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Hil­de­gard

Hil­de­garde de Bin­gen rece­vant une vision sous forme d’une flamme, vision qu’elle s’empresse de retrans­crire dans ses Sci­vias

[audio:hildegard.xol]

Hil­de­gard von Bingen
O dul­cis electe — O Nobi­lis­si­ma Viriditas
Cathe­rine Ser­gent & Cathe­rine Schroeder

Hil­de­garde de Bin­gen est une reli­gieuse béné­dic­tine du XIIème siècle. Par­fai­te­ment consa­crée à la vie reli­gieuse et ayant pro­non­cé ses vœux per­pé­tuels à l’a­do­les­cence, elle reçoit à 38 ans le titre d’ab­besse de Disi­bo­den­berg. Plus tard, elle consi­gne­ra les visions qu’elle a depuis toute jeune dans plu­sieurs ouvrages et fon­de­ra suc­ces­si­ve­ment les abbayes de Ruperts­berg et d’Ei­bin­gen qui lui sont toutes les deux consa­crées (mais n’existent plus aujourd’­hui). En plus d’être une femme excep­tion­nelle à la foi ardente, elle est d’une extrême bon­té envers les plus néces­si­teux. Éga­le­ment écri­vain, elle est consi­dé­rée comme étant une des plus grandes com­po­si­trices de musique médié­vale et toute son œuvre est empreinte de l’acte fon­da­teur, la révé­la­tion, et colo­rée du com­bat éter­nel entre le vice et la ver­tu. Son tout der­nier talent consiste à avoir créé une langue et un alpha­bet qu’elle sera la seule à avoir utilisé.

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Cette ville est un autre monde, dedans, un monde flo­ris­sant (1ère partie)

Je n’aime pas spé­cia­le­ment Paris, du moins, je pen­sais ne pas vrai­ment l’ai­mer. Je n’aime pas beau­coup les gens qui y vivent car par esprit de cla­nisme, ils s’en­ferment dans un vision ténue des choses, qui géné­ra­le­ment ne va pas au-delà du bou­le­vard péri­phé­rique, quand ce n’est pas aux grands bou­le­vards. Je déteste cette men­ta­li­té qui fait sen­tir au ban­lieu­sard qu’i­ci on ne compte pas les dis­tances en mètres mais en sta­tions de métro. C’est ma petite guerre personnelle.

Mais Paris, c’est aus­si un pas­sé d’une incroyable richesse ; née sur les restes d’une ancienne cité romaine dont les axes prin­ci­paux existent encore ; le car­do, nord-sud, cor­res­pond à la rue Saint-Jacques et au bou­le­vard Saint-Michel et le decu­ma­nus, est-ouest, à la rue Souf­flot. Les plus anciens bâti­ments issus de cette vie antique remon­tant au Ier siècle s’y cachent encore, comme les arènes ou les thermes de Clu­ny. On ima­gine mal à quel point ce Paris d’au­jourd’­hui porte en lui encore les stig­mates de sa vie pas­sée, notam­ment du Moyen-Âge qui a été la période pen­dant laquelle son expan­sion a été la plus forte, et donc son urba­nisme. Les mou­ve­ments qui ont le plus chan­gé son visage ont été l’as­sè­che­ment des régions maré­ca­geuses de la rive droite dont on dit à tort qu’elle cor­res­pond à l’ac­tuel Marais. En réa­li­té, le Marais d’au­jourd’­hui cor­res­pond à la cou­ture du Temple, et qui est en fait la der­nière par­tie non défri­chée de ce quar­tier, assai­ni depuis long­temps déjà. On peut aus­si par­ler de l’en­fouis­se­ment de la Bièvre, rivière secon­daire qui bala­frait le quart sud-est de la ville et qui a été pen­dant de longues années un déver­soir pol­lué pour les indus­tries de la tan­ne­ries et ser­vant de dépo­toir aux bou­che­ries éta­blies sur les quais, mais éga­le­ment de l’é­ta­blis­se­ment de Paris comme ville phare, véri­table pôle d’at­trait avec la construc­tion des for­ti­fi­ca­tions de Phi­lippe Auguste puis plus tard de l’en­ceinte de Charles V.

Mat­thaüs Merian, un gra­veur suisse, des­si­ne­ra dans son ate­lier bâlois en 1615 un plan de Paris d’une incroyable pré­ci­sion tant topo­gra­phique qu’­his­to­rique et sur lequel dans le coin infé­rieur gauche, il gra­ve­ra ces vers qui résonnent comme la pro­messe d’un monde à décou­vrir coûte que coûte.

Cette ville est un autre monde
Dedans, un monde florissant,
En peuples et en biens puissants
Qui de toutes choses abonde.

Matheus Merian Basi­lien­sis, 1615

Liens:

2ème par­tie
3ème par­tie
4ème par­tie

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Mini­ma­liste du same­di matin #8

Per­du entre les insom­nies et les déserts que je tra­verse seul, bâton de pèle­rin à la main, quelques bou­quins dans l’autre main, je tente de recons­truire des pans d’his­toire effon­drés comme d’im­menses falaises, l’his­toire avec un petit “h”. Les mots reviennent sur mon jour­nal à un rythme dou­ce­reux, à pas de velours, je ne brusque rien, je suis en ter­rain miné. Chaque faux pas peut m’ar­ra­cher une jambe. Tous les jours, même lorsque je suis en dehors de ces murs, je viens faire un tour du côté de chez moi, je regarde mes mots, mes choix de pho­tos, mes notes et je les appré­cie. Il semble que j’ai fina­le­ment réus­si à créer ce que je vou­lais, une sorte de moles­kine en ligne, un car­net de note amé­lio­ré sur lequel on pour­rait sen­tir les traces de ma cal­li­gra­phie sous les mots.
[audio:grandcentralptii.xol]

