Nov 9, 2012 | Arts, Chambre acoustique |
![Keith Jarrett-The Köln Concert [1975]](https://i0.wp.com/theswedishparrot.com/swedish/wp-content/uploads/2012/11/Keith-Jarrett-The-K%C3%B6ln-Concert-1975.jpg?resize=953%2C953)
Il y avait bien longtemps que je n’avais pas écouté un bel album de jazz, quelque chose qui nécessite que je tende l’oreille et que j’arrête mes travaux de peinture pour me poser et tout laisser en plan. Il y a des musiques si belles que le temps s’arrête et vous transporte ailleurs le temps d’une mélodie. Le week-end dernier, j’ai passé une partie de ma journée à peindre et à écouter FIP. C’est là que j’ai découvert ce très bel album du jazzman Keith Jarrett, que je ne connaissais en réalité que de nom. Le morceau a duré 26 minutes, vous comprendrez pourquoi j’avais besoin de m’arrêter… c’est du Köln Concert de 1975 dont il est question… C’est simplement exceptionnel, surtout au vu des conditions dans lesquelles cet album est né, dans une improvisation totale à partir de quatre notes.
[audio:koln1.xol]
Keith Jarret — The Köln Concert (1975)
Ecm Records
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Nov 6, 2012 | Carnets de route (Osmanlı lale), Lungarno e Oltrarno (carnet de voyage à Florence) |
Épisode précédent : Lungarno e Oltrarno – Carnet de voyage à Florence 1 – le voyage en train
Dès mon arrivée, j’ai l’impression d’arriver dans un autre monde. Un personnage campe fermement sur le quai de la gare, le regard sévère, les pieds solidement ancrés sur le sol, les bras croisés. C’est comme un rappel qu’ici encore, la vie est rythmée par la religion…

Je jette un coup d’œil à l’architecture un rien futuriste de l’édifice qui date de 1934 et je me vois projeté des années en arrière, lorsque nous sommes arrivés avec notre petit groupe dans cette même gare, au même endroit. J’avais simplement 20 ans de moins.
En sortant du bâtiment, on se trouve nez à nez avec la très majestueuse église Santa Maria Novella dans laquelle se trouvent de petits trésors de la peinture renaissante. Pour l’instant, l’heure est à la prise de pouvoir, je veux aller déposer ma valise à l’hôtel. Il se trouve à deux pas de la gare dans une ruelle interdite à la circulation, la via Faenza.
Sur un mur, quelqu’un me demande si je vis bien. Oui, tout se passe bien pour l’instant, merci.
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Nov 5, 2012 | Chambre acoustique |
Dans la veine des compositeurs un peu confidentiels se trouve un homme qui fut en son temps un compositeur prodigue, même si son rôle resta plutôt anecdotique. En effet, Antonio Bertali ne reçut que le titre de maître de chapelle au cours de sa carrière. Tandis que les compositeurs allemands ou autrichiens de l’époque avaient tendance à s’expatrier vers l’Italie pour y recevoir une formation des plus grands maîtres, Bertali, lui, décida de quitter sa Vérone natale pour rejoindre Vienne et se mettre au service de l’empereur Ferdinand III. Si son œuvre s’est perdue pour partie dans la nature, il reste tout de même un des fondateurs des bases de l’opéra italien. Voici une très belle sonate docue en trois mouvements, extraite de l’album Valoroso produit en 2004, sous la direction de Philippe Pierlot avec le Ricercar Consort. A écouter sans modération.
[audio:bertali.xol]
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Nov 2, 2012 | Carnets de route (Osmanlı lale), Lungarno e Oltrarno (carnet de voyage à Florence) |
Lungarno e Oltrarno, le long de l’Arno et de l’autre côté de l’Arno, c’est ainsi que les Florentins parlent avec tendresse de leur ville coupée en deux par un fleuve majestueux en apparence. Ce n’est finalement qu’un rivière qui a du mal à couler et qu’on contient entre deux retenues d’eau artificielles, histoire que la belle ville ne se retrouve pas assise sur un fleuve à sec. Quoi qu’il en soit, on n’y verra jamais autre chose naviguer que de petites embarcations légères, de sottes petites barques pour les amoureux romantiques…
Florence et moi, ce n’était pas une première fois. J’ai eu la chance de partir en voyage d’étude pour aller admirer les sculptures du Bargello, ainsi que tout ce qui avait à voir avec notre programme d’histoire de l’art, soit la Renaissance. C’était en 1992 il me semble, une éternité déjà. Ce n’était que la première étape d’une vision d’ensemble de l’art puisque l’année d’après j’étais à Venise. Des années après donc, j’y retourne, dans une certaine confusion, ne sachant pas trop ce que je vais y faire ni ce que je vais voir, mais tout ce que je sais le matin même, c’est que je pars en train et que ça fait des années que je n’ai pas fait de grand voyage en train. Florence, Venise, Madrid encore avant, j’ai l’impression que ce temps remonte à une autre vie. Cette fois-ci, ce sera un TGV jusqu’à Turin, et en première classe, s’il vous plait… Je crois que je n’ai voyagé qu’une seule fois en première classe, et c’était pour revenir de l’enterrement de mon grand-père en Bretagne. Il faut dire ce qui est, c’est rudement confortable, mais je ne suis pas certain que ça vaille de le coup de payer le double pour ça. En même temps, il ne restait plus que ça…
Je prends le temps d’admirer une France à 400 à l’heure, plate, belle sous le soleil, quadrillée de verts qui se cousent entre eux comme des carrés de patchwork.
