Feb 10, 2013 | Arts, Livres et carnets |
Cette page est extraite d’un livre nommé Liber agregà de Serapion, composé au XIVème siècle à la demande d’un petit comte, le Comte Carraresi (Francesco Novello da Carrara). Le livre lui-même est un herbier officinal composé par un médecin venu d’Orient au IXème siècle, Yahya ibn Sarafyun (Yuhanna ibn Sarabiyun, Jean fils de Sérapion), un chrétien de culture syriaque. La particularité de ce texte est d’avoir été traduit dans la langue vernaculaire vénitienne depuis le latin, ce qui constitue une rareté pour un ouvrage enluminé du XIVème siècle ; de plus il témoigne des échanges culturels entre Padoue et Venise, mais en plus de la circulation des écrits entre le monde oriental et le monde occidental. Celui qui illustra les pages de ce traité d’herboristerie, un Maître padouan, était un fin connaisseur de son sujet et pas un simple exécutant ; la preuve en est, ce superbe liseron des haies (Calystegia sepium), presque plus vrai que nature.

Le manuscrit est conservé à la British Library, sous le nom Egerton 2020 et disponible à la consultation en partie.
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Feb 9, 2013 | Carnets de route (Osmanlı lale), Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Turquie) |
Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 29 juillet) : Kabataş et Beşiktaş par le Bosphore
Bulletin météo de la journée (lundi) :
- 10h00 : 37.5°C / humidité : 69% / vent 17 km/h
- 14h00 : 37.0°C / humidité : 39% / vent 17 km/h
- 22h00 : 34.9°C / humidité : 68% / vent 15 km/h
Je me lève tôt ce matin et je déjeune en vitesse. Je dois vite rejoindre Eminönü car j’ai décidé de prendre le bateau pour aller jusqu’à la Mer Noire (Karadeniz). Cette mer a une histoire compliquée et encore aujourd’hui sujette à discussion, mais surtout, c’est une mer ancienne, qui porte en elle une histoire longue à tel point qu’on l’appelle encore parfois la mer des Scythes (Skythikos Pontos ou encore Pontos Euxeinos, mer accueillante, traduit en français par Pont-Euxin). La raison pour laquelle on lui a adjoint le qualificatif noir, c’est une question de culture anatolienne (l’Anatolie compose la majeure partie de l’actuelle Turquie asiatique) ; les quatre points cardinaux sont représentés par des couleurs.
- Kara, le « noir » désigne le nord,
- Ak, le « blanc » désigne le sud,
- Kızıl, le « rouge » désigne l’ouest,
- Yeşil, le « vert » ou Sarı, le « jaune » désignent l’est. (source Wikipedia)

C’est la raison pour laquelle la mer se trouvant au nord de la Turquie a pris l’épithète « noir », celle du sud ayant pris le « blanc ». La Mer Méditerranée se dit donc Akdeniz. (more…)
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Feb 7, 2013 | Carnets de route (Osmanlı lale), Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Turquie) |
Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 28 juillet) : La Süleymaniye et Üsküdar
Bulletin météo de la journée (dimanche) :
- 10h00 : 36.5°C / humidité : 46% / vent 22 km/h
- 14h00 : 37.8°C / humidité : 48% / vent 22 km/h
- 22h00 : 34.8°C / humidité : 78% / vent 15 km/h
Le réveil est difficile, je fais tout pour ne pas me rendormir de peur de dépasser l’heure du petit déjeuner. Je me suis couché trop tard la veille et ce matin j’ai l’impression de ne pas être suffisamment reposé. Mes pieds et mes mollets me font souffrir à cause de ces maudites rues en pente, mais il faut repartir.

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Feb 2, 2013 | Carnets de route (Osmanlı lale) |
Juste une petite coque de noix qui vogue au gré des flots sur le Bosphore, malmené par l’onde créée par les plus gros que lui… Une des photos que je préfère parmi toutes celles que j’ai prises, pour ce qu’elle exprime, pour sa lumière, pour sa tangibilité.

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Jan 28, 2013 | Livres et carnets |

Photo © Frank Wuestefeld
Moi, Marianne, je voulais la voir morte. Je voulais qu’elle meure, ou que quelqu’un ou quelque chose la tue parce que je n’avais ni le courage ni la force de le faire. Je voulais que disparaisse cette femme qui frappait maman au point de l’étendre par terre, la bouche en sang. C’est ce que je voulais, jusqu’au jour ou cela arriva vraiment.
Marianne me frappait aussi, mais ce qui me faisait vraiment mal, la raison pour laquelle je voulais la voir morte, c’était le sang de maman. Je rêve souvent que j’échappe à Marianne, que je cours à travers la maison, fuyant cette femme qui en un instant et pour n’importe quoi explose et se jette sur moi. Je m’échappe comme je peux, ou j’essaie de le faire parce qu’elle est beaucoup plus grande et forte que moi ; en me poursuivant, elle renverse tout, les chaises, un portemanteau, la tablette du téléphone, des objets qui parfois la font trébucher, ce qui me laisse un répit et apaise, ne serait-ce qu’un instant, mon angoisse et ma tension. Je cours, poursuivi par ce vacarme de choses qui tombent, avec Marianne sur les talons, haletant et soufflant comme un animal, faisant de grands gestes pour m’attraper par le cou ou les cheveux. je cours comme quelqu’un qui cherche à échapper à une énorme vague. Plus que d’un rêve récurrent, il s’agit d’un souvenir incessant, de la reproduction continuelle de ce qui se passait vraiment. « Ce qui me faisait vraiment mal », « jusqu’au jour où cela arriva vraiment » : je ne sais pas s’il est bon qu’à la première page d’un roman apparaisse si souvent le mot « vraiment ».
Ainsi commence le roman de Jordi Soler que j’ai lu en très peu de temps, ce qui a failli ne pas arriver du tout si seulement j’avais su avant de l’acheter que le titre de son livre est en réalité le titre d’une chanson de Benjamin Biolay, que j’exècre « vraiment ». L’écriture de Jordi Soler est très puissante, ne se base quasiment sur aucun dialogue, un pur récit racontant l’enfance dans la forêt humide d’une plantation mexicaine, avec les siens, des Espagnols exilés par le franquisme, des Catalans loin de chez eux et parmi des Indiens qui leur rendent bien des siècles d’oppression. Dans ce monde d’adultes impitoyables, le jeune homme confesse ses craintes, ses fautes, mais plus que tout sa sensation de n’être né nulle part, lui qui a vécu dans un lieu qu’il revisite plus tard et dont la décrépitude n’est que l’affirmation définitive que tout ceci tient à peu de choses… L’écriture est robuste, serrée, des phrases longues et alanguies, non dépourvues d’humour et foncièrement lucides.
Jordi Soler, La dernière heure du dernier jour
10/18, traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu
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