Sorting by

×

Mini­ma­liste du dimanche soir au rythme d’un kidung, à Pujung ou à Sawan #10

Dire que j’é­cris peu est un euphé­misme. Je n’é­cris pas du tout. L’autre jour, et l’autre encore, à deux reprises, mon jour­nal a resur­gi de mon havre­sac pour m’é­cou­ter parler.
Le pre­mier jour, je n’ai fait que bavas­ser et répé­ter encore et tou­jours les mêmes lita­nies. Le second jour, j’ai véri­ta­ble­ment écrit. J’ai écrit à pro­pos d’une femme qui se trou­vait dans le train, face à moi tan­dis que j’al­lais au tra­vail. Elle était blonde, avait de beaux yeux bleus, la peau hâlée et elle por­tait une veste en toile blanche sur un cache-cœur tur­quoise et cho­co­lat. Elle devait avoir mon âge et avait dans le regard suf­fi­sam­ment d’in­ten­si­té pour atti­rer mon atten­tion, et un je-ne-sais-quoi de désa­bu­sé qui m’a fait me détour­ner de ma lec­ture. Une seule bague assez grosse mais sobre. Il s’est pas­sé quelque chose.
Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai com­pris qu’il fal­lait que je m’y remette. J’aime l’i­dée que cette phrase puisse être assez équi­voque pour faire sourire.
Alors, je suis par­ti du prin­cipe qu’il fal­lait que j’é­crive de manière sui­vie, rela­ti­ve­ment intense, qu’il fal­lait pour cela que je me plie à un exer­cice de dis­ci­pline, et cette his­toire pour­rait être le début d’une autre his­toire, à la manière des contes enchâs­sés des Mille et une nuits (écoute bien la sono­ri­té de ce titre en arabe: ألف ليلة وليلة, Elf laï­la wa laï­la). Alors je ne sais pas bien pour com­bien de temps ni pour­quoi, mais je sais qu’il faut que je recom­mence à écrire.
Le poi­son coule à nou­veau dans mes veines, et l’an­ti­dote est au bout de mes doigts.

[audio:gong.mp3]

Je crois que je me cherche encore, comme si mon iden­ti­té était en constante mou­vance, dans un flou que je n’ar­rive pas à cer­ner moi-même. La ques­tion du bon­heur est au centre de tout ceci, et consti­tue une quête dans laquelle on a des rêves à tuer, d’autres à faire naître et d’autres encore à entre­te­nir. Mais après tout, c’est cer­tai­ne­ment mieux que de ne pas savoir ce qu’on veut ou de res­ter atten­tiste, non ? Ce qui est plai­sant, c’est que le monde est rem­pli d’his­toires et lorsque soi-même on ne sait plus se les racon­ter, il y a tou­jours plein d’his­toires à dis­po­si­tion pour s’en satis­faire. Les his­toires, les racon­ter ou les écou­ter, le seul moyen de ne pas s’en­dor­mir en silence. Ce n’est pas pour rien que les enfants les attendent tous les soirs.

Demain sera un jour nou­veau, un énième jour dont je ne sau­rais peut-être pas quoi faire. J’é­cri­rai cer­tai­ne­ment quelques petites his­toires dans mon jour­nal et je com­men­ce­rai L’art du haut Moyen-Age de Pio­tr Sku­bis­zews­ki que je traine comme une âme en peine depuis que j’ai com­pris qu’il était épui­sé et qu’il fau­drait pour l’ins­tant me conten­ter de cette édi­tion que j’ai emprun­té à la bibliothèque.

Quand j’é­tais étu­diant, j’é­cou­tais jusque tard dans la nuit des sta­tions de radio impro­bables, et notam­ment une sur laquelle quelque fois on arri­vait à entendre les per­cus­sions bali­naises, des rythmes com­plè­te­ment étran­gers, des sono­ri­tés criardes et répé­ti­tives. C’est ce que je vou­lais retrou­ver pour ce billet qui est tout de même le deux-cen­tième de ma collection.

