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Frag­ments de pein­tures véni­tiennes (2) : Maître padouan, Liber Agregà de Séra­pion (Eger­ton 2020)

Cette page est extraite d’un livre nom­mé Liber agregà de Sera­pion, com­po­sé au XIVème siècle à la demande d’un petit comte, le Comte Car­ra­re­si (Fran­ces­co Novel­lo da Car­ra­ra).  Le livre lui-même est un her­bier offi­ci­nal com­po­sé par un méde­cin venu d’O­rient au IXème siècle, Yahya ibn Sara­fyun (Yuhan­na ibn Sara­biyun, Jean fils de Séra­pion), un chré­tien de culture syriaque. La par­ti­cu­la­ri­té de ce texte est d’a­voir été tra­duit dans la langue ver­na­cu­laire véni­tienne depuis le latin, ce qui consti­tue une rare­té pour un ouvrage enlu­mi­né du XIVème siècle ; de plus il témoigne des échanges cultu­rels entre Padoue et Venise, mais en plus de la cir­cu­la­tion des écrits entre le monde orien­tal et le monde occi­den­tal. Celui qui illus­tra les pages de ce trai­té d’her­bo­ris­te­rie, un Maître padouan, était un fin connais­seur de son sujet et pas un simple exé­cu­tant ; la preuve en est, ce superbe lise­ron des haies (Calys­te­gia sepium), presque plus vrai que nature.

Maître padouan, Liber Agrega de Sérapion, Londres, British Library

Le manus­crit est conser­vé à la Bri­tish Libra­ry, sous le nom Eger­ton 2020 et dis­po­nible à la consul­ta­tion en partie.

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Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 30 juillet) : Ana­do­lu Kavaği et Rüs­tem Paşa Camii

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 30 juillet) : Ana­do­lu Kavaği et Rüs­tem Paşa Camii

Épi­sode pré­cé­dent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 29 juillet) : Kaba­taş et Beşik­taş par le Bosphore

Bul­le­tin météo de la jour­née (lun­di) :

  • 10h00 : 37.5°C / humi­di­té : 69% / vent 17 km/h
  • 14h00 : 37.0°C / humi­di­té : 39% / vent 17 km/h
  • 22h00 : 34.9°C / humi­di­té : 68% / vent 15 km/h

Je me lève tôt ce matin et je déjeune en vitesse. Je dois vite rejoindre Eminönü car j’ai déci­dé de prendre le bateau pour aller jus­qu’à la Mer Noire (Kara­de­niz). Cette mer a une his­toire com­pli­quée et encore aujourd’­hui sujette à dis­cus­sion, mais sur­tout, c’est une mer ancienne, qui porte en elle une his­toire longue à tel point qu’on l’ap­pelle encore par­fois la mer des Scythes (Sky­thi­kos Pon­tos ou encore Pon­tos Euxei­nos, mer accueillante, tra­duit en fran­çais par Pont-Euxin). La rai­son pour laquelle on lui a adjoint le qua­li­fi­ca­tif noir, c’est  une ques­tion de culture ana­to­lienne (l’A­na­to­lie com­pose la majeure par­tie de l’ac­tuelle Tur­quie asia­tique) ; les quatre points car­di­naux sont repré­sen­tés par des couleurs.

  • Kara, le « noir » désigne le nord,
  • Ak, le « blanc » désigne le sud,
  • Kızıl, le « rouge » désigne l’ouest,
  • Yeşil, le « vert » ou Sarı, le « jaune » dési­gnent l’est. (source Wiki­pe­dia)

Turquie - jour 4 - Istanbul - 04 - Sur le Bosphore

C’est la rai­son pour laquelle la mer se trou­vant au nord de la Tur­quie a pris l’é­pi­thète « noir », celle du sud ayant pris le « blanc ». La Mer Médi­ter­ra­née se dit donc Akde­niz. (more…)

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Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 29 juillet) : Kaba­taş et Beşik­taş par le Bosphore

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 29 juillet) : Kaba­taş et Beşik­taş par le Bosphore

Épi­sode pré­cé­dent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 28 juillet) : La Süley­ma­niye et Üsküdar

Bul­le­tin météo de la jour­née (dimanche) :

  • 10h00 : 36.5°C / humi­di­té : 46% / vent 22 km/h
  • 14h00 : 37.8°C / humi­di­té : 48% / vent 22 km/h
  • 22h00 : 34.8°C / humi­di­té : 78% / vent 15 km/h

Le réveil est dif­fi­cile, je fais tout pour ne pas me ren­dor­mir de peur de dépas­ser l’heure du petit déjeu­ner. Je me suis cou­ché trop tard la veille et ce matin j’ai l’im­pres­sion de ne pas être suf­fi­sam­ment repo­sé. Mes pieds et mes mol­lets me font souf­frir à cause de ces mau­dites rues en pente, mais il faut repartir.

