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Dernières nouvelles du mondeLes jardins de thé d’Istanbul, géographie de l’heure suspendue
C’est d’abord un son. Une petite cuillère qui tourne dans un verre, quelque part sous les platanes, et le tintement clair du métal contre la paroi mince. On l’entend avant de voir quoi que ce soit. Il traverse le feuillage, se mêle au cri des mouettes, au ronflement lointain d’un vapur qui accoste.
Les stèles du tophet de Carthage
Salammbô est une banlieue de Tunis comme il y en a partout sur cette côte : des villas basses aux volets décolorés, des bougainvillées qui débordent des murets, la ligne du TGM qui file vers La Marsa avec un bruit de ferraille patiente, et l’odeur du sel qui monte dès qu’on tourne le dos à la rue.
Qalawun, ou le tombeau de l’esclave aux mille dinars
Rue al-Mu’izz, Le Caire. Un sultan kiptchak, un hôpital pour les fous, un dôme qui a survécu à sept siècles de tremblements de terre.
Un style à poulpes
Un motif traverse la Méditerranée, 1500–400 avant notre ère
Le savon d’Alep, ou la très longue mémoire d’un pain vert
Il y a des objets qui contiennent plus d’histoire que bien des monuments. Un pain de savon brun, fendu d’un cœur vert, en sait plus long sur la Méditerranée que la plupart des livres qui prétendent la raconter.
Le Boucoléon, palais des lions de mer
Il faut d’abord accepter de ne rien voir. C’est la condition d’entrée, le droit de passage. Celui qui longe la rive sud de la vieille Istanbul, sur cette avenue Kennedy où les voitures filent comme si la mer de Marmara n’existait pas, celui-là passe devant le Boucoléon sans le savoir.
Le tarbouche, itinéraire d’un couvre-chef méditerranéen
Dans le souk Ech-Chaouachine de Tunis, entre la mosquée Zitouna et la Kasbah, un vieil homme façonne encore, assis en tailleur sur un banc de bois poli par deux siècles de la même posture, un bonnet de laine rouge qu’il appelle chéchia.
Umbilicus Urbis Romae
Il est onze heures et la pierre commence à rendre ce qu’elle a pris. On entre au Forum par la via Sacra, on descend, et la première chose que le corps apprend, avant l’œil, c’est que ce creux entre les collines est un four.
Baal et les dieux cananéens avant que la Bible ne les efface
Tout commence, comme souvent dans l’archéologie du Levant, par un accident agricole. Au printemps 1928, un paysan alaouite nommé Mahmoud Mella az-Zir laboure son champ près de la baie de Minet el-Beida, la « rade blanche », à une douzaine de kilomètres au nord de Lattaquié, sur la côte syrienne.
Via Egnatia : de l’Adriatique au Bosphore, la longue route des empires
Il faut commencer par la mer, puisque la route commence par elle. À Durrës, sur la côte albanaise, l’Adriatique vient mourir contre une digue de béton où des pêcheurs à la ligne attendent sans conviction, entre deux immeubles inachevés dont les fers à béton rouillent au sommet comme des antennes inutiles.
Leptis Magna, ville natale d’un empereur africain
« Omnia fui, et nihil expedit. » — J’ai été tout, et rien ne sert. — Histoire Auguste, Vie de Sévère
Hannibal après Zama. La deuxième vie d’un vaincu
De Carthage à la côte de Bithynie, en passant par Tyr, Antioche et Éphèse : l’itinéraire d’un homme que Rome n’a jamais cessé de craindre, même désarmé.
Aux carrières de la Méditerranée
On visite les monuments par l’endroit, jamais par l’envers. On arrive au Parthénon par les Propylées, on entre dans la Grande Pyramide par le boyau que les pillards ont creusé, on lève la tête vers l’entablement du temple de Bacchus à Baalbek en se demandant comment des hommes ont pu poser là-haut des blocs de cette taille.
Les îles des Princes, l’archipel des disgrâces
Le ferry part de Kabataş et met une heure et demie à traverser la mer de Marmara, ce qui est peu pour changer de monde. On laisse derrière soi le tumulte d’Istanbul, ses klaxons, ses seize millions d’habitants agglutinés sur deux continents, et l’on avance vers un chapelet de neuf îles couchées dans l’eau grise, dont quatre seulement se visitent.
Volubilis, Rome au bout du Maroc
La route de Meknès à Volubilis ne prévient pas. On roule une trentaine de kilomètres au nord de la ville impériale, entre des champs d’orge et des oliviers alignés comme une troupe au repos, et rien n’annonce que l’on approche d’un bout du monde.