Read more

Fai­seurs de lumière I

Au creux des reins de cette période sen­suelle qu’est le Moyen-Âge se nichent des hommes qui avaient le don des belles choses et qui ont pas­sé leur vie à employer leur don excep­tion­nel pour le des­sin et la pein­ture afin d’illus­trer la vie de leur époque, les évé­ne­ments qui ont mar­qué l’his­toire et les récits et les hauts-faits des Grands Hommes. Concré­tion des arts gra­phiques de cette période qu’on appelle la Pre­mière Renais­sance, l’En­lu­mi­nure recèle toutes les splen­deurs et les plus belles tech­niques d’une période plus roman­tique qu’il n’y paraît. Les ins­tru­ments et les cou­leurs eux-mêmes sont por­teurs de noms fan­tas­ma­tiques ; calame, vélin, let­trine, sépia, azu­rite et orpiment…
Voi­ci un tour d’ho­ri­zon des plus belles œuvres et des plus grands fai­seurs de lumière de cette forme d’art gra­phi­que­ment et natu­rel­le­ment haute en couleurs.

(more…)

Read more

Cette ville est un autre monde, dedans, un monde flo­ris­sant (3ème partie)

J’ai décou­vert dans l’At­las de Paris au Moyen-Âge une petite gra­vure repré­sen­tant l’hô­tel de Vau­vert au cœur de Paris, à l’emplacement de ce qui est aujourd’­hui le Jar­din du Luxem­bourg. Vau­vert est une autre forme de « Val Vert », indi­quant clai­re­ment un endroit boi­sé et plu­tôt agréable. L’ex­pres­sion « aller au Diable Vau­vert » remet cette image idyl­lique en cause. En cher­chant l’o­ri­gine de cette expres­sion, j’ai trou­vé autant d’ex­pli­ca­tions que de sources, toutes dif­fé­rentes quand à sa signi­fi­ca­tion et son ori­gine, un grand n’im­porte quoi auquel je ne veux pas don­ner cau­tion. Tou­te­fois, si la lin­guis­tique nous emmène sur des che­mins hasar­deux, l’his­toire, elle, semble être d’ac­cord avec les faits et nous raconte une his­toire qui si elle ne nous laisse aucune cer­ti­tude, nous donne une idée de l’o­ri­gine des mots.

(more…)

Read more

Mini­ma­liste du same­di matin #9

Vue l’heure à laquelle je me suis levé ce matin, cette mini­ma­liste tien­dra plus du midi, voire de l’après-midi.

[audio:airtone.xol]

IMG_0057

Je croyais avoir plein de choses à dire, mais c’est sans comp­ter la voca­tion de ce blog. Il est désor­mais vidé de moi, sai­gné à blanc. Peu importent mes états d’âme. Seule compte mon expé­rience du monde. Seules comptent les impres­sions à par­tir des­quelles je tente de me construire.
J’a­vais envie de par­ler de cette semaine, jour après jour, mais tout s’est emmê­lé, les évé­ne­ments sont presque allés trop vite ; il m’au­ra fal­lu prendre sur moi, anéan­tir mes angoisses et bous­cu­ler neuf ans de ma vie pro­fes­sion­nelle avec une démis­sion plan­tée dans le cœur. Désor­mais c’est fait. On passe à autre chose, d’autres pro­jets, d’autres envies. Et c’est très bien comme ça.

Toutes les manières de voir le monde sont bonnes pour­vu qu’on en revienne.

Nico­las Bouvier

Read more

Cette ville est un autre monde, dedans, un monde flo­ris­sant (2ème partie)

Paris n’a pas tou­jours été un lieu pres­ti­gieux dont l’i­mage rayonne aux quatre coins du monde, qui décen­tra­lise ses musées en pro­vince et dans les émi­rats arabes, qui fait de l’A­ve­nue des Champs-Ély­sée la plus belle ave­nue du monde (en réa­li­té la plus vul­gaire, et de loin) ou qui devient capi­tale de la mode. Au Moyen-Âge, lorsque la ville devient la plus grande ville du monde occi­den­tal, c’est un véri­table coupe-gorge et un lieu de per­di­tion, mais remis dans son contexte de l’é­poque, Paris est loin d’être une ville riche. Les nobles s’en­tassent dans les palais, jamais bien loin du roi, tan­dis que les notables et les bour­geois déve­loppent les vil­lages de Paris (Saint-Laurent, Saint-Ger­main des Prés, Saint-Mar­cel, etc.) avec l’argent flo­ris­sant du com­merce et de l’in­dus­trie — fina­le­ment, rien de nou­veau. Au milieu de tout ce beau monde, une belle pro­por­tion de la popu­la­tion vit dans la misère la plus crasse, et comme dans toute situa­tion de crise, les réseaux mafieux s’ins­tallent, la pros­ti­tu­tion s’ins­ti­tu­tion­na­lise, le crime se propage…

