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Registre de flageolet

Registre de flageolet

Registre de flageolet

Voix de sifflet

Registre de fla­geo­let… C’est ain­si qu’on appelle le registre de la voix le plus haut, plus haut que la voix de faus­set. On l’ap­pelle aus­si voix de sif­flet, ou petit registre. Si la voix de faus­set est obser­vable phy­sio­lo­gi­que­ment, il n’est pas pos­sible de le faire pour la voix de sif­flet puisque l’é­pi­glotte ferme le larynx.

Seules quelques chan­teuses sont capables de for­cer jus­qu’à obte­nir ce registre. Par­mi les plus connues, Mariah Carey, Yma Sumac et Aria­na Grande. Mais rien ne vaut la voix cris­tal­line de Bat­tis­ta Acqua­vi­va, une chan­teuse corse dont le psaume de David est un véri­table enchantement.

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Stav­kirke, l’é­glise en bois debout (zone norvégienne)

Stav­kirke, l’é­glise en bois debout (zone norvégienne)

Stav­kirke, l’é­glise en bois debout

Zone nor­vé­gienne

Quel nom étrange… Église en bois debout… En bois debout… Le nom de ces églises qu’on ne trouve plus guère qu’en Nor­vège vient de la manière dont le bois est tra­vaillé. En réa­li­té, l’ex­pres­sion est “bois de bout”, par oppo­si­tion à “bois de fil”. Le bois de bout est tout sim­ple­ment le bois tra­vaillé dans le sens ver­ti­cal, dans le sens de la fibre, ce qui en fait un maté­riau très résis­tant à la com­pres­sion. Éri­gées à par­tir de pieux fichés dans le sol, la struc­ture toute entière est sup­por­tée par ces blocs de bois qui sont par­fois tout sim­ple­ment des troncs entiers, qu’on appelle stav en nor­vé­gien et qui en anglais, stave, signi­fie “por­tée”. Ce sont ces poteaux d’angle qui donnent leur nom à ces églises ; stav­kirke, ou stav­kyrkje. Entiè­re­ment en bois, ce sont des chefs‑d’œuvre d’in­gé­nie­rie médié­vale. Si on estime que l’Eu­rope du Nord pou­vait comp­ter envi­ron 1300 églises, peut-être plus, il n’en reste aujourd’­hui que 28, toutes en Norvège.

Pho­tos © Håkon Li

Gefðu Að Móðurmá­lið Mitt

by Ragn­heiður Grön­dal | Þjóðlög

Lais­sons-nous empor­ter dans les cam­pagnes du sud de la Nor­vège, en dehors des grandes villes, avec la voix cris­tal­line de la chan­teuse islan­daise Ragn­heiður Grön­dal et ce mer­veilleux titre par­fai­te­ment impro­non­çable, Gefðu Að Móðurmá­lið Mitt.

Je le disais plus haut, il ne reste que 28 églises conser­vées de ce type alors que les églises en bois debout étaient légion en Europe du Nord. La plu­part ont fini brû­lées, aban­don­nées ou tout sim­ple­ment désos­sées pour finir en bois de chauffage.

L’é­di­fi­ca­tion de ces petites églises cor­res­pond à la période de chris­tia­ni­sa­tion des terres nor­vé­giennes entre 1150 et 1350, tan­dis que la reli­gion natu­relle pré-chré­tienne finit d’être chas­sée par le chris­tia­nisme ; le qua­drillage des terres habi­tées est un for­mi­dable outil de pro­pa­gande qui fait son œuvre. Aux alen­tours de 1700, ces églises répu­tées rurales sont aban­don­nées au pro­fit d’é­glises en pierre construites en cœur de ville.

