Apr 14, 2013 | Carnets de route (Osmanlı lale), Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Turquie) |
Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 4 août) : Kaputaş plaji, Mavi Mağara, Kalkan (Antalya Fethiye Yolu)
Bulletin météo de la journée (dimanche) :
- 10h00 : 37.5°C / humidité : 25% / vent 26 km/h
- 14h00 : 40.4°C / humidité : 17% / vent 15 km/h
- 22h00 : 36.3°C / humidité : 25% / vent 19 km/h
Comme j’ai vu que la température allait peut-être grimper aujourd’hui, je n’ose pas mettre le nez dehors, mais finalement, il fait assez bon, ni plus ni moins que les jours précédents, tout ceci est tellement routinier à présent. Mais bon 38°C c’est quand-même chaud… Je monte dans la voiture où j’attrape une suée à peine assis, il doit faire plus de 50°C… A peine sorti de Kaş, je tombe sur un groupe de jeunes au bord de la route qui me font signe, ils sont huit au moins et ils m’indiquent la direction de Demre et je leur dit oui, c’est bien par là, mais ce n’était pas la question, ils voulaient que je les emmène, mais huit dans la voiture, ça ne va pas être possible alors je sors un gros bobard, comme quoi je quitte la route à cent mètres pour aller vers l’est. Déception de leur part, soulagement de la mienne.

Sur la route, c’est un étrange paysage composé de pierres érigées séparées par des touffes d’herbes, des arbustes drus. A Yavu, je tombe sur des chèvres qui sont enfermées sous une bâche bleue, dans un enclos ridicule sur une immense plaine nue. Le paysage en arrivant sur la grande ville n’est fait que d’un océan de serres, troué de temps en temps par le minaret d’une mosquée solitaire dans le morne paysage.
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Mar 30, 2013 | Histoires de gens, Livres et carnets |
Jules Dumont d’Urville est un personnage qui a passé toute sa vie sur son navire à courir aux quatre vents sur toutes les mers du monde. Accessoirement, c’est à lui qu’on doit la découverte de la Vénus de Milo.
Sur son navire l’Astrolabe, il sillonna les mers d’Océanie, des Tonga aux Moluques, de la Polynésie à la Micronésie d’où il ramena une somme considérable d’objets, de planches d’illustrations précieuses dans le domaine de la géographie et la botanique qu’il collecta dans les treize tomes de ses Voyages de l’Astrolabe. Pour quelqu’un qui a passé sur sa vie sur la mer, c’est presque déshonorant d’avoir perdu la vie dans un accident de chemin de fer. Lui et toute sa famille sont décédés dans la célèbre catastrophe ferroviaire de Meudon.
Voici ici quelques planches recensant quelques bêtes bizarres et colorées sur Voyage de découvertes de l’Astrolabe, exécuté par ordre du roi, pendant les années 1826–1827-1828–1829, sous le commandement de M. J. Dumont d’Urville, capitaine de vaisseau. Par A. Richard, disponible dans son intégralité sur Botanicus.
Le texte du livre sur Gallica.
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Mar 30, 2013 | Histoires de gens, Livres et carnets |
Bienvenue en terre coréenne (du nord). Jean-Luc Coatalem est journaliste, écrivain, et actuellement rédacteur en chef adjoint du magazine Géo. Une étrange lubie s’empare de lui ; faire le touriste en Corée du Nord. Le pays est certainement le pays le plus fermé du monde, on peut s’y rendre pour affaire, rarement pour le tourisme et encore moins lorsqu’on est journaliste, alors il monte une cabane grosse comme la Corée elle-même, il se fait passer pour un voyagiste, se fait faire de fausses cartes de visites, change le message de son répondeur, met ses amis dans une confidence qui pourrait lui coûter la geôle ou le camp de travail, mais il part quand-même et arrive par-dessus le marché à emmener un ami qui n’a jamais voyagé tellement plus loin que les contours du périphérique parisien.
Voilà le décor ; la plus oppressante dictature mondiale, un pays prison vivant sous le joug d’un gros nourrisson joufflu, naïf et impertinent, fils et petit-fils de gros nourrisson joufflu et naïf, et pire que tout, fou, rendu fou par l’illusion qu’il est l’avenir de cette humanité corrompue qui vit en-dehors de ses frontières et qui laisse son peuple mourir de faim, ses 25 millions d’habitants vivre avec des carences qu’on croirait sorties d’un livre sur le Moyen-âge. Le pays manque tellement de tout que lorsqu’un touriste pointe le bout de son nez ici, il est encadré, surveillé, on allume les lumières et les radiateurs sur son passage, on chauffe la piscine de l’hôtel et on met les enfants au garde à vous pour qu’ils jouent une sonate de Bach quand vous ouvrez la porte et le son retombe dès lors que vous sortez. Pays fantoche, une façade en carton-pâte qui commence à se fissurer sur toute la longueur mais qui maintient tellement bien la tête sous l’eau à ses habitants que je comprends qu’on préfère se noyer plutôt que vivre ça.
Toi qui entre ici oublie le diamètre de l’assiette normale ! Mais aussi celui de l’assiette intermédiaire comme celle dite à dessert pour ne te souvenir que des plus petites, sous-tasses à café et soucoupes. Car c’est ainsi que tout, désormais, te sera servi : dans de la dînette. Avec peu à manger dessus. Et encore, tu es privilégié : le reste de la RPDC crève de faim.
En règle générale, ni fruits frais, ni laitages, ni pain, ni vin, ni huile, ni condiments et encore moins de sel ou de poivre sur la table. Deux bières et une bouteille d’eau de 500ml à se partager. Quant au thé, pas plus d’une demi-tasse chacun, et redemander ne serait pas « camarade ».

