Description de l’univers, par Allain Manesson Mallet [1683]

Allain Manesson Mallet, géographe et militaire, plus militaire que géographe et grand spécialiste de poliorcétique, est l’auteur d’une description de l’univers (rien que ça) en cinq énormes volumes d’un caractère particulier puisqu’elle n’a été réalisée qu’à partir d’autres récits de géographes et de livres dont les sources étaient déjà obsolètes lorsqu’il les collecta, sans le savoir. Cette édition de 1719, traduite en allemand à Frankfort est imprimée en lettres gothiques du plus bel effet et comporte de très belles cartes illustrées et de multiples gravures, souvent fausses et drôles mais d’une grande qualité graphique pour l’époque.

Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien (Karl Richard Lepsius)

Entre 1842 et 1845, l’archéologue Karl Richard Lepsius sera chargé directement par l’empereur Frédéric-Guillaume IV de conduire une expédition en Égypte et au Soudan destinée à produire des relevés précis des plus grands sites, ainsi qu’à ramener le plus d’objets possibles, comme c’est souvent le cas. Du plateau de Gizah au complexe funéraire de Saqqarah, du Fayoum à Thèbes en passant par Der el-Bahari jusqu’à Philæ, l’expédition s’est rendue jusqu’au sud de la Nubie égyptienne, en Éthiopie et jusqu’aux confins de Méroé, la cité aux pyramides pointues. La somme de connaissances rapportée sera considérable au travers d’une œuvre majestueuse en 13 volumes : Monuments d’Égypte et d’Éthiopie d’après les dessins rapportés de l’expédition scientifique organisée dans les années 1842-1845 dans ces deux pays sur ordre de sa majesté, le roi de Prusse, Frédéric Guillaume IV [« Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien nach den Zeichnungen der von Seiner Majestät dem Könige von Preußen, Friedrich Wilhelm IV., nach diesen Ländern gesendeten, und in den Jahren 1842–1845 ausgeführten wissenschaftlichen Expedition auf Befehl Seiner Majestät, 13 vol. »], Berlin, Nicolaische Buchhandlung, 1849 (réimpr. Réédition Genève : Éditions de Belles-Lettres, 1972).

Illustrations, copies topographiques, cartes, reproductions, relevés de terrain et surtout, un extraordinaire compte-rendu entièrement manuscrit ; tout est disponible sur le site de la Martin-Luther-Universität de Halle-Wittenberg sous le nom de Lepsius-Projekt. Une œuvre fascinante, qui même si elle est intégralement écrite en allemand, produit une somme documentaire inestimable.

Empereurs infortunés de Byzance (2) : la Basilissa et l’Aveugle

Constantin VI, Irène l’Athénienne, Léon III, Constantin V et Léon IV

Léon IV le Khazar, qui fut emporté par son amour immodéré des richesses dorées et des breloques et en particulier de sa couronne fétiche, était le père d’un des empereurs les plus malchanceux de l’histoire de Constantinople, Constantin VI, fils d’Irène l’Athénienne. A la mort de son père, n’ayant que 9 ans, sa mère prit la régence de l’Empire, rétablissant et permettant pour un temps le culte des icônes qui fut à cette époque un des enjeux majeurs de la politique religieuse (concile de Nicée II). Personnage des plus effacés, sans réel pouvoir, complètement étouffé par une mère qui de régente se fait nommer basilissa (βασίλισσα, reine) à la suite du succès de ce concile, Constantin, jaloux de son pouvoir, s’allie aux iconoclastes pour reprendre les rênes de l’Empire, sans réel succès. Ses défaites face aux Bulgares qui poussent aux portes de Constantinople et son image désastreuse liée au fait qu’il ait divorcé puis se soit remarié avec une inconnue, Théodora, que le peuple même appelait son auguste putain, en firent un empereur détesté du peuple autant que de sa cour, qu’il a réussi à se mettre à dos par une savante manœuvre particulièrement éclairante sur sa couardise : (more…)

Dans la fougue d’un autre monde

Je caresse la mappemonde
Jusqu’à ce que sous mes longs doigts
Naissent des montagnes, des bois
Et je me mouille en l’eau profonde
Des fleuves, et je fonce avec eux
Vers l’océan vertigineux
Débordant de partout mes yeux
Dans la fougue d’un autre monde

Jules Supervielle

Empereurs infortunés de Byzance (1) : La couronne maudite du Khazar

Monnaie byzantine représentant l’Empereur Léon IV le Khazar
et son père Constantin V Copronyme

Parmi les personnages hautement sympathiques qui régnèrent sur Constantinople, on en trouve quelques uns d’une même lignée qui furent directement impliqués dans la querelle iconoclaste. Petit fils de Léon III l’Isaurien, fils de Constantin V Copronyme, Léon IV le Khazar fut investi co-empereur par son père à l’âge de 1 an, et gouverna réellement en 775 à la mort de son père alors qu’il venait d’atteindre l’âge de 25 ans. Corrompu, sans réel charisme, Léon IV a une telle bonne image et une telle présence qu’on le surnomme le Khazar en raison des origines… de sa mère. Personnage sans grand intérêt, il tenta de continuer mollement la politique de persécution des adorateurs de saintes images qu’avait initié son grand-père, sans grande conviction. En revanche, il apparaît comme particulièrement amateur de richesse et de grandeur, au point d’en devenir complètement malade. Il meurt à l’âge de 30 ans d’avoir trop aimé l’or. En témoigne cet extrait de L’iconoclaste d’Alain Nadaud : (more…)

Le Magasin pittoresque / publié… sous la direction de M. Édouard Charton, directeur de publication (1833-1938)

Publié de manière ininterrompue pendant cent-cinq ans entre 1833 et 1938, le Magasin Pittoresque avait pour vocation de faire connaître les vestiges du passé par un décorticage de l’archéologie et l’art, en n’omettant pas de s’attacher aux découvertes technologiques de l’époque comme la photographie, avec pour principe d’illustrer le propos de gravures. D’une grande vertu pédagogique, la revue se vendra d’abord hebdomadairement puis mensuellement en atteignant rapidement un tirage de 100 000 exemplaires et verra passer par ses lignes certains noms devenus célèbres par la suite, comme George Sand, Camille Flammarion ou Eugène Delacroix.
Sur le site de la BNF sont disponibles les 94 numéros de la revue.