Le défi tech­nique de ce type de construc­tion est de pou­voir résis­ter aux vents forts, dans une région qui ne dis­posent que de feuillus peu hauts ; la tech­nique du bois debout avec ses semelles d’angles per­met de sim­ple­ment poser la struc­ture sur une semelle de pierre, ce qui réduit les risques d’en­li­se­ment et de pour­ris­se­ment des piliers dans le sol. Ain­si, il existe deux sortes de stav­kirke qui cor­res­pondent à leur point d’é­vo­lu­tion. Les pre­mières sont petites, car­rées et peu éle­vées, comme celles de Halt­da­len ou d’Uvdal. Les secondes sont plus élan­cées, ce sont les plus connues, car elles sortent de la terre nor­vé­gienne avec fier­té, par­fois bis­cor­nues et un peu tor­dues, on les croi­rait prêtes à s’é­crou­ler parce qu’elles prennent de la hau­teur et le tran­sept est éle­vé (comme l’at­teste la pho­to (© Micha L. Rie­ser) du pla­fond de celle de Hop­pers­tad ci-des­sous) ; elles sont la quin­tes­sence de l’art scan­di­nave, ornées de volutes et de têtes sculptées.

Que ce soit les por­tails, les cha­pi­teaux, les pein­tures, tout ce qui de loin peut paraître tris­te­ment sobre est en réa­li­té incroya­ble­ment pro­lixe d’originalité.

Si la plus connue est celle de Bor­gund, nichée dans un écrin de ver­dure, la plus ancienne est celle d’Urnes, plan­tée au bord d’un petit fjord. La plus grande est celle de Hed­dal, avec ses bois dorés qui flam­boient dans le soleil et son orne­men­ta­tion exté­rieure qui lui donne des airs de ruche… Celle de Gol est construite en bois sombre, celle de Rin­ge­bu porte fiè­re­ment une flèche peinte en rouge et celle de Øye semble per­due au-des­sus des eaux sombres d’un fjord, celle de Fan­toft est la plus intri­guante, sombre et fan­tô­ma­tique, la nou­velle car l’an­cienne a été détruite par un sombre cré­tin incen­diaire en 1992…

Il existe une carte inter­ac­tive des églises en bois debout de Nor­vège sur le site VisitNorway.com, qui peut don­ner des idées de voyage…

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Eilean Leòd­hais agus Na Hea­radh (zone hébridienne)

Eilean Leòd­hais agus Na Hea­radh (zone hébridienne)

Eilean Leòd­hais agus Na Hearadh

Zone Hébri­dienne

Ce sont des îles, au nord-ouest de l’Écosse, les contre­forts de l’At­lan­tique, légè­re­ment décol­lées de la grande île, et elles portent des noms gaé­liques écos­sais ou anglais ; Ben­be­cu­la, Ber­ne­ray, South Uist, Bar­ra, Saint-Kil­da. La plus grande île est com­po­sée de deux topo­nymes : Lewis (Eilean Leòd­hais) et Har­ris (Na Hea­radh). Ce sont en fait deux îles col­lées, donc une seule île. La pre­mière est répu­tée pour ses figu­rines, la seconde pour la fabri­ca­tion du meilleur tweed du monde, un tis­su de laine croi­sée en che­vrons, qui fera les beaux jours de la culture anglo-saxonne.

Nous sommes ici dans un des finis­tères du monde, sous des lati­tudes et un cli­mat qui n’au­gurent qu’un ciel gris et un vent à décor­ner les bœufs. L’é­té, il fait rare­ment plus de 16°C et l’hi­ver, il y gèle rare­ment, comme si l’ar­chi­pel tout entier était des­ti­né à subir un hiver humide toute l’an­née, fouet­té par les embruns char­gés d’iode. Une cor­ne­muse entonne Ama­zing grace, l’hymne écos­sais qui résonne sur la lande ; nous y sommes, le décor est plan­té, avec tous ses clichés.

Pho­to d’en-tête Max Her­mans­son on Uns­plash, sui­vante par Pao­lo Chia­bran­do on Uns­plash.

Je sors à peine de la lec­ture d’un livre de Peter May, l’au­teur écos­sais de la suite chi­noise, un maître de la lit­té­ra­ture poli­cière. L’île des chas­seurs d’oi­seaux (The Black­house) est une œuvre magis­trale dont l’ac­tion se situe aux confins de l’île de Lewis, à Stor­no­way. Sur fond de drame per­son­nel, l’ins­pec­teur Fionn­lagh Macleoid va revivre un drame qu’il avait occul­té au plus pro­fond de sa mémoire. Mais ce n’est pas tant le sujet de l’his­toire qui m’a cap­ti­vé que cette his­toire de chas­seurs d’oiseaux.

