Jules Dumont d’Urville est un personnage qui a passé toute sa vie sur son navire à courir aux quatre vents sur toutes les mers du monde. Accessoirement, c’est à lui qu’on doit la découverte de la Vénus de Milo.
Sur son navire l’Astrolabe, il sillonna les mers d’Océanie, des Tonga aux Moluques, de la Polynésie à la Micronésie d’où il ramena une somme considérable d’objets, de planches d’illustrations précieuses dans le domaine de la géographie et la botanique qu’il collecta dans les treize tomes de ses Voyages de l’Astrolabe. Pour quelqu’un qui a passé sur sa vie sur la mer, c’est presque déshonorant d’avoir perdu la vie dans un accident de chemin de fer. Lui et toute sa famille sont décédés dans la célèbre catastrophe ferroviaire de Meudon.
Voici ici quelques planches recensant quelques bêtes bizarres et colorées sur Voyage de découvertes de l’Astrolabe, exécuté par ordre du roi, pendant les années 1826-1827-1828-1829, sous le commandement de M. J. Dumont d’Urville, capitaine de vaisseau. Par A. Richard, disponible dans son intégralité sur Botanicus.
Le texte du livre sur Gallica.
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Nouilles froides à Pyongyang – Jean-Luc Coatalem
Bienvenue en terre coréenne (du nord). Jean-Luc Coatalem est journaliste, écrivain, et actuellement rédacteur en chef adjoint du magazine Géo. Une étrange lubie s’empare de lui ; faire le touriste en Corée du Nord. Le pays est certainement le pays le plus fermé du monde, on peut s’y rendre pour affaire, rarement pour le tourisme et encore moins lorsqu’on est journaliste, alors il monte une cabane grosse comme la Corée elle-même, il se fait passer pour un voyagiste, se fait faire de fausses cartes de visites, change le message de son répondeur, met ses amis dans une confidence qui pourrait lui coûter la geôle ou le camp de travail, mais il part quand-même et arrive par-dessus le marché à emmener un ami qui n’a jamais voyagé tellement plus loin que les contours du périphérique parisien.
Voilà le décor ; la plus oppressante dictature mondiale, un pays prison vivant sous le joug d’un gros nourrisson joufflu, naïf et impertinent, fils et petit-fils de gros nourrisson joufflu et naïf, et pire que tout, fou, rendu fou par l’illusion qu’il est l’avenir de cette humanité corrompue qui vit en-dehors de ses frontières et qui laisse son peuple mourir de faim, ses 25 millions d’habitants vivre avec des carences qu’on croirait sorties d’un livre sur le Moyen-âge. Le pays manque tellement de tout que lorsqu’un touriste pointe le bout de son nez ici, il est encadré, surveillé, on allume les lumières et les radiateurs sur son passage, on chauffe la piscine de l’hôtel et on met les enfants au garde à vous pour qu’ils jouent une sonate de Bach quand vous ouvrez la porte et le son retombe dès lors que vous sortez. Pays fantoche, une façade en carton-pâte qui commence à se fissurer sur toute la longueur mais qui maintient tellement bien la tête sous l’eau à ses habitants que je comprends qu’on préfère se noyer plutôt que vivre ça.
Toi qui entre ici oublie le diamètre de l’assiette normale ! Mais aussi celui de l’assiette intermédiaire comme celle dite à dessert pour ne te souvenir que des plus petites, sous-tasses à café et soucoupes. Car c’est ainsi que tout, désormais, te sera servi : dans de la dînette. Avec peu à manger dessus. Et encore, tu es privilégié : le reste de la RPDC crève de faim.
En règle générale, ni fruits frais, ni laitages, ni pain, ni vin, ni huile, ni condiments et encore moins de sel ou de poivre sur la table. Deux bières et une bouteille d’eau de 500ml à se partager. Quant au thé, pas plus d’une demi-tasse chacun, et redemander ne serait pas « camarade ».

Photo © KCNA
Derrière le décor, il n’y a, malheureusement, rien de caché d’autre que la misère d’un pays enrôlé pour exécuter chaque jour de l’année son plus beau rôle, toujours dirigé en direction de son maître, son dominus, dont on ne peut être que l’esclave fidèle, courbant l’échine et montrant son cul pour qu’on le lui botte en remerciant toujours haut et fort. Inutile de dire à quel point tout est contrôlé, minuté, rien n’échappe aux sbires du régime qui sous le coup de la peur ne savent rien faire d’autre qu’obéir. Toute rébellion serait mortifère sinon pour toi, au moins pour ta famille…
Photo © Oldgoldandblack
(Je ne sais pas vous, mais je trouve cette débauche de jambes coréennes
parfaitement érotique)
On repart. Ce matin, mes trois Kim sont d’humeur guillerette mais ils ont les cheveux qui tirent. Ils ont abusé hier soir de l’alcool de riz. Ils profitent bien de ce périple, d’ailleurs le coffre contient quatre cartons scotchés qui n’étaient pas là à l’aller. Coup de téléphone avant de franchir la herse. A l’avant, M. Kim 2 parlemente puis, gêné, les choses le dépassant, refile l’appareil à M. Kim. Celui-ci fait ranger le véhicule sur le bas-côté et se retourne. Sourire de travers, mèche en berne, il demande :
- Chambre 124 ?
