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Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde

L’Archi­ba­si­lique du Très-Saint-Sau­veur, plus connue sous le nom de basi­lique Saint-Jean-de-Latran est omnium urbis et orbis eccle­sia­rum mater et caput, Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde. Moins connue dans les esprits que la basi­lique Saint-Pierre, elle est pour­tant la pre­mière des églises dans l’ordre pro­to­co­laire, avant Saint-Pierre et fait par­tie des quatre basi­liques papales de Rome. Détruite à de mul­tiples reprises, elle est aujourd’­hui recons­truite dans un style majo­ri­tai­re­ment baroque ita­lien (c’est à dire à mon sens, pas tou­jours de très bon goût). On peut tou­te­fois encore admi­rer dans la cha­pelle du bap­tis­tère les restes de la basi­lique pri­mi­tive, com­men­cée en 315, avec une construc­tion d’ins­pi­ra­tion byzan­tine et des mosaïques dorées de toute beau­té qui font oublier la gran­di­lo­quence fas­tueuse de la basi­lique elle-même. Il est à noter que la mosaïque de l’ab­side date du IVème siècle, même si elle a été pro­fon­dé­ment res­tau­rée au XIIème siècle. On peut aujourd’­hui grâce au site du Vati­can visi­ter vir­tuel­le­ment (avec une musique tout ce qu’il y a de plus adap­tée) l’en­semble du bâti­ment comme vous ne le ver­rez cer­tai­ne­ment jamais, comme par exemple la cha­pelle Lan­cel­lot­ti ou la cha­pelle Cor­si­ni, qui ne sont pas ouvertes au public. Même si le lieu est impres­sion­nant de gran­diose et de faste, il reste une des mani­fes­ta­tions les plus flam­boyantes d’un art baroque qui ne s’est jamais embar­ras­sé de sim­pli­ci­té et qui n’hé­site pas à user d’une cer­taine théâ­tra­li­té qui sied mal à un lieu de recueille­ment, fût-il à la tête des autres…

Il est à noter que le Pré­sident de la Répu­blique Fran­çaise reçoit pour comme titre celui de Cha­noine d’Hon­neur de Saint-Pierre-de-Latran. Les deux seuls pré­si­dents de la cin­quième répu­blique à avoir refu­sé leur intro­ni­sa­tion sont Georges Pom­pi­dou et Fran­çois Mitterrand.

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Cette ville est un autre monde, dedans, un monde flo­ris­sant (4ème partie)

En étu­diant les visages de Paris à tra­vers l’his­toire, depuis les pré­misses de son exis­tence, avant même que Paris ne soit Lutèce(1), lorsque le Pari­sis, bas­sin limo­neux fer­tile de la val­lée séqua­nienne était exploi­té par les Pari­sii(2) pour sa pierre, son cal­caire blanc que l’on trouve jusque dans les murs du châ­teau de Ver­sailles, et cela jus­qu’à nos jours, on voit tout à coup se des­si­ner l’or­ga­ni­sa­tion d’une ville autour de son centre, éta­bli autour des anciens thermes de Clu­ny et de l’île de la Cité. Il en aura fal­lu de l’au­dace pour s’ins­tal­ler sur cette grande île au milieu du fleuve, à une époque où le génie civil n’é­tait pas vrai­ment au faîte de sa gloire et où le fleuve était régu­liè­re­ment pris dans les glaces qui en fon­dant détrui­saient avec une impres­sion­nante constance les ponts de bois, et cela jus­qu’au XVIè siècle. Mais le lieu revê­tait un carac­tère stra­té­gique par­ti­cu­lier et bien vite l’en­droit fut construit, for­ti­fié et pla­cé au centre de la vie de cette nou­velle ville. Son empla­ce­ment sur le fleuve en fit vite un lieu de pas­sage pri­vi­lé­gié tout d’a­bord pour le com­merce flu­vial. De riches mar­chands trouvent leur compte dans cette acti­vi­té et les indus­triels tirent par­ti du flux de la Bièvre pour éta­blir mégis­se­ries, tan­ne­ries et autres acti­vi­tés tex­tiles. Les ponts sont mis à pro­fit pour la construc­tion de mou­lins qui four­ni­ront la farine néces­saire à la cuis­son du pain au four banal (le four est à l’é­poque cen­tra­li­sé pour des ques­tions d’im­po­si­tion, et le plus connu se trou­vait alors… rue du Four). Éga­le­ment, la pré­sence des ponts per­met de ren­for­cer les échanges entre le nord et le sud et hos­tel­le­ries et auberges font leur beurre avec les com­mer­çants et les voya­geurs de pas­sage. La vie prend forme et très vite Paris devient la plus grande ville du monde occidental.

