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Les Dieux qui entendent

Cette plaque tout à fait éton­nante en marbre blanc retrou­vée au Séra­peion de Thes­sa­lo­nique et datant du Ier siècle av. J.-C. est en réa­li­té une plaque votive ou ex-voto, don­née en remer­cie­ment d’un acte mira­cu­leux ou d’une béné­dic­tion. Une oreille gauche et deux oreilles droites, lar­ge­ment dif­fé­ren­ciées, sont sculp­tées en haut-relief et sym­bo­lisent l’ir­rup­tion du sacré dans la réa­li­té (épi­pha­nie) en la per­sonne des trois dieux véné­rés à Thes­sa­lo­nique et récu­pé­rés de la mytho­lo­gie égyp­tienne ; Isis, Séra­pis et Har­po­crate (forme tar­dive d’Ho­rus enfant). Ces oreilles sont l’ex­pres­sion des dieux qui « entendent » les prières des fidèles, Theoi epè­kooi (Θεοι επηκοοι) et exaucent leurs sou­haits. Un très bel objet qui n’est pas sans rap­pe­ler le sym­bo­lisme fort des piliers her­maïques, et qui a été expo­sé lors de l’ex­po­si­tion Alexandre le Grand et la Macé­doine antique au Louvre.

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La dou­ceur de vivre de Carl Larsson

Peintre connu pour ses aqua­relles, le Sué­dois Carl Lars­son s’est éga­le­ment illus­tré dans la déco­ra­tion d’in­té­rieur, pas­sion qu’il fit par­ta­ger en pei­gnant des scènes de sa propre mai­son, la célèbre mai­son rouge de Sund­born. Sen­suel et cha­leu­reux, d’o­ri­gine modeste, il fait par­tie de ces artistes pro­fes­sion­nels dont les reve­nus de l’ac­ti­vi­té arri­vaient à sub­ve­nir aux besoins de sa famille, ce qui fit de lui quel­qu’un de pro­fon­dé­ment indé­pen­dant. Monu­ment natio­nal en Suède, il incarne la dou­ceur de vivre des jours de l’en­fance, mais éga­le­ment le quo­ti­dien sous toutes ses formes et sur­tout les tra­di­tions popu­laires sué­doises comme la fête de Sainte Lucie et Jul, le Noël suédois.
J’ai dépo­sé en ligne une gale­rie de ses œuvres les plus repré­sen­ta­tives sur ce site.

Por­trait de sa fille Brit­ta en cos­tume d’Iðunn

  1. De très nom­breuses œuvres de Lars­son clas­sées par thèmes
  2. Lis­beth et la neige (billet sur ce site)
  3. Madame Lars­son (billet sur ce site)
  4. Loca­li­sa­tion de la mai­son de Sund­born sur Google Maps

 

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L’exal­ta­tion intellectuelle

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L’École d’A­thènes (détail) par Raphaël (1511)
in la Chambre de la Signa­ture (les Stanze) des musées du Vatican.

