Des rives du Nil aux berges d’Ar­gen­teuil…

Des rives du Nil aux berges d’Ar­gen­teuil…

Un des plus beaux livres que j’ai lu ces der­niers temps, qui a obte­nu le prix Nico­las Bou­vier 2014, déli­vré lors du fes­ti­val Éton­nants Voya­geurs de Saint-Malo. Entre nous, les Levan­tins, par Ben­ny Zif­fer.

La col­lec­tion Kha­lil est res­tée en Égypte, et, à long terme, elle a vain­cu l’Égypte. Il y a quelque chose de sym­bo­lique dans le fait que, qua­rante ans après la révo­lu­tion nas­sé­rienne, avec la dis­pa­ri­tion du Chef de l’État, Moha­med Kha­lil a recou­vré sa demeure et son hon­neur. Ses por­traits accro­chés à nou­veau aux murs de son palais fran­çais offrent le témoi­gnage que la volon­té de res­sem­bler à l’Oc­ci­dent, aspi­ra­tion condam­nable aux yeux d’au­cuns, demeure vivace en Égypte, après des années d’é­touf­fe­ment chau­vin.
De la fenêtre du deuxième étage du musée don­nant sur le Nil, on aper­çoit à tra­vers les plis d’un rideau blan­châtre des bateaux recou­verts de bâches ber­cés par les flots, dans la petite mari­na d’un club de plai­sance. Est-ce un hasard si ce pay­sage res­semble à s’y méprendre au tableau de Claude Monet expo­sé dans une salle voi­sine, Argen­teuil, bateaux au long de la berge ?

Ben­ny Zif­fer, Entre nous, les Levan­tins
Actes Sud 2014
Tra­du­ti de l’hé­breu par Jean-Luc Allouche

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L’empire du laid… et de l’i­gno­rance

L’empire du laid… et de l’i­gno­rance

Jean-Pierre Filiu a rai­son et per­sonne ne doit perdre cela de vue : les des­truc­tions de Daech dans le musée de Mos­soul ont deux voca­tions. La pre­mière est de géné­rer un tra­fic d’œuvres d’art dont les recettes sont juteuses. La seconde est un outil de pro­pa­gande. Voi­ci ce qu’il dit dans une inter­view don­née à Libé :

Bien sûr, ces des­truc­tions font par­tie de leur pro­pa­gande. Leur mes­sage est clair : «Regar­dez, quand des musul­mans sont tués, per­sonne ne bouge, il n’y a aucune réac­tion. Mais dès que l’on tue des otages occi­den­taux ou que l’on détruit des sta­tues, tout le monde s’indigne.»

On s’in­digne de la des­truc­tion de ces œuvres car les auteurs de ces crimes paraissent encore plus bes­tiaux que lors­qu’ils mas­sacrent n’im­porte qui sans dis­cer­ne­ment. Dans cette niche se tapit notre impos­si­bi­li­té à réagir face à la plus sombre des tyran­nies et c’est toute une chape de plomb qu’on fait cou­ler sur les mil­liers de morts dont se rend cou­pable l’or­ga­ni­sa­tion isla­mique. Mais ce n’est pas pour autant qu’on doit fer­mer les yeux lorsque des êtres humains qui n’ont jamais mis les pieds dans un musée y pénètrent pour tout sac­ca­ger. Per­son­nel­le­ment, ce qui m’in­ter­roge, c’est cet élan qui rase tout sur son pas­sage, qui n’a pour but que faire table rase du pas­sé et extir­per les popu­la­tions de leurs repères, dans lequel on ne peut voir (en dehors de la plus crasse des imbé­ci­li­tés) que la volon­té de domi­na­tion des peuples. En rasant leur his­toire, on rase leur pas­sé et on modi­fie leur ave­nir. Les peuples n’ont plus voca­tion qu’à deve­nir les ins­tru­ments de tarés congé­ni­taux qui ne pensent qu’à domi­ner le monde par les armes, au nom d’un Dieu des écrits qu’ils n’ont peut-être fait qu’ap­prendre par cœur, sans dis­cer­ne­ment, sans cri­tique. Mais une fois qu’on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose.

Hier soir, je lisais un texte court de Simon Leys, paru dans le Maga­zine Lit­té­raire (L’empire du laid, in Le bon­heur des petits pois­sons) il y a une dizaine d’an­nées et qui sous cou­vert d’être un tan­ti­net humo­ris­tique m’a appor­té un éclai­rage nou­veau qui n’est peut-être pas loin de dire quelque chose de vrai, et de sur­pre­nant :

Les vrais phi­lis­tins ne sont pas des gens inca­pables de recon­naître la beau­té — ils ne la recon­naissent que trop bien, ils la détectent ins­tan­ta­né­ment, et avec un flair aus­si infaillible que celui de l’es­thète le plus sub­til, mais ce n’est pas pour pou­voir fondre immé­dia­te­ment des­sus de façon à l’é­touf­fer avant qu’elle ait pu prendre pied dans leur uni­ver­sel empire de la lai­deur. Car l’i­gno­rance, l’obs­cu­ran­tisme, le mau­vais goût, ou la stu­pi­di­té ne résultent pas de simples carences, ce sont autant de forces actives, qui s’af­firment furieu­se­ment à chaque occa­sion, et ne tolèrent aucune déro­ga­tion à leur tyran­nie. Le talent ins­pi­ré est tou­jours une insulte à la médio­cri­té. Et si cela est vrai dans l’ordre esthé­tique, ce l’est bien plus encore dans l’ordre moral. Plus que la beau­té artis­tique, la beau­té morale semble avoir le don d’exas­pé­rer notre triste espèce. Le besoin de tout rabais­ser à notre misé­rable niveau, de souiller, moquer, et dégra­der tout ce qui nous domine de sa splen­deur est pro­ba­ble­ment l’un des traits les plus déso­lants de la nature humaine.

Ce serait donc bien dans ce qui dif­fère des repré­sen­ta­tions de son propre obs­cu­ran­tisme que se cache­rait cette navrante vague ico­no­claste…

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Splen­deurs des Han, essor de l’empire céleste, au Musée Gui­met

Splen­deurs des Han, essor de l’empire céleste, au Musée Gui­met

Vingt siècles nous séparent de la dynas­tie de Han, dont l’empereur Qin Shi Huang (秦始皇) reste le per­son­nage le plus emblé­ma­tique de cette période par son esprit vision­naire et son esprit uni­fi­ca­teur. Cette expo­si­tion qui se ter­mine le 1er mars 2015 au Musée Gui­met montre une grande varié­té d’ob­jets rituels funé­raires d’une grande finesse. La pièce maî­tresse de l’ex­po­si­tion reste ce superbe lin­ceul de jade de la tombe du roi de Chu dont j’a­vais déjà par­lé ici et qui est venu jus­qu’à Paris. Sta­tuettes de terre ou de bronze, brûle par­fum Boshan­lu, vases Hu, sta­tuettes gra­cieuses de dan­seuses… tout un monde hié­ra­tique et mys­té­rieux qui dit com­bien la socié­té tra­di­tion­nelle des Han était éla­bo­rée au tra­vers de ses tra­di­tions funé­raires.
Se lais­ser sim­ple­ment ber­cer par des images comme si elles venaient d’un autre monde et le voyage com­mence déjà.

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Archives sonores du fonds Mar­ceau Gast

Archives sonores du fonds Mar­ceau Gast

Décou­verts un peu au hasard, les tra­vaux de l’eth­no­logue Mar­ceau Gast consti­tuent une source impor­tante de témoi­gnages sonores recueillis dans le Saha­ra du sud algé­rien, au Yémen mais aus­si en France ; ses quatre thèmes de tra­vail sont l’artisanat, les pra­tiques agri­coles, les tech­niques de conser­va­tion des ali­ments et les tra­di­tions orales. On peut trou­ver sur cette page (sur le site Ency­clo­pé­die Ber­bère) l’in­té­gra­li­té des réfé­rences de ses tra­vaux.
Ses archives sonores, dans le but d’être exploi­tées, de consti­tuer un fonds patri­mo­nial consé­quent et pour aus­si être pro­té­gées des méfaits du temps, ont été dépo­sées sur le site de la pho­no­thèque de la Mai­son Médi­ter­ra­néenne des Sciences de l’Homme (MMSH).
On trou­ve­ra éga­le­ment ici une notice de réfé­rence sur Mar­ceau Gast.

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Jaya­var­man VII, le roi au sou­rire bien­veillant

Jaya­var­man VII, le roi au sou­rire bien­veillant

Exposition Angkor au Musée Guimet - statue de Jayavarman VII

Sta­tue de Jaya­var­man VII

Der­nier grand roi des Khmers, Jaya­var­man VII est l’homme qui a fait du boud­dhisme mahāyā­na la reli­gion offi­cielle de son empire, mais c’est avant tout l’homme à qui nous devons les superbes réa­li­sa­tions des temples mon­tagnes à Ang­kor Thom, de Preah Khan, Ban­teay Kdei et Ta Prohm. Mais sur­tout, c’est à lui que nous devons le superbe Bayon sur lequel on peut voir les énormes visages qui fas­cinent tant, sculp­tés sur les tours à quatre faces. Éton­nam­ment, on retrouve ce sou­rire énig­ma­tique sur la plu­part des repré­sen­ta­tions sta­tuaires du grand roi bâtis­seur, le sou­rire de la féli­ci­té dont il a contri­bué à dif­fu­ser la doc­trine, un sou­rire qu’on ne peut ima­gi­ner que bien­veillant à l’é­gard de son peuple.

Ci-des­sous, quelques unes des pho­tos prises au Musée Gui­met lors de l’ex­po­si­tion qu’on peut admi­rer jus­qu’au 27 jan­vier 2014.

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