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Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 2

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 2

Une sai­son au Shepheard’s

Une sai­son au Shepheard’s

Par­tie 2

 

Il la revit le len­de­main. Et le sur­len­de­main. Et tous les soirs qui suivirent.

Dor­lange des­cen­dait au caba­ret vers dix heures, pre­nait la même table au fond, com­man­dait ses whis­kys et atten­dait. L’or­chestre jouait ses airs fati­gués, des couples dan­saient mol­le­ment, des offi­ciers riaient trop fort — il ne voyait rien. Il atten­dait Nehad.

Elle appa­rais­sait tou­jours à la même heure, vers onze heures, par­fois plus tard. Elle chan­tait deux ou trois chan­sons, jamais plus. Puis elle des­cen­dait dans la salle, cir­cu­lait entre les tables, et dis­pa­rais­sait. Dor­lange ne lui avait pas encore adres­sé la parole. Il ne savait pas ce qu’il aurait pu lui dire.

Un soir, elle vint s’as­seoir à sa table.

Sans deman­der, sans un mot. Elle tira une chaise, s’as­sit, fit signe au ser­veur d’ap­por­ter un verre. Dor­lange sen­tit quelque chose se nouer dans sa poi­trine — peur, désir, il n’au­rait su dire.

— Vous venez tous les soirs, dit-elle.

Sa voix par­lée n’é­tait pas sa voix chan­tée. Plus basse, plus neutre. Un fran­çais impec­cable, avec un léger accent qu’il n’ar­ri­vait pas à situer.

— J’aime la musique, dit Dorlange.

— Non. Vous n’é­cou­tez pas la musique. Vous regardez.

Elle allu­ma une ciga­rette. Ses mains étaient belles — longues, sèches, sans bagues.

— Je m’ap­pelle Nehad.

— Je sais.

— Et vous ?

— Dor­lange.

— Ce n’est pas votre vrai nom.

Ce n’é­tait pas une ques­tion. Dor­lange ne répon­dit pas. Elle souf­fla la fumée vers le pla­fond, lentement.

— Per­sonne ne dit son vrai nom, ici. Ça n’a pas d’importance.

Le ser­veur appor­ta son verre. Elle but une gor­gée, repo­sa le verre, regar­da Dor­lange. Ses yeux, de près, étaient encore plus grands qu’il ne l’a­vait cru. Noi­sette, avec des reflets d’ambre. Des yeux qui ne cil­laient pas.

— Qu’est-ce que vous faites au Caire, Dorlange ?

— Je suis négociant.

— Per­sonne n’est négo­ciant au Caire. Qu’est-ce que vous faites vraiment ?

— J’at­tends.

— Vous atten­dez quoi ?

Il n’a­vait pas de réponse. Elle hocha la tête, comme si c’é­tait la bonne.

— Tout le monde attend. Les Anglais attendent Rom­mel. Les Égyp­tiens attendent que les Anglais partent. Moi j’at­tends que tout ça finisse.

Elle écra­sa sa ciga­rette, à moi­tié fumée.

— Vous vou­lez voir autre chose que cet hôtel ?

* * *

Elle l’emmena à Khan el-Khalili.

Ils prirent un taxi jus­qu’à la mos­quée al-Hus­sein, puis conti­nuèrent à pied. C’é­tait la nuit, mais le souk ne dor­mait pas. Des échoppes ouvertes, éclai­rées au pétrole, des hommes assis devant des cafés, des chats qui filaient entre les jambes. Ça sen­tait le cuivre, les épices, la viande grillée, la pisse aus­si par endroits.

Nehad mar­chait vite, sans se retour­ner. Elle connais­sait les ruelles, les pas­sages, les rac­cour­cis. Dor­lange la sui­vait comme on suit un guide dans un pays étran­ger — sans poser de ques­tions, en regar­dant tout.

Le souk était un laby­rinthe. Des ruelles qui se croi­saient, reve­naient sur elles-mêmes, débou­chaient sur des impasses ou sur des places minus­cules. Des bou­tiques ven­daient de tout — cuivre, or, tis­sus, par­fums, anti­qui­tés vraies ou fausses. Des mar­chands l’in­ter­pel­laient en anglais, en fran­çais, en ita­lien. Dor­lange ne répon­dait pas. Il marchait.

