Sep 21, 2010 | Photo |
C’est un appareil semi-automatique qui se trouvait sur l’étagère au-dessus de la penderie de mes grands-parents. Je chérissais cet endroit pour le fait qu’elle recèle mille et un trésors que je ne me suis jamais aventuré à aller déterrer. J’y aimais particulièrement l’odeur de cuir qui y régnait, ces cuirs qui servaient de rangements. C’est dans cet endroit magique que, je le sais depuis toujours, se trouve l’appareil photo et ses trois objectifs, tous ses accessoires, déclencheur à distance, pare-soleil, pied à visser sur une table, filtres, chiffons, mais on y trouve également une caméra super‑8, un projecteur de films, et des dizaines de bobines développées. Dans le placard à balais se trouve l’écran pliable avec sa surface blanche immaculée et granuleuse comme de la toile émeri. Depuis l’avènement du numérique, mon grand-père avait opté pour un bridge Olympus, fidèle à la marque, car son ancien appareil est un Olympus OM-1n MD datant de 1979, avec une coque en métal taillée à la serpe, un appareil solide, à toute épreuve, équipé d’une cellule LED et d’une monture très robuste en nickel-cadmium. Son seul défaut est en fait dû à l’usure ; le rideau a tendance à se bloquer et à empêcher son utilisation tant qu’on n’a pas un peu tapé dessus pour le brusquer. Il a permis à mon grand-père de prendre des centaines de photos, notamment en Égypte, où il a perdu son filtre polarisant sur les rebords d’une balustrade sur les hauteurs de la mosquée Al-Azhar au Caire. L’homme vaillant et intrépide qu’était mon pépé a commencé à enjamber ladite balustrade pour aller le récupérer, mais il a été rattrapé par le guide qui lui a interdit de se pencher dans le vide pour aller chercher son matériel. J’imagine qu’il doit toujours y être.

C’est donc avec cet appareil engoncé dans une housse en cuir que je suis parti en vacances, ne sachant pas réellement m’en servir puisque la dernière fois que j’ai utilisé un appareil « argentique », c’était au lendemain de mon bac, en 1993, avec mon Minolta à cellule électronique. Là, je me suis retrouvé en grande difficulté avec mes pellicules 400ISO (parfois, j’ose encore dire ASA) par temps ensoleillé, puisque plusieurs fois, je me suis rendu compte que je risquais la surexposition. Dès que l’occasion s’est présentée, je me suis procuré trois pellicules ILFORD noir et blanc, FP4 plus 125ISO 36 poses que j’ai commencé à utiliser en Bretagne. La première pellicule ne s’est jamais enclenchée et je me suis retrouvé sans aucun résultat pour ma première salve. La seconde sera la bonne.

Photographier en semi-manuel est un véritable plaisir qui me fait découvrir les joies de la technique. Je prends enfin conscience que photographier est une histoire de temps à prendre, de lenteur et de douceur. Avant d’appuyer sur le déclencheur, il faut prendre le temps de cadrer, de régler vitesse et obturation avant d’explorer enfin tout le cadre avec la cellule pour jauger l’exposition. Parfois même il faut attendre que le nuage s’en aille afin de retrouver cette si belle lumière qui nous a attiré l’œil et qu’on veut absolument retrouver. C’est pour cette raison que le cliché devient chose rare, car il est plus exigeant qu’avec la photo numérique qu’on a tendance à faire se contenter de peu, par facilité plus que par ignorance réelle.

Le terme « argentique » existe seulement depuis le début des années 2000, quand le numérique a débarqué et qu’il a fallu trouver une dénomination qui puisse faire la distinction. Autrefois, ce n’était que de la photo. Aujourd’hui, il faut faire la distinction, même si le terme nous paraît avoir toujours existé.
Il aura fallu que je passe par le numérique pour apprendre à photographier avec un appareil 24x36. Je me suis amusé avec les deux objectifs à focale fixe dont je dispose. Un Olympus f50mm 1 :1,8 qui m’a permis de me faire la main et un Tokura f28mm 1 ;2,8 d’une qualité exceptionnelle. Je crois que l’optique produit un léger vignettage et les lentilles sont particulièrement bien finies.
Travailler avec une focale fixe par rapport au téléobjectif permet de se déplacer plutôt que de faire fonctionner le zoom. Le photographe doit se déplacer si le cadrage ne lui convient pas. C’est plus exigeant.
Le paysage, lui, s’il n’est pas animé, engage un dialogue avec celui qui le photographie, dans une relation ambigüe qui relève pour sa part de la posture. Il se révèle et se dévoile en même temps qu’il se voile, il énonce des postulats que seul l’œil du photographe est capable de recevoir dans le cadre de son objectif, et seul le photographe est capable de le faire évoluer.
Toutes les photos ont été prises à la pointe de Poul Stripo à Plougrescant… avec mon téléphone.
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Sep 16, 2010 | Livres et carnets |

Les gens se vengent des services qu’on leur rend.
Louis-Ferdinand Céline, in Voyage au bout de la nuit.
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Sep 15, 2010 | Livres et carnets, Sur les portulans |

Photo © Georg Holderied
La terre de Nullarbor est un lieu d’absence, un désert sans arbre (nullus arbor : aucun arbre) sur la côte sud de l’Australie qui a la particularité de n’être qu’un immense bloc de calcaire planté sur le rivage de la grande baie. L’explorateur Edward John Eyre en dira que c’est « une anomalie hideuse, une erreur de la Nature, un paysage de cauchemar » et c’est précisément en partie dans ce décor de théâtre et de nature rugueuse que David Fauquemberg a placé l’action de son roman éponyme, Nullarbor, pour lequel il a obtenu le prix Nicolas-Bouvier en 2007.

