Les nouveaux arbres de Robert Voit

Les new trees de Robert Voit est un projet qui a été récompensé par le Lead Award et l’ADC Award en 2006 et que l’on peut assimiler au genre de travaux qu’ont mené pendant toute leur les époux Bernd et Hilla Becher sur les monuments urbains. Pourtant, à y regarder de plus près, on se rend compte que ce ne sont pas de vrais arbres. Totalement intégrés dans le paysage urbain, ces vénérables arbres sont en réalité des relais téléphoniques qui ont le mérite de masquer la laideur de ces taches urbaines. Le photographe, lui, dénonce par ce moyen la lâcheté des pouvoirs publics qui tentent de masquer et de rendre inoffensive la dangerosité de ce genre d’installation.

La réalité colorée de Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii

Chimiste de formation, Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii a œuvré en mettant au service de cette nouvelle forme d’art qu’est la photographie naissante ses connaissances et le développement de la recherche dans ce secteur. Il fait partie de ces hommes qui songent à mettre eux-mêmes en pratique leur science au cœur d’un art et Prokudin-Gorskii a été un photographe formidable en se rendant sur le terrain pour tester et tester encore les prémices de la photographie en couleur. L’autochrome, ancêtre de la photographie en couleur était obtenu par combinaison de plaques filtrant chacune des couches séparées et additives de lumière. Inventé par les frères Lumière, le procédé a été largement amélioré par le chimiste russe. Ses clichés, témoins d’une époque et de la diversité d’un territoire gigantesque qu’il put traverser avec la bénédiction de l’empereur qui lui fit affréter un train et un bateau à vapeur, sont d’une qualité parfois un peu médiocre mais témoignent de début hésitants. D’autre clichés sont de véritables joyaux, témoins colorés d’une autre époque donnant l’impression que tout ceci n’était qu’hier… comme ce portrait d’Alim Khan, émir de Boukhara ou ces paysannes qui posent pour le photographe.

Peasant girls, 1909

The railroad bridge over the river Shuya, 1915

Sur ce site, presque 2000 photos de Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii

Autochromes du musée Albert Kahn

L’année dernière, avec mon fils et ma grand-mère, nous sommes allés visiter le musée Albert Kahn, ou plutôt les superbes jardins du musée, car si l’intérêt de cette résidence située en bord de seine à Boulogne-Billancourt réside principalement dans les jardins agencés par le banquier alsacien, c’est aussi une des plus grandes collections d’autochromes avec plus de 72 000 pièces conservées dans cette institution. La librairie du musée permet d’acheter des tirages d’art de ces petits bijoux qui font des photographes de l’époque de véritables artistes qui ont su donner ses lettres de noblesse à cet art jeune qu’est la photographie, des tirages en couleurs, absolument émouvants de par leur âge et leur précision.

Vieille maison,
Le Caire, 1914,
Auguste Léon, inv. A 3 067

Porte de la tour du Jasmin au fort Rouge,
Agra, Inde, 1913,
Stéphane Passet, inv. A 4 235

Fayz Bey el-Azm, un compagnon de l’émir Fayçal,
Quweira, mars 1918,
Paul Castelnau, inv. A 15 506

Prêtre en tenue d’officiant dans le temple jaïn de Hathi Singh,
Ahmedabad, Inde, 20 décembre 1913,
Stéphane Passet, inv. A 4 177

Camera obscura

J’ai parlé hier de Sebastian Schutyser et de ses photos prises à la chambre noire. La chambre noire ou camera obscura est l’appareil photo du pauvre, simplement fabriquée avec une boîte percée d’un trou d’aiguille (pinhole). Elle permet de faire de photos sans objectif, en deux dimensions et très proches de la vision humaine réelle. Ces « sténopés » nécessitent des temps de poses longs puisque le diaphragme est pour le coup très petit. Afin de découvrir ces petites merveilles de simplicité, je vous invite à vous rendre sur © l’œil en boite (Delphine Lancelle) ainsi que les 197 superbes photos de Effixe, et un peu plus loin quelques exemples sortis de la sténocaméra de Thierry Gonidec.