Nehad s’ar­rê­ta devant une échoppe de thé. Un vieux assis sur un tabou­ret fumait le nar­gui­lé. Elle lui dit quelque chose en arabe, il répon­dit sans bou­ger. Elle s’as­sit sur un banc, fit signe à Dorlange.

— Ici, dit-elle, per­sonne n’écoute.

Le vieux leur appor­ta du thé brû­lant, sucré à vomir. Dor­lange but quand même.

— Vous êtes fran­çais, dit Nehad. C’est rare, main­te­nant. Les Fran­çais sont par­tis, ou ils se cachent.

— Je ne me cache pas.

— Non. Vous atten­dez. C’est différent.

Elle sor­tit une ciga­rette, la fit rou­ler entre ses doigts sans l’allumer.

— La France, pour nous, c’é­tait quelque chose. Avant. Bona­parte, le canal, la langue. Mon père par­lait fran­çais mieux qu’a­rabe. Il était copte, vous savez ce que c’est ? Les chré­tiens d’É­gypte. Les vrais Égyp­tiens, il disait. Les Arabes sont venus après, les Turcs, les Anglais. Nous, on était là avant tout le monde.

Elle allu­ma enfin sa cigarette.

— Mon père est mort en 36. Il a eu de la chance. Il n’a pas vu ce qui vient.

— Qu’est-ce qui vient ?

Elle le regar­da. Un regard long, qui pesait quelque chose.

— Vous vou­lez vrai­ment savoir ?

* * *

Une semaine plus tard, elle l’emmena à Zamalek.

L’île était un autre monde. Des vil­las blanches der­rière des grilles, des jar­dins, des arbres. Le silence, sur­tout — plus de klaxons, plus de cris, juste le frois­se­ment des feuilles et le bruit loin­tain du Nil. On se serait cru en Europe, une Europe rêvée, colo­niale, qui n’exis­tait déjà plus.

Le taxi les dépo­sa devant une mai­son à deux étages, volets verts, bou­gain­vil­liers sur le mur. Nehad son­na. Un domes­tique ouvrit, les fit entrer.

Le salon était sombre, frais, meu­blé à l’eu­ro­péenne. Des tapis, des livres, un pia­no que per­sonne ne devait jouer. Trois hommes atten­daient, assis. Ils se levèrent quand Nehad entra.

— Mes amis, dit-elle en fran­çais. Voi­ci celui dont je vous ai parlé.

Dor­lange ser­ra des mains. Des noms arabes qu’il oublia aus­si­tôt. Deux des hommes avaient la qua­ran­taine, l’air de fonc­tion­naires ou d’a­vo­cats. Le troi­sième était plus jeune, plus mince, avec un visage d’aigle et des yeux qui ne tenaient pas en place. Il por­tait un cos­tume civil, mais quelque chose dans sa pos­ture tra­his­sait le militaire.

— Asseyez-vous, dit le jeune homme.

Son fran­çais était raide, sco­laire. Dor­lange s’as­sit. On lui ser­vit du café.

— Nehad dit que vous êtes fran­çais. Que vous n’ai­mez pas les Anglais.

— Je n’ai pas dit ça.

— Mais vous ne les aimez pas.

Dor­lange pen­sa aux archives qui brû­laient, aux flo­cons noirs sur Le Caire, aux types en short qui buvaient du gin sur la ter­rasse du She­pheard’s pen­dant que leur empire s’écroulait.

— Non, dit-il. Je ne les aime pas.

Le jeune homme sou­rit. Un sou­rire mince, sans chaleur.

— Moi non plus. Per­sonne ici ne les aime. Ils occupent mon pays depuis soixante ans. Ils nous méprisent. Ils prennent notre coton, notre canal, notre digni­té. Et main­te­nant ils vont perdre la guerre.

— Rom­mel peut encore être arrêté.

— Rom­mel sera au Caire dans un mois. Peut-être deux. Et quand il arri­ve­ra, nous serons prêts.