Île de la Cité — Frères Lim­bourg — Mois de Juin — Les Très Riches Heures du Duc de Berry

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Fai­seurs de lumière I

Au creux des reins de cette période sen­suelle qu’est le Moyen-Âge se nichent des hommes qui avaient le don des belles choses et qui ont pas­sé leur vie à employer leur don excep­tion­nel pour le des­sin et la pein­ture afin d’illus­trer la vie de leur époque, les évé­ne­ments qui ont mar­qué l’his­toire et les récits et les hauts-faits des Grands Hommes. Concré­tion des arts gra­phiques de cette période qu’on appelle la Pre­mière Renais­sance, l’En­lu­mi­nure recèle toutes les splen­deurs et les plus belles tech­niques d’une période plus roman­tique qu’il n’y paraît. Les ins­tru­ments et les cou­leurs eux-mêmes sont por­teurs de noms fan­tas­ma­tiques ; calame, vélin, let­trine, sépia, azu­rite et orpiment…
Voi­ci un tour d’ho­ri­zon des plus belles œuvres et des plus grands fai­seurs de lumière de cette forme d’art gra­phi­que­ment et natu­rel­le­ment haute en couleurs.

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Cette ville est un autre monde, dedans, un monde flo­ris­sant (3ème partie)

J’ai décou­vert dans l’At­las de Paris au Moyen-Âge une petite gra­vure repré­sen­tant l’hô­tel de Vau­vert au cœur de Paris, à l’emplacement de ce qui est aujourd’­hui le Jar­din du Luxem­bourg. Vau­vert est une autre forme de « Val Vert », indi­quant clai­re­ment un endroit boi­sé et plu­tôt agréable. L’ex­pres­sion « aller au Diable Vau­vert » remet cette image idyl­lique en cause. En cher­chant l’o­ri­gine de cette expres­sion, j’ai trou­vé autant d’ex­pli­ca­tions que de sources, toutes dif­fé­rentes quand à sa signi­fi­ca­tion et son ori­gine, un grand n’im­porte quoi auquel je ne veux pas don­ner cau­tion. Tou­te­fois, si la lin­guis­tique nous emmène sur des che­mins hasar­deux, l’his­toire, elle, semble être d’ac­cord avec les faits et nous raconte une his­toire qui si elle ne nous laisse aucune cer­ti­tude, nous donne une idée de l’o­ri­gine des mots.

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Cette ville est un autre monde, dedans, un monde flo­ris­sant (2ème partie)

Paris n’a pas tou­jours été un lieu pres­ti­gieux dont l’i­mage rayonne aux quatre coins du monde, qui décen­tra­lise ses musées en pro­vince et dans les émi­rats arabes, qui fait de l’A­ve­nue des Champs-Ély­sée la plus belle ave­nue du monde (en réa­li­té la plus vul­gaire, et de loin) ou qui devient capi­tale de la mode. Au Moyen-Âge, lorsque la ville devient la plus grande ville du monde occi­den­tal, c’est un véri­table coupe-gorge et un lieu de per­di­tion, mais remis dans son contexte de l’é­poque, Paris est loin d’être une ville riche. Les nobles s’en­tassent dans les palais, jamais bien loin du roi, tan­dis que les notables et les bour­geois déve­loppent les vil­lages de Paris (Saint-Laurent, Saint-Ger­main des Prés, Saint-Mar­cel, etc.) avec l’argent flo­ris­sant du com­merce et de l’in­dus­trie — fina­le­ment, rien de nou­veau. Au milieu de tout ce beau monde, une belle pro­por­tion de la popu­la­tion vit dans la misère la plus crasse, et comme dans toute situa­tion de crise, les réseaux mafieux s’ins­tallent, la pros­ti­tu­tion s’ins­ti­tu­tion­na­lise, le crime se propage…

