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Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 30 juillet) : Ana­do­lu Kavaği et Rüs­tem Paşa Camii

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 30 juillet) : Ana­do­lu Kavaği et Rüs­tem Paşa Camii

Épi­sode pré­cé­dent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 29 juillet) : Kaba­taş et Beşik­taş par le Bosphore

Bul­le­tin météo de la jour­née (lun­di) :

  • 10h00 : 37.5°C / humi­di­té : 69% / vent 17 km/h
  • 14h00 : 37.0°C / humi­di­té : 39% / vent 17 km/h
  • 22h00 : 34.9°C / humi­di­té : 68% / vent 15 km/h

Je me lève tôt ce matin et je déjeune en vitesse. Je dois vite rejoindre Eminönü car j’ai déci­dé de prendre le bateau pour aller jus­qu’à la Mer Noire (Kara­de­niz). Cette mer a une his­toire com­pli­quée et encore aujourd’­hui sujette à dis­cus­sion, mais sur­tout, c’est une mer ancienne, qui porte en elle une his­toire longue à tel point qu’on l’ap­pelle encore par­fois la mer des Scythes (Sky­thi­kos Pon­tos ou encore Pon­tos Euxei­nos, mer accueillante, tra­duit en fran­çais par Pont-Euxin). La rai­son pour laquelle on lui a adjoint le qua­li­fi­ca­tif noir, c’est  une ques­tion de culture ana­to­lienne (l’A­na­to­lie com­pose la majeure par­tie de l’ac­tuelle Tur­quie asia­tique) ; les quatre points car­di­naux sont repré­sen­tés par des couleurs.

  • Kara, le « noir » désigne le nord,
  • Ak, le « blanc » désigne le sud,
  • Kızıl, le « rouge » désigne l’ouest,
  • Yeşil, le « vert » ou Sarı, le « jaune » dési­gnent l’est. (source Wiki­pe­dia)

Turquie - jour 4 - Istanbul - 04 - Sur le Bosphore

C’est la rai­son pour laquelle la mer se trou­vant au nord de la Tur­quie a pris l’é­pi­thète « noir », celle du sud ayant pris le « blanc ». La Mer Médi­ter­ra­née se dit donc Akde­niz. (more…)

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Expo­si­tion au Louvre: Chypre, entre Byzance et l’Occident

Saint Mammès chevauchant le lion. Icône, Paphos, Musée byzantin © Paphos, Musée byzantin Une autre expo­si­tion pour laquelle il ne reste plus beau­coup de temps et qui exhibe quelques objets signi­fi­ca­tifs d’une longue période allant du IVème au XVIème siècle, d’une his­toire reli­gieuse de l’île qui a long­temps vécu sous influence, notam­ment sous le règne des Lusignan.
Construite chro­no­lo­gi­que­ment à par­tir des pre­miers temps de la chré­tien­té, lorsque l’Em­pire Romain d’O­rient est encore aux rênes de ce qu’on appelle l’Em­pire Byzan­tin jus­qu’à la conquête de l’île par la marine otto­mane, on per­çoit au tra­vers de cette expo­si­tion les dif­fé­rents mou­ve­ments d’une his­toire poli­tique tour­men­tée, suc­ces­si­ve­ment colo­ni­sée par toutes les puis­sances en pré­sence sur le pour­tour médi­ter­ra­néen (Arabes, Croi­sés, Véni­tiens, Turcs…), mais sur­tout que Chypre a été le foyer, et cela aus­si en rai­son de son sta­tut insu­laire, d’une grande spi­ri­tua­li­té, tiraillée entre ses ori­gines ortho­doxes et catho­liques tout au long des trois siècles pen­dant les­quels les Lusi­gnan feront de Chypre leur jar­din pri­vé. Cette spi­ri­tua­li­té s’ac­com­pagne d’une longue tra­di­tion archi­tec­tu­rale et de créa­tion artis­tique influen­cée par les habi­tants suc­ces­sifs de l’île.
De très belles icônes res­ca­pées de l’é­poque ico­no­claste conservent encore des cou­leurs d’une puis­sance sans égale. On pour­ra ain­si s’ex­ta­sier devant une icône haute de plus d’un mètre rela­tant les épi­sodes de la vie de Saint-Nico­las (pro­ve­nant de Saint-Nico­las-du-Toit, expo­sée d’or­di­naire au musée byzan­tin de Nicosie)

