Jun 20, 2010 | Passerelle, Sur les portulans |
Dire que j’écris peu est un euphémisme. Je n’écris pas du tout. L’autre jour, et l’autre encore, à deux reprises, mon journal a resurgi de mon havresac pour m’écouter parler.
Le premier jour, je n’ai fait que bavasser et répéter encore et toujours les mêmes litanies. Le second jour, j’ai véritablement écrit. J’ai écrit à propos d’une femme qui se trouvait dans le train, face à moi tandis que j’allais au travail. Elle était blonde, avait de beaux yeux bleus, la peau hâlée et elle portait une veste en toile blanche sur un cache-cœur turquoise et chocolat. Elle devait avoir mon âge et avait dans le regard suffisamment d’intensité pour attirer mon attention, et un je-ne-sais-quoi de désabusé qui m’a fait me détourner de ma lecture. Une seule bague assez grosse mais sobre. Il s’est passé quelque chose.
Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il fallait que je m’y remette. J’aime l’idée que cette phrase puisse être assez équivoque pour faire sourire.
Alors, je suis parti du principe qu’il fallait que j’écrive de manière suivie, relativement intense, qu’il fallait pour cela que je me plie à un exercice de discipline, et cette histoire pourrait être le début d’une autre histoire, à la manière des contes enchâssés des Mille et une nuits (écoute bien la sonorité de ce titre en arabe: ألف ليلة وليلة, Elf laïla wa laïla). Alors je ne sais pas bien pour combien de temps ni pourquoi, mais je sais qu’il faut que je recommence à écrire.
Le poison coule à nouveau dans mes veines, et l’antidote est au bout de mes doigts.

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Je crois que je me cherche encore, comme si mon identité était en constante mouvance, dans un flou que je n’arrive pas à cerner moi-même. La question du bonheur est au centre de tout ceci, et constitue une quête dans laquelle on a des rêves à tuer, d’autres à faire naître et d’autres encore à entretenir. Mais après tout, c’est certainement mieux que de ne pas savoir ce qu’on veut ou de rester attentiste, non ? Ce qui est plaisant, c’est que le monde est rempli d’histoires et lorsque soi-même on ne sait plus se les raconter, il y a toujours plein d’histoires à disposition pour s’en satisfaire. Les histoires, les raconter ou les écouter, le seul moyen de ne pas s’endormir en silence. Ce n’est pas pour rien que les enfants les attendent tous les soirs.

Demain sera un jour nouveau, un énième jour dont je ne saurais peut-être pas quoi faire. J’écrirai certainement quelques petites histoires dans mon journal et je commencerai L’art du haut Moyen-Age de Piotr Skubiszewski que je traine comme une âme en peine depuis que j’ai compris qu’il était épuisé et qu’il faudrait pour l’instant me contenter de cette édition que j’ai emprunté à la bibliothèque.
Quand j’étais étudiant, j’écoutais jusque tard dans la nuit des stations de radio improbables, et notamment une sur laquelle quelque fois on arrivait à entendre les percussions balinaises, des rythmes complètement étrangers, des sonorités criardes et répétitives. C’est ce que je voulais retrouver pour ce billet qui est tout de même le deux-centième de ma collection.
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Jun 16, 2010 | Arts, Livres et carnets |
Au creux des reins de cette période sensuelle qu’est le Moyen-Âge se nichent des hommes qui avaient le don des belles choses et qui ont passé leur vie à employer leur don exceptionnel pour le dessin et la peinture afin d’illustrer la vie de leur époque, les événements qui ont marqué l’histoire et les récits et les hauts-faits des Grands Hommes. Concrétion des arts graphiques de cette période qu’on appelle la Première Renaissance, l’Enluminure recèle toutes les splendeurs et les plus belles techniques d’une période plus romantique qu’il n’y paraît. Les instruments et les couleurs eux-mêmes sont porteurs de noms fantasmatiques ; calame, vélin, lettrine, sépia, azurite et orpiment…
Voici un tour d’horizon des plus belles œuvres et des plus grands faiseurs de lumière de cette forme d’art graphiquement et naturellement haute en couleurs.

