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Keith Jar­rett — The Köln Concert (1975)

Il y avait bien long­temps que je n’a­vais pas écou­té un bel album de jazz, quelque chose qui néces­site que je tende l’o­reille et que j’ar­rête mes tra­vaux de pein­ture pour me poser et tout lais­ser en plan. Il y a des musiques si belles que le temps s’ar­rête et vous trans­porte ailleurs le temps d’une mélo­die. Le week-end der­nier, j’ai pas­sé une par­tie de ma jour­née à peindre et à écou­ter FIP. C’est là que j’ai décou­vert ce très bel album du jazz­man Keith Jar­rett, que je ne connais­sais en réa­li­té que de nom. Le mor­ceau a duré 26 minutes, vous com­pren­drez pour­quoi j’a­vais besoin de m’ar­rê­ter… c’est du Köln Concert de 1975 dont il est ques­tion… C’est sim­ple­ment excep­tion­nel, sur­tout au vu des condi­tions dans les­quelles cet album est né, dans une impro­vi­sa­tion totale à par­tir de quatre notes.

[audio:koln1.xol]

Keith Jar­ret — The Köln Concert (1975)
Ecm Records

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Lun­gar­no e Oltrar­no – Car­net de voyage à Flo­rence 2 — Lumière sur le Duomo

Lun­gar­no e Oltrar­no – Car­net de voyage à Flo­rence 2 — Lumière sur le Duomo

Épi­sode pré­cé­dent : Lun­gar­no e Oltrar­no – Car­net de voyage à Flo­rence 1 – le voyage en train

Dès mon arri­vée, j’ai l’im­pres­sion d’ar­ri­ver dans un autre monde. Un per­son­nage campe fer­me­ment sur le quai de la gare, le regard sévère, les pieds soli­de­ment ancrés sur le sol, les bras croi­sés. C’est comme un rap­pel qu’i­ci encore, la vie est ryth­mée par la religion…

Florence - jour 1 - 014 - Gare de Firenze - Santa Maria Novella

Je jette un coup d’œil à l’ar­chi­tec­ture un rien futu­riste de l’é­di­fice qui date de 1934 et je me vois pro­je­té des années en arrière, lorsque nous sommes arri­vés avec notre petit groupe dans cette même gare, au même endroit. J’a­vais sim­ple­ment 20 ans de moins.

En sor­tant du bâti­ment, on se trouve nez à nez avec la très majes­tueuse église San­ta Maria Novel­la dans laquelle se trouvent de petits tré­sors de la pein­ture renais­sante. Pour l’ins­tant, l’heure est à la prise de pou­voir, je veux aller dépo­ser ma valise à l’hô­tel. Il se trouve à deux pas de la gare dans une ruelle inter­dite à la cir­cu­la­tion, la via Faenza.

Sur un mur, quel­qu’un me demande si je vis bien. Oui, tout se passe bien pour l’ins­tant, merci.

Florence - jour 1 - 017 - Via Faenza (more…)

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Anto­nio Ber­ta­li, sonates à l’italienne

Dans la veine des com­po­si­teurs un peu confi­den­tiels se trouve un homme qui fut en son temps un com­po­si­teur pro­digue, même si son rôle res­ta plu­tôt anec­do­tique. En effet, Anto­nio Ber­ta­li ne reçut que le titre de maître de cha­pelle au cours de sa car­rière. Tan­dis que les com­po­si­teurs alle­mands ou autri­chiens de l’é­poque avaient ten­dance à s’ex­pa­trier vers l’I­ta­lie pour y rece­voir une for­ma­tion des plus grands maîtres, Ber­ta­li, lui, déci­da de quit­ter sa Vérone natale pour rejoindre Vienne et se mettre au ser­vice de l’empereur Fer­di­nand III. Si son œuvre s’est per­due pour par­tie dans la nature, il reste tout de même un des fon­da­teurs des bases de l’o­pé­ra ita­lien. Voi­ci une très belle sonate docue en trois mou­ve­ments, extraite de l’al­bum Valo­ro­so pro­duit en 2004, sous la direc­tion de Phi­lippe Pier­lot avec le Ricer­car Consort. A écou­ter sans modération.

