Jun 9, 2010 | Arts, Chambre acoustique, Histoires de gens |

Hildegarde de Bingen recevant une vision sous forme d’une flamme, vision qu’elle s’empresse de retranscrire dans ses Scivias
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Hildegard von Bingen
O dulcis electe — O Nobilissima Viriditas
Catherine Sergent & Catherine Schroeder
Hildegarde de Bingen est une religieuse bénédictine du XIIème siècle. Parfaitement consacrée à la vie religieuse et ayant prononcé ses vœux perpétuels à l’adolescence, elle reçoit à 38 ans le titre d’abbesse de Disibodenberg. Plus tard, elle consignera les visions qu’elle a depuis toute jeune dans plusieurs ouvrages et fondera successivement les abbayes de Rupertsberg et d’Eibingen qui lui sont toutes les deux consacrées (mais n’existent plus aujourd’hui). En plus d’être une femme exceptionnelle à la foi ardente, elle est d’une extrême bonté envers les plus nécessiteux. Également écrivain, elle est considérée comme étant une des plus grandes compositrices de musique médiévale et toute son œuvre est empreinte de l’acte fondateur, la révélation, et colorée du combat éternel entre le vice et la vertu. Son tout dernier talent consiste à avoir créé une langue et un alphabet qu’elle sera la seule à avoir utilisé.
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Jun 7, 2010 | Architectures, Arts, Livres et carnets, Sur les portulans |
Je n’aime pas spécialement Paris, du moins, je pensais ne pas vraiment l’aimer. Je n’aime pas beaucoup les gens qui y vivent car par esprit de clanisme, ils s’enferment dans un vision ténue des choses, qui généralement ne va pas au-delà du boulevard périphérique, quand ce n’est pas aux grands boulevards. Je déteste cette mentalité qui fait sentir au banlieusard qu’ici on ne compte pas les distances en mètres mais en stations de métro. C’est ma petite guerre personnelle.

Mais Paris, c’est aussi un passé d’une incroyable richesse ; née sur les restes d’une ancienne cité romaine dont les axes principaux existent encore ; le cardo, nord-sud, correspond à la rue Saint-Jacques et au boulevard Saint-Michel et le decumanus, est-ouest, à la rue Soufflot. Les plus anciens bâtiments issus de cette vie antique remontant au Ier siècle s’y cachent encore, comme les arènes ou les thermes de Cluny. On imagine mal à quel point ce Paris d’aujourd’hui porte en lui encore les stigmates de sa vie passée, notamment du Moyen-Âge qui a été la période pendant laquelle son expansion a été la plus forte, et donc son urbanisme. Les mouvements qui ont le plus changé son visage ont été l’assèchement des régions marécageuses de la rive droite dont on dit à tort qu’elle correspond à l’actuel Marais. En réalité, le Marais d’aujourd’hui correspond à la couture du Temple, et qui est en fait la dernière partie non défrichée de ce quartier, assaini depuis longtemps déjà. On peut aussi parler de l’enfouissement de la Bièvre, rivière secondaire qui balafrait le quart sud-est de la ville et qui a été pendant de longues années un déversoir pollué pour les industries de la tanneries et servant de dépotoir aux boucheries établies sur les quais, mais également de l’établissement de Paris comme ville phare, véritable pôle d’attrait avec la construction des fortifications de Philippe Auguste puis plus tard de l’enceinte de Charles V.

