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Dernières nouvelles du mondeL’incroyable affaire du dé du Sultan (chapitres 13 à 16)
Il y a, dans l’existence, des moments où l’on réalise que toute prétention au contrôle de sa propre destinée n’est qu’une illusion confortable. Pour Rupert Beauregard Whitcombe, ce moment arriva précisément lorsque Herr Kraus pointa un revolver Luger dans sa direction avec le détachement clinique d’un fonctionnaire allemand remplissant un formulaire.
L’incroyable affaire du dé du Sultan (chapitres 9 à 12)
Miss Agatha Penworthy était le genre de femme qui pouvait faire reculer un régiment de soldats turcs par la seule force de son regard désapprobateur. À soixante-deux ans, vêtue invariablement de robes grises boutonnées jusqu’au menton, elle incarnait la respectabilité britannique avec une détermination qui frisait le fanatisme.
L’incroyable affaire du dé du Sultan (chapitres 6 à 8)
Il existe plusieurs manières appropriées de réagir à la découverte d’un squelette humain dans une chambre d’hôtel fermée depuis vingt-trois ans. Hurler, par exemple, est tout à fait acceptable. S’évanouir également. Fuir en courant pourrait même être considéré comme raisonnable et envisageable.
L’incroyable affaire du dé du Sultan (chapitres 4 à 5)
Minuit au Pera Palace possédait une qualité particulière. Le silence n’était jamais tout à fait complet — il y avait toujours le grincement d’un parquet, le murmure d’une conversation fantôme dans les murs, le soupir d’un empire qui refusait de mourir tout à fait.
L’incroyable affaire du dé du Sultan (chapitres 1 à 3)
Il existe, dans la géographie morale de Constantinople, certains lieux où le temps ne s’écoule pas selon les lois ordinaires de la physique newtonienne. L’Hôtel Pera Palace était précisément l’un de ces endroits, et Rupert Beauregard Whitcombe allait bientôt le découvrir à ses dépens.
Les eaux immobiles de Bangkok (Les oubliés du pays doré #21)
Le long du khlong Saen Saep, l’eau boueuse charrie des débris de polystyrène et des fleurs de lotus fanées. Le long-tail boat glisse entre les passerelles branlantes, et je m’accroche à la barre de métal rouillé tandis que le conducteur accélère dans un rugissement qui me fait penser à celui d’un tracteur poussé à plein régime. Personne ne regarde le paysage. Les passagers se prennent en photo avec leurs téléphones, bousculés par les embardées du pilote qui évite les déchets flottants.
Bangkok, Blues de Guerre (Les oubliés du pays doré #20)
Bangkok. 1967. On arrive à Venise par la mer. On arrive à Bangkok par le fleuve. C’est une loi géographique autant que romanesque. La Chao Phraya charrie ses eaux brunes entre les temples dorés et les barges de riz, indifférente au siècle qui passe. Mais en ce mois de juillet 1967, quelque chose a changé dans l’air épais de la capitale siamoise. Une odeur de bourbon et de kérosène se mêle aux effluves de citronnelle et d’encens.
La dernière lumière (Les oubliés du pays doré #19)
Norman Lewis arrive à Bangkok en 1950 avec cette façon qu’ont les voyageurs anglais de ne jamais vraiment arriver nulle part. Il débarque comme on pousse une porte entrouverte, sans fracas, le carnet dans la poche gauche, l’œil déjà ouvert sur ce qui disparaît. C’est ce que Lewis est venu chercher : non pas le Siam éternel des cartes postales, mais son agonie précise, documentée, la fin d’un monde qu’on photographie avant l’incendie.
Le maréchal exilé (Les oubliés du pays doré #18)
Il aurait fallu commencer par Bangkok, novembre 1947, l’odeur du fleuve et des temples, mais les biographies ne commencent rarement comme cela. Plaek Phibunsongkhram – qu’on appellera bientôt Phibun, le Maréchal, le dictateur, le survivant – est assis dans son bureau du Ministère de la Défense, et il sait déjà que tout est fini avant même d’avoir vraiment commencé. Les hommes de pouvoir dans les tropiques sentent la fin avant le commencement, comme ces requins qui détectent une goutte de sang dans un océan.
La reine de la soie (Les oubliés du pays doré #17)
Bangkok, 1960. Les ventilateurs brassent l’air moite du palais Chitralada comme ils brassent la poussière depuis des siècles. Jim Thompson traverse la salle d’attente, son costume de lin blanc froissé par l’humidité tropicale qui règne sur la ville même en cette saison supposément fraîche. Il a cinquante-neuf ans, l’allure encore élancée malgré le whisky et les dîners chez les ambassadeurs, ancien agent de l’OSS devenu marchand de soie, et il s’apprête à rencontrer la reine Sirikit.
Boonyaratana Sirikanya, l’architecte de l’impossible (Les oubliés du pays doré #16)
Bangkok, 1958. L’architecte Boonyaratana Sirikanya traverse le pont qui enjambe le khlong, cette artère d’eau brune qui charrie les détritus et les fleurs de lotus en parts égales. Il pense à l’Américain, à cet homme qui veut bâtir une maison impossible, une maison qui serait à la fois un temple et un manifeste, un tombeau peut-être. Jim Thompson l’attend dans le jardin de sa propriété temporaire, celle qu’il quittera bientôt pour le chef‑d’œuvre qu’ils construiront ensemble.
Bangkok, 1935, aux origines du Siam (Les oubliés du pays doré #15)
On pourrait commencer par Angkor, évidemment. Commencer par les temples engloutis sous la jungle, par les racines des fromagers qui éventrent les pierres khmères, par cette obsession occidentale de tout dater, tout classer, tout comprendre. Mais non. Commençons plutôt par un couple d’Anglais en 1935, débarquant à Bangkok avec leurs malles et leurs carnets, leurs théories et leur naïveté, ne sachant pas encore qu’ils allaient passer le reste de leur vie à reconstituer un passé qui n’était pas le leur.
Le Conseiller du Siam (Les oubliés du pays doré #14)
On le retrouve toujours dans les ports. Anvers d’abord, puis Marseille, Colombo, Singapour. Les grandes villes maritimes qui scandent les routes de l’Empire, ces nœuds où convergent les ambitions et les rêves d’hommes comme lui. Gustave Rolin-Jaequemyns porte un nom à rallonge, héritage d’un père illustre qui fonda la Revue de droit international, et cette pesanteur généalogique le pousse vers l’Est, là où les noms européens sonnent encore comme des promesses.
La chute d’Ananda Mahidol (Les oubliés du pays doré #13)
Bangkok, juin 1946. La mousson hésite encore, suspendue au-dessus de la ville comme une menace muette. Dans les rues, les cyclo-pousses glissent entre les flaques d’eau boueuse, évitant les nids-de-poule que la guerre a laissés partout, cicatrices d’un conflit qui vient à peine de s’achever. Le Siam a changé de nom pendant l’occupation japonaise, puis est redevenu le Siam, puis est devenu la Thaïlande. Personne ne sait vraiment quel nom donner à ce pays qui ne sait plus très bien qui il est et qui semble se chercher.
Le refuge de Connie Mangskau (Les oubliés du pays doré #12)
Constance Mangskau était née en 1907 à Chiang Mai, d’un père anglais et d’une mère thaïe, ce qui faisait d’elle une hybride dans un monde colonial qui n’aimait pas les hybrides. À dix-huit ans, elle avait épousé un planteur de caoutchouc norvégien dont elle ne gardait que le nom et deux filles. Veuve trop jeune, elle avait dû accepter un poste de secrétaire à la British American Tobacco Company pour nourrir ses enfants.










