Le lendemain, tout a basculé. Lars s’est réveillé avec le bruit. Des cris, des klaxons, quelque chose qui ressemblait à des pétards mais qui n’en était pas. Il s’est redressé d’un coup. Louise était déjà debout, à la fenêtre.
Le lendemain, tout a basculé. Lars s’est réveillé avec le bruit. Des cris, des klaxons, quelque chose qui ressemblait à des pétards mais qui n’en était pas. Il s’est redressé d’un coup. Louise était déjà debout, à la fenêtre.
Le matin est venu trop vite. Lars s’est réveillé seul dans le lit. Les draps à côté de lui étaient froissés, encore tièdes. Il a entendu l’eau couler dans la salle de bain, et il est resté allongé, à regarder la lumière filtrer par les persiennes.
La chambre était plongée dans une obscurité chaude. Le ventilateur tournait au plafond, son ombre passant et repassant sur les murs comme une respiration mécanique. Par la fenêtre entrouverte, les bruits de Rangoun montaient — un chien, une moto au loin, le silence pesant du couvre-feu.
Il a mal dormi. La chaleur, les draps qui collaient, le ventilateur qui grinçait à chaque rotation. Et autre chose — cette présence de l’autre côté du mur, ce corps qu’il devinait, cette femme qu’il ne connaissait pas et qui occupait déjà trop de place dans sa tête.
Le ventilateur brassait l’air sans conviction. Une rotation lente, presque résignée, qui déplaçait la chaleur d’un coin à l’autre du bar sans jamais la dissiper. Lars regardait les pales tourner. Il comptait les tours parfois, quand l’ennui devenait trop dense.
Elle fit ses malles à l’aube. Elle plia les robes que Charles lui avait offertes, rangea les gants, les chapeaux, l’ombrelle qu’elle n’avait jamais su tenir. Elle laissa un pourboire pour Marie sur la table de nuit, avec un mot qu’elle avait écrit la veille, un mot simple, quelques lignes seulement.
Elle resta trois jours encore. Trois jours étranges, suspendus. Elle ne descendait plus dans le hall, évitait la salle à manger, prenait ses repas dans sa chambre. Marie les lui montait sans commentaire, avec parfois un sourire furtif, une fleur posée sur le plateau.
Le lendemain, tout changea. Elle descendit tard, épuisée par la nuit blanche, encore habitée par la conversation sur la digue. Elle avait rêvé de lui, ou plutôt de ses mots. Cette idée que les souvenirs écrits devenaient autre chose, qu’ils duraient, qu’ils ne disparaissaient pas.
Elle le rencontra la nuit suivante, sur la digue. Elle n’arrivait plus à dormir. Depuis la lettre de Charles, depuis la scène devant la porte, quelque chose s’était déréglé en elle. Elle restait éveillée jusqu’à l’aube, lisait le roman de Charles qu’elle avait terminé et recommencé, pensait à l’écrivain du quatrième, à ses cahiers, à ce livre sur les souvenirs qu’il ne finissait jamais.
La lettre arriva le sixième jour. Marie la lui monta avec le petit déjeuner, posée sur le plateau à côté de la cafetière. Une enveloppe crème, l’écriture de Charles, cette écriture penchée qu’il avait apprise chez les jésuites et dont il était si fier.