Jul 10, 2010 | Passerelle |
Ce matin, nous parlons de la cotte de maille pour une raison qui tient à un doute qui m’a pris tandis que, au cours de cette semaine, j’étais en train d’écrire une procédure dans laquelle je disais comment rédiger un devis avec une cote de 5%. En écrivant ceci, j’ai été pris dans un affreux tourbillon où se sont mêlés la cote, la cotte, les “quotes” sans plus savoir ce que je devais écrire. Pris de panique, je me suis rendu sur Wiktionary et j’y ai trouvé des informations tout à fait fascinantes sur un homophone de ce mot qui, sachez-le, s’écrit cote. Mais ce n’est pas ce terme issu de l’économie qui nous intéresse, mais cotte.
Le mot vient du bas latin cotta, cottus, du francique kotta issu du germanique kozzo (« manteau de laine »). Une autre piste fait venir le mot de cutis, (« peau ») ; on retrouve également les origines de ce mot dans le gaélique cot et en italien cotta. Parmi les dérivés du mot initial cotte, on trouve cotillon et surcot. On retrouve le mot cotte dans nombre d’idiomes, à commencer évidemment par le coat anglais, Kutt et Kittel en allemand, cot en catalan, cota en espagnol, cota en portugais, cote en wallon.
Le terme lui-même désigne plusieurs choses:
- (Vieilli) Jupe.
- … J’ai encore un demi-ceint, deux cottes, Une robe de serge, un chaperon, deux bas, Trois chemises de lin, six mouchoirs, deux rabats. — (Abbé Mathurin Régnier, Sat. XI.)
- (Vieilli) Jupe de paysanne, plissée par le haut à la ceinture.
- Tenez, voilà votre couronne, rendez-moi ma cotte grise. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, XIX, 5.)
- Blouse courte ou pantalon de travail porté par les ouvriers.
- (Charcuterie) Boyau de porc qui forme la saucisse.
- (Zoologie) Chabot.
On imagine sans difficultés pourquoi un goujat décida un jour de donner à la gaine de la saucisse le nom d’un vêtement féminin (je le répète : goujat !). De la même manière le point numéro 5 n’a rien à voir avec une présentatrice d’émission politique, mais est un poisson d’eau douce à la peau noire, ou éventuellement un cordage utilisé pour les échafaudages.
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Jul 9, 2010 | Histoires de gens, Sur les portulans |
Il se tient en ce moment au musée Guimet une exposition tout à fait magique sur l’art du Gandhāra, cet étrange chose qui s’est étendue dans les plaines du Pakistan et de l’Afghanistan, dans les vallées de la Swât et de la Kâboul. L’art du Gandhāra est un syncrétisme dans lequel les formes de l’hindouisme et du bouddhisme se sont développées sur des sources artistiques grecques et moyen-orientales. L’art sculptural qui en émane est un des seuls reliquats de cette civilisation qui a vu son heure de gloire au Ier siècle et qui a disparu sous la brutalité des invasions des Huns Shvetahūna .
Étrangement, celui par lequel ces influences se sont frayées un chemin jusqu’au delta du Gange est le plus grand conquérant de tous les temps, Alexandre, fils de Philippe II, roi de Macédoine et qui a parcouru le monde jusqu’aux rives du fleuve sacré. L’histoire de ce personnage mythique est maculée d’une série de légendes qui seront portées jusqu’au Moyen-Âge sous forme de récit épique et fortement romancé, dans lequel tout est fait pour magnifier l’homme qui selon la légende finit empoisonné alors qu’il périra en fait à Babylone, terrassé par la malaria.
C’est ce texte qu’a traduit et commenté Jacques Lacarrière dans la Légende d’Alexandre pour transcrire la vision que l’homme a véhiculé au travers des siècles. La réalité est moins belle ; Alexandre, malgré sa jeunesse et sa fougue, ressemblait plus à une brute avinée et orgueilleuse qu’au bellâtre conquérant des médailles et des bustes à son effigie.

