Les plus belles mains de Delhi

Il y a des livres qui tombent à pic, sans qu’on ait rien demandé, à défaut de nous tomber des mains. Les plus belles de Delhi…

Lorsqu’un journaliste suédois sur le retour, en bout de course, s’envole pour Delhi au risque de perdre pied dans un pays qu’il ne connaît pas et pour lequel il n’a a priori aucune espèce d’attirance et qu’une fois arrivé, il tombe gravement malade au point de croupir dans une chambre d’hôtel miteuse, terrassé par une indigestion carabinée, on se dit qu’il ne peut que remonter la pente.

Les plus belles mains de Delhi est le premier volet d’une trilogie (pour l’instant) écrite par un journaliste suédois ayant vécu en Inde (tiens, tiens…), Mikael Bergstrand. Lorsque j’essaie de vendre le livre autour de moi, j’insiste bien sur le fait que ce n’est pas la plus grande littérature qui soit, mais les livres de Bergstrand ont cette faculté de rendre heureux. Écrits sur un ton léger, d’une écriture souple et humoristique, on entre bien vite dans la peau de Göran Borg, un quinquagénaire désabusé, un peu grassouillet, qui ne prend plus tellement soin de lui. La rencontre avec Yogi, un Indien fantasque et incroyablement optimiste, lui fera découvrir une ville qui n’avait rien pour lui plaire, crasseuse, bruyante, chaude et envoûtante. C’est ce qu’on appelle une rencontre. Deux hommes que tout oppose vont former un couple hors-norme qui vivra des aventures tout aussi saugrenues que déroutantes.

“En Inde, on considère les mains comme le miroir de l’âme. Yogi m’avait dit un truc du genre sur les cartes de visite. Je me suis dit que ça devait certainement pouvoir s’appliquer aussi aux mains…”

C’est au moment où l’on s’y attend le moins que Göran va faire la rencontre d’une femme (Yogi pourrait dire que c’est certainement la plus belle femme du monde que ses humbles yeux aient pu rencontrer tout au long de sa pourtant longue et fascinante vie), tenant un salon de beauté dans un grand hôtel de la ville. Tombant sous le charme puissant de la belle Preeti, il va vite se heurter à un os ; Preeti est mariée, qui plus est à un homme très riche et très puissant. Autant dire que l’histoire d’amour n’a rien pour réussir.

Cette histoire, sous son air léger et distrayant, est en réalité une superbe leçon d’exorcisme. Göran va apprendre à dompter ses démons et reprendre confiance en lui, ce qui n’est certainement pas le plus simple pour un homme célibataire, chômeur et quinqua… Yogi, l’hindouiste optimiste distillera en lui la plus belle des leçons, celle qui l’aidera à vivre tout simplement.

Il n’y a pas de morale dans cette histoire, ni avec une minuscule, ni avec une majuscule, juste l’impression légère que la fatalité n’existe pas et qu’il est facile de devenir le plus heureux des hommes. Un livre léger, avec son lot de rebondissements et de situations burlesques qui sont là pour nous dire qu’être heureux ne tient finalement pas à grand-chose…

– Combien d’autres dieux est-ce que vous avez ?
– On n’a qu’un seul vrai dieu.
– Qu’un seul dieu ! Mais quelle idée ! Vous pensez vraiment qu’un dieu peut s’occuper de tout, tout seul ?
– C’est le principe, oui.
– Et comment s’appelle ce dieu débordé de travail ?
– Juste Dieu. Avec un grand D.
– Dieu, c’est tout ? Alors ça, c’est la plus incroyable des histoires : imaginer qu’un dieu qui n’a même pas de nom puisse réussir à faire tourner le monde tout seul.

Le boréal est entré dans ma vie par plusieurs angles différents. Le premier aura été la découverte de l'auteur danois Jørn Riel, aujourd'hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racontars arctiques qui ont émaillé mes nuits d'étudiants de beaux souvenirs et d'histoires humaines fascinantes, que je n'ai toujours pas fini de lire, me les réservant comme de précieux trésors, des cadeaux qu'on ne déballe pas tous à la fois. L'homme vit aujourd'hui en Malaisie, pour décongeler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malaurie (97 ans), Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé, des oeuvres magistrales qui m'ont aussi ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Victor, puis bien d'autres encore après. Le dernier en date est un polar, écrit par Sonja Delzongle, un thriller très dur, qui m'a donné des cauchemars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j'ai acheté à cause de la belle couverture aux teintes vert pastel et de la photo d'un ours sur la banquise. Petite parenthèse.

Photo d'en-tête Wim Pauwels on Unsplash

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