don Pietro Gnocchi, sonates IX et XIII

Voici un compositeur absolument confidentiel, un de ceux qui restent dans l’ombre des grandes travées d’églises baroques, derrière les paravents des chambres dans lesquelles on ne joue qu’une certaine musique, une musique pour l’âme, une musique qui réchauffe les corps et qui ne fait jamais de mal. A une époque où l’on ne peut se contenter d’une seule activité, don Pietro Gnocchi, non content d’avoir composé une soixantaine de messes, dont certains requiem, était également historien et géographe, à la tête d’une volumineuse histoire des colonies de la Grèce ancienne en 25 tomes.

Voici deux extraits de très belles sonates, réédités récemment et interprétées par Brixia Musicalis (Sonate a tre) :

Photo © Uqbar

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Sonata XIII in re minore – Grave
(oboe, violino, violoncello, arciliuto & clavicembalo)

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Sonata IX in mi minore – Largo, Arcate distese
(violino I e II, violoncello, arciliuto & organo)

Vénus et autres Vénus

Moins connues que leurs consœurs, elles sont néanmoins représentatives de leur époque et d’un art hautement avancé, capable d’invention et d’une stylisation très poussée. Revue de détail de ces femmes venues de la préhistoire, qu’on a souvent appelé “Vénus” pour rendre hommage à la beauté intrinsèque de la femme, mais qui sont plus généralement des odes à la fertilité. (suite de l’article Sept femmes (Vénus du gravettien))

La Vénus impudique de Laugerie-Basse

Laugerie-Basse se trouve sur la route entre Rouffignac et Les Eyzies, dans la vallée de la Vézère où l’on peut passer des jours à s’extasier sur certains des plus beaux sites préhistoriques (Lascaux, La Madeleine, Combarelles, Font-de-Gaume, etc.) lorsqu’ils sont encore ouverts au public. Cette vénus a été appelée impudique en raison de l’incision profonde marquant la forme de la vulve. Peu formée, élancée, (ce qui laisse penser qu’on a plutôt affaire à une adolescente qu’à une femme mûre) c’est la première “Vénus” a avoir été mise au jour, en 1864. Sculptée dans l’ivoire, elle mesure 8cm de haut.

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Sept femmes (Vénus du gravettien)

De mémoire d’humain, les premières représentations humaines retrouvées parmi les fouilles archéologiques du paléolithique supérieur ne sont pas des représentations masculines, mais bel et bien féminines. On pourrait être amené à croire que l’être humain, dans le développement de son intellect aurait représenté en premier lieu ce qu’il avait sous les yeux, c’est-à-dire son alter ego, lui-même, mais il n’en a rien fait, il a commencé par représenter l’animal comme vu précédemment, c’est en tout cas une supposition facile puisque ce sont les seuls vestiges de cette époque parvenus jusqu’à nous. Concernant le pariétal, mais pour d’autres raisons (voir cet article), les humains ne sont que très peu représentés. Ici, la femme est donc en première position et la raison en est simple. Dans un contexte où les éléments naturels ont une vertu magique, la femme, génitrice, symbole de fécondité, mère protectrice et préceptrice jusqu’à l’âge adulte, est magnifiée dans les formes qui la font reconnaître comme étant le médium de la conservation de l’espèce. Il est de notoriété commune que l’éthologie sexuelle met en lumière la recherche des attributs sexuels primaires évidents comme des signes de reconnaissance des meilleures conditions possibles de reproduction (seins volumineux aux aréoles proéminentes, hanches larges et clairement dessinées, cambrure marquée, fesses rondes, cuisses robustes sont autant d’assurances que la personne sera à même de supporter une grossesse, de la mener à son terme et de nourrir sa progéniture dans les meilleures dispositions). C’est donc tout naturellement que la femme est un symbole fort, présent dans toutes les formes primitives de l’art comme un canon. Pendant tout un pan de l’histoire de l’humanité — aurignacien (37 000 à 28 000 BP1), gravettien (29 000 à 22 000 BP), solutréen (22 000 à 17 000 BP), magdalénien (17 000 à 10 000 BP) — , ce qui nous est parvenu consiste en de très belles productions stylisées, dans le prolongement de ce qui nous a été laissé en terme de production artistique naturaliste. Sept femmes, sept Vénus célèbres qui sont autant d’hymnes à la femme, à l’art et à la nature humaine, classées par âge. (more…)

