ces dessins reproduisent, comme d’un accord tacite, certaines différences par rapport à la fresque telle qu’elle se présente actuellement, et chaque fois le dessin lui est nettement supérieur dans l’expression et la facture. Prenons quatre des apôtres assis à la gauche du Christ (Clark — ou son traducteur — laisse un ambiguïté dans le texte, car les personnages dont il parle sont à la gauche du Christ sur le tableau, donc à sa droite à lui). Dans l’original, Saint Pierre est l’un des personnages les plus déroutants de toute la composition par la laideur de son front trop bas, alors que dans les copies, sa tête, rejetée en arrière, présente un effet de raccourci. Le restaurateur, incapable de suivre un dessin aussi difficile, a fait de cette attitude une difformité. Il fait preuve de la même lourdeur dans la pose peu naturelle qu’il finit par donner aux têtes de Judas et de saint André. Les copies montrent qu’à l’origine Judas était en profil perdu, ce que nous confirment les dessins de Léonard qui sont à Windsor. Le restaurateur le présente tout à fait de profil, diminuant ainsi l’aspect sinistre qu’il devait avoir. Saint André était presque de profil ; le restaurateur le présente de trois-quarts, d’une façon toute conventionnelle. Il a aussi transformé ce digne vieillard en un personnage à l’expression cauteleuse. La tête de saint Jacques le Mineur, une création du restaurateur, donne la mesure de son incapacité.

La cène (apôtres gauche) - Leonardo da Vinci - 1494-1498 - Santa Maria delle Grazie - Milano

La Cène (apôtres gauche) – Leonardo da Vinci – 1494-1498 – Santa Maria delle Grazie – Milano

Il est important d’insister sur ces modifications car elle prouvent que l’effet dramatique de La Cène vient uniquement de la disposition et du mouvement des personnages et non pas de l’expression de leurs visages. Les écrivains qui ont critiqué l’aspect emprunté ou inexpressif de ces visages ont donné des coups d’épée dans l’eau. Presque tous les détails de la fresque sont en effet à coup sûr l’œuvre de restaurateurs successifs, et les visages, exagérément grimaçants, dans le goût de ceux du Jugement dernier de Michel-Ange, laissent supposer que la main à laquelle on doit le plus fut celle d’un médiocre peintre maniériste du XVIè siècle.

Kenneth Clark, Léonard de Vinci, 1939

On se demande alors ce qu’aurait pensé le peintre d’un tel carnage. Regardons ses plus fines toiles : la Joconde, la Dame à l’hermine, la Belle Ferronnière… On se doute alors que le résultat final de La Cène devait être majestueux. Évidemment, Léonard était un peintre célèbre, certainement un des plus célèbres de son époque, et les restaurateurs se sont certes attelés à restaurer l’œuvre magistrale d’un grand peintre, mais c’était sans compter que le maitre était un dessinateur, maîtrisant plus le disegno que la pittura. C’est là qu’apparaît tout le génie du peintre : son œuvre se perd dans un mur humide, disparaît lentement et personne n’arrive plus alors à partir des formes à savoir ce qui y avait été dessiné ; l’œuvre disparaît alors à jamais. Mais c’est quand-même bien la faute de Vinci, qui n’aurait jamais dû peindre sur ce plâtre de mauvaise facture.

Leonardo da Vinci - Etude pour la Cène - Venise - Galerie de l'Académie

Leonardo da Vinci – Etude pour la Cène – Venise – Galerie de l’Académie

La Cène (composition) - Leonardo da Vinci - 1494-1498 - Santa Maria delle Grazie - Milano

La Cène (composition) – Leonardo da Vinci – 1494-1498 – Santa Maria delle Grazie – Milano