Photo © KCNA
Derrière le décor, il n’y a, malheureusement, rien de caché d’autre que la misère d’un pays enrôlé pour exécuter chaque jour de l’année son plus beau rôle, toujours dirigé en direction de son maître, son dominus, dont on ne peut être que l’esclave fidèle, courbant l’échine et montrant son cul pour qu’on le lui botte en remerciant toujours haut et fort. Inutile de dire à quel point tout est contrôlé, minuté, rien n’échappe aux sbires du régime qui sous le coup de la peur ne savent rien faire d’autre qu’obéir. Toute rébellion serait mortifère sinon pour toi, au moins pour ta famille…

Photo © Oldgoldandblack
(Je ne sais pas vous, mais je trouve cette débauche de jambes coréennes
parfaitement érotique)
On repart. Ce matin, mes trois Kim sont d’humeur guillerette mais ils ont les cheveux qui tirent. Ils ont abusé hier soir de l’alcool de riz. Ils profitent bien de ce périple, d’ailleurs le coffre contient quatre cartons scotchés qui n’étaient pas là à l’aller. Coup de téléphone avant de franchir la herse. A l’avant, M. Kim 2 parlemente puis, gêné, les choses le dépassant, refile l’appareil à M. Kim. Celui-ci fait ranger le véhicule sur le bas-côté et se retourne. Sourire de travers, mèche en berne, il demande :
— Chambre 124 ?
— Oui.
— Pourquoi un livre dans la poubelle ?
— Il est tombé dans l’eau et n’est plus…
Ma chambre a été fouillée, l’information est remontée aussitôt, de la femme d’étage jusqu’au responsable, et de celui-ci à mes anges gardiens, avant que nous ne quittions l’établissement : l’un des deux Français a laissé (exprès ?) un livre de poèmes (peut-être codé, les vers rappelant des formules) dans la poubelle de la salle de bains. Pourquoi ? A leur yeux, c’est un geste aberrant car n’importe quel ouvrage vaut une fortune. Et il ne manquerait plus que ce titre ne soit pas autorisé par la censure (y en a‑t-il qui le soient ?) pour que ça aille plus haut, imaginez un hôtel dévolu aux pontes du régime, et précipite chacun, complice, dans les emmerdes.
— Vous ne le rapportez pas, monsieur Jean ?
— Écoutez, je ne peux plus le lire, les pages se sont…
— Alors ils vont le détruire.
Et, après avoir donné son ordre sec, notre guide raccroche et relance la voiture. Avec la satisfaction d’avoir fait son devoir et de m’avoir protégé de moi-même.
Un vrai livre de voyage pour se faire une belle frayeur dans l’autre pays du matin calme, un livre effrayant où Coatelem arrive à nous faire sourire, malgré la réalité d’un pays gentiment rongé par un cancer qui porte le nom de Kim Jong-un, bébé joufflu et suffisant qui s’il n’était aussi malsain pourrait très bien danser comme un cheval en chantant Oppan Gangnam style…
Malheureusement, rien de tout ceci n’est vraiment drôle en soi, et le livre mérite un détour pour comprendre un peu ce qui se passe là-bas. A présent, courez acheter ce livre, car, de ma part, en dire plus ne serait pas… « camarade ».
Jean-Luc Coatalem, Nouilles froides à Pyongyang
Grasset, 2013
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Mar 29, 2013 | Carnets de route (Osmanlı lale), Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Turquie) |
Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 3 août) : Üçağız, Kekova, Dochiste (Apollonia), Geyikova Adası, Kaleköy (Simena)
Bulletin météo de la journée (samedi) :
- 10h00 : 39.4°C / humidité : 58% / vent 7 km/h