Traî­nant inva­ria­ble­ment dans les rayons des librai­ries à la recherche de quelque chose qui me plai­rait et dont je ne dis­po­se­rais encore pas, je suis tom­bé sur un cof­fret regrou­pant quelques uns des livres les plus connus de Ste­fan Zweig. N’ayant lu de lui que le Joueur d’é­checs il y a de ça une ving­taine d’an­nées, je me trou­vai assez satis­fait du fait qu’il n’en fasse pas par­tie. Alors j’ai cédé à la ten­ta­tion et je me suis immé­dia­te­ment mis à la lec­ture du pre­mier volume, la Confu­sion des sen­ti­ments (Ver­wir­rung der Gefühle), écrit en 1927. C’est indé­niable, les auteurs de langue alle­mande ont quelque chose que les autres n’ont pas, ce goût pro­non­cé du raf­fi­ne­ment lit­té­raire, de la phrase qui ne ter­mine pas même avec un point, de l’ex­trême pré­ci­sion des mots comme si pour eux écrire un livre reve­nait à cise­ler une plaque de cuivre des plus infi­nis détails. J’ai retrou­vé chez lui ce que j’a­vais trou­vé chez Tho­mas Mann dans la Mort à Venise. En dehors du thème prin­ci­pal, l’a­mi­tié fusion­nelle de deux hommes qu’un pro­fes­seur, au soir de sa vie, confesse comme étant l’é­vé­ne­ment qui le fit aban­don­ner sa vie de débauche pour une vie entiè­re­ment consa­crée aux choses de l’es­prit, j’y vois éga­le­ment une ode sublime à l’exal­ta­tion intel­lec­tuelle et à la place du maître, qu’en d’autres temps on appe­lait péda­gogue. Dans ce pas­sage par­fai­te­ment dosé, on assiste à l’exal­ta­tion intel­lec­tuelle que pro­cure l’in­ter­ven­tion pro­fes­so­rale, aus­si bien chez le maître que chez les élèves, avec la même inten­si­té que si on par­lait d’une étreinte… jus­qu’aux der­niers mots. On trou­ve­ra éga­le­ment dans ce livre des mots superbes sur l’adultère.

C’est alors seule­ment, lorsque les étin­celles se mirent à cré­pi­ter, que le pro­fes­seur inter­vint brus­que­ment, cal­ma la confron­ta­tion deve­nue trop vio­lente, en rame­nant avec adresse la dis­cus­sion à son objet, mais en même temps pour lui impri­mer, par une impul­sion secrète, un puis­sant élan spi­ri­tuel s’é­le­vant jus­qu’à l’in­fi­ni ; et ain­si il fut subi­te­ment au centre de ce jeu de flammes dia­lec­tiques, lui-même plein d’une allègre exci­ta­tion, aiguillon­nant et modé­rant à la fois ce com­bat de coqs entre les opi­nions, maître de cette vague défer­lante d’en­thou­siasme juvé­nile et lui-même empor­té par elle. Appuyé à la table, les bras croi­sés sur la poi­trine, il regar­dait l’un, puis l’autre, sou­riant à celui-ci, encou­ra­geant celui-là dis­crè­te­ment à la riposte, et son œil brillait du même feu que la veille : je sen­tais qu’il était obli­gé de se maî­tri­ser pour ne point leur ôter à tous, d’un seul coup, la parole de la bouche. Mais il se conte­nait avec vio­lence ; je le voyais à ses mains, qui pres­saient tou­jours plus for­te­ment sa poi­trine comme les douves d’un ton­neau ; je le devi­nais à ses com­mis­sures fré­mis­santes, qui rete­naient avec peine le mot déjà pal­pi­tant. Et subi­te­ment, ce fut plus fort que lui ; il se jeta avec ivresse dans la dis­cus­sion, à la façon d’un plon­geur ;  d’un geste éner­gique de sa main bran­die, il cou­pa en deux le tumulte, comme fait la baguette d’un chef d’or­chestre : aus­si­tôt tous se turent, alors il résu­ma les argu­ments, à sa manière har­mo­nieuse. Et tan­dis qu’il par­lait, resur­gis­sait son visage de la veille ; les rides dis­pa­rais­saient der­rière le jeu flot­tant des nerfs, son cou et sa sil­houette se ten­daient en un geste har­di et domi­na­teur et, aban­don­nant sa pos­ture cour­bée de guet­teur, il s’é­lan­ça dans le dis­cours, comme dans un flot tor­ren­tiel. L’im­pro­vi­sa­tion l’emporta : et je com­men­çai à com­prendre que, d’un tem­pé­ra­ment froid lors­qu’il était seul, il était pri­vé, dans un cours théo­rique ou dans la soli­tude de son cabi­net, de cette manière enflam­mée qui, ici, dans notre groupe com­pact, fas­ci­né et rete­nant son souffle, fai­sait explo­ser une bar­rière inté­rieure ; il avait besoin (oh, que je le sen­tais !) de notre enthou­siasme pour en avoir lui-même, de notre inté­rêt pour ses effu­sions intel­lec­tuelles, de notre jeu­nesse pour ses élans de jeu­nesse. Comme un joueur de cym­ba­lum se grise du rythme tou­jours plus sau­vage de ses mains fré­né­tiques, son dis­cours deve­nait tou­jours plus puis­sant, plus enflam­mé, plus colo­ré et plus ardent ; et plus notre silence était pro­fond (mal­gré soi on per­ce­vait dans l’es­pace les res­pi­ra­tions conte­nues), plus son expo­sé s’en­vo­lait, plus il était cap­ti­vant et plus il s’é­lan­çait comme un hymne. En ces minutes-là tous nous lui appar­te­nions, à lui seul, entiè­re­ment pos­sé­dés par cette exaltation.
Et de nou­veau, lors­qu’il ter­mi­na sou­dain, en évo­quant un pas­sage du dis­cours de Goethe sur Sha­kes­peare, notre exci­ta­tion retom­ba d’un coup. Et de nou­veau, comme la veille, il s’ap­puya épui­sé contre la table, le visage blême, mais encore par­cou­ru par les petites vibra­tions et les fré­mis­se­ments de nerfs, et dans ses yeux lui­sait étran­ge­ment la volup­té de l’ef­fu­sion qui durait encore, comme chez une femme qui vient de s’ar­ra­cher à une étreinte souveraine.