Loin de Pigalle, des abords du bois de Bou­logne (de cette ban­lieue dont le nom vient du ban, la loi sei­gneu­riale, et la lieue, l’u­ni­té de mesure qui défi­nit l’es­pace à par­tir du centre de la ville sur lequel s’é­tend l’au­to­ri­té du sei­gneur) et de la rue Saint-Denis, en remon­tant dans le pas­sé, on trouve des hauts-lieux de la pros­ti­tu­tion aux noms évo­ca­teurs. Par­mi les plus connus, on cite­ra la rue de Gla­ti­gny sur l’île de Cité, le fameux Val d’A­mour, qui fut à l’o­ri­gine de l’ex­pres­sion “fille de Gla­ti­gny”, mais on trouve éga­le­ment trace dans une ordon­nance du pré­vôt de Paris, datée de 1367, d’un état de la situa­tion qui force les auto­ri­tés à prendre des mesures et tentent de cir­cons­crire les filles de joie dans leurs péri­mètres, sans grand effet :

Que toutes les femmes pros­ti­tuées, tenant bor­del en la ville de Paris, allassent demeu­rer et tenir leurs bor­dels en places et lieux publics à ce ordon­nés et accou­tu­més, selon l’or­don­nance de Saint Louis. C’est à savoir : à L’A­breu­voir de Mas­con (à l’angle du pont Saint-Michel et de la rue de la Huchette), en La Bou­che­rie (voi­sine de la rue de la Huchette), rue Froid­men­tel, près du clos Bru­nel (à l’est du Col­lège de France abou­tis­sant au car­re­four du Puits-Cer­tain), en Gla­ti­gny (rue nom­mée Val d’A­mour dans la Cité), en la Court-Robert de Pris (rue du Renard-Saint-Mer­ri), en Baille-Hoë (près de l’é­glise Saint-Mer­ri et com­mu­ni­quant avec la rue Taille-Pain et à la rue Brise-Miche), en Tyron (rue entre la rue Saint-Antoine et du roi de Sicile), en la rue Cha­pon (abou­tis­sant rue du Temple) et en Champ-Flo­ry (rue Champ-Fleu­ry, près du Louvre). Si les femmes publiques, d’é­cris ensuite cette ordon­nance, se per­mettent d’ha­bi­ter des rues ou quar­tiers autres que ceux ci-des­sus dési­gnés, elles seront empri­son­nées au Châ­te­let puis ban­nies de Paris. Et les ser­gents, pour salaire, pren­dront sur leurs biens huit sous parisis…

Source Inse­cu­la.
On recon­nait aisé­ment des rues au nom évo­ca­teur : rue Taille-Pain et rue Brise-Miche, qui n’ont rien à voir avec le métier de bou­lan­ger. Aujourd’­hui encore cer­taines rues portent des noms qui ne sont que la défor­ma­tion res­pec­table de noms fleu­ris : La rue des Poi­te­vins, hor­mis quelques noms sans inté­rêt (Gui le queux, Gérard aux Poi­te­vins, etc.) a por­té suc­ces­si­ve­ment et cela jus­qu’au XVè siècle les noms de rue du Pet, rue du Petit-Pet et rue du Gros-Pet. Tout un poème. La rue du Péli­can s’est appe­lée rue Pur­gée, mais sur­tout Rue du Poil-au-con. L’ac­tuelle rue Marie Stuart s’ap­pe­lait autre­fois rue du Tire-Bou­din (pas besoin de dire que le bou­din en ques­tion n’est nul­le­ment bour­ré de viande de porc) et rue du Tire-Vit, elle aurait appré­cié, j’en suis certain.
Une par­tie de l’ac­tuelle rue de Beau­bourg (ce nom même, iro­nique, indi­quait que cette par­tie de la ville a long­temps eu mau­vaise répu­ta­tion) a por­té le nom de rue Trace-Putain, et la rue du Petit-Musc (nom évo­ca­teur qui pour­rait faire pen­ser au par­fum) s’ap­pe­lait en réa­li­té rue Pute-y-musse (pute s’y cache).

1ère par­tie
3ème par­tie
4ème par­tie

Read more