- 14h00 : 40.1°C / humidité : 58% / vent 22 km/h
- 22h00 : 39.2°C / humidité : 76% / vent 4 km/h
Aujourd’hui, je me lève fourbu, la peau rougie, douloureuse et la tête me tourne. J’ai l’impression d’avoir trop pris le soleil et le manque d’habitude m’indique qu’il faut que je me pose, que le calme sera le bienvenu. Je n’irai pas beaucoup plus loin que la zone ombragée de la piscine une partie de la journée, et en soirée j’improviserai.
Il flotte dans les couloirs de l’hôtel une odeur de détergent au citron qui me fait penser aux bungalows de Majorque où j’étais allé avec ma mère adolescent. Le bâtiment lui-même est un monument un peu daté, très années 50, qui commence à faire hors d’âge. C’est un bloc de béton accroché à la montagne, sur le bord de la route, desservi par un escalier très large donnant sur des coursives ; celle du premier étage donne sur une terrasse ouverte qui fait toute la largeur du bâtiment. Il y a du marbre partout dans les halls, les corridors et sur la terrasse, mais pas dans les chambres où l’on trouve un carrelage imitant (mal) un parquet en bois lui-même hors d’âge. Le mobilier est simple, lourd, mais relativement moderne, la literie est dure mais c’est un gage de bonne nuit sans courbatures.

Il fait encore très chaud ce matin, je devrais être habitué. D’après la météo, demain et après-demain, les températures devraient être plus élevées de quelques degrés, mais au point où j’en suis, je ne sais pas si je pourrais faire la différence. (more…)
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Mar 24, 2013 | Carnets de route (Osmanlı lale), Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Turquie) |
Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 2 août) : Kaş intime
Bulletin météo de la journée (vendredi) :
- 10h00 : 38.0°C / humidité : 43% / vent 4 km/h
- 14h00 : 41.7°C / humidité : 67% / vent 19 km/h
- 22h00 : 37.2°C / humidité : 77% / vent 2 km/h
Ce jour est un peu particulier. Tandis qu’hier je me promenais dans les rues de Kaş; je suis tombé sur un opérateur local qui propose des activités sportives dans la région, ainsi que des balades en bateau, en jeep, etc. J’ai donc poussé la porte de la petite échoppe et j’ai réservé ma place pour partir une journée dans la baie de Kekova. Ne sachant pas réellement ce qui m’attendait, je n’ai pas vraiment cherché à en savoir plus ; la seule chose que je savais, c’est que cette baie est le joyau de la côte lycienne. En regardant la carte, on voit tout d’abord que cette baie constitue l’extrémité sud de la pointe de la Lycie.

Kekova sur le Kitab‑ı Bahriye de Piri Reis
Afficher Le perroquet suédois sur une carte plus grande
Un coup d’œil rapide nous laisse voir une succession de deux baies encastrées l’une dans l’autre. La première, la plus petite, est celle d’Üçağız ; elle ouvre sur la baie de Kekova, une île tout en longueur qui a donné son nom à la baie. On voit tout de suite que les lieux sont vierges de toute construction, que le paysage est rocailleux, planté de quelques touffes d’herbes grasses qui poussent entre les cailloux. L’île elle-même est séparée en deux par une arête dorsale qui désolidarise les deux versants. En se rapprochant, on peut voir que certains hauts-fonds sont visibles à cause de leur couleur claire dans cette belle eau bleue.
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