[audio:bertali.xol] Read more
Lun­gar­no e Oltrar­no — Car­net de voyage à Flo­rence 1 — le voyage en train

Lun­gar­no e Oltrar­no — Car­net de voyage à Flo­rence 1 — le voyage en train

Lun­gar­no e Oltrar­no, le long de l’Ar­no et de l’autre côté de l’Ar­no, c’est ain­si que les Flo­ren­tins parlent avec ten­dresse de leur ville cou­pée en deux par un fleuve majes­tueux en appa­rence. Ce n’est fina­le­ment qu’un rivière qui a du mal à cou­ler et qu’on contient entre deux rete­nues d’eau arti­fi­cielles, his­toire que la belle ville ne se retrouve pas assise sur un fleuve à sec. Quoi qu’il en soit, on n’y ver­ra jamais autre chose navi­guer que de petites embar­ca­tions légères, de sottes petites barques pour les amou­reux romantiques…

Flo­rence et moi, ce n’é­tait pas une pre­mière fois. J’ai eu la chance de par­tir en voyage d’é­tude pour aller admi­rer les sculp­tures du Bar­gel­lo, ain­si que tout ce qui avait à voir avec notre pro­gramme d’his­toire de l’art, soit la Renais­sance. C’é­tait en 1992 il me semble, une éter­ni­té déjà. Ce n’é­tait que la pre­mière étape d’une vision d’en­semble de l’art puisque l’an­née d’a­près j’é­tais à Venise. Des années après donc, j’y retourne, dans une cer­taine confu­sion, ne sachant pas trop ce que je vais y faire ni ce que je vais voir, mais tout ce que je sais le matin même, c’est que je pars en train et que ça fait des années que je n’ai pas fait de grand voyage en train. Flo­rence, Venise, Madrid encore avant, j’ai l’im­pres­sion que ce temps remonte à une autre vie. Cette fois-ci, ce sera un TGV jus­qu’à Turin, et en pre­mière classe, s’il vous plait… Je crois que je n’ai voya­gé qu’une seule fois en pre­mière classe, et c’é­tait pour reve­nir de l’en­ter­re­ment de mon grand-père en Bre­tagne. Il faut dire ce qui est, c’est rude­ment confor­table, mais je ne suis pas cer­tain que ça vaille de le coup de payer le double pour ça. En même temps, il ne res­tait plus que ça…

Je prends le temps d’ad­mi­rer une France à 400 à l’heure, plate, belle sous le soleil, qua­drillée de verts qui se cousent entre eux comme des car­rés de patchwork.

Florence - jour 1 - 001 - Gare de Lyon (more…)

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Dans les col­lec­tions de Jacquemart-André

Jeté comme ça, un peu en vrac, quelques unes des plus belles toiles qu’il m’ait été don­né de voir au Musée Jac­que­mart-André dans les col­lec­tions per­ma­nentes. Je sais qu’il m’en manque pas mal, notam­ment parce qu’il y a des salles que je n’ai pas vues, et pas des moindres, mais j’a­voue que pour le coup je me suis foca­li­sé sur Cana­let­to qui était quand-même l’ob­jet de ma visite. Dans les salons, je me suis exta­sié devant ces très beaux tableaux, comme notam­ment La toi­lette de Vénus et Le som­meil de Vénus de Fran­çois Bou­cher, chez qui on res­sent tou­jours une vita­li­té au niveau des car­na­tions, pour ne pas dire un cer­tain éro­tisme vachard. Voi­ci ce qu’en disait le peintre Millet :