Turquie - jour 3 - Istanbul - 06 - Karababa Türbesi Sokak

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La der­nière heure du der­nier jour, Jor­di Soler

Good Morning!

Pho­to © Frank Wues­te­feld

Moi, Marianne, je vou­lais la voir morte. Je vou­lais qu’elle meure, ou que quel­qu’un ou quelque chose la tue parce que je n’a­vais ni le cou­rage ni la force de le faire. Je vou­lais que dis­pa­raisse cette femme qui frap­pait maman au point de l’é­tendre par terre, la bouche en sang. C’est ce que je vou­lais, jus­qu’au jour ou cela arri­va vraiment.
Marianne me frap­pait aus­si, mais ce qui me fai­sait vrai­ment mal, la rai­son pour laquelle je vou­lais la voir morte, c’é­tait le sang de maman. Je rêve sou­vent que j’é­chappe à Marianne, que je cours à tra­vers la mai­son, fuyant cette femme qui en un ins­tant et pour n’im­porte quoi explose et se jette sur moi. Je m’é­chappe comme je peux, ou j’es­saie de le faire parce qu’elle est beau­coup plus grande et forte que moi ; en me pour­sui­vant, elle ren­verse tout, les chaises, un por­te­man­teau, la tablette du télé­phone, des objets qui par­fois la font tré­bu­cher, ce qui me laisse un répit et apaise, ne serait-ce qu’un ins­tant, mon angoisse et ma ten­sion. Je cours, pour­sui­vi par ce vacarme de choses qui tombent, avec Marianne sur les talons, hale­tant et souf­flant comme un ani­mal, fai­sant de grands gestes pour m’at­tra­per par le cou ou les che­veux. je cours comme  quel­qu’un qui cherche à échap­per à une énorme vague. Plus que d’un rêve récur­rent, il s’a­git d’un sou­ve­nir inces­sant, de la repro­duc­tion conti­nuelle de ce qui se pas­sait vrai­ment. « Ce qui me fai­sait vrai­ment mal », « jus­qu’au jour où cela arri­va vrai­ment » : je ne sais pas s’il est bon qu’à la pre­mière page d’un roman appa­raisse si sou­vent le mot « vraiment ».

Ain­si com­mence le roman de Jor­di Soler que j’ai lu en très peu de temps, ce qui a failli ne pas arri­ver du tout si seule­ment j’a­vais su avant de l’a­che­ter que le titre de son livre est en réa­li­té le titre d’une chan­son de Ben­ja­min Bio­lay, que j’exècre « vrai­ment ». L’é­cri­ture de Jor­di Soler est très puis­sante, ne se base qua­si­ment sur aucun dia­logue, un pur récit racon­tant l’en­fance dans la forêt humide d’une plan­ta­tion mexi­caine, avec les siens, des Espa­gnols exi­lés par le fran­quisme, des Cata­lans loin de chez eux et par­mi des Indiens qui leur rendent bien des siècles d’op­pres­sion. Dans ce monde d’a­dultes impi­toyables, le jeune homme confesse ses craintes, ses fautes, mais plus que tout sa sen­sa­tion de n’être né nulle part, lui qui a vécu dans un lieu qu’il revi­site plus tard et dont la décré­pi­tude n’est que l’af­fir­ma­tion défi­ni­tive que tout ceci tient à peu de choses… L’é­cri­ture est robuste, ser­rée, des phrases longues et alan­guies, non dépour­vues d’hu­mour et fon­ciè­re­ment lucides.

Jor­di Soler, La der­nière heure du der­nier jour
10/18, tra­duit de l’es­pa­gnol par Jean-Marie Saint-Lu

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