Matthaüs Merian, un graveur suisse, dessinera dans son atelier bâlois en 1615 un plan de Paris d’une incroyable précision tant topographique qu’historique et sur lequel dans le coin inférieur gauche, il gravera ces vers qui résonnent comme la promesse d’un monde à découvrir coûte que coûte.
Cette ville est un autre monde
Dedans, un monde florissant,
En peuples et en biens puissants
Qui de toutes choses abonde.
Matheus Merian Basiliensis, 1615
Liens:
2ème partie
3ème partie
4ème partie
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Jun 5, 2010 | Passerelle |
Perdu entre les insomnies et les déserts que je traverse seul, bâton de pèlerin à la main, quelques bouquins dans l’autre main, je tente de reconstruire des pans d’histoire effondrés comme d’immenses falaises, l’histoire avec un petit “h”. Les mots reviennent sur mon journal à un rythme doucereux, à pas de velours, je ne brusque rien, je suis en terrain miné. Chaque faux pas peut m’arracher une jambe. Tous les jours, même lorsque je suis en dehors de ces murs, je viens faire un tour du côté de chez moi, je regarde mes mots, mes choix de photos, mes notes et je les apprécie. Il semble que j’ai finalement réussi à créer ce que je voulais, une sorte de moleskine en ligne, un carnet de note amélioré sur lequel on pourrait sentir les traces de ma calligraphie sous les mots.
[audio:grandcentralptii.xol]
Dj Sprinkles — Grand Central, Pt. II
Midtown 120 Blues (Mule Musiq, 2009)
Depuis 2003, je cherchais une forme qui fasse office de carnet de notes en ligne ; le voici. Voici son format, il tient dans la poche du monde, à l’instar de ces warlogs qu’écrivaient les militaires américains au début des années 2000 et qui ont donné leur nom au blog, sinon ses lettres de noblesse. Rien n’est moins intéressant que les divagations d’un bidasse affamé envoyé à l’autre bout du monde. A l’opposé de cela, je trouve Daniel Cordier, qu’on a pu voir sur France 5 ces derniers temps (interview) et qu’on peut lire également dans les lignes du dernier livre de Georges-Marc Benhamou. Cordier a 90 ans. Il porte sur son visage les traces du poids qu’il devait porter tandis qu’il était secrétaire de Jean Moulin, cet homme exceptionnel dont il raconte qu’il ne savait même pas le nom jusqu’à ce qu’il se fasse arrêter par la Gestapo. Cordier a traversé les années et nous offre le récit poignant et parfois rigolard d’un ancien maurassien converti à la Résistance, porté par un Régis Debray (interview) à l’écoute, silencieux, complice. Il laisse l’homme parler, s’efface, fait signe au caméraman de couper quand la voix de Cordier s’étouffe dans un sanglot, le soutient d’une main sur l’épaule. Deux fois, j’ai regardé ce documentaire. Deux fois j’ai pleuré parce que mon histoire personnelle, mais aussi l’histoire de mon pays et de ceux qui sont venus avant moi était encapsulée dans tout ceci.

Je suis épuisé de cette semaine, éprouvé, les nerfs à vif. Envie de douceur, de calme, de bord de mer, de voyage, de départ, d’odeurs salés d’herbes et de nature, de choses légères, d’un ciel trop haut, d’apprendre aussi, encore, toujours, me confondre dans une tourbillon de toutes ces petites choses qui aujourd’hui me construisent.
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Jun 3, 2010 | Livres et carnets |

Toujours c’est quelque temple enfoui dans les sables jusqu’aux épaules et qu’on voit en partie, comme un vieux squelette déterré. Des dieux à tête de crocodile et d’ibis sont peints sur la muraille blanchie par les fientes des oiseaux de proie qui nichent entre les intervalles des pierres. Nous nous promenons entre les colonnes. Avec nos bâtons de palmier et nos songeries, nous remuons toute cette poussière. Nous regardons à travers les brèches des temples le ciel qui cassepète de bleu. Le Nil coulant à pleins bords serpente au milieu du désert, ayant une frange de verdure à chaque rive. C’est toute l’Égypte.
Gustave Flaubert, in Correspondance
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Jun 2, 2010 | Architectures, Arts |

On a, je crois, certainement déjà tout dit sur Le Corbusier et la belle et immense maison qu’il a dessiné pour les époux Savoye à Poissy. On a, je crois, déjà expliqué en long, en large et en travers tout ce qui fait le génie de Corbu, ses fenêtres bandeaux, le fait de construire un jardin-terrasse sur le toit, les pilotis et la libre-circulation qu’ils engendrent, ses plans libres de toute contrainte de portance et ses façades indépendantes. On sait par contre un peu moins qu’il concevait absolument tout : intégration de tablettes dans les murs pour créer des espaces de travail, prises électriques, appliques murales, poignées de porte, et bien évidemment, le mobilier : dans la Villa Savoye, moins connue sous le nom de Les Heures Claires sont exposés et laissés libre à l’usage la chaise LC1 (LC comme Le Corbusier…), le fauteuil LC2 et la très confortable chaise longue LC4, ou encore la table LC6. Tout ici est en situation.

Le Corbusier avait également conçu la maison du jardinier à partir du modèle qu’il avait créé de maison minimum unifamiliale à vocation sociale, présenté au congrès des CIAM de 1929 avec son cousin Pierre Jeanneret. Construite entre 1928 et 1931, ce lieu est d’un incroyable modernisme, inégalé aujourd’hui, mais soyons honnête, le lieu est incroyablement froid et serait à mon sens peu agréable à vivre. C’est un des seuls monuments historiques classé du vivant de son créateur.
J’ai visité le lieu en 1993 alors que sa longue restauration était encore en cours et qu’il fallait prévenir pour la visiter, et déjà à l’époque, le charme avait opéré. 36 photos sur Flickr…
Localisation sur Google Maps.
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