L’île de Lewis est répu­tée pour sa chasse aux oiseaux, aux gugas. Le guga est le petit du fou de Bas­san, qu’on trouve sur une petite île située à 64 kilo­mètres au nord du point le plus sep­ten­trio­nal de l’île de Lewis, sur le pro­mon­toire rocheux de Sula Sgeir, un îlot d’à peine un sixième de kilo­mètre car­ré. Tous les ans, une poi­gnée d’hommes se rend sur l’île pour y chas­ser de quoi ali­men­ter la demande d’a­ma­teurs de pous­sins de l’île de Lewis. Si cette chasse ances­trale peut paraître bar­bare au pre­mier abord, c’est qu’elle l’est, et la conser­va­tion des cou­tumes n’est, à mon sens, pas une rai­son pour conti­nuer de per­pé­tuer des tra­di­tions imbéciles.

On trou­ve­ra sur Dai­ly­mo­tion un docu­men­taire un peu daté sur la chasse au guga et sur Atlas Obs­cu­ra quelques pistes sur les rai­sons culi­naires qui poussent ces hommes à se livrer à cette chasse qui consiste à déci­mer des popu­la­tions entières de pous­sins de fous de bas­sans sur une île sanc­tuaire, même si celle-ci est désor­mais est enca­drée par des quotas.

Pour le coup, s’il y a une chose qu’il faut rete­nir de l’île de Lewis (pour l’île de Har­ris, on retien­dra le tweed et ses fabriques de tis­sus pro­té­gées par une appel­la­tion contrô­lée depuis 1993), ce sont les très célèbres figu­rines de Lewis, connues éga­le­ment sous le nom de figu­rines de Uig, ou Fir-Tài­lisg en gaé­lique écos­sais (les pièces d’é­checs de Lewis). Ces pièces dont la plu­part ont été sculp­tées dans des dents de morses, mais aus­si dans des dents de baleine consti­tuent un ensemble de 93 pièces dont 78 sont des pièces de jeu d’é­checs. Datant du XIIè siècle, elles ont été trou­vées en 1831 aux alen­tours de la baie de Uig à envi­ron vingt cen­ti­mètres de la sur­face du sol, dans une mai­son en pierre sèche. Fabri­quées à Trond­heim en Nor­vège, dont Lewis était une colo­nie, ces pièces sont une des icônes liées à l’île de Lewis.

Ces pièces mas­sives, avec leurs grands yeux ronds comme des billes, ont la par­ti­cu­la­ri­tés d’être très grandes pour des pièces d’é­chec (envi­ron 8cm de haut pour le roi), et très sim­pli­fiées en ce qui concerne les pions (de simples pierres tom­bales sty­li­sées) ; elles pro­viennent de plu­sieurs jeux incom­plets, prin­ci­pa­le­ment consti­tués de pièces majeures. Elles sont par­ti­cu­liè­re­ment expres­sives ; les rois ont leur épée posée sur les genoux, les reines ont la main posée sur le visage dans une atti­tude médi­ta­tive. Les pièces d’angles, celles qu’on pren­drait pour des tours aujourd’­hui, sont repré­sen­tées par des guer­riers vêtus de peau de bête ; ce sont les « ber­ser­kr », les guer­riers-fauves, ren­dus fous par les pri­va­tions, véri­tables machines de guerre condi­tion­nées pour tuer…

Pour en reve­nir aux reines, elles ont toutes cette atti­tude son­geuse et d’une moro­si­té abys­sale. Si dans les jeux antiques, la reine ne pou­vait se dépla­cer qu’en dia­go­nale, elle fini­ra par deve­nir la pièce la plus puis­sante de l’é­chi­quier et ce n’est que grâce à elle que le roi est pro­té­gé ; c’est dire à quelle point la reine, dans la sym­bo­lique euro­péenne, prend une dimen­sion puis­sante sur le jeu politique.

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Conver­sa­tion intime avec mon cou­loir aérien

Conver­sa­tion intime avec mon cou­loir aérien

Conver­sa­tion intime

avec mon cou­loir aérien

Ce n’est un secret pour per­sonne ; j’a­dore les avions. Mais qui dit avions, dit aus­si aéro­port, car même s’ils res­tent sou­vent peu de temps au sol, ils ont tout de même besoin de se poser de temps en temps, un peu comme les alba­tros. Et qui dit aéro­port, dit cou­loir aérien. On appelle cou­loir aérien (en termes tech­niques AWY, abré­via­tion de air­way) une voie qu’empruntent les avions pour atter­rir ou décoller.

