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La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 1 à 3

La confré­rie des eaux — Les Chro­niques du Gel­lért — Cha­pitres 1 à 3

Le train entra en gare de Buda­pest-Kele­ti avec cette len­teur majes­tueuse qu’affectent les express inter­na­tio­naux lorsqu’ils daignent enfin s’arrêter quelque part. Osman Fazıl Bey, debout dans le cou­loir du wagon-lit, regar­dait défi­ler les quais sans les voir. Il por­tait un cos­tume de Savile Row — cadeau d’un atta­ché bri­tan­nique en des temps meilleurs — et un fez bor­deaux qu’il n’avait aucune inten­tion d’ôter, quoi qu’en pen­sât la Répu­blique turque et ses décrets vestimentaires.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

On lui don­na une heure pour récu­pé­rer ses affaires au She­pheard’s. Un offi­cier l’ac­com­pa­gna. Dans le taxi, Dor­lange regar­dait défi­ler les rues du Caire — les mêmes rues qu’il avait par­cou­rues avec Nehad, la nuit, il y avait si peu de temps. Tout lui sem­blait étran­ger main­te­nant, comme un décor qu’on aurait démon­té et remon­té à l’i­den­tique, mais dont quelque chose aurait changé.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 4

Août arri­va comme une fièvre. La cha­leur était deve­nue une chose solide, un mur qu’on tra­ver­sait pour aller d’un endroit à l’autre. Les gens ne mar­chaient plus — ils se traî­naient, s’ar­rê­taient à l’ombre, repar­taient. Au She­pheard’s, les ven­ti­la­teurs tour­naient jour et nuit mais ne ser­vaient à rien. Les draps étaient trem­pés dès le réveil. On buvait de l’eau tiède, du thé tiède, du whis­ky tiède. On atten­dait le soir.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 3

Elle l’emmena à la Cité des Morts. Le taxi les dépo­sa à la lisière du quar­tier, là où la ville s’ar­rê­tait et où com­men­çait autre chose. Des tombes, d’a­bord — des mau­so­lées, des dômes, des pierres blanches sous la lune. Puis des mai­sons, basses, col­lées aux tombes, construites entre elles, contre elles, par­fois dedans. Des lumières aux fenêtres. Des gens qui vivaient là, par­mi les morts.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 2

Il la revit le len­de­main. Et le sur­len­de­main. Et tous les soirs qui sui­virent. Dor­lange des­cen­dait au caba­ret vers dix heures, pre­nait la même table au fond, com­man­dait ses whis­kys et atten­dait. L’or­chestre jouait ses airs fati­gués, des couples dan­saient mol­le­ment, des offi­ciers riaient trop fort — il ne voyait rien. Il atten­dait Nehad.

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 5 (fin)

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 1

Le taxi le dépo­sa devant l’hô­tel et Dor­lange res­ta plan­té là, sa valise à la main, stu­pide sous le soleil brû­lant. Trois heures de l’a­près-midi. Pas un souffle. La lumière tapait si fort qu’on ne voyait plus rien — juste cette façade blanche, les stores bais­sés, et sur la ter­rasse des types en uni­forme ava­chis sur leurs chaises comme des cadavres en permission.

Les nuits du Strand — Cha­pitre 6

Le der­nier jour. Lars s’est réveillé avec la lumière. Louise était déjà habillée, assise au bord du lit, son télé­phone à la main. — Mon vol est à qua­torze heures.

Les nuits du Strand — Cha­pitre 5

Le len­de­main, tout a bas­cu­lé. Lars s’est réveillé avec le bruit. Des cris, des klaxons, quelque chose qui res­sem­blait à des pétards mais qui n’en était pas. Il s’est redres­sé d’un coup. Louise était déjà debout, à la fenêtre.

Les nuits du Strand — Cha­pitre 4

Le matin est venu trop vite. Lars s’est réveillé seul dans le lit. Les draps à côté de lui étaient frois­sés, encore tièdes. Il a enten­du l’eau cou­ler dans la salle de bain, et il est res­té allon­gé, à regar­der la lumière fil­trer par les persiennes.

Les nuits du Strand — Cha­pitre 3

La chambre était plon­gée dans une obs­cu­ri­té chaude. Le ven­ti­la­teur tour­nait au pla­fond, son ombre pas­sant et repas­sant sur les murs comme une res­pi­ra­tion méca­nique. Par la fenêtre entrou­verte, les bruits de Ran­goun mon­taient — un chien, une moto au loin, le silence pesant du couvre-feu.

Les nuits du Strand — Cha­pitre 2

Il a mal dor­mi. La cha­leur, les draps qui col­laient, le ven­ti­la­teur qui grin­çait à chaque rota­tion. Et autre chose — cette pré­sence de l’autre côté du mur, ce corps qu’il devi­nait, cette femme qu’il ne connais­sait pas et qui occu­pait déjà trop de place dans sa tête.

Les nuits du Strand — Cha­pitre 1

Le ven­ti­la­teur bras­sait l’air sans convic­tion. Une rota­tion lente, presque rési­gnée, qui dépla­çait la cha­leur d’un coin à l’autre du bar sans jamais la dis­si­per. Lars regar­dait les pales tour­ner. Il comp­tait les tours par­fois, quand l’ennui deve­nait trop dense.

Flo­ra au Grand Hôtel — Par­tie 8

Elle fit ses malles à l’aube. Elle plia les robes que Charles lui avait offertes, ran­gea les gants, les cha­peaux, l’ombrelle qu’elle n’avait jamais su tenir. Elle lais­sa un pour­boire pour Marie sur la table de nuit, avec un mot qu’elle avait écrit la veille, un mot simple, quelques lignes seulement.

Flo­ra au Grand Hôtel — Par­tie 7

Elle res­ta trois jours encore. Trois jours étranges, sus­pen­dus. Elle ne des­cen­dait plus dans le hall, évi­tait la salle à man­ger, pre­nait ses repas dans sa chambre. Marie les lui mon­tait sans com­men­taire, avec par­fois un sou­rire fur­tif, une fleur posée sur le plateau.

Flo­ra au Grand Hôtel — Par­tie 6

Le len­de­main, tout chan­gea. Elle des­cen­dit tard, épui­sée par la nuit blanche, encore habi­tée par la conver­sa­tion sur la digue. Elle avait rêvé de lui, ou plu­tôt de ses mots. Cette idée que les sou­ve­nirs écrits deve­naient autre chose, qu’ils duraient, qu’ils ne dis­pa­rais­saient pas.

Flo­ra au Grand Hôtel — Par­tie 5

Elle le ren­con­tra la nuit sui­vante, sur la digue. Elle n’arrivait plus à dor­mir. Depuis la lettre de Charles, depuis la scène devant la porte, quelque chose s’était déré­glé en elle. Elle res­tait éveillée jusqu’à l’aube, lisait le roman de Charles qu’elle avait ter­mi­né et recom­men­cé, pen­sait à l’écrivain du qua­trième, à ses cahiers, à ce livre sur les sou­ve­nirs qu’il ne finis­sait jamais.