Apr 28, 2010 | Arts, Histoires de gens, Livres et carnets |
Avant que je n’étudie l’histoire de l’art, j’ai pioché mes premières expériences et mes premiers émois dans les pages de volumes aux pages jaunies et à l’odeur rance de la Grammaire des styles qu’on trouvait encore à l’époque aux éditions Payot, sur les tables de gravures innombrables sans lesquelles toute approche naïve ne serait que pure perte. L’art se nourrit de ses propres images, et son histoire se gave d’exemples et d’illustrations. Ma mère m’a alors offert la très majestueuse Histoire de l’Art de l’essayiste anarchiste et historien de l’art Élie Faure (parent du géographe — tout aussi anarchiste — Élisée Reclus), une œuvre monumentale en cinq tomes dont la rédaction s’étale entre 1919 et 1921 et qui aujourd’hui reste absolument incontournable. Je replonge dans ces pages lestes, dénuées de la lourdeur académique des écrits trop souvent conventionnels et intellectualistes de l’époque et de ces mots aériens pleins de formes, on goûte la saveur de la simplicité.
La base de l’édifice humain est faite de découvertes quotidiennes, et ses plus hautes tours sont des entassements patients de généralisation progressives. L’homme a copié la forme de ses outils de chasse et l’industrie sur les becs, les dents et les griffes, il a emprunté aux fruits leurs formes pour ses premiers pots. Ses poinçons, ses aiguilles ont été d’abord des épines, des arêtes, il a saisi dans les lames imbriquées, les articulations et les fermoirs des os l’idée des charpentes, des jointures et des leviers. Là est le seul départ de l’abstraction miraculeuse, des formules les plus purifiées de toute trace d’expérience, du plus haut idéal. Et c’est là que nous devons chercher la mesure de notre humilité et de notre force à la fois.

Au contact de Faure, on s’initie à l’art dans ce qu’il a de plus fondamental ; dans sa vision des choses, reprendre le cours d’une histoire provenant des tréfonds des âges est une manière de nous faire adhérer à l’idée qu’il y a une continuité naturelle entre l’utile de la technique et la fonction esthétique de l’art. Sans cette présupposition, on risque la fausse route.
L’art est d’abord un outil d’utilité immédiate, comme les premiers balbutiements du verbe : désigner les objets qui l’entourent, les imiter ou les modifier pour s’en servir, l’homme ne va pas au-delà. L’art ne peut être encore un instrument de généralisation philosophique qu’il ne saurait pas utiliser, mais il forge cet instrument, puisqu’il dégage de son milieu quelques lois rudimentaires qu’il applique à son profit.
Elie Faure, Histoire de l’art, t.1
Avant l’histoire, I (Folio Essais, p.40, 41, imprimé en 1988)

J’aime me rappeler ces mots qu’il se plaisait à répéter et dont la paternité revient à Auguste Renoir:
Ne me demandez pas si la peinture doit être objective ou subjective. Je vous avouerai que je m’en fous.
Concernant les rapports entre Élie Faure et Auguste Renoir, je trouve dans la préface de Martine Chatelain-Courtois les mots dans lesquels on saisit la figure maîtresse de Faure, maître avant tout, personnage charismatique :
Le passeport de Faure Élie-Paul-Jacques, qui donne des conférences sur l’art dans le monde entier en 1931–1932, indique : « Profession : Médecin ». Et Renoir, qui appréciait d’autant plus la modestie du grand écrivain qu’il se voulait lui-même un simple « ouvrier de la peinture », partageait avec son « cher docteur » un silence complice en évitant les discussions d’esthétique, et en lui parlant avec humour de ses hémorroïdes — quitte à dire le bien qu’il pensait de son œuvre quand Élie Faure n’était plus là.
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Apr 27, 2010 | Histoires de gens, Sur les portulans |
Pendant des années où j’ai consommé des galettes de blé noir fourrés à la tomate, à l’œuf et au fromage (plus connue sous le terme générique de “complète”), je me suis demandé d’où venait le terme et surtout, qu’est-ce qu’est le blé noir, ou sarrasin ? Il se trouve que ce blé noir, ou blé sarrasin (il tire son nom de l’exceptionnelle faculté des occidentaux à attribuer à l’étranger lointain tout ce qu’ils ne connaissent pas, alors qu’il vient d’Asie du nord-est, région assez pauvre en Sarrasins) n’a en fait rien à voir avec le blé, mais en plus n’a rien d’une graminée.

C’est une plante de la famille des polygonacées, dans laquelle on trouve également les renouées, la rhubarbe et l’oseille et dont les graines sont utilisées pour leur absence de gluten, ce qui en fait un aliment de choix pour ceux qui y sont intolérants. Largement utilisé en Bretagne, il est cependant en voie de raréfaction en France, chassé par des cultures plus rentables, comme le blé et le maïs, ce qui est d’autant plus dommage que c’est une plante mellifère.

L’autre acceptation du terme désigne un sens mal connu. Si on se doute que le Sarrasin est Arabe, on ne lui connait pas vraiment de pays, ni de religion du moins à l’époque où le terme se généralise, puisque les terme de musulman ou d’islam ne sont utilisés que tardivement respectivement au XVIè et XVIIè siècle. On ne sait pas grand chose de lui et c’est précisément ce qui fait peur. Oui, l’histoire se répète et ne se renouvelle guère…
Voici ce qu’en dit Wikipédia, mais il semble que généralement, ce soit la définition d’Isidore de Séville qui fasse foi :
Le terme sarrasin proviendrait, d’après certains, de l’arabe شرقيين sharqiyyīn (orientaux). Selon d’autres, le mot vient de sarakenoi en grec ancien, qui a donné en bas latin Sarracenus (pluriel: Sarraceni), ce qui a fait dire à Isidore de Séville (VIIe siècle):
« Les Sarrasins vivent dans le désert. On les appelle aussi les Ismaélites, comme l’enseigne le Livre de la Genèse, car ils descendent d’Ismaël (fils d’Abraham). Ils sont également nommés Hagaréniens car ils descendent d’Hagar (esclave et concubine d’Abraham, mère d’Ismaël). Il s’appellent eux-mêmes Sarrasins, on l’a dit avec quelque perversité, car ils se flattent mensongèrement de descendre de Sarah (femme légitime d’Abraham). »
— Isidore de Séville, Étymologies, IX,2,57 Ed. W.M. Lindsay, Oxford 1911 (cité in La croix et le croissant de Richard A. Fletcher).