- Oui.
- Pourquoi un livre dans la poubelle ?
- Il est tombé dans l’eau et n’est plus…
Ma chambre a été fouillée, l’information est remontée aussitôt, de la femme d’étage jusqu’au responsable, et de celui-ci à mes anges gardiens, avant que nous ne quittions l’établissement : l’un des deux Français a laissé (exprès ?) un livre de poèmes (peut-être codé, les vers rappelant des formules) dans la poubelle de la salle de bains. Pourquoi ? A leur yeux, c’est un geste aberrant car n’importe quel ouvrage vaut une fortune. Et il ne manquerait plus que ce titre ne soit pas autorisé par la censure (y en a-t-il qui le soient ?) pour que ça aille plus haut, imaginez un hôtel dévolu aux pontes du régime, et précipite chacun, complice, dans les emmerdes.
- Vous ne le rapportez pas, monsieur Jean ?
- Écoutez, je ne peux plus le lire, les pages se sont…
- Alors ils vont le détruire.
Et, après avoir donné son ordre sec, notre guide raccroche et relance la voiture. Avec la satisfaction d’avoir fait son devoir et de m’avoir protégé de moi-même.
Un vrai livre de voyage pour se faire une belle frayeur dans l’autre pays du matin calme, un livre effrayant où Coatelem arrive à nous faire sourire, malgré la réalité d’un pays gentiment rongé par un cancer qui porte le nom de Kim Jong-un, bébé joufflu et suffisant qui s’il n’était aussi malsain pourrait très bien danser comme un cheval en chantant Oppan Gangnam style…
Malheureusement, rien de tout ceci n’est vraiment drôle en soi, et le livre mérite un détour pour comprendre un peu ce qui se passe là-bas. A présent, courez acheter ce livre, car, de ma part, en dire plus ne serait pas… « camarade ».
Jean-Luc Coatalem, Nouilles froides à Pyongyang
Grasset, 2013
1943, la grosse déconne…

Au cours du dîner, le 29 novembre (1943), Staline suggéra au passage que si, à la fin de la guerre, on raflait et liquidait quelques cinquante mille chefs des forces armées allemandes, c’en serait fini une fois pour toutes de la puissance militaire de l’Allemagne. Churchill fut interloqué par l’ampleur des liquidations envisagées par Staline. Il répondit simplement que le parlement et l’opinion n’accepteraient jamais de telles exécutions massives. Mais Roosevelt répondit plus chaleureusement à Staline et, voyant Churchill contrarié (tel était du moins le souvenir de ce dernier), le président américain ajouta que les Alliés devraient en exécuter non pas cinquante mille, mais « juste quarante-neuf mille ». [...] La dérive de cette conversation inquiéta si bien Churchill qu’il quitta la salle, mais un Staline jovial lui courut après et protesta que, bien entendu, ce n’était qu’une plaisanterie.
1943, Conférence de Téhéran, les trois larrons de Yalta se retrouvent pour parler de l’après-guerre, quand tout sera terminé. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’ambiance est détendue, mais derrière la plaisanterie, peut-on être certain qu’il n’y avait pas un fond de vérité, quand on sait que Staline avait déjà fait exécuter des soldats et des officiers russes accusés de couardise face à l’ennemi. Nikita Khrouchtchev lui-même, alors général de l’armée, fit exécuter plus de 15.000 de ses propres soldats sur le front.
in Les entretiens de Nuremberg, Leon Goldensohn
Introduction et présentation de Robert Gellatelly
Champs Flammarion Histoire
Le regard d’une princesse sur les bords du Lac Turkana
Tout ce qu’on peut lire dans le regard d’une princesse… une femme qui n’est pas comme les autres, une femme qui porte en elle la fierté et la noblesse de son rang et qui pourtant n’en est pas moins ni plus femme que n’importe quelle autre.
Cette femme est une princesse Loingalani photographiée en 1967 sur les bords du Lac Turkana (anciennement LacRudolf) au Kenya par le documentariste et photographe Peter Beard.
Cliquez dessus pour la voir en grand. Photo trouvée chez Le Clown Lyrique.
Portraits de sultans vénitiens
Exécutés par un peintre anonyme de Vérone un peu avant 1580, ces représentations des sultans ottomans de l’époque de la Renaissance ont été réalisées à la demande du Grand Vizir Sokollu Mehmet Paşa et sont exposées à Venise. On sait que l’auteur, depuis son atelier italien, peignit les portraits des sultans sans même avoir mis le pied à Istanbul…
Mystérieux portrait de femme du Fayoum (l’invention de la peinture de chevalet et du pointillisme)
Ne vous est-il jamais arrivé de rencontrer une peinture qui vous trouble à ce point que vous n’arriviez pas à chasser l’image de votre mémoire ? Ne vous est-il jamais arrivé d’être à ce point troublé par le visage d’une femme que vous n’auriez jamais pu connaître puisqu’elle est morte il y a des centaines d’années, éloignée de vous par un gouffre d’intemporalité, mais que vous vous disiez tout de même que vous auriez aimé la connaître ? C’est à peu près l’impression que j’ai eu la première fois que j’ai vu ce visage peint exhumé du Fayoum.