 

Ce sera éga­le­ment l’oc­ca­sion de voir un très beau livre qui ne sort que rare­ment de la BNF, le Thea­trum orbis ter­ra­rum d’Abra­ham Orte­lius, ain­si que le très énig­ma­tique Codex Magius. (more…)

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Arvo Pärt : Fes­ti­na lente (1988)

Voi­ci une com­po­si­tion musi­cale pour orchestre à cordes et harpe de la part d’un com­po­si­teur esto­nien que j’aime beau­coup : Arvo Pärt. Pärt est un mon­sieur dont j’a­vais déjà par­lé en 2010 et pour lequel je res­sens une grande affec­tion de par son his­toire, de par sa sen­si­bi­li­té musi­cale et peut-être un peu aus­si parce qu’il fait par­tie de ces gens qui ont le goût du sacré si che­villé au corps qu’ils savent en tirer les œuvres les plus pures, les plus dés­in­té­res­sées, les plus sen­sibles qui soient. Comme je le disais dans l’autre billet, Pärt est ins­pi­ré par la musique mini­ma­liste et arrive à trou­ver un com­pro­mis avec la reli­gion dans une forme de mys­ti­cisme dépouillé.
Fes­ti­na lente est une œuvre datant de 1988, durant 5 minutes et 45 secondes, uti­li­sant des tech­niques musi­cales issues du Moyen-âge, com­po­sée avec très peu de notes, créant ain­si un ensemble expri­mant tout une palette d’é­mo­tions dra­ma­tiques (pas­sion, amour, désir, etc.). A écou­ter avec ce beau jour lumi­neux qui arrive ce matin.

[audio:festinalente.xol] Read more

Lava­bo inter inno­centes manus meas

Abbaye du Thoronet

Pho­to © Guillaume Colin et Pau­line Penot

Je lave­rai mes mains par­mi les innocents…

L’hy­giène a eu des heures labo­rieuses. Pour­tant, la règle que pro­non­ça Robert de Molesme sous le nom de règle de cis­ter­cienne (de l’abbaye de Cîteaux) impo­sa aux moines de se laver les mains avant tous les actes qui ryth­maient la vie reli­gieuse ; offices, prières, tra­vaux, repas. A cet effet, entre les par­ties com­munes et le réfec­toire se trou­vait géné­ra­le­ment le cloître qui était équi­pé d’une ins­tal­la­tion assi­mi­lable à une fon­taine, laquelle per­met­tait de se laver les mains avant les repas. Cette ins­tal­la­tion por­tait le nom de lava­bo, forme future du verbe lavare à la pre­mière per­sonne (je lave­rai) et a connu dans le monde moderne une expan­sion hygié­niste cer­taine, car en réa­li­té, et sans le savoir, ce que venait de prô­ner la règle reli­gieuse allait sau­ver une nombre impor­tant de vies humaines aux pires heures de notre his­toire, par le simple fait de se laver les mains avant de manger…

Lava­bo du monas­tère de Batha­la (Por­tu­gal)
Pho­to © Aky­nou

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Trop­po natu­rale, bom­bar­da­to, dis­trut­to… L’Ins­pi­ra­tion de Saint-Mat­thieu, le tableau mau­dit de Miche­lan­ge­lo Merisi

