Exposition au Louvre: Chypre, entre Byzance et l’Occident

Saint Mammès chevauchant le lion. Icône, Paphos, Musée byzantin © Paphos, Musée byzantin Une autre exposition pour laquelle il ne reste plus beaucoup de temps et qui exhibe quelques objets significatifs d’une longue période allant du IVème au XVIème siècle, d’une histoire religieuse de l’île qui a longtemps vécu sous influence, notamment sous le règne des Lusignan.
Construite chronologiquement à partir des premiers temps de la chrétienté, lorsque l’Empire Romain d’Orient est encore aux rênes de ce qu’on appelle l’Empire Byzantin jusqu’à la conquête de l’île par la marine ottomane, on perçoit au travers de cette exposition les différents mouvements d’une histoire politique tourmentée, successivement colonisée par toutes les puissances en présence sur le pourtour méditerranéen (Arabes, Croisés, Vénitiens, Turcs…), mais surtout que Chypre a été le foyer, et cela aussi en raison de son statut insulaire, d’une grande spiritualité, tiraillée entre ses origines orthodoxes et catholiques tout au long des trois siècles pendant lesquels les Lusignan feront de Chypre leur jardin privé. Cette spiritualité s’accompagne d’une longue tradition architecturale et de création artistique influencée par les habitants successifs de l’île.
De très belles icônes rescapées de l’époque iconoclaste conservent encore des couleurs d’une puissance sans égale. On pourra ainsi s’extasier devant une icône haute de plus d’un mètre relatant les épisodes de la vie de Saint-Nicolas (provenant de Saint-Nicolas-du-Toit, exposée d’ordinaire au musée byzantin de Nicosie)

 

Ce sera également l’occasion de voir un très beau livre qui ne sort que rarement de la BNF, le Theatrum orbis terrarum d’Abraham Ortelius, ainsi que le très énigmatique Codex Magius. (more…)

Les dernières années de Raphaël au Louvre

Les dernières années de Raphaël au Louvre

Raphaël (Raffaello Sanzio) - La donna velata (détail) - La dame voilée (1516 - 82cm x 61cm)

Pour quelques jours encore, Raphaël est au Louvre, le Raphaël des dernières années. Finalement, c’est un Raphaël d’atelier plus qu’un Raphaël intimiste, en partie parce que le peintre connaît un succès d’estime incomparable et qu’il doit honorer nombre de ses commandes, mais tout est là, la composition, le traitement de la lumière, l’audace des postures… Les plus grands représentants de son atelier sont en bonne place ; on verra ainsi Giulio Romano (Giulio di Pietro de’ Gianuzzi), l’ami cher et Giovan Francesco Penni, le disciple, avec des œuvres hautement significatives. (more…)

Les couleurs du ciel – Peintures des églises de Paris au XVIIe siècle – Musée Carnavalet

Voici une exposition qui mérite le détour, Les Couleurs du Ciel, si toutefois vous êtes déjà allés voir Raphaël au Louvre (ce qui n’est pas encore mon cas), Canaletto et Guardi (Musée Jacquemart-André), et Canaletto (Musée Maillol) et que je ne serai pas allé voir si mon attaché de presse officiel ne m’avait pas fait de grands signes en me disant qu’il ne fallait pas manquer ça. Effectivement, cette exposition qui se niche au creux du petit musée Carnavalet (je tiens à dire que l’agent de sécurité est particulièrement aimable et souriant) montre une centaine de tableaux exposés d’ordinaire dans des églises et dessins préparatoires qui pour une fois se retrouvent regroupées sous les lumières (parfois un peu mal ajustées sur certaines toiles dont le vernis est un peu brillant, mais ça passe) d’un musée.

Claude Vignon - L'adoration des mages (1625)

Claude Vignon – L’adoration des mages (1625)
Paris, église de Saint-Gervais-saint-Protais
Photo © Coarc

Si l’on peut se montrer parfois un peu circonspect quant à la réelle beauté de certaines églises parisiennes datant précisément de cette époque et dont l’architecture aussi bien intérieure qu’extérieure est parfois un peu massive, un peu lourde (je pense notamment à Saint-Nicolas du Chardonnet, ou Saint-Roch) on y trouve des petits trésors qu’on ne pense pas forcément à regarder, le regard était généralement plus attiré par les ors des autels, les colonnes effilées, un plafond peint à fresque ou des orgues majestueuses que par ce qui se cache dans les niches souvent obscures ou les chapelles absidiales.

Charles Poerson - Annonciation (1651-2)

Charles Poerson – Annonciation (1651-52)
Paris, Cathédrale Notre-Dame

Ce que vous avez ici vous réconciliera avec la peinture d’église et vous incitera certainement à plus regarder cette iconographie, forcément très religieuse, qui sont généralement des peintures prévues pour occuper l’espace qui leur est dédié. Les sujets racontent des histoires de catéchisme de l’Ancien Testament comme du Nouveau (j’ai rarement vu Abraham et Melchisédech autant de fois dans un seul endroit). Les peintres représentés ici sont ceux qui précisément ont marqué une époque de la peinture française, à une période précise où celle-ci progresse à vive allure, propulsée par la connaissance de certains d’entre eux de la peinture italienne. On retrouvera ainsi Charles Le Brun, Noël Coypel, Philippe et Jean-Baptiste de Champaigne, Claude Vignon et bien sûr Simon Vouet, mais bien d’autres aussi qu’on a un peu moins l’habitude de voir et dont les travaux sont tout à fait dignes d’intérêt, comme Charles Poerson et d’autres.
Parmi les œuvres qui ont le plus attiré mon attention :