J’ai eu même de la répul­sion très pro­non­cée pour Bou­cher. Je voyais bien sa science, son talent, mais je ne pou­vais com­prendre ses sujets pro­vo­cants et voir ses tristes femmes, sans son­ger com­bien tout cela était d’une pauvre nature. Bou­cher ne fai­sait pas des femmes nues, mais de petites créa­tures désha­billées : ce n’é­tait pas la plan­tu­reuse exhi­bi­tion des femmes de Titien, fières de leur beau­té jus­qu’à en faire parade, jus­qu’à se mon­trer nues tant elles étaient sûres de leur puis­sance. À cela il n’y a rien à répondre ; ce n’est pas chaste, mais c’est fort, c’est grand par l’at­trac­tion fémi­nine, c’est de l’art, et du bon. Mais les pauvres dames de Bou­cher, leurs jambes fluettes, leurs pieds meur­tris dans le sou­lier à talons, leur taille amin­cie sous le cor­set, leurs mains inutiles, leurs gorges exsangues, tout cela me repous­sait. Devant la Diane de Bou­cher, qu’on copie tant au musée, je me figu­rais voir des mar­quises de ce temps qu’il s’é­tait amu­sé à peindre dans un but peu recom­man­dable et qu’il avait désha­billées et pla­cées lui-même dans son ate­lier trans­for­mé en pay­sage. Je me repor­tais à la Diane chas­se­resse des Antiques, si belle, si noble et de la plus haute dis­tinc­tion de formes. Bou­cher n’é­tait qu’un entraîneur.

De Jean-Bap­tiste-Siméon Char­din, j’ai trou­vé deux belles grandes toiles, des des­sus de porte, Les attri­buts des arts et Les attri­buts des sciences, ain­si plus loin qu’une nature morte à la côte­lette… Char­din était un mon­sieur étrange, un brin rus­tique. On ne pense pas tou­jours à regar­der les pla­fonds, mais vous trou­ve­rez ici un superbe pla­fond peint sur papier marou­flé de Giam­bat­tis­ta Tie­po­lo, L’a­po­théose d’Her­cule. J’a­dore Tie­po­lo pour sa gran­di­lo­quence et ses com­po­si­tions aux points de vue plus qu’au­da­cieux, il livre quelque chose de l’âme véni­tienne. On ver­ra aus­si une toile très par­ti­cu­lière, un Por­trait du peintre par lui-même par Joseph Ducreux, un peintre pour ses auto­por­traits sati­ristes et irré­vé­ren­cieux, dont il fau­dra que je fasse un papier pour lui tout seul. On ver­ra aus­si des petites toiles, Ruines, trou­peau de mou­tons et de chèvre par Jan Wynants et deux allé­go­ries, L’A­bon­dance et La Nuit de Jan de Witt. On ver­ra aus­si dans la petite salle du fond, mal éclai­rée, cer­tains des tableaux les plus sombres de ces col­lec­tions, comme un Por­trait d’homme de Franz Hals, une œuvre tar­dive, auda­cieuse, réa­li­sée rapi­de­ment avec de grandes grif­fures de cou­leurs et des à‑plats inha­bi­tuels chez ce grand maître, mais aus­si un beau por­trait aus­tère du Doc­teur Arnold Tho­linx par le grand Rem­brandt Har­mens­zoon van Rijn et une autre toile, très connue, petite et rem­plie de mys­tère qu’est Les pèle­rins d’Em­maüs, dont je repar­le­rai éga­le­ment ici. On ver­ra aus­si des choses plus clas­siques comme le Por­trait du gra­veur Wille par Jean-Bap­tiste Greuze, une toile noble et rem­plie de silences et un pas­tel très vif et lumi­neux de Mau­rice Quen­tin de la Tour, le Por­trait d’un homme au pas­tel. Les ama­teurs de ruines ne man­que­ront pas de s’ar­rê­ter devant les Ruines d’une gale­rie du célèbre Hubert Robert

 

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