Lavabo inter innocentes manus meas
Photo © Guillaume Colin et Pauline Penot
Je laverai mes mains parmi les innocents…
L’hygiène a eu des heures laborieuses. Pourtant, la règle que prononça Robert de Molesme sous le nom de règle de cistercienne (de l’abbaye de Cîteaux) imposa aux moines de se laver les mains avant tous les actes qui rythmaient la vie religieuse ; offices, prières, travaux, repas. A cet effet, entre les parties communes et le réfectoire se trouvait généralement le cloître qui était équipé d’une installation assimilable à une fontaine, laquelle permettait de se laver les mains avant les repas. Cette installation portait le nom de lavabo, forme future du verbe lavare à la première personne (je laverai) et a connu dans le monde moderne une expansion hygiéniste certaine, car en réalité, et sans le savoir, ce que venait de prôner la règle religieuse allait sauver une nombre important de vies humaines aux pires heures de notre histoire, par le simple fait de se laver les mains avant de manger…

Lavabo du monastère de Bathala (Portugal)
Photo © Akynou
Le mauvais démon qui possède le livre des destinées humaines

La magie et la présence des esprits vient la plupart du temps de toutes ces histoires que nous n’arrivons pas à expliquer et pour lesquelles il faut bien une explication, car Natura abhorret a vacuo, la nature a horreur du vide, rien n’est sans raison, alors seuls le grand Gengis Khan et ceux de sa lignée peuvent accomplir leur destinée là où les autres périront. Sauf si on est un géologue averti comme l’était Ossendowski…
« Pourquoi cette région a-t-elle attiré tous les puissants empereurs et les khans qui régnèrent du Pacifique à l’Adriatique ? » me demandais-je. Et je pensais en moi-même que ce ne pouvaient être ni les montagnes arides, ni les vallées couvertes de mélèzes et de bouleaux, ni les vastes étendues sablonneuses, ni même les lacs retirés et les rochers stériles.
Les grands empereurs, se souvenant de la vision de Gengis Khan, on cherché ici de nouvelles révélations ; ils ont attendu que se réalisent les prédictions touchant à sa miraculeuse et majestueuse destinée, cette destinée sur laquelle se sont cristallisés les honneurs divins, l’obéissance et la haine. Où pouvaient-ils mieux entrer en relations avec les dieux, les bons et les mauvais esprits qu’ici même où ils demeurent ? La région de Zain, couverte de ces anciennes ruines, était un lieu prédestiné.
– Seuls peuvent faire l’ascension de cette montagne ceux qui sont issus en droite lignée de Gengis Khan, m’expliqua le Pandita. A mi-hauteur l’homme ordinaire suffoque, et s’il veut s’aventurer plus haut, il meurt. Il y a quelques temps, des chasseurs mongols poursuivaient une meute de loups sur la montagne ; quand ils eurent atteint cette région, tous périrent. Sur les flancs gisent des ossements d’aigles, de moutons et de ces antilopes kabarga, qui courent légères et rapides comme le vent. C’est là qu’habite le mauvais démon qui possède le livre des destinées humaines.
Je possédais pour ma part une réponse à ce mystère : dans le Caucase occidental, j’avais gravi une montagne, située entre Soukhoum Kalé et Toupsei, sur laquelle venaient mourir les loups, les aigles et les chèvres sauvages. Les hommes y périraient aussi s’ils ne traversaient cette région à cheval. Le terre en effet produit de l’acide carbonique dont les émanations détruisent toute ville animale. Le gaz s’attache au sol, formant une couche d’environ cinquante centimètres d’épaisseur. Les cavaliers quand ils passent dominent cette couche ; leurs chevaux redressent la tête, s’ébrouent et hennissent, car ils sentent le danger. Ici au sommet de cette montagne où le mauvais démon parcourt le livre de la destinée humaine, c’est le même phénomène qui se produit. C’est lui qui explique la peur sacrée des Mongols et l’inexorable attrait qu’il exerce sur les descendants de Gengis Khan, hauts de taille, presque géants. Leurs têtes altières dominent les couches de gaz empoisonné, si bien qu’ils peuvent atteindre sans mal les cimes de cette terrible et mystérieuse montagne. Pour le géologue, il ne s’agit que de la limite méridionale des dépôts houillers qui produisent l’acide carbonique et le gaz des marais.
Ferdynand Ossendowski, Bêtes, hommes et dieux
A travers la Mongolie interdite, 1920-1921
Editions Phebus Libretto



