L’entreprise d’Alexandre permit donc à l’hellénisme de s’implanter durablement dans ces régions et de créer une culture originale, encore peu étudiée, un riche métissage d’hellénisme, d’iranisme et d’hindouisme qui s’exprima surtout dans le domaine de l’art. Ce sont ces grecs implantés en Bactriane et en Sogdiane qui, les premiers, donnèrent un visage au Bouddha. Jusqu’alors, les Indiens ne le figuraient que par des symboles. Et ce visage serein et pur, ce visage si révélateur de ce qu’on nomme l’art gréco-indien du Gandhara est l’œuvre d’artistes grecs venus d’Alexandrie qui l’empruntèrent aux statues et au visage d’Apollon ! Les premières statues du Bouddha ne sont pas en marbre, matériau inexistant dans ces régions, mais en schiste et en stuc — mélange de chaux vive et de sable — dont la technique est originaire d’Alexandrie. Si les artistes grecs s’inspirèrent d’Apollon pour donner des traits au Bouddha, c’est qu’avec son fin sourire, ses traits sereins, sa tunique sobrement plissée, le Dieu de la Lumière proposait une sorte d’esquisse grecque de l’illumination bouddhique. Le Lumineux prêta ses traits à l’Illuminé. Où trouver symbole plus riche et plus fort de la rencontre harmonieuse de deux cultures et de deux religions ?

Le roi Darius n’écouta pas les paroles de Candarcousis. Il dépêcha Clitéus, son bien-aimé, vers Alexandre pour qu’il le voie et qu’il lui donne son avis. Il lui fit porter aussi une petite poupée en bois qu’on fait tourner avec une baguette, deux coffrets vides, deux sacs de graines et la lettre suivante :
« Darius, le roi des rois, dieu de Perse, à son enfant Alexandre, salut. Il me semble Alexandre que tu te sois fâché de ma première lettre dans laquelle je t’écrivais de me servir. Aussi je t’envoie aujourd’hui un jouet, un petite poupée en bois que l’on fait tourner avec une baguette, pour que tu joues avec. Je t’envoies aussi deux coffrets vides et deux sacs de graine. Les coffrets, remplis-les avec les impôts de trois années, et les graines contenues dans les sacs, dénombre-les si tu le peux et tu sauras combien j’ai de soldats. Je te pardonne pour cette fois, mais si tu ne veux pas te retrouver devant moi, prisonnier, veille bien à m’envoyer les impôts et les soldats qui doivent servir dans mon armée, comme ton père le faisait. »
Clitéus remit la lettre à Alexandre et se prosterna devant lui. Il lui remit aussi les coffrets, les graines et la poupée. Alexandre lut la lettre et, cependant qu’il la lisait, hocha la tête et dit : « L’insensé, l’orgueilleux Darius, tout dieu qu’il se nomme lui-même, tombera comme un simple mortel. Pour s’être élevé jusqu’au ciel, il chutera ensuite jusqu’au fond de l’Hadès. » Il brisa les coffrets, mâcha les graines, puis répondit à Darius :