J’a­vais déjà par­lé d’un tableau de Miche­lan­ge­lo Meri­si (Cara­vage), la Voca­tion de Saint-Mat­thieu, fai­sant par­tie d’un trip­tyque rela­tant trois moments impor­tants de la vie de Mat­thieu avec Saint-Mat­thieu et l’ange et le Mar­tyre de Saint-Mat­thieu, des­ti­né à déco­rer l’au­tel de la cha­pelle Conta­rel­li de l’église Saint-Louis-des-Fran­çais de Rome. Avant que ne vienne au jour la ver­sion que l’on peut admi­rer actuel­le­ment de l’ins­pi­ra­tion de Saint-Mat­thieu, Cara­vage avait pro­duit une toile de grande taille (232 x 183cm) repré­sen­tant l’ange gui­dant la main de Saint-Matthieu.
Bien.
Seule­ment, les choses ne sont pas aus­si simples. Il ne suf­fit pas d’a­voir le vent en poupe, d’être un peintre avec pignon sur rue et de peindre ce qui nous semble bon pour évo­quer la com­mande et res­pec­ter le cahier des charges, d’a­voir un talent incroyable et une audace de génie pour s’en sor­tir. Alors pour ten­ter de com­prendre ce qui cloche, appre­nons à regar­der ce que nous avons sous les yeux pour voir ce que nous ne voyons pas.

Nous voyons deux per­son­nages. La pre­mier, le plus impor­tant est Saint-Mat­thieu, le second est l’ange qui ins­pire l’a­pôtre pour lui dic­ter ce qui sera l’E­van­gile — par­don­nez-moi l’ex­pres­sion, mais c’est quand-même un gros mor­ceau. Étu­dions ce que nous voyons pour éven­tuel­le­ment en ana­ly­ser les pos­tures. L’homme est assis sur un curule, por­tant gau­che­ment (1) le livre sur lequel il écrit, genoux croi­sés (2), le pied ten­du vers le spec­ta­teur (3), les jambes cou­vertes de pous­sière (4), la main mal assu­rée et épaisse (5) gui­dée par celle de l’ange (6), l’air un peu — par­don­nez-moi — ahu­ri, pataud (7), genoux et coudes nus (8). Disons-le net­te­ment, nous avons ici 8 argu­ments suf­fi­sants pour réprou­ver cette œuvre d’art et l’empêcher d’être éle­vée au rang de pein­ture d’au­tel (du point de vue de l’Église, naturellement).

(1) Le fait que Mat­thieu porte le livre gau­che­ment le rend mal­adroit et indique clai­re­ment que c’est le genre d’ob­jet qu’il n’est pas habi­tué à manipuler.
(2) Les genoux croi­sés révèle une cer­taine désin­vol­ture, une « épais­seur » qui ne sied pas à un évangéliste.
(3) Ce pied ten­du peint avec un rac­cour­ci fait clai­re­ment appa­raître un débor­de­ment de la toile et pro­jette le pied en direc­tion du spec­ta­teur dans une trop grande proximité.
(4) Mat­thieu a les jambes cou­vertes de pous­sière (même si on le voit peu sur cette repro­duc­tion), comme un vul­gaire homme du peuple.
(5) Tout indique que Mat­thieu, s’il sait comp­ter au vu de son métier, a l’air d’a­voir un peu de mal à écrire…
(6) Impres­sion ren­for­cée par le fait que l’ange guide sa main au point qu’on se demande si ce n’est pas lui qui écrit avec la main de Matthieu.
(7) L’air naïf qui lui est impri­mé n’est pas à son avan­tage. C’est un peu comme s’il s’é­mer­veillait de cette écri­ture qui nait sous la plume que sa main tient, gui­dée par celle de l’ange.
(8) Genoux et coudes sont nus, ce qui n’est guère conve­nable, quand bien même Mat­thieu serait un homme simple et humble…

L’im­pres­sion don­née par la toile fait de Mat­thieu un per­son­nage beau­coup trop natu­rel, trop proche du qui­dam pour figu­rer dans une église de la sorte. Le tableau est reje­té par ses com­man­di­taires, jugé ton peu bien­séant, trop­po natu­rale… Meri­si sera obli­gé d’en conduire une autre ver­sion, beau­coup moins atta­chante, et sur­tout beau­coup plus conventionnelle.

La pre­mière ver­sion, dont il n’existe aucune repro­duc­tion en cou­leur a été por­tée dis­pa­rue, consi­dé­rée comme détruite, suite aux bom­bar­de­ments mas­sifs dont a été vic­time Ber­lin en 1945, notam­ment sur le Kai­ser Frie­drich Museum, aujourd’­hui Bode-Museum.

S’il n’a­vait pas été refu­sé, il serait aujourd’­hui en bonne place dans une église de Rome…

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