Dj Sprinkles — Grand Cen­tral, Pt. II
Mid­town 120 Blues (Mule Musiq, 2009)

Depuis 2003,  je cher­chais une forme qui fasse office de car­net de notes en ligne ; le voi­ci. Voi­ci son for­mat, il tient dans la poche du monde, à l’ins­tar de ces war­logs qu’é­cri­vaient les mili­taires amé­ri­cains au début des années 2000 et qui ont don­né leur nom au blog, sinon ses lettres de noblesse. Rien n’est moins inté­res­sant que les diva­ga­tions d’un bidasse affa­mé envoyé à l’autre bout du monde. A l’op­po­sé de cela, je trouve Daniel Cor­dier, qu’on a pu voir sur France 5 ces der­niers temps (inter­view) et qu’on peut lire éga­le­ment dans les lignes du der­nier livre de Georges-Marc Ben­ha­mou. Cor­dier a 90 ans. Il porte sur son visage les traces du poids qu’il devait por­ter tan­dis qu’il était secré­taire de Jean Mou­lin, cet homme excep­tion­nel dont il raconte qu’il ne savait même pas le nom jus­qu’à ce qu’il se fasse arrê­ter par la Ges­ta­po. Cor­dier a tra­ver­sé les années et nous offre le récit poi­gnant et par­fois rigo­lard d’un ancien mau­ras­sien conver­ti à la Résis­tance, por­té par un Régis Debray (inter­view) à l’é­coute, silen­cieux, com­plice. Il laisse l’homme par­ler, s’ef­face, fait signe au camé­ra­man de cou­per quand la voix de Cor­dier s’é­touffe dans un san­glot, le sou­tient d’une main sur l’é­paule. Deux fois, j’ai regar­dé ce docu­men­taire. Deux fois j’ai pleu­ré parce que mon his­toire per­son­nelle, mais aus­si l’his­toire de mon pays et de ceux qui sont venus avant moi était encap­su­lée dans tout ceci.

Je suis épui­sé de cette semaine, éprou­vé, les nerfs à vif. Envie de dou­ceur, de calme, de bord de mer, de voyage, de départ, d’o­deurs salés d’herbes et de nature, de choses légères, d’un ciel trop haut, d’ap­prendre aus­si, encore, tou­jours, me confondre dans une tour­billon de toutes ces petites choses qui aujourd’­hui me construisent.

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Sobek à Kom Ombo

Tou­jours c’est quelque temple enfoui dans les sables jus­qu’aux épaules et qu’on voit en par­tie, comme un vieux sque­lette déter­ré. Des dieux à tête de cro­co­dile et d’i­bis sont peints sur la muraille blan­chie par les fientes des oiseaux de proie qui nichent entre les inter­valles des pierres. Nous nous pro­me­nons entre les colonnes. Avec nos bâtons de pal­mier et nos son­ge­ries, nous remuons toute cette pous­sière. Nous  regar­dons à tra­vers les brèches des temples le ciel qui cas­se­pète de bleu. Le Nil cou­lant à pleins bords ser­pente au milieu du désert, ayant une frange de ver­dure à chaque rive. C’est toute l’Égypte.

Gus­tave Flau­bert, in Cor­res­pon­dance

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Les Heures Claires

On a, je crois, cer­tai­ne­ment déjà tout dit sur Le Cor­bu­sier et la belle et immense mai­son qu’il a des­si­né pour les époux Savoye à Pois­sy. On a, je crois, déjà expli­qué en long, en large et en tra­vers tout ce qui fait le génie de Cor­bu, ses fenêtres ban­deaux, le fait de construire un jar­din-ter­rasse sur le toit, les pilo­tis et la libre-cir­cu­la­tion qu’ils engendrent, ses plans libres de toute contrainte de por­tance et ses façades indé­pen­dantes. On sait par contre un peu moins qu’il conce­vait abso­lu­ment tout : inté­gra­tion de tablettes dans les murs pour créer des espaces de tra­vail, prises élec­triques, appliques murales, poi­gnées de porte, et bien évi­dem­ment, le mobi­lier : dans la Vil­la Savoye, moins connue sous le nom de Les Heures Claires sont expo­sés et lais­sés libre à l’u­sage la chaise LC1 (LC comme Le Cor­bu­sier…), le fau­teuil LC2 et la très confor­table chaise longue LC4, ou encore la table LC6. Tout ici est en situation.

Le Cor­bu­sier avait éga­le­ment conçu la mai­son du jar­di­nier à par­tir du modèle qu’il avait créé de mai­son mini­mum uni­fa­mi­liale à voca­tion sociale, pré­sen­té au congrès des CIAM de 1929 avec son cou­sin Pierre Jean­ne­ret. Construite entre 1928 et 1931, ce lieu est d’un incroyable moder­nisme, inéga­lé aujourd’­hui, mais soyons hon­nête, le lieu est incroya­ble­ment froid et serait à mon sens peu agréable à vivre. C’est un des seuls monu­ments his­to­riques clas­sé du vivant de son créateur.
J’ai visi­té le lieu en 1993 alors que sa longue res­tau­ra­tion était encore en cours et qu’il fal­lait pré­ve­nir pour la visi­ter, et déjà à l’é­poque, le charme avait opé­ré. 36 pho­tos sur Fli­ckr
Loca­li­sa­tion sur Google Maps.

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