Étant don­né que la piste a une cer­taine orien­ta­tion, qu’elle est dif­fi­ci­le­ment modi­fiable, que l’ins­tal­la­tion qu’on appelle aéro­port est dif­fi­ci­le­ment trans­por­table… com­ment dire… il faut bien faire avec.

En réa­li­té, je suis un peu exas­pé­ré contre ceux qui s’é­lèvent contre les nui­sances aériennes, à plu­sieurs titres. En effet, il existe une carte stra­té­gique des nui­sances sonores, dis­po­nible sur le site bruitparif.fr, carte qui désigne le niveau des nui­sances ; qu’on soit d’ac­cord ou pas avec son tra­cé, ses contours, sa per­ti­nence, elle a le mérite d’exis­ter et il faut savoir que de cette carte découlent un cer­tain nombre de mesures pour amé­lio­rer la qua­li­té de vie, comme des aides à l’in­so­no­ri­sa­tion de l’ha­bi­tat, ou pas. Il existe aus­si des asso­cia­tions, comme l’Ad­voc­nar, des porte-éten­dards de la lutte contre les nui­sances aériennes, des gens qui ont visi­ble­ment le sou­tien des élus. Sur leur site inter­net, pas un nom (juste des “res­pon­sables d’an­tennes”), pas un mot sur qui sont ces per­sonnes, pas de pré­sident, pas de membres, pas de conseil d’ad­mi­nis­tra­tion et la page des men­tions légales est vide… Son exis­tence depuis 1986 pose ques­tion. Et de ces gens, cer­tains habitent dans la même ville que moi.

J’ha­bite dans une petite ville de 8408 habi­tants au der­nier recen­se­ment, et dont la den­si­té de popu­la­tion est exac­te­ment de 3161 habi­tants au km², ville qui a l’a­van­tage et l’in­con­vé­nient de se trou­ver en plein dans le cou­loir aérien. Concrè­te­ment, cela signi­fie que des avions passent à une cer­taine alti­tude (dire qu’ils passent trop bas serait exa­gé­ré et dire qu’ils font trop de bruit relève d’ores et déjà d’un point de vue tota­le­ment sub­jec­tif), à une fré­quence d’un avion toutes les deux ou trois minutes pen­dant les heures de pointe (et non pas 50 secondes comme je l’ai lu, ce qui pour des rai­sons de sécu­ri­té est impos­sible à l’at­ter­ris­sage et encore moins au décol­lage) et que la piste d’at­ter­ris­sage se trouve très exac­te­ment à trois minutes d’i­ci. Bien.

Puisque le sujet m’in­té­resse, je lis par­fois des sujets, des forums, où l’on peut voir les gens écrire pour râler, se plaindre, dire que rien ne va dans ce monde pour­ri et sur­tout qu’ils en ont marre de vivre ici et qu’ils vont finir par tous aller vivre à la cam­pagne… Et puis rap­pe­lons tout de même qu’en France, il est plus nor­mal d’être vis­cé­ra­le­ment contre, que fer­me­ment pour…

Un exemple : Je n’en peux plus du tra­fic inces­sant jour et nuit. Il n’y a que très peu d’at­ter­ris­sages de nuit, quelques départs seule­ment avec une confi­gu­ra­tion vent arrière et des pilotes expé­ri­men­tés qui poussent leur bécane pour réduire l’im­pact sonore. Et j’a­joute que si vous avez com­man­dé un Ther­mo­mix sur Ama­zon, il y a de fortes chances qu’il se trouve à bord d’un de ces oiseaux de nuit, qu’il vous soit livré par Fedex ou TNT.

Autre exemple : Venez dans mon jar­din et vous ver­rez si aucun avion ne passe par ici ! Quel­qu’un a dit qu’au­cun avion ne pas­sait par ici ? Qui est l’im­bé­cile qui a dit ça ? On nous aurait men­ti ? Cela vou­drait dire que les avions qui atter­rissent à Rois­sy ne passent pas par le cou­loir aérien ?