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Oct 28, 2012 | Arts |
Jeté comme ça, un peu en vrac, quelques unes des plus belles toiles qu’il m’ait été donné de voir au Musée Jacquemart-André dans les collections permanentes. Je sais qu’il m’en manque pas mal, notamment parce qu’il y a des salles que je n’ai pas vues, et pas des moindres, mais j’avoue que pour le coup je me suis focalisé sur Canaletto qui était quand-même l’objet de ma visite. Dans les salons, je me suis extasié devant ces très beaux tableaux, comme notamment La toilette de Vénus et Le sommeil de Vénus de François Boucher, chez qui on ressent toujours une vitalité au niveau des carnations, pour ne pas dire un certain érotisme vachard. Voici ce qu’en disait le peintre Millet :
J’ai eu même de la répulsion très prononcée pour Boucher. Je voyais bien sa science, son talent, mais je ne pouvais comprendre ses sujets provocants et voir ses tristes femmes, sans songer combien tout cela était d’une pauvre nature. Boucher ne faisait pas des femmes nues, mais de petites créatures déshabillées : ce n’était pas la plantureuse exhibition des femmes de Titien, fières de leur beauté jusqu’à en faire parade, jusqu’à se montrer nues tant elles étaient sûres de leur puissance. À cela il n’y a rien à répondre ; ce n’est pas chaste, mais c’est fort, c’est grand par l’attraction féminine, c’est de l’art, et du bon. Mais les pauvres dames de Boucher, leurs jambes fluettes, leurs pieds meurtris dans le soulier à talons, leur taille amincie sous le corset, leurs mains inutiles, leurs gorges exsangues, tout cela me repoussait. Devant la Diane de Boucher, qu’on copie tant au musée, je me figurais voir des marquises de ce temps qu’il s’était amusé à peindre dans un but peu recommandable et qu’il avait déshabillées et placées lui-même dans son atelier transformé en paysage. Je me reportais à la Diane chasseresse des Antiques, si belle, si noble et de la plus haute distinction de formes. Boucher n’était qu’un entraîneur.
De Jean-Baptiste-Siméon Chardin, j’ai trouvé deux belles grandes toiles, des dessus de porte, Les attributs des arts et Les attributs des sciences, ainsi plus loin qu’une nature morte à la côtelette… Chardin était un monsieur étrange, un brin rustique. On ne pense pas toujours à regarder les plafonds, mais vous trouverez ici un superbe plafond peint sur papier marouflé de Giambattista Tiepolo, L’apothéose d’Hercule. J’adore Tiepolo pour sa grandiloquence et ses compositions aux points de vue plus qu’audacieux, il livre quelque chose de l’âme vénitienne. On verra aussi une toile très particulière, un Portrait du peintre par lui-même par Joseph Ducreux, un peintre pour ses autoportraits satiristes et irrévérencieux, dont il faudra que je fasse un papier pour lui tout seul. On verra aussi des petites toiles, Ruines, troupeau de moutons et de chèvre par Jan Wynants et deux allégories, L’Abondance et La Nuit de Jan de Witt. On verra aussi dans la petite salle du fond, mal éclairée, certains des tableaux les plus sombres de ces collections, comme un Portrait d’homme de Franz Hals, une œuvre tardive, audacieuse, réalisée rapidement avec de grandes griffures de couleurs et des à‑plats inhabituels chez ce grand maître, mais aussi un beau portrait austère du Docteur Arnold Tholinx par le grand Rembrandt Harmenszoon van Rijn et une autre toile, très connue, petite et remplie de mystère qu’est Les pèlerins d’Emmaüs, dont je reparlerai également ici. On verra aussi des choses plus classiques comme le Portrait du graveur Wille par Jean-Baptiste Greuze, une toile noble et remplie de silences et un pastel très vif et lumineux de Maurice Quentin de la Tour, le Portrait d’un homme au pastel. Les amateurs de ruines ne manqueront pas de s’arrêter devant les Ruines d’une galerie du célèbre Hubert Robert…
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