Haydn, sonate 28

Parfois, au détour d’une écoute hasardeuse dans la lumière ténébreuse d’un jour pluvieux de décembre, un petit bijou, au clavecin. Pour une fois, je trouve le jeu peu agressif et le son du clavecin clair, un peu étouffé, sensuel. Une des nombreuses sonates de Franz Joseph Haydn, la 28 en ré mineur pour clavecin seul. Silence…

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Haydn / Pf Sonate 28 D-dur (Divertimento) HobXIV:5 2. Menuet
Christine Schornsheim (clavecin) in Die Klaviersonaten, Vol.1

Prémices du style (l’animal aurignacien)

L’histoire de l’art commence avec ce moment très particulier où l’être humain ne fait plus simplement des images de sa perception une représentation, mais à partir du moment où il le représente en en simplifiant les formes ou en les rendant plus belles dans un but décoratif ou esthétique. Il y a une idée de rendre la réalité avec quelque chose “de plus”, de plus simple ou de plus compliqué, de plus beau ou de plus laid, de plus neutre ou de plus dramatique, mais il y a l’idée de transcender.

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Karl Bartos – Live cinema

Bartos est un nom qu’on n’oublie pas, surtout lorsqu’il vient se produire à deux pas de chez vous, au centre des arts d’Enghien-les-bains. Il ne fait pas partie du noyau fondateur de Kraftwerk, le groupe pionnier en matière de musique électronique créé par Ralf Hütter et Florian Schneider, mais il en est un des membres éminents des premiers temps.

A l’origine de certains de titres les plus connus, on considère souvent qu’il est le plus original de la bande et c’est d’ailleurs ce qui le fera quitter la troupe puisque ses visions de la musique était largement plus progressistes que celles de deux membres fondateurs. On le voit d’ailleurs bien dans son dernier spectacle puisque s’il y est souvent question de son compagnon de route Wolfgang Flür, les images concernant les deux autres sont soigneusement évitées, laissant présager d’un conflit dans lequel il préfère certainement se passer de cet encombrant héritage. Toutefois, il n’hésite pas à reprendre sur scène certains des plus grands titres de Kraftwerk — surtout lorsqu’il en est le principal instigateur.

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Le spectacle Live Cinema qu’a monté Bartos avec son acolyte Mathias Black au mixage est un réel travail de scénographie et de production d’image, car depuis la dissolution (même si Kraftwerk continue de se produire avec Hütter) du groupe, Bartos a continué de publier des albums de son côté, tout en montant un spectacle à partir des courts-métrages qu’il a réalisé ces dernières années. On y retrouve certains des titres phares du groupe (Trans Europe Express, Tour de France, Robots, Das Model, etc.) mais également les titres de son album Communication, dont The Camera, illustré superbement par les images de Blow up d’Antonioni et de Peeping Tom de Michael Powell.
Un spectacle superbe, réglé au millimètre, orchestré par un Bartos fringuant, souriant et dont la voix, toujours aussi claire est la véritable pâte de sa présence auprès du groupe allemand pendant toutes ces années de succès. Ses réorchestrations sont beaucoup plus rythmées, on sent le percussionniste dans son meilleur œuvre. Du début à la fin, tout glisse, rien n’accroche, jusqu’au final où les salutations, brèves, mettent un terme au spectacle sans rappel, un spectacle halluciné, hypnotique, pour ne pas dire chamanique.