Encore un petit pour la route :  Les avions volent trop bas ! Com­ment vous dire cher Mon­sieur, que pour atter­rir, les avions ne peuvent pas des­cendre d’un seul coup vers la piste d’at­ter­ris­sage et que tout ceci se fait pro­gres­si­ve­ment… et sur­tout que la vitesse et la lon­gueur de l’at­ter­ris­sage dépendent de la lon­gueur de la piste.

Je crois que ce qui m’exas­père le plus, c’est cette exa­gé­ra­tion presque mala­dive qui consiste à dire où on habite et qu’en ce qui ME concerne, c’est une véri­table auto­route qui nous passe au-des­sus de la tête, que la nuit il est impos­sible de dor­mir la fenêtre ouverte (encore une fois, peu d’a­vions la nuit, et puis dor­mir la fenêtre fer­mée est l’as­su­rance de ne pas faire entrer les mous­tiques) et que la jour­née on ne peut pas pro­fi­ter de son jar­din (en dehors de l’é­té, ce n’est pas vrai­ment un sujet). Per­son­nel­le­ment, je n’ai aucun mal à faire une sieste dans mon jar­din quand il faut chaud, même avec les avions qui passent au-des­sus de ma tête.

Pour être tout à fait hon­nête, je suis beau­coup plus déran­gé par le raf­fut des voi­sins qui bri­colent, le vacarme des familles des pen­sion­naires de la mai­son de retraite d’en face qui se croient à Dis­ney­land quand ils viennent voir Pépé, dont les enfants crient sur la balan­çoire qui grince et par le best-of des années 80 qu’on passe à fond les manettes les jours de fêtes, le bruit des voi­tures qui accé­lèrent avant le rond-point, des motos qui passent à 90km/h dans ma rue avec un niveau sonore appro­chant celui d’un avion au décol­lage. Pour le coup, ça c’est un vrai sujet dont les muni­ci­pa­li­tés feraient bien de s’emparer, pour des ques­tions de sécu­ri­té (une fillette est morte, per­cu­tée par une voi­ture qui se croyait sur le cir­cuit de Magny-Cours, juste au bout de ma rue), de nui­sances sonores de proxi­mi­té, plus que de ce qui se passe en l’air et qui n’est à mon sens que de la râle­rie à la Fran­çaise, une manière de s’oc­cu­per l’es­prit quand on n’a pas grand-chose d’autre à faire, et puis j’ai­me­rais savoir com­ment se com­portent ces gens lors­qu’ils sont ame­nés eux-mêmes à prendre l’a­vion ? Sont-ils aus­si ron­chons ? Ou alors se rendent-ils sim­ple­ment à Nice ou à l’Île Mau­rice la bouche en cœur ?

Allons, un peu d’hon­nê­te­té intel­lec­tuelle, nous n’a­vons pas le déplai­sir d’ha­bi­ter Gous­sain­ville ou Sar­celles, qui elles sont des villes, pour le coup, réel­le­ment expo­sées ; il y a des nui­sances bien pire que celles-ci. Et puis on pour­rait tou­jours dépla­cer l’aé­ro­port qu’il y aurait tou­jours des mécon­tents, parce que nous habi­tons un pays pas très grand où une cer­taine proxi­mi­té avec les équi­pe­ments est un luxe et dans lequel ceux qui veulent avoir la paix peuvent se payer le pri­vi­lège d’al­ler repeu­pler les cam­pagnes. Nous n’ha­bi­tons pas non plus Auber­vil­liers, ni Paris, avec cette incom­pré­hen­sible pro­mis­cui­té et cette insup­por­table pol­lu­tion. J’ai la chance d’ha­bi­ter en ban­lieue, pas suf­fi­sam­ment près de Paris pour en subir les incon­vé­nients, pas suf­fi­sam­ment loin pour tout avoir à proximité.