Tra­duit de l’al­le­mand (Autriche) par Oli­vier Bour­nac et Alzir Hella

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Tamer­la­no (HWV 18)

Tamer­la­no est un des plus beaux opé­ras de Haen­del com­po­sé en moins de vingt jours en 1724. L’his­toire s’ins­pire de l’His­to­riae Byzan­ti­nae du chro­ni­queur Michel Dou­kas et raconte l’his­toire de Tamer­lan (Timur Lang, le boi­teux, تیمور Timūr) et du sul­tan otto­man Baja­zet (Baye­zid Ier, Yıldırım Beyazıd , يلدرم الصاعقة بايزيد) qu’il a vain­cu et fait prisonnier.
Un des fleu­rons de la musique baroque…

Tamer­lan et Bajazet
peint par Sta­nisław Chlebowski

[audio:tamerlano.xol]

Tamer­la­no — Ouver­ture. Orches­tré par Jean-Claude Mal­goire, inter­pré­té par La Grande Ecu­rie et La Chambre du Roy.

 

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Tombes secrètes (Cléo­pâtre, Marc-Antoine, Alexandre III de Macé­doine et Saint-Philippe)

Des fouilles menées entre 2008 et 2009 sur le site d’A­bou­sir, autre­fois Tapo­si­ris Magna, non loin d’A­lexan­drie, ont révé­lé la pré­sence d’une sta­tue de gra­nit noir repré­sen­tant cer­tai­ne­ment le roi grec d’Égypte Pto­lé­mée IV. Si le temple était consi­dé­rée comme de peu d’im­por­tance, les fouilles récentes ont démon­tré l’exis­tence d’un cime­tière dans lequel une dou­zaine de momies ont été mises au jour, ain­si qu’une ving­taine de tombes et près de deux cents sque­lettes. Le carac­tère sacré du lieu ain­si que l’é­poque d’en­se­ve­lis­se­ment laissent pré­sa­ger que ces tombes pour­raient avoir accueilli les corps de la très célèbre reine Cléo­pâtre VII Thea Phi­lo­pa­tôr ain­si que celle de son amant, le géné­ral romain Marc-Antoine. Ils auraient été enter­rés dans cet endroit pour évi­ter le van­da­lisme et conser­ver le lieu sacré dans une période de troubles poli­tiques impor­tants. La décou­verte dans ces tombes taillées dans le cal­caire d’un petit buste en albâtre de toute beau­té ain­si que d’un masque funé­raire d’homme et de vingt-deux pièces à l’ef­fi­gie de la reine laissent pen­ser qu’il s’a­gi­rait bien de ces deux tombes. Voir l’ar­ticle du Natio­nal Geo­gra­phic.

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