Dor­lange regar­da les autres. Ils ne disaient rien. Ils regar­daient le jeune homme avec une défé­rence qui ne s’ex­pli­quait pas par son âge.

— Qui êtes-vous ? deman­da Dorlange.

— Je m’ap­pelle Sadate. Anouar el-Sadate. Je suis offi­cier dans l’ar­mée égyp­tienne. Et je vais vous dire quelque chose, mon­sieur Dor­lange : dans cette guerre, il n’y a pas de bons et de méchants. Il y a ceux qui occupent l’É­gypte, et ceux qui veulent la libérer.

Il se pen­cha en avant.

— La ques­tion est : de quel côté êtes-vous ?

* * *

Dor­lange ren­tra au She­pheard’s à trois heures du matin.

La ter­rasse était vide, les lumières éteintes. Il mon­ta à sa chambre sans croi­ser per­sonne. Il se désha­billa, s’al­lon­gea sur le lit, fixa le plafond.

Sadate. Ce nom lui disait quelque chose — il avait dû le lire dans un rap­port, à Bey­routh, avant de par­tir. Un jeune offi­cier natio­na­liste, sur­veillé par les Anglais. Consi­dé­ré comme dan­ge­reux. En contact avec les Alle­mands, disait-on.

Et main­te­nant Dor­lange était assis dans un salon de Zama­lek, à boire du café avec lui.

Qu’est-ce qu’il fou­tait là ?

Il pen­sa à Nehad. À ses yeux qui ne cil­laient pas. À sa façon de l’emmener, sans expli­ca­tions, dans des endroits où il n’au­rait jamais dû aller. Elle l’a­vait choi­si. Pour­quoi ? Qu’a­vait-elle vu en lui ?

Il pen­sa à ce qu’il avait dit : Je ne les aime pas. C’é­tait vrai. Il n’ai­mait pas les Anglais, leur arro­gance tran­quille, leur cer­ti­tude d’a­voir rai­son. Mais est-ce que ça suf­fi­sait ? Est-ce qu’on tra­hit pour ça ?

Il ne dor­mit pas.

* * *

Les jours sui­vants, Nehad disparut.

Elle ne chan­tait plus au caba­ret. Dor­lange des­cen­dait chaque soir, atten­dait, repar­tait. Il deman­da au bar­man, qui haus­sa les épaules. Il deman­da à l’or­chestre, per­sonne n’avait pu lui don­ner un début de réponse. Nehad avait dis­pa­ru, et per­sonne ne sem­blait s’en inquiéter.

Il essaya de retour­ner à Zama­lek. Le taxi le dépo­sa devant la mai­son aux volets verts. Il son­na. Per­sonne n’ou­vrit. Il son­na encore. Rien. La mai­son sem­blait vide, abandonnée.

Il revint au She­pheard’s, but plus que d’habitude.

Dur­rell le trou­va au Long Bar, un soir, devant son cin­quième whisky.

— Vous avez une sale gueule, Dorlange.

— Mer­ci.

— Non, vrai­ment. Vous res­sem­blez à quel­qu’un qui a des ennuis. Ou qui va en avoir.

Dur­rell s’as­sit à côté de lui, com­man­da un gin.

— Je vous observe, vous savez. C’est mon métier, d’ob­ser­ver. Vous êtes arri­vé ici il y a trois semaines, vous ne faites rien, vous ne voyez per­sonne, et depuis quelques jours vous avez l’air d’un type qui attend une balle.

— Vous vous faites des idées.

— Peut-être. Mais je vais vous dire quelque chose, en ami. Le Caire est une ville dan­ge­reuse, en ce moment. Il y a des gens qui jouent à des jeux dan­ge­reux. Des jeux qui finissent mal. Il est temps de partir.

Il but une gor­gée de gin, fit cla­quer sa langue.

— Les Anglais ne sont pas idiots, Dor­lange. Ils ont l’air de l’être, mais ils ne le sont pas. Ils savent des choses. Sur tout le monde.

Il posa son verre, regar­da Dor­lange dans les yeux.

— Sur vous aus­si, probablement.

* * *

Nehad réap­pa­rut une semaine plus tard.