Pour ma part, je sais que, en tant qu’a­mou­reux des avions, j’ai encore devant moi de longues après-midi ber­cées par le ron­ron des moteurs et de leur bruit si carac­té­ris­tique quand ils remettent les gaz pour rele­ver un peu l’ap­pa­reil à l’ap­proche de la piste. J’ai encore devant moi de longues siestes pen­dant les­quelles je pour­rais m’exer­cer à recon­naître les modèles et le nom des com­pa­gnies ins­crites sur leur ventre. Je pour­rais conti­nuer à ima­gi­ner des gens reve­nir de pays où je ne suis jamais allé, d’autres qui sont allés dans des pays que je connais, et je pour­rais conti­nuer à ima­gi­ner l’o­deur de ces pays char­riée par ces grands oiseaux métal­liques dont le vol n’est pos­sible que grâce au périlleux équi­libre de trois notions de phy­sique aéro­dy­na­mique ; la pous­sée, la por­tance et la trai­née. Que faire d’autre que de res­ter bouche bée devant les A380 de la Sin­ga­pore Air­lines ou de la Thaï Air­ways qui se suivent de quelques minutes et qui se posent après onze heures de vol, dans la lumière oran­gée des mati­nées d’été ?

Même avec une petite dose de mau­vaise foi qui ne m’empêche pas de cam­per sur mes posi­tions, je me contre­carre de ne pas me faire d’a­mis sur ce sujet. J’aime les avions et j’aime mon cou­loir aérien… Bon vol !

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Boreaa­li­nen vyö­hyke (zone boréale)

Boreaa­li­nen vyö­hyke (zone boréale)

Boreaa­li­nen vyöhyke

Zone boréale

Le boréal est entré dans ma vie par plu­sieurs angles dif­fé­rents. Le pre­mier aura été la décou­verte de l’au­teur danois Jørn Riel, aujourd’­hui âgé de 88 ans et qui a écrit la série des racon­tars arc­tiques qui ont émaillé mes nuits d’é­tu­diants de beaux sou­ve­nirs et d’his­toires humaines fas­ci­nantes, que je n’ai tou­jours pas fini de lire, me les réser­vant comme de pré­cieux tré­sors, des cadeaux qu’on ne déballe pas tous à la fois. L’homme vit aujourd’­hui en Malai­sie, pour décon­ge­ler, dit-il. Et puis par cette porte ouverte sont entrés les très beaux textes de Jean Malau­rie (97 ans), Ulti­ma Thu­lé, Les der­niers rois de Thu­lé, des oeuvres magis­trales qui m’ont aus­si ouvert les portes de ceux de Paul-Émile Vic­tor, puis bien d’autres encore après. Le der­nier en date est un polar, écrit par Son­ja Del­zongle, un thril­ler très dur, qui m’a don­né des cau­che­mars et qui porte le simple nom de Boréal, et que j’ai ache­té à cause de la belle cou­ver­ture aux teintes vert pas­tel et de la pho­to d’un ours sur la ban­quise. Petite parenthèse.

Pho­to d’en-tête Wim Pau­wels on Uns­plash

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le boréal va mal. Il est loin de nous, loin des yeux, loin du cœur, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne dit rien de notre monde qui va mal.

Un des symp­tômes de ce mal, c’est le Zacha­riæ Iss­trøm. C’est un immense gla­cier groën­lan­dais de 91 780 km2, dont la vitesse d’é­cou­le­ment a plus que dou­blé ces cinq der­nières années. Sa fonte, ain­si que celle d’un autre gla­cier, le Nio­ghalvf­jerd­sf­jor­den, qui se trouve sur le même sous-conti­nent gla­cé, n’au­rait qu’une inci­dence mineure sur l’a­ve­nir de l’hu­ma­ni­té : l’é­lé­va­tion du niveau de la mer de plus d’un mètre… Une paille, avec les consé­quences qu’on ima­gine. Lire l’ar­ticle sur Le monde.

Pho­to by Eric Welch on Uns­plash

Dans le livre de Son­ja Del­zongle, sans vou­loir dévoi­ler l’in­trigue, il est ques­tion d’une gigan­tesque faille qui se creuse dans l’in­land­sis du Groën­land. La réa­li­té dépasse alors la fic­tion puis­qu’on vient de décou­vrir (avant l’é­cri­ture du bou­quin) le canyon ter­restre le plus pro­fond du monde, non pas au Groën­land mais sous la glace de l’An­tar­tique, très exac­te­ment sous le gla­cier Den­man. Avec une pro­fon­deur de 3500 mètres sous le niveau de la mer, il dépasse la pro­fon­deur du canyon de Col­ca au Pérou.

