De Carthage à la côte de Bithynie, en passant par Tyr, Antioche et Éphèse : l’itinéraire d’un homme que Rome n’a jamais cessé de craindre, même désarmé.
De Carthage à la côte de Bithynie, en passant par Tyr, Antioche et Éphèse : l’itinéraire d’un homme que Rome n’a jamais cessé de craindre, même désarmé.
On visite les monuments par l’endroit, jamais par l’envers. On arrive au Parthénon par les Propylées, on entre dans la Grande Pyramide par le boyau que les pillards ont creusé, on lève la tête vers l’entablement du temple de Bacchus à Baalbek en se demandant comment des hommes ont pu poser là-haut des blocs de cette taille.
Le ferry part de Kabataş et met une heure et demie à traverser la mer de Marmara, ce qui est peu pour changer de monde. On laisse derrière soi le tumulte d’Istanbul, ses klaxons, ses seize millions d’habitants agglutinés sur deux continents, et l’on avance vers un chapelet de neuf îles couchées dans l’eau grise, dont quatre seulement se visitent.
La route de Meknès à Volubilis ne prévient pas. On roule une trentaine de kilomètres au nord de la ville impériale, entre des champs d’orge et des oliviers alignés comme une troupe au repos, et rien n’annonce que l’on approche d’un bout du monde.
Il y a des noms qui font plus de bruit que les lieux qu’ils désignent. Naucratis en est un. On l’énonce et l’on croit entendre le grincement des cordages, le heurt des amphores contre le flanc des barques, le grec ionien mêlé à l’égyptien sur un quai grouillant.
On oublie toujours qu’avant d’être le nombril du monde, Byzance a été un port de pêcheurs accroché à un promontoire, entre deux mers qui ne voulaient pas se ressembler. Le Bosphore, à cet endroit, se resserre comme une gorge : quelques encablures séparent l’Europe de l’Asie, et le courant y descend de la mer Noire avec une vigueur qui a longtemps découragé les marins peu aguerris.
Il faut commencer par un homme sans mer. Un baraquement de la Baltique, un hiver allemand, des châlits superposés, l’odeur de laine mouillée et de tabac gris. L’Oflag X‑C de Lübeck est un camp de représailles : on y regroupe les officiers français jugés indociles, les gaullistes, les évadés repris.
On arrive à Mistra par le mauvais côté, c’est-à-dire par le bon. La route qui monte de Sparte traverse d’abord une plaine que l’on n’attendait pas si verte : des orangers en rangs serrés, des oliviers gris qui bougent à peine, des câpriers accrochés aux murets, et sur tout cela une lumière de fin d’après-midi qui pose les ombres bien à plat.
Kathleen Martinez était avocate pénaliste à Saint-Domingue quand elle a décidé de traiter la disparition d’une femme morte depuis deux mille ans comme une affaire non résolue. Elle le dit elle-même, sans se forcer : elle n’a jamais eu de première formation d’archéologue, sa discipline c’est le droit criminel, et elle a pris Cléopâtre comme on prend un dossier.
Un seau de perles posé par terre. Le premier bruit de l’atelier n’est pas celui du verre. C’est celui des perles. Un seau de plastique bleu, presque plein, posé contre le pied de l’établi. Quand la main y plonge pour en tirer une poignée, cela fait le son d’un ressac très court, très sec — un chuintement minéral qui s’arrête net.