  • Claude Vignon, L’adoration des mages (1625). Paris, église de Saint-Gervais-saint-Protais.
  • Simon Vouet, Quatre saints adorant le nom de Dieu: Saint Pierre, Saint Jérôme, Saint Merri et Saint Frodulphe (1645). Paris, église de Saint-Merri.
  • Nicolas Poussin, Saint Denis l’Aréopagite couronné par un ange (1620-1621). Paris, église Saint-Germain-l’Auxerrois.
  • Charles Le Brun, La flagellation. Paris, église Saint-Bernard-de-la-Chapelle. Un tableau terrible où l’on voit les yeux du Christ révulsés de douleur.
  • Charles Poerson, L’annonciation (1651-52). Anciennement dans la cathédrale Notre-Dame, aujourd’hui au musée des Beaux-Arts d’Arras.

Une exposition rare et incontournable qui se poursuit jusqu’au 24 février 2013.
Pour en savoir plus, le catalogue de l’exposition : Sous la direction de Guillaume Kazerouni, Les couleurs du ciel. Peintures des églises de Paris au XVIIe siècle, 2012, Paris Musées, 375 p., 49 €.

Un artiste de la lumière méconnu: Nikolay Nikanorovich Dubovskoy

Nikolay Nikanorovich Dubovskoy - portrait photographiqueA l’heure où les gelées reviennent, où la lumière a du mal à percer la couche laiteuse des nuages voilant un soleil qui peine à monter dans le ciel,
voici un autre artiste de la lumière originaire de Saint-Pétersbourg.
Nikolay Nikanorovich Dubovskoy est un peintre paysagiste remarquable, exploitant la lumière naturelle des paysages qu’il peint pour en faire une peinture feutrée, haute en couleurs évocatrices, s’attachant à restituer ces ambiances extrêmes que la nature s’amuse à engendrer. Très peu de scènes de genre chez lui, et clairement dans sa carrière se dessinent deux périodes. La première, très lisse, très lumineuse et la seconde, avec un parti pris beaucoup plus pictural, plus granuleux, pour une peinture plus sensible, mais aussi peut-être un peu moins grandiose. La peinture qui le rendra célèbre s’appelle un havre de paix et date de 1890 ; c’est une très belle toile dont la belle lumière blanche d’un nuage se reflète dans une eau argentée.
Assurément un nom qui compte dans la peinture de paysage, un artiste à découvrir avec ces seize toiles très belles toiles. (more…)

Arvo Pärt : Festina lente (1988)

Voici une composition musicale pour orchestre à cordes et harpe de la part d’un compositeur estonien que j’aime beaucoup : Arvo Pärt. Pärt est un monsieur dont j’avais déjà parlé en 2010 et pour lequel je ressens une grande affection de par son histoire, de par sa sensibilité musicale et peut-être un peu aussi parce qu’il fait partie de ces gens qui ont le goût du sacré si chevillé au corps qu’ils savent en tirer les œuvres les plus pures, les plus désintéressées, les plus sensibles qui soient. Comme je le disais dans l’autre billet, Pärt est inspiré par la musique minimaliste et arrive à trouver un compromis avec la religion dans une forme de mysticisme dépouillé.
Festina lente est une œuvre datant de 1988, durant 5 minutes et 45 secondes, utilisant des techniques musicales issues du Moyen-âge, composée avec très peu de notes, créant ainsi un ensemble exprimant tout une palette d’émotions dramatiques (passion, amour, désir, etc.). A écouter avec ce beau jour lumineux qui arrive ce matin.

[audio:festinalente.xol]

Un artiste de la lumière méconnu: Arkhip Ivanovich Kuindzhi

Portrait d'Arkhip Ivanovich Kuindzhi par Ivan Nikolaïevitch Kramskoï - 1870

Portrait d’Arkhip Ivanovich Kuindzhi par Ivan Nikolaïevitch Kramskoï – 1870

Arkhip Ivanovich Kuindzhi est né pauvre en 1841 dans la campagne ukrainienne, à Marioupol, dans une famille d’origine grecque-pontine, c’est-à-dire originaire des bords de la Mer Noire. Il acquit une notoriété croissante dans les années 1880 et se refusa à exposer publiquement à partir de 1882. Il finit sa vie dans la bourgeoisie de Saint-Petersbourg où il professait à l’Académie Impériale des Beaux Arts.
Sa peinture paysagiste est colorée et riche, montrant une véritable maîtrise de la lumière exprimant les heures les plus belles du jour mais aussi de la nuit, les ambiances naturelles les plus incroyables, dans une sorte de jouissance picturale réellement exaltée. Ses études de l’Elbrouz ou de ses paysages enneigées sont des véritables tours de force de la peinture. Ses nuages, ses paysages marins et ses compositions parfois dépouillées à l’extrême sont à l’opposé de la peinture romantique et tourmentée d’un Caspar David Friedrich ; les paysages de clair de lune et nocturnes sont de toute beauté et respirent la quiétude. Tout dans sa peinture est un hymne au silence et à la tranquillité de la nature.
Ci-dessous, une galerie de 87 de ses plus belles peintures. (more…)