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Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

On lui don­na une heure pour récu­pé­rer ses affaires au She­pheard’s. Un offi­cier l’ac­com­pa­gna. Dans le taxi, Dor­lange regar­dait défi­ler les rues du Caire — les mêmes rues qu’il avait par­cou­rues avec Nehad, la nuit, il y avait si peu de temps. Tout lui sem­blait étran­ger main­te­nant, comme un décor qu’on aurait démon­té et remon­té à l’i­den­tique, mais dont quelque chose aurait changé.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 4

Août arri­va comme une fièvre. La cha­leur était deve­nue une chose solide, un mur qu’on tra­ver­sait pour aller d’un endroit à l’autre. Les gens ne mar­chaient plus — ils se traî­naient, s’ar­rê­taient à l’ombre, repar­taient. Au She­pheard’s, les ven­ti­la­teurs tour­naient jour et nuit mais ne ser­vaient à rien. Les draps étaient trem­pés dès le réveil. On buvait de l’eau tiède, du thé tiède, du whis­ky tiède. On atten­dait le soir.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 3

Elle l’emmena à la Cité des Morts. Le taxi les dépo­sa à la lisière du quar­tier, là où la ville s’ar­rê­tait et où com­men­çait autre chose. Des tombes, d’a­bord — des mau­so­lées, des dômes, des pierres blanches sous la lune. Puis des mai­sons, basses, col­lées aux tombes, construites entre elles, contre elles, par­fois dedans. Des lumières aux fenêtres. Des gens qui vivaient là, par­mi les morts.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 2

Il la revit le len­de­main. Et le sur­len­de­main. Et tous les soirs qui sui­virent. Dor­lange des­cen­dait au caba­ret vers dix heures, pre­nait la même table au fond, com­man­dait ses whis­kys et atten­dait. L’or­chestre jouait ses airs fati­gués, des couples dan­saient mol­le­ment, des offi­ciers riaient trop fort — il ne voyait rien. Il atten­dait Nehad.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 1

Le taxi le dépo­sa devant l’hô­tel et Dor­lange res­ta plan­té là, sa valise à la main, stu­pide sous le soleil brû­lant. Trois heures de l’a­près-midi. Pas un souffle. La lumière tapait si fort qu’on ne voyait plus rien — juste cette façade blanche, les stores bais­sés, et sur la ter­rasse des types en uni­forme ava­chis sur leurs chaises comme des cadavres en permission.

Le som­meil de Phi­lippe — Hié­ra­po­lis, la ville sainte au-des­sus des enfers

On arrive à Hié­ra­po­lis par le blanc. C’est un blanc qui ne res­semble à rien de ce que l’on connaît, ni la neige, ni le sel, ni la chaux, un blanc miné­ral et tiède qui monte du fond de la val­lée du Lycos comme une lèpre magni­fique, et que les Turcs, avec ce génie qu’ils ont pour nom­mer les choses en les ren­dant domes­tiques, ont appe­lé Pamuk­kale, le châ­teau de coton.

Les citernes de Constan­ti­nople, une capi­tale sans fleuve

Tout le monde connaît la Citerne Basi­lique, ses colonnes noyées et ses Méduses ren­ver­sées. Mais Constan­ti­nople fut bâtie sur des dizaines de réser­voirs, dont la plu­part dorment encore sous les bou­tiques, sous les stades, sous les pota­gers de Fatih. Enquête dans une capi­tale qui a pas­sé seize siècles à rete­nir de l’eau qu’elle n’a­vait pas.

L’or du Pactole

Il y a des civi­li­sa­tions qui ont tout inven­té et qu’on a presque oubliées. La Lydie est de celles-là. Deman­dez autour de vous : on connaît Cré­sus, mais comme on connaît Pic­sou — un nom deve­nu adjec­tif, une richesse pro­ver­biale déta­chée de toute géo­gra­phie, de toute chair, de toute poussière.

Palerme aux trois langues

Il faut lever la tête, et il faut le faire long­temps, parce que la nuque pro­teste et que la lumière de la Cha­pelle Pala­tine est avare. On finit par dis­tin­guer, au-des­sus des mosaïques byzan­tines et de leur or immo­bile, un pla­fond de bois qui n’a rien à faire là.

Les jar­dins de thé d’Is­tan­bul, géo­gra­phie de l’heure suspendue

C’est d’a­bord un son. Une petite cuillère qui tourne dans un verre, quelque part sous les pla­tanes, et le tin­te­ment clair du métal contre la paroi mince. On l’en­tend avant de voir quoi que ce soit. Il tra­verse le feuillage, se mêle au cri des mouettes, au ron­fle­ment loin­tain d’un vapur qui accoste.

Les stèles du tophet de Carthage

Salamm­bô est une ban­lieue de Tunis comme il y en a par­tout sur cette côte : des vil­las basses aux volets déco­lo­rés, des bou­gain­vil­lées qui débordent des murets, la ligne du TGM qui file vers La Mar­sa avec un bruit de fer­raille patiente, et l’o­deur du sel qui monte dès qu’on tourne le dos à la rue.

Qala­wun, ou le tom­beau de l’es­clave aux mille dinars

Rue al-Mu’izz, Le Caire. Un sul­tan kipt­chak, un hôpi­tal pour les fous, un dôme qui a sur­vé­cu à sept siècles de trem­ble­ments de terre.

Un style à poulpes

Un motif tra­verse la Médi­ter­ra­née, 1500–400 avant notre ère

Le savon d’A­lep, ou la très longue mémoire d’un pain vert

Il y a des objets qui contiennent plus d’his­toire que bien des monu­ments. Un pain de savon brun, fen­du d’un cœur vert, en sait plus long sur la Médi­ter­ra­née que la plu­part des livres qui pré­tendent la raconter.

Le Bou­co­léon, palais des lions de mer

Il faut d’a­bord accep­ter de ne rien voir. C’est la condi­tion d’en­trée, le droit de pas­sage. Celui qui longe la rive sud de la vieille Istan­bul, sur cette ave­nue Ken­ne­dy où les voi­tures filent comme si la mer de Mar­ma­ra n’exis­tait pas, celui-là passe devant le Bou­co­léon sans le savoir.