Arvo Pärt : Festina lente (1988)

Voici une composition musicale pour orchestre à cordes et harpe de la part d’un compositeur estonien que j’aime beaucoup : Arvo Pärt. Pärt est un monsieur dont j’avais déjà parlé en 2010 et pour lequel je ressens une grande affection de par son histoire, de par sa sensibilité musicale et peut-être un peu aussi parce qu’il fait partie de ces gens qui ont le goût du sacré si chevillé au corps qu’ils savent en tirer les œuvres les plus pures, les plus désintéressées, les plus sensibles qui soient. Comme je le disais dans l’autre billet, Pärt est inspiré par la musique minimaliste et arrive à trouver un compromis avec la religion dans une forme de mysticisme dépouillé.
Festina lente est une œuvre datant de 1988, durant 5 minutes et 45 secondes, utilisant des techniques musicales issues du Moyen-âge, composée avec très peu de notes, créant ainsi un ensemble exprimant tout une palette d’émotions dramatiques (passion, amour, désir, etc.). A écouter avec ce beau jour lumineux qui arrive ce matin.

[audio:festinalente.xol]

Un artiste de la lumière méconnu: Arkhip Ivanovich Kuindzhi

Portrait d'Arkhip Ivanovich Kuindzhi par Ivan Nikolaïevitch Kramskoï - 1870

Portrait d’Arkhip Ivanovich Kuindzhi par Ivan Nikolaïevitch Kramskoï – 1870

Arkhip Ivanovich Kuindzhi est né pauvre en 1841 dans la campagne ukrainienne, à Marioupol, dans une famille d’origine grecque-pontine, c’est-à-dire originaire des bords de la Mer Noire. Il acquit une notoriété croissante dans les années 1880 et se refusa à exposer publiquement à partir de 1882. Il finit sa vie dans la bourgeoisie de Saint-Petersbourg où il professait à l’Académie Impériale des Beaux Arts.
Sa peinture paysagiste est colorée et riche, montrant une véritable maîtrise de la lumière exprimant les heures les plus belles du jour mais aussi de la nuit, les ambiances naturelles les plus incroyables, dans une sorte de jouissance picturale réellement exaltée. Ses études de l’Elbrouz ou de ses paysages enneigées sont des véritables tours de force de la peinture. Ses nuages, ses paysages marins et ses compositions parfois dépouillées à l’extrême sont à l’opposé de la peinture romantique et tourmentée d’un Caspar David Friedrich ; les paysages de clair de lune et nocturnes sont de toute beauté et respirent la quiétude. Tout dans sa peinture est un hymne au silence et à la tranquillité de la nature.
Ci-dessous, une galerie de 87 de ses plus belles peintures. (more…)

Poèmes wagnériens: Wesendonck-Lieder

Karl Ferdinand Sohn - Portrait de Mathilde Wesendonck - 1850 - StadtMuseum Bonn

Karl Ferdinand Sohn – Portrait de Mathilde Wesendonck – 1850 – StadtMuseum Bonn

Richard Wagner écrivit cinq poèmes musicaux nommés Wesendonck-Lieder, du nom de Mathilde Wesendonck, poétesse qui fut certainement à l’origine aussi bien de La Walkyrie que de Tristan et Isolde. C’est la seule fois que Wagner daigna laisser une autre personne que lui écrire le texte de ses musiques, laissant une grande part de liberté à la femme d’un de ses mécènes afin de pouvoir la voir régulièrement.
Parmi ces cinq poèmes qui composent les Lieder, deux sont des études directement liées à l’opéra Tristan et Isolde : Im Treibhaus (Dans la serre) et Träume (Rêves).
Ici à l’écoute, un titre que j’aime beaucoup pour son intensité dramatique, Im Treibhaus, sur un album datant de 1950, Five Wesendonck songs, dirigé par Leopold Stokowski, Eileen Farrell (soprano) au chant.

[audio:Im_Treibhaus.xol]

Istanbul, 1968

Deux clichés permettant de respirer l’air d’un temps qui n’est (presque) plus… (more…)

Portraits de sultans vénitiens

Exécutés par un peintre anonyme de Vérone un peu avant 1580, ces représentations des sultans ottomans de l’époque de la Renaissance ont été réalisées à la demande du Grand Vizir Sokollu Mehmet Paşa et sont exposées à Venise. On sait que l’auteur, depuis son atelier italien, peignit les portraits des sultans sans même avoir mis le pied à Istanbul…

Canaletto – L’intérieur de la basilique Saint-Marc le Vendredi Saint – 1730

Ce tout petit tableau (33 x 22,5 cm) de Canaletto est exposé actuellement au Musée Jacquemart-André pour l’exposition Canaletto-Guardi. Il fait partie d’un petit lot de peintures exceptionnellement prêté par la Couronne du Royaume-Uni puisqu’il fait partie des collections personnelles de la Reine d’Angleterre. Il n’y aura peut-être pas dans cette vie d’autre opportunité de le voir exposé. Cette vue (veduta) est rare à plus d’un titre puisqu’on le sait, Canaletto avait pour sujet de prédilections ces vues de Venise que lui commandaient les riches visiteurs de Venise. Cette scène d’intérieur est donc une quasi exception. D’autre part, il est à noter que la scène se déroule lors d’une cérémonie religieuse, ce qui n’est pas le fond de commerce du peintre, et en l’occurrence, c’est la célébration du Vendredi Saint. Ce qui nous permet de savoir cela, c’est la présence sous le baldaquin visible dans le fond, d’un sarcophage reliquaire représentant le saint Sépulcre que l’on sort de son tabernacle le jeudi saint à la veille de Pâques.

Dans cette perspective exagérée qui permet de voir la basilique dans son ensemble, comme au travers d’un objectif grand-angle, on peut comprendre que le peintre a souhaité exprimer l’impression de grandeur donnée par l’espace du bâtiment religieux. On voit aussi qu’il a volontairement souhaité rendre la chaleur des lieux et de la lumière venant de chandelles en masquant ce qui fait principalement l’intérêt du lieu ; les mosaïques. Celles-ci sont à peine visibles, mais en revanche, la lueur des bougies se réverbérant sur la croix et le fil de l’encensoir créent une sensation de proximité et d’intimité, exacerbée par la lumière se réfléchissant sur la moitié supérieure des corps des fidèles.

De ce qui doit être une cérémonie pleine de ferveur se dégage au final une étrange ambiance silencieuse, solennelle, chaleureuse…