Photo © Georg Holderied
Roman initiatique d’un petit Français débarqué dans le bush australien, c’est un parcours sur les routes ensablées de Nullarbor, sur un chalutier déglingué parti en mer pour une pêche meurtrière avec pour compagnons des balafrés beuglant après leur palangre et débitant la poiscaille avec des surins grands comme des machettes. Et c’est aussi une balade un peu poussiéreuse dans la mangrove infestée de crocodiles parmi les bushmen qui l’adopteront sous le sobriquet démodé de Napoléon, ceux-là même qui guidaient Bruce Chatwin sur les pistes chantées, à cette différence près que ceux-là ne sont pas nus mais portent des couleurs chatoyantes et des prénoms farfelus comme Augustus.
L’écriture de David Fauquemberg est enlevée, concise et brute à la fois, elle exhale une violence désabusée et le rythme saccadé d’une respiration coupée là, juste sous le diaphragme, elle porte en elle les stigmates de ceux qui se sont esquintés sur la route en perdant quelques dents dans les bagarres de bars éclairés au néon, tout en s’autorisant parfois un humour de potache qui n’est pas sans rappeler Hunter S. Thompson.
En arrière-plan, une étrange forme rose et mauve dérivait lentement, bousculée par la brise. Sa tente igloo d’occasion, prévue pour une famille, semblait bien décidée à se faire la malle. J’attendais sans rien dire, qu’Adam s’en aperçoive. Alors, il s’est mis à courir, ce que manifestement il n’avait jamais fait. Au lieu de propulser sont corps vers l’avant, ses jambes se jetaient en arrière. Avec conviction, sans effet. J’ai aidé le poète à déclouer la tente des buissons épineux. Son visage ne trahissait aucun agacement, aucune surprise. Dans son monde, les objets se comportaient de manière chaotique, hostile.
Sur la frontière de l’Australie-Occidentale, les douaniers faisaient les cent pas à l’ombre de bâtiments noirs. À perte de vue le désert et, au milieu, de petits fonctionnaires zélés, imbus de leur mission hautement stratégique : défendre fièrement les couleurs de l’État. Un jour, elle serait le dernier rempart contre l’envahisseur venu de l’est, et qui empruntait l’autoroute.
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Sep 15, 2010 | Arts, Chambre acoustique |

[audio:take_five.xol]
Nicola Conte est un DJ italien, guitariste de jazz, grand amateur de bossa nova et de rythmes indiens, toujours élégant… Il nous sert un double album de ses remixes autour de thèmes connus du jazz des années 60 dans un luxueux coffret de 2 CD imprimés façon vieux vinyle. 26 titres exceptionnels à écouter sans modération, dans la pénombre avec un verre de Martini Rosso on the rocks et puis pour la suite, je vous laisse imaginer, je ne vais pas vous mâcher le travail non plus.
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Sep 11, 2010 | Arts, Histoires de gens, L'oeil de la caméra |
Enfant de yak est un court-métrage qui a été diffusé la nuit dernière à 00h50 sur Arte, dans les vapeurs d’une nuit sans fin. C’est un film de 26 minutes, d’une rare sobriété, à la photographie superbe rendant parfaitement les tons clairs des hauts plateaux désertiques et froids du Tibet. Tourné au Ladakh en raison de l’impossibilité de parler des nomades tibétains avec les autorités chinoises, le réalisateur français Chris Boula a fait appel non pas à des acteurs, mais à d’anciens nomades, pour qui la terre n’appartient à personne, et qu’on a chassé dans un vaste programme d’acculturation. Dans le making-of, le père de la petite Lahmo explique qu’il a été nomade et qu’il a dû vendre ses bêtes pour soudoyer les autorités et intégrer un programme de “réinsertion”, comme si être nomade était une tare sociale. Étrangement, il semble que le sujet soit d’actualité…

Les parents de la petite Lahmo (la petite Sonam Wangmo est réellement solaire dans ce rôle) sont éleveurs de yaks et leur petite vie pauvre mais heureuse est troublée par la venue d’un milicien qui exigera qu’on envoie leur fille à la ville pour lui donner une éducation. Lahmo sera catapultée dans un monde où l’on porte l’uniforme et où l’on chante des chants prônant le combat avant l’apprentissage. En réaction à l’oppression, elle fuira pour se réfugier parmi les yaks. Le yak, animal symbolisant la fierté du nomadisme sonne comme une insulte dans la bouche des petits soldats qu’on trouve dans les écoles de la ville. L’histoire de Lahmo est inspirée d’une histoire vraie.
Enfant de yak est disponible quelques jours seulement sur le site d’Arte. Profitez-en !
Pour les curieux, on trouvera également d’autres choses de Christophe Boula sur le bouddhisme ici.
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