Ce même relief abri­te­rait éga­le­ment celui du point le plus bas de la sur­face ter­restre non recou­vert d’eau (bien qu’il soit recou­vert par de la glace) — Géo.

En Islande, pays des glaces, pays des gla­ciers, on vient de rendre hom­mage au pre­mier gla­cier dis­pa­ru du pays. Une plaque com­mé­mo­ra­tive posée en août 2019 fait état de la dis­pa­ri­tion du gla­cier, en forme de lettre au futur (Bréf til framtíða­rin­nar), pré­ve­nant que d’i­ci 200 ans, tous les gla­ciers du pays auront dis­pa­ru. L’Okjö­kull n’est plus désor­mais qu’une petite calotte recou­vrant le vol­can Ok et décla­ré mort par le gla­cio­logue Oddur Sigurðs­son. Les pho­tos satel­lites qu’on peut trou­ver sur le web sont édi­fiantes ; entre 1986 et 2019, le gla­cier a tout sim­ple­ment disparu…

Cer­tains ont cru que le Groen­land était leur ter­rain de jeu per­son­nel et qu’ils pou­vaient s’y ins­tal­ler en fai­sant fi de tout. Ain­si les États-Unis ont colo­ni­sé le nord-ouest de cette terre gla­cée pour construire la plus grande base mili­taire entiè­re­ment creu­sée dans la glace, Camp Cen­tu­ry. Ins­tal­lée entre 1959 et 1967, le but de cette ville sou­ter­raine était de pou­voir sto­cker près de 600 ogives nucléaires au plus près des côtes de l’URSS. Si l’exis­tence de la base ain­si que du pro­jet n’ont été révé­lés qu’en 1997, on sait à pré­sent que l’ins­tal­la­tion est vic­time du réchauf­fe­ment des zones gla­ciaires et qu’elle risque d’être mise à nu si la glace conti­nue de fondre. Ce ne serait pas si grave si n’y étaient pas sto­ckés 200 000 litres de fuel et plus encore d’eaux usées et c’est sans comp­ter les fuites liées à l’a­ban­don du réac­teur nucléaire qui appro­vi­sion­nait la base en élec­tri­ci­té. La ville sou­ter­raine étant enfouie sous plus de trente mètres de glaces, on ima­gine par­fai­te­ment le risque de pol­lu­tion qu’en­trai­ne­rait la dis­per­sion de liquides hau­te­ment toxiques dans le sous-sol… Mais qu’on se ras­sure, les Amé­ri­cains ne se sentent abso­lu­ment pas concer­nés par les erreurs de leurs ainés et ne comptent pas inves­tir le moindre dol­lar dans la dépol­lu­tion du site.

Pour en savoir plus, voir cette vidéo sur Camp Cen­tu­ry sur Dai­ly­mo­tion.

Pour se ras­su­rer sur les inten­tions des êtres humains au regard des terres gla­cées, lais­sez-moi vous faire décou­vrir ces cairns que construisent les peuples inuit et yupik le long de la cein­ture allant de l’A­las­ka au Groen­land. Le mot inuk­shuk (au plu­riel inuk­suit) défi­nit une forme qui aurait la capa­ci­té d’a­gir comme un être humain. La construc­tion de pierre qui porte aujourd’­hui ce nom est plu­tôt consi­dé­rée par les Inuits comme inunn­guaq (plu­riel : inunn­guait) ; ce qui res­semble à un être humain, et le terme Inuk­su­ga­lait désigne le lieu « où il y a beau­coup d’i­nuk­suit ». Mais que sont ces empilements ?

Leur forme clai­re­ment anthro­po­morphe a réso­lu­ment une fonc­tion liée à la chasse. Si on peut faci­le­ment ima­gi­ner que c’est une sorte de totem, il n’en est rien. L’i­nuk­shut sert en réa­li­té d’é­pou­van­tail à l’at­ten­tion des cari­bous pour les atti­rer dans des culs de sac ; les chas­seurs sont géné­ra­le­ment cachés der­rière les hommes de pierre et attendent les ani­maux qui se font pié­ger. Les inuk­suit pou­vait éga­le­ment ser­vir de cache à nour­ri­ture, de borne de ter­ri­toire ou de pan­neau direc­tion­nel, le bras le plus long indi­quant la direc­tion du vil­lage le plus proche.