Elle entra au caba­ret comme si de rien n’é­tait, chan­ta ses deux chan­sons, des­cen­dit dans la salle. Elle vint s’as­seoir à la table de Dorlange.

— Vous étiez où ? demanda-t-il.

— Ailleurs.

— J’ai cru que…

— Vous avez cru quoi ?

Il ne savait pas ce qu’il avait cru. Qu’elle était morte, arrê­tée, par­tie. Qu’il ne la rever­rait jamais. Qu’il s’en fou­tait. Qu’il ne s’en fou­tait pas tant que ça.

— Rien, dit-il.

Elle allu­ma une cigarette.

— Ils veulent vous revoir. Sadate et les autres.

— Pour­quoi ?

— Parce qu’ils ont besoin de vous. Et parce que je leur ai dit que vous étiez fiable.

— Qu’est-ce qui vous fait croire que je suis fiable ?

Elle le regar­da. Ce regard qu’elle avait, qui vous tra­ver­sait comme si vous étiez transparent.

— Rien. Je me trompe peut-être. Mais je vois quelque chose en vous.

Elle se leva.

— Demain soir. Minuit. Pas à Zama­lek — trop sur­veillé main­te­nant. Je vien­drai vous chercher.

Elle par­tit sans se retourner.

* * *

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Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 2

Une sai­son au She­pheard’s — Par­tie 1

Une sai­son au Shepheard’s

Une sai­son au Shepheard’s

Par­tie 1

 

Le Caire, juillet 1942

* * *

Le taxi le dépo­sa devant l’hô­tel et Dor­lange res­ta plan­té là, sa valise à la main, stu­pide sous le soleil brû­lant. Trois heures de l’a­près-midi. Pas un souffle. La lumière tapait si fort qu’on ne voyait plus rien — juste cette façade blanche, les stores bais­sés, et sur la ter­rasse des types en uni­forme ava­chis sur leurs chaises comme des cadavres en permission.

Il avait soif. Il avait soif depuis Bey­routh. Une soif obsédante.

Le hall sen­tait le tabac refroi­di et autre chose, une odeur dou­ceâtre, entê­tante — fleurs cre­vées dans un vase ou par­fum de femme, il n’au­rait su dire. Tout était sombre dans la rue. Des ven­ti­la­teurs tour­naient au pla­fond, lents, inutiles. Des boi­se­ries par­tout. Des mou­cha­ra­biehs. Tout un fatras orien­tal pour Anglais en goguette. Dor­lange s’en fou­tait. Il vou­lait une chambre, un lit, dormir.

À la récep­tion, un Égyp­tien en tar­bouche le regar­da à peine. Dor­lange signa le registre. Pro­fes­sion : négo­ciant. Il avait failli écrire autre chose — quoi, il ne savait plus vrai­ment. Négo­ciant, ça ne vou­lait rien dire. Au Caire, en juillet 42, per­sonne ne vou­lait rien dire.

Chambre 214. Deuxième étage. Un gamin en gala­bieh mon­ta sa valise. Le gamin avait des yeux immenses, noirs, qui ne regar­daient rien. Dans le cou­loir, ça puait l’en­caus­tique et la naph­ta­line. Des pho­tos au mur — des types en casque colo­nial devant des pyra­mides, devant des lions morts, devant leur propre impor­tance. L’Em­pire. Dor­lange pas­sa sans regarder.

La chambre don­nait sur des arbres. Il ouvrit les per­siennes et la cha­leur entra comme une gifle. En bas, un jar­din. Des pal­miers, immo­biles. Au loin, la ville fai­sait du bruit — klaxons, ânes, une radio arabe quelque part — mais c’é­tait un bruit étouf­fé, qui n’ar­ri­vait pas vrai­ment jusqu’ici.

Il s’as­sit sur le lit. Res­sorts fati­gués, draps déjà moites. Le ven­ti­la­teur grin­çait à inter­valles régu­liers. Dor­lange comp­ta les grin­ce­ments, puis arrê­ta. Il ouvrit sa valise, sor­tit ses affaires. Che­mises frois­sées, linge, un rasoir, un livre qu’il traî­nait depuis des mois sans le lire. Au fond, dans la dou­blure, les papiers. Il les tou­cha du bout des doigts. Tou­jours là.