Loin de Pigalle, des abords du bois de Bou­logne (de cette ban­lieue dont le nom vient du ban, la loi sei­gneu­riale, et la lieue, l’u­ni­té de mesure qui défi­nit l’es­pace à par­tir du centre de la ville sur lequel s’é­tend l’au­to­ri­té du sei­gneur) et de la rue Saint-Denis, en remon­tant dans le pas­sé, on trouve des hauts-lieux de la pros­ti­tu­tion aux noms évo­ca­teurs. Par­mi les plus connus, on cite­ra la rue de Gla­ti­gny sur l’île de Cité, le fameux Val d’A­mour, qui fut à l’o­ri­gine de l’ex­pres­sion “fille de Gla­ti­gny”, mais on trouve éga­le­ment trace dans une ordon­nance du pré­vôt de Paris, datée de 1367, d’un état de la situa­tion qui force les auto­ri­tés à prendre des mesures et tentent de cir­cons­crire les filles de joie dans leurs péri­mètres, sans grand effet :

Que toutes les femmes pros­ti­tuées, tenant bor­del en la ville de Paris, allassent demeu­rer et tenir leurs bor­dels en places et lieux publics à ce ordon­nés et accou­tu­més, selon l’or­don­nance de Saint Louis. C’est à savoir : à L’A­breu­voir de Mas­con (à l’angle du pont Saint-Michel et de la rue de la Huchette), en La Bou­che­rie (voi­sine de la rue de la Huchette), rue Froid­men­tel, près du clos Bru­nel (à l’est du Col­lège de France abou­tis­sant au car­re­four du Puits-Cer­tain), en Gla­ti­gny (rue nom­mée Val d’A­mour dans la Cité), en la Court-Robert de Pris (rue du Renard-Saint-Mer­ri), en Baille-Hoë (près de l’é­glise Saint-Mer­ri et com­mu­ni­quant avec la rue Taille-Pain et à la rue Brise-Miche), en Tyron (rue entre la rue Saint-Antoine et du roi de Sicile), en la rue Cha­pon (abou­tis­sant rue du Temple) et en Champ-Flo­ry (rue Champ-Fleu­ry, près du Louvre). Si les femmes publiques, d’é­cris ensuite cette ordon­nance, se per­mettent d’ha­bi­ter des rues ou quar­tiers autres que ceux ci-des­sus dési­gnés, elles seront empri­son­nées au Châ­te­let puis ban­nies de Paris. Et les ser­gents, pour salaire, pren­dront sur leurs biens huit sous parisis…

Source Inse­cu­la.
On recon­nait aisé­ment des rues au nom évo­ca­teur : rue Taille-Pain et rue Brise-Miche, qui n’ont rien à voir avec le métier de bou­lan­ger. Aujourd’­hui encore cer­taines rues portent des noms qui ne sont que la défor­ma­tion res­pec­table de noms fleu­ris : La rue des Poi­te­vins, hor­mis quelques noms sans inté­rêt (Gui le queux, Gérard aux Poi­te­vins, etc.) a por­té suc­ces­si­ve­ment et cela jus­qu’au XVè siècle les noms de rue du Pet, rue du Petit-Pet et rue du Gros-Pet. Tout un poème. La rue du Péli­can s’est appe­lée rue Pur­gée, mais sur­tout Rue du Poil-au-con. L’ac­tuelle rue Marie Stuart s’ap­pe­lait autre­fois rue du Tire-Bou­din (pas besoin de dire que le bou­din en ques­tion n’est nul­le­ment bour­ré de viande de porc) et rue du Tire-Vit, elle aurait appré­cié, j’en suis certain.
Une par­tie de l’ac­tuelle rue de Beau­bourg (ce nom même, iro­nique, indi­quait que cette par­tie de la ville a long­temps eu mau­vaise répu­ta­tion) a por­té le nom de rue Trace-Putain, et la rue du Petit-Musc (nom évo­ca­teur qui pour­rait faire pen­ser au par­fum) s’ap­pe­lait en réa­li­té rue Pute-y-musse (pute s’y cache).

1ère par­tie
3ème par­tie
4ème par­tie

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