« Le roi des Macédoniens, Alexandre, à Darius, roi des Perses, salut. Tu m’as fait grand honneur et grande considération en m’envoyant cette poupée comme jouet. Tu te gonfles d’orgueil et c’est pourquoi tu tomberas de très haut. C’est un bon jouet que tu m’as adressé, à ce qu’il semble, car un jour je ferai tourner l’univers comme je fais tourner cette poupée. Sache aussi que j’ai mâché les graines, qu’ensuite je les ai recrachées et qu’ainsi je réduirai en miettes ton armée, avec la volonté du Ciel et du Seigneur Sabaoth. J’ai reçu les coffrets comme un cadeau précieux à l’image des forteresses que je prendrai. Limite-toi donc au Levant et au pays des Perses et renonce, une fois pour toutes, au Ponant. »
Il remit la lettre à Clitéus et le renvoya en Perse avec un boisseau de poivre, en guise de présent pour Darius. Avant son départ, Alexandre lui dit : « Tu as vu par toi-même comment j’ai mâché les graines et comment je les ai recrachées. Que Darius compte les grains d’une cosse de ce poivre : j’ai autant de soldats. »
Clitéus retourne chez Darius.
Cette correspondance entre Alexandre et Darius est entièrement imaginaire. Ce Clitéus, « bien-aimé de Darius » était en réalité le bien-aimé et le favori d’Alexandre. Il s’agit de Kleitos, un Noir qui servit comme officier sous le règne de Philippe et commandait un escadron nommé « L’Île royale ». Il suivit Alexandre dans toutes ses campagnes et lui sauva même la vie à la bataille du Granique. Des années plus tard, au cour d’un banquet à Samarcande, Alexandre le poignarda dans un moment d’ivresse.
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Jul 7, 2010 | Sur les portulans |
Si le quartier du Sentier est connu pour son industrie plus ou moins maffieuse du textile en gros et ses histoires de blanchiment d’argent, l’origine de son nom est beaucoup moins connue. La quartier a de fait pris le nom d’une rue autrefois importante portant le même nom et retrouver le pourquoi de cette appellation est plutôt hasardeux. On en retrouve une trace plausible en 1875 dans l’Histoire de Paris rue par rue, maison par maison de Charles Lefeuve.
Origine du nom : cette voie, dite aussi rue du Chantier, doit son nom, soit au sentier primitif sur lequel elle a été alignée, soit à quelque ancien chantier. Précédemment, rue du Gros Chenet, entre les rues Réaumur et des Jeûneurs, et rue du Sentier, entre la rue des Jeûneurs et le boulevard Poissonnière. La rue du Sentier avait précédemment porté les noms de rue du Chantier, rue du Centier, rue Centière. Elle est indiquée, ainsi que la rue du Gros Chenet, sur le plan de Gomboust (1652).

Le Sentier prend donc son nom d’une seule rue et se trouve plus ou moins encadré par la rue du Sentier à l’ouest, la rue Réaumur au sud, le boulevard de Sébastopol à l’est et le boulevard Poissonnière à l’est. C’est à peu près dans ce cadre que j’ai évolué pendant quatre jours tandis que j’étais en formation rue de Cléry et j’ai mis à profit les deux heures dont je bénéficiais le midi pour sillonner le quartier et me remplir de tous ces paysages que je ne connaissais pas, et pour découvrir ce qui était très exactement l’ancien quartier de la Cour des Miracles. Retour en novembre 2009. (more…)
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Jul 6, 2010 | Arts, Livres et carnets |

Passionné de botanique, Pierre-Joseph Redouté (mort en 1840) est un peintre wallon qui a passé sa vie à illustrer les ouvrages de ses contemporains de ses plus belles œuvres. Ses aquarelles sont d’une finesse toute particulière. Grâce à elles, on lui donnera le surnom de “Raphaël des fleurs”.
On trouve à présent sur le site du Service Commun de la Documentation de l’Université de Strasbourg, ainsi que sur Gallica, des œuvres numérisées contenant ses plus belles représentations, parmi lesquelles les roses et les liliacées, sur Wikipedia.


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Jul 3, 2010 | Passerelle |
J’ai appris aujourd’hui que le premier autocuiseur a été inventé par Denis Papin, spécialiste de la vapeur devant l’Eternel, en 1679 tandis qu’il travaillait sur les propriétés de la vapeur et de la pression atmosphérique. Le premier autocuiseur portait le doux nom prosaïque de « digesteur », et ce qu’on appelle aujourd’hui Cocotte minute® est en fait un nom déposé en 1953 par les frères Lescure, propriétaires du groupe SEB (Société d’emboutissage de Bourgogne)(1).
Pendant ce temps, mon fils est en train de m’interroger en me demandant quels sont les deux types de volcans monogéniques. Pfff.

Notes:
1- On se dit quand-même que parfois, certaines personnes ont du flair en rebaptisant leur entreprise.
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