Il avait trente-six ans. Les tempes qui gri­son­naient. Un visage qu’on oublie, qu’il avait vou­lu qu’on oublie. Avant la guerre, il avait été quel­qu’un — pro­fes­seur de lettres dans un lycée de pro­vince, marié à une femme qui s’en­nuyait, pro­prié­taire d’une mai­son avec un jar­din où il ne se pas­sait plus rien. Tout ça avait dis­pa­ru. La femme était par­tie, ou c’est lui qui était par­ti, ça ne comp­tait plus. La guerre avait pas­sé des­sus comme un rou­leau com­pres­seur et main­te­nant il était au Caire, dans une chambre qui sen­tait le moi­si, et il ne savait pas très bien pourquoi.

Non. Il savait. Mais il pré­fé­rait ne pas y penser.

Il s’al­lon­gea. Le pla­fond était haut, sale dans les coins. Une fis­sure cou­rait d’un mur à l’autre, fine comme un che­veu. Dor­lange la sui­vit des yeux jus­qu’à s’endormir.

* * *

Quand il se réveilla, il fai­sait presque nuit.

La chambre était bleue, d’un bleu de fond marin. Il avait dor­mi quatre heures, peut-être cinq. Sa che­mise lui col­lait au dos. Il se leva, pas­sa de l’eau sur son visage, chan­gea de che­mise. Dans le miroir, sa gueule. Il détour­na les yeux.

La ter­rasse.

Il la trou­va trans­for­mée. Ce qui était mort l’a­près-midi vivait main­te­nant, grouillait, buvait. Des offi­ciers par­tout, des femmes, des types en cos­tumes clairs. Les suf­fra­gis cou­raient entre les tables avec des pla­teaux char­gés de verres. Ça par­lait fort, ça riait. On aurait dit une fête, sauf que per­sonne n’a­vait l’air vrai­ment gai. Quelque chose de for­cé, de trop appuyé. On s’a­mu­sait comme on se noie.

Dor­lange trou­va une table au bord, près de la balus­trade. En bas, la rue. Des sol­dats aus­tra­liens, recon­nais­sables à leurs cha­peaux, mar­chaient en bande vers des plai­sirs qu’on devi­nait. Des voi­tures. Des calèches. Une femme voi­lée de noir, puis une autre en robe décol­le­tée et talons hauts. Le Caire.

Il com­man­da un whis­ky. Le suf­fra­gi hocha la tête, dis­pa­rut, revint. Le verre était tiède. La glace avait déjà fon­du. Dor­lange but quand même.

À la table d’à côté, un vieux à mous­tache jaune tenait salon.

— Rom­mel est fou­tu, j’vous dis. Fou­tu ! Ses lignes sont trop éti­rées. Ques­tion de ravi­taille­ment. Dans un mois, on contre-attaque.

Le vieux avait une voix de sourd qui por­tait jus­qu’au Nil. Des jeunes offi­ciers l’é­cou­taient, ou fai­saient sem­blant. L’un d’eux avait le regard vide des gens qui pensent à autre chose — une femme, une mort, une lettre qu’il n’a pas envoyée.

— J’ai fait les Dar­da­nelles, conti­nuait le vieux. Je connais ça. Une offen­sive à bout de souffle, ça se voit.

Dor­lange ces­sa d’é­cou­ter. Ce type-là, Hatha­way — il appren­drait son nom plus tard — racon­tait les mêmes his­toires depuis vingt ans. Il mour­rait ici, sur cette ter­rasse, un verre à la main, en expli­quant com­ment on aurait dû s’y prendre.

Une femme.

Elle venait de s’as­seoir, seule, à l’autre bout. Robe grise. Bras nus. Che­veux noirs rele­vés. Elle allu­ma une ciga­rette sans regar­der per­sonne, puis elle regar­da tout le monde — un balayage lent, tran­quille, l’in­ven­taire de ce qui ne l’in­té­res­sait pas.

Elle n’é­tait pas jeune. Qua­rante ans, peut-être plus. Son visage avait quelque chose de cas­sé, ou de recol­lé — une beau­té