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Jun 13, 2010 | Sur les portulans |
J’ai découvert dans l’Atlas de Paris au Moyen-Âge une petite gravure représentant l’hôtel de Vauvert au cœur de Paris, à l’emplacement de ce qui est aujourd’hui le Jardin du Luxembourg. Vauvert est une autre forme de « Val Vert », indiquant clairement un endroit boisé et plutôt agréable. L’expression « aller au Diable Vauvert » remet cette image idyllique en cause. En cherchant l’origine de cette expression, j’ai trouvé autant d’explications que de sources, toutes différentes quand à sa signification et son origine, un grand n’importe quoi auquel je ne veux pas donner caution. Toutefois, si la linguistique nous emmène sur des chemins hasardeux, l’histoire, elle, semble être d’accord avec les faits et nous raconte une histoire qui si elle ne nous laisse aucune certitude, nous donne une idée de l’origine des mots.
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Jun 12, 2010 | Passerelle |
Vue l’heure à laquelle je me suis levé ce matin, cette minimaliste tiendra plus du midi, voire de l’après-midi.
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Je croyais avoir plein de choses à dire, mais c’est sans compter la vocation de ce blog. Il est désormais vidé de moi, saigné à blanc. Peu importent mes états d’âme. Seule compte mon expérience du monde. Seules comptent les impressions à partir desquelles je tente de me construire.
J’avais envie de parler de cette semaine, jour après jour, mais tout s’est emmêlé, les événements sont presque allés trop vite ; il m’aura fallu prendre sur moi, anéantir mes angoisses et bousculer neuf ans de ma vie professionnelle avec une démission plantée dans le cœur. Désormais c’est fait. On passe à autre chose, d’autres projets, d’autres envies. Et c’est très bien comme ça.
Toutes les manières de voir le monde sont bonnes pourvu qu’on en revienne.
Nicolas Bouvier
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Jun 11, 2010 | Histoires de gens, Sur les portulans |
Paris n’a pas toujours été un lieu prestigieux dont l’image rayonne aux quatre coins du monde, qui décentralise ses musées en province et dans les émirats arabes, qui fait de l’Avenue des Champs-Élysée la plus belle avenue du monde (en réalité la plus vulgaire, et de loin) ou qui devient capitale de la mode. Au Moyen-Âge, lorsque la ville devient la plus grande ville du monde occidental, c’est un véritable coupe-gorge et un lieu de perdition, mais remis dans son contexte de l’époque, Paris est loin d’être une ville riche. Les nobles s’entassent dans les palais, jamais bien loin du roi, tandis que les notables et les bourgeois développent les villages de Paris (Saint-Laurent, Saint-Germain des Prés, Saint-Marcel, etc.) avec l’argent florissant du commerce et de l’industrie — finalement, rien de nouveau. Au milieu de tout ce beau monde, une belle proportion de la population vit dans la misère la plus crasse, et comme dans toute situation de crise, les réseaux mafieux s’installent, la prostitution s’institutionnalise, le crime se propage…

Loin de Pigalle, des abords du bois de Boulogne (de cette banlieue dont le nom vient du ban, la loi seigneuriale, et la lieue, l’unité de mesure qui définit l’espace à partir du centre de la ville sur lequel s’étend l’autorité du seigneur) et de la rue Saint-Denis, en remontant dans le passé, on trouve des hauts-lieux de la prostitution aux noms évocateurs. Parmi les plus connus, on citera la rue de Glatigny sur l’île de Cité, le fameux Val d’Amour, qui fut à l’origine de l’expression “fille de Glatigny”, mais on trouve également trace dans une ordonnance du prévôt de Paris, datée de 1367, d’un état de la situation qui force les autorités à prendre des mesures et tentent de circonscrire les filles de joie dans leurs périmètres, sans grand effet :
Que toutes les femmes prostituées, tenant bordel en la ville de Paris, allassent demeurer et tenir leurs bordels en places et lieux publics à ce ordonnés et accoutumés, selon l’ordonnance de Saint Louis. C’est à savoir : à L’Abreuvoir de Mascon (à l’angle du pont Saint-Michel et de la rue de la Huchette), en La Boucherie (voisine de la rue de la Huchette), rue Froidmentel, près du clos Brunel (à l’est du Collège de France aboutissant au carrefour du Puits-Certain), en Glatigny (rue nommée Val d’Amour dans la Cité), en la Court-Robert de Pris (rue du Renard-Saint-Merri), en Baille-Hoë (près de l’église Saint-Merri et communiquant avec la rue Taille-Pain et à la rue Brise-Miche), en Tyron (rue entre la rue Saint-Antoine et du roi de Sicile), en la rue Chapon (aboutissant rue du Temple) et en Champ-Flory (rue Champ-Fleury, près du Louvre). Si les femmes publiques, d’écris ensuite cette ordonnance, se permettent d’habiter des rues ou quartiers autres que ceux ci-dessus désignés, elles seront emprisonnées au Châtelet puis bannies de Paris. Et les sergents, pour salaire, prendront sur leurs biens huit sous parisis…
Source Insecula.
On reconnait aisément des rues au nom évocateur : rue Taille-Pain et rue Brise-Miche, qui n’ont rien à voir avec le métier de boulanger. Aujourd’hui encore certaines rues portent des noms qui ne sont que la déformation respectable de noms fleuris : La rue des Poitevins, hormis quelques noms sans intérêt (Gui le queux, Gérard aux Poitevins, etc.) a porté successivement et cela jusqu’au XVè siècle les noms de rue du Pet, rue du Petit-Pet et rue du Gros-Pet. Tout un poème. La rue du Pélican s’est appelée rue Purgée, mais surtout Rue du Poil-au-con. L’actuelle rue Marie Stuart s’appelait autrefois rue du Tire-Boudin (pas besoin de dire que le boudin en question n’est nullement bourré de viande de porc) et rue du Tire-Vit, elle aurait apprécié, j’en suis certain.
Une partie de l’actuelle rue de Beaubourg (ce nom même, ironique, indiquait que cette partie de la ville a longtemps eu mauvaise réputation) a porté le nom de rue Trace-Putain, et la rue du Petit-Musc (nom évocateur qui pourrait faire penser au parfum) s’appelait en réalité rue Pute-y-musse (pute s’y cache).
1ère partie
3ème partie
4ème partie
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