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La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 19 et 20

La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 10 à 12

De retour au Gel­lért, Osman trou­va l’hôtel en effer­ves­cence. Ferenc était réap­pa­ru. Le lift-boy avait repris son poste au pater­nos­ter comme si de rien n’était. Il por­tait son uni­forme impec­cable, action­nait les manettes avec sa pré­ci­sion habi­tuelle, et citait Witt­gen­stein aux clients interloqués.

La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 19 et 20

La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 7 à 9

Pamuk des­cen­dit l’escalier de ser­vice — pas le grand esca­lier de marbre, pas le pater­nos­ter, mais un esca­lier étroit, dis­si­mu­lé der­rière une porte de ser­vice que per­sonne n’utilisait jamais. Osman le sui­vit, de plus en plus intri­gué. Le chat sem­blait savoir exac­te­ment où il allait. Il des­cen­dait avec l’assurance d’un guide, s’arrêtant par­fois pour véri­fier que l’humain suivait.

La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 19 et 20

La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 4 à 6

« Vous devez abso­lu­ment venir », dit Nigel Ash­worth-Pen­ning­ton. C’était le troi­sième jour d’Osman au Gel­lért, et l’hydrologue bri­tan­nique avait adop­té l’Ottoman avec l’enthousiasme d’un gol­den retrie­ver décou­vrant un nou­veau maître. Il l’attendait chaque matin aux bains, le rejoi­gnait pour le déjeu­ner, et lui expo­sait ses théo­ries sur la plom­be­rie romaine avec une pas­sion qui ne fai­blis­sait jamais.

La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 19 et 20

La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 1 à 3

Le train entra en gare de Buda­pest-Kele­ti avec cette len­teur majes­tueuse qu’affectent les express inter­na­tio­naux lorsqu’ils daignent enfin s’arrêter quelque part. Osman Fazıl Bey, debout dans le cou­loir du wagon-lit, regar­dait défi­ler les quais sans les voir. Il por­tait un cos­tume de Savile Row — cadeau d’un atta­ché bri­tan­nique en des temps meilleurs — et un fez bor­deaux qu’il n’avait aucune inten­tion d’ôter, quoi qu’en pen­sât la Répu­blique turque et ses décrets vestimentaires.

Les Cyclades avant la tha­las­so­cra­tie crétoise

Mille ans avant que Minos n’existe, même comme rumeur, un archi­pel avait déjà inven­té sa manière de tra­ver­ser la mer. On l’a long­temps lu comme la pro­vince d’une Crète rayon­nante. C’est l’in­verse : la Crète est arri­vée dans un monde qui navi­guait depuis toujours.

La table de Peu­tin­ger et l’i­dée romaine de la distance

Dépliez-la sur une table trop courte et elle déborde de par­tout : six mètres quatre-vingt-deux de long pour trente-quatre cen­ti­mètres de haut, un ruban de par­che­min qui ne res­semble à aucune carte que l’œil moderne ait appris à lire. Aucun conti­nent n’y a la forme qu’on lui connaît.

Tim­gad, ville neuve plan­tée dans les Aurès

On ne fonde pas une ville comme on fonde un vil­lage. On la trace. Tim­gad est née d’un coup de style, un jour de l’an 100, sur un pla­teau caillou­teux où rien, avant elle, ne por­tait de nom latin — et il a fal­lu près de dix-huit siècles de sable pour que ce coup de style s’ef­face, puis un siècle et demi de pioches fran­çaises pour qu’on le redessine.

Utique avant Car­thage : la doyenne oubliée des colo­nies phéniciennes

Le vent qui tra­verse les oli­viers d’U­tique n’a plus l’o­deur du sel. Douze kilo­mètres séparent aujourd’­hui l’é­pe­ron cal­caire où s’ac­crochent les ruines de la ligne bleue de la Médi­ter­ra­née, et il faut un effort d’i­ma­gi­na­tion assez violent pour repla­cer, sous les labours et les serres agri­coles, le golfe où mouillaient les navires tyriens.

Gji­ro­kastër, la Médi­ter­ra­née vue de dos

Il y a des villes qui regardent la mer et des villes qui lui tournent le dos. Gji­ro­kastër fait les deux à la fois. Accro­chée au flanc du Mali i Gjerë, à trois cents mètres au-des­sus d’une val­lée qui file vers le sud, elle est sépa­rée de l’A­dria­tique par une seule chaîne de montagnes.

Cyrène et Car­thage aux confins de la Grande Syrte

Entre les ruines blondes de Cyrène et les ves­tiges puniques de Car­thage s’é­tendent aujourd’­hui près de mille kilo­mètres de côte libyenne : une bande de sable, de seb­khas et de vent où plus rien ne signale la fron­tière qui sépa­ra pen­dant trois siècles deux mondes méditerranéens.

Motyé, la cité punique englou­tie et retrou­vée en Sicile

Le bateau glisse sur une eau qui ne dépasse jamais l’é­paule. De part et d’autre, des rec­tangles d’eau rose et blanche s’é­tendent jus­qu’à l’ho­ri­zon, cou­pés par les ailes immo­biles de mou­lins à toits rouges. Sous la coque, par endroits, on devine une ligne plus sombre, rec­ti­ligne, qui file vers le large avant de se perdre dans le miroi­te­ment de la lagune : une route.

Pal­myre romaine avant Zéno­bie : cara­vanes, taxes et dieux locaux

On ne pense à Pal­myre qu’à tra­vers une femme et une ruine. La reine qui défia Rome, les colon­nades qui gisent aujourd’­hui dis­per­sées dans le sable et les com­mu­ni­qués de guerre. Mais avant Zéno­bie, avant même que qui­conque songe à défier Rome, il y eut deux siècles d’une tout autre histoire.

Vingt-deux signes, l’al­pha­bet phénicien

Dans une salle du Musée natio­nal de Bey­routh, un cou­vercle de cal­caire porte, cou­rant le long de son rebord, une ligne de signes gra­vés d’une main sûre. Il faut se pen­cher pour la suivre : elle part sur la tranche, tourne l’angle, se pour­suit sur le plat. C’est une malédiction.

Cata­combes du pour­tour méditerranéen

On des­cend tou­jours de la même façon. Quelques marches taillées à même le banc de roche, une fraî­cheur qui monte à la ren­contre du visage avant même qu’on l’ait cher­chée, l’o­deur — cette odeur de cave, de pierre humide et de temps arrê­té, qui est la même à Rome, à Syra­cuse, à Sousse, à Milos.