A l’époque d’Isidore, Séville n’a encore rien à voir avec l’Espagne, mais fait partie intégrante du Royaume Wisigoth, héritier des Grandes Invasions barbares et dont la capitale est Toulouse. Les Wisigoths (Goths de l’Ouest), chassés de Toulouse par Clovis 1er, ils installent leur capitale à Tolède .
C’est à cette époque que nait le nom donné à la région d’Andalousie.
Selon Heinz Halm, le terme Andalousie viendrait de l’expression wisigothique « *landa-hlauts » désignant l’« attribution des terres par tirage au sort », ce qui parait le plus probable, mais il faut quand même savoir qu’on a longtemps cru que le terme signifiait “Atlantide” ou terre des Vandales (du berbère : al-Andalus, provenant lui-même de Wandal).
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Apr 26, 2010 | Arts, Histoires de gens |

Songez à Marcelino Sanz de Sautuola qui en 1868 et à sa petite fille Maria, alors âgée de huit ans, qui remarqua sur les plafonds de la grotte de Santillana del Mar(1), des taureaux dessinés et ornés de couleurs sombres. Ils venait de découvrir l’un des plus grands sites préhistoriques pariétal, et les premières publications qui s’ensuivirent à partir de 1876 firent découvrir au monde occidental le reliquat de leur histoire antédiluvienne.
Songez à la grandeur de l’invention. Songez à l’émotion que cela doit être d’étreindre ainsi les marques des prémisses de l’humanité.
Songez à ce qu’on appelle aujourd’hui la grotte d’Altamira et à l’engouement soudain qu’a suscité cette découverte pour l’humanité toute entière, et à toutes les vocations de chercheurs en commençant par celui qui donna sa lettres de noblesse à la Préhistoire, l’abbé Henri Breuil.
Songez à ce même Henri Breuil qui en septembre 1940 fut le premier spécialiste à visiter le site ô combien majestueux de Lascaux(2), après qu’une bande de gamins ait découvert une toute petite cavité dans laquelle leur chien tentait de s’introduire. Ils en firent le site le plus exceptionnel découvert à ce jour, même si ces dimensions restent modestes avec ses 250 mètres de long (la partie inférieure étant difficilement accessible à cause de la présence d’un fort taux de dioxyde carbone) et aussi un des plus controversés sur le plan politique puisque les quelques années d’exploitation touristique qui lui ont permis une telle notoriété ont eu raison des milliers d’années de préservation dans l’obscurité qui l’ont fait parvenir intacte jusqu’à notre époque.
Aujourd’hui fermée et copiée à 200 mètres de là, c’est une grotte presque fantasmatique qu’on peut visiter aujourd’hui sur Internet. Véritable sanctuaire de l’humanité, la grotte a enfin un site digne de ce nom (Lascaux), par le Ministère de la Culture.
Notes:
1- Non loin de Santander en Cantabrie.
2- Sur la commune de Montignac, en Dordogne, sur les bords de la Vézère, le berceau de la préhistoire en France. Sur ses bords se trouvent les sites de Laugerie-Haute et Laugerie-Basse, Les Eyzies, Font-de-Gaume, Rouffignac, Saint-Cirq du Bugue, entre autres, tous inscrits au Patrimoine Mondial de l’Unesco.
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Apr 24, 2010 | Passerelle |
Semaine éprouvante qui mérite de se terminer dans le repos, dans la béatitude sacrée d’une bonne grosse semaine de congés. Enfin. Une petite passerelle avant l’été, un répit d’une courte seconde.
L’occasion de se détendre, de se vautrer dans la beauté de la nudité la plus simple, sans penser, sans parler, juste être là et regarder le monde bouger autour de soi. Attendre, regarder les cerisiers en fleur.
Ce sera aussi l’occasion pour moi de travailler à d’autres choses, lire, étudier, classer mes notes, mes livres, des tonnes et des tonnes de feuilles éparpillées.
Et dormir enfin.

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Apr 21, 2010 | Arts, Photo |
J’ai décidé ce soir qu’il fallait que je vous emmène pour un grand voyage dans la photographie et la peinture, parce que la toile regorge d’autres toiles, une mise en abyme (je ne savais pas qu’on pouvait dire aussi mise en abysme) dans laquelle s’expriment des gens au talent absolument saisissant.
Exceptionnellement, ce soir, ce sont huit photographes, deux peintres (dont la terriblement belle Miya Ando) et un OVNI, Krista Wortendyke, dont le site est encore en construction mais qui créé des collages explosifs à partir de photos qu’il faut absolument suivre…
Et puis je vous laisse en compagnie de ce superbe morceau de Vibrasphere, un groupe venu du froid, Uppsala en Suède, avec une musique pourtant pleine de soleil…
[audio:tierraazul.xol]
Nick Korompilas

Michel Mazzoni

Miya Ando

Eamon McMahon

Sean Stewart

Peter T. Brown

Peter Ainsworth

John Gerrard

Timo Stammberger

Krista Wortendyke

Ann Woo

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