Aujourd’­hui, l’i­nuk­shuk fait office de sym­bole pour une nation qui cherche ses repères, autant que son auto­no­mie, puisque c’est la forme sty­li­sée qu’on trouve sur le dra­peau du ter­ri­toire fédé­ral cana­dien du Nuna­vut, mais aus­si du Nunat­sia­vut, l’as­so­cia­tion des Inuits du Labra­dor.

Voi­ci la légende de la créa­tion du pre­mier inukshuk :

Il y a très long­temps, un petit gar­çon aimé de ses parents, choyé, pro­té­gé, par son père qui était un grand chas­seur, et sa mère si douce… Il se retrou­va pour­tant très aigri à la nais­sance de sa petite sœur, car elle devînt l’ob­jet de toute l’at­ten­tion de ses parents, et le petit gar­çon, triste, éner­vé et plein de ran­cœur, déci­da de par­tir, seul.

Sur le che­min, il ren­con­tra un cha­man. Mais ce der­nier n’é­tait pas un “anga­kok” (cha­man en langue inuit) bon pour les humains. Il ensei­gna donc au gar­çon per­du, l’art du cha­ma­nisme pour se ven­ger des Hommes. Les années pas­sèrent et le petit gar­çon gran­dit, et avec lui la haine qu’il por­tait désor­mais aux Hommes. Il apprit à maî­tri­ser la magie du grand cha­man, et réveilla le grand vent du Nord, qui souf­fla en tem­pête et sou­le­va un ter­rible bliz­zard… Il vou­lait ain­si faire dis­pa­raître toutes les habi­ta­tions et les vil­lages des Hommes. Mais face à cet oura­gan blanc qui mor­dait sa famille, qui l’a­vait tant aimé, il fût pris de remords.

Mon­té au som­met de la plus haute col­line, il ouvrit grand les bras pour lut­ter contre vent gla­cial du Nord. Le com­bat dura toute la nuit. Et au petit matin, la tem­pête avait ces­sée… mais le jeune gar­çon lui, avait été chan­gé en pierre. C’est ain­si qu’ap­pa­rût le tout pre­mier Inukshuk.

Il est temps de refer­mer la page boréale de ce blog, dans un hiver qui res­semble à un prin­temps et qui n’an­nonce rien de bon pour les mois pro­chains, pour la terre, pour le jar­din. Je nour­ris un rêve secret, celui de rejoindre un jour les terres gla­cées des régions arc­tiques, bien au-delà du cercle polaire et au-des­sus encore des gla­ciers de l’Is­lande. Il y a trois lieux qui m’en­chantent et qui sont pour moi comme des nir­va­nas où j’ai­me­rais un jour poser le pied.

Les îles Lofo­ten, un archi­pel au nord de la Nor­vège et au large de Bodø, où les falaises tombent à pic dans une mer noire, où sub­sistent encore quelques vil­lages de pêcheurs et où les noms des îles se finissent tous en -øya (Austvågøya, Gim­søya, etc.).

J’ai­me­rais aus­si vivre quelques semaines à Trom­sø, encore plus au nord de la Nor­vège, la ville de plus de cin­quante mille habi­tants la plus sep­ten­trio­nale du monde. Plus de 6000 étu­diants y étu­dient la gla­cio­lo­gie et la cli­ma­to­lo­gie arc­tique, et selon les périodes de l’an­née, dans l’obs­cu­ri­té de la nuit polaire… Enchâs­sée dans un dédale de fjords aux eaux pro­fondes et de mon­tagnes ennei­gées, la ville est un refuge, loin des côtes de la haute mer et des vents impétueux.

J’ai­me­rais connaître le pays sâme fin­lan­dais (Sáp­mi), plus connu sous le nom de Lapo­nie, plus à l’est que Trom­sø, pour y admi­rer les aurores boréales et y voir, dit-on, le blanc le plus blanc du monde. Il n’y a rien qui me ferait plus plai­sir au monde que faire la connais­sance de ce peuple encore un peu pré­ser­vé, dont on dit que les jeunes filles ont les yeux clairs et les che­veux de la cou­leur de la neige.

Pho­to ci-des­sous © Eri­ka Larsen

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