Helsinki. 1955. Elle trouve le portrait le lendemain de sa visite à Sibelius. C’est par hasard. Elle se promène dans les couloirs du Kämp, ces couloirs qu’elle connaît par cœur et qu’elle redécouvre, changés et identiques.
Helsinki. 1955. Elle trouve le portrait le lendemain de sa visite à Sibelius. C’est par hasard. Elle se promène dans les couloirs du Kämp, ces couloirs qu’elle connaît par cœur et qu’elle redécouvre, changés et identiques.
Berlin. 1923.L’inflation est folle. Un dollar vaut quatre billions de marks. On transporte l’argent dans des brouettes pour acheter une miche de pain. Les gens brûlent les billets pour se chauffer — c’est moins cher que le bois.
Saint-Pétersbourg. 1910. Elle arrive par le train de nuit, celui qui part d’Helsinki à onze heures du soir et qui traverse la frontière à l’aube. La Finlande est encore russe, à cette époque. Un Grand-Duché de l’Empire, avec ses propres lois et sa propre monnaie, mais russe quand même. Le Tsar est le Grand-Duc. Les soldats russes patrouillent dans les rues. Et les artistes finlandais vont à Saint-Pétersbourg comme on va à la capitale, parce que c’est là que tout se joue.
Le ferry accoste à huit heures du matin. Novembre. Il fait encore nuit. Alma Löfgren descend la passerelle avec cette lenteur qu’elle a apprise à transformer en majesté. Soixante-quinze ans. Une canne à pommeau d’argent qu’elle n’utilisait pas il y a dix ans et qu’elle utilise désormais, non par nécessité mais par coquetterie — une canne de diva, une canne de femme qui a chanté Isolde et qui entend qu’on s’en souvienne.
Le dernier jour. Lars s’est réveillé avec la lumière. Louise était déjà habillée, assise au bord du lit, son téléphone à la main. — Mon vol est à quatorze heures.
Le lendemain, tout a basculé. Lars s’est réveillé avec le bruit. Des cris, des klaxons, quelque chose qui ressemblait à des pétards mais qui n’en était pas. Il s’est redressé d’un coup. Louise était déjà debout, à la fenêtre.
Le matin est venu trop vite. Lars s’est réveillé seul dans le lit. Les draps à côté de lui étaient froissés, encore tièdes. Il a entendu l’eau couler dans la salle de bain, et il est resté allongé, à regarder la lumière filtrer par les persiennes.
La chambre était plongée dans une obscurité chaude. Le ventilateur tournait au plafond, son ombre passant et repassant sur les murs comme une respiration mécanique. Par la fenêtre entrouverte, les bruits de Rangoun montaient — un chien, une moto au loin, le silence pesant du couvre-feu.
Il a mal dormi. La chaleur, les draps qui collaient, le ventilateur qui grinçait à chaque rotation. Et autre chose — cette présence de l’autre côté du mur, ce corps qu’il devinait, cette femme qu’il ne connaissait pas et qui occupait déjà trop de place dans sa tête.
Le ventilateur brassait l’air sans conviction. Une rotation lente, presque résignée, qui déplaçait la chaleur d’un coin à l’autre du bar sans jamais la dissiper. Lars regardait les pales tourner. Il comptait les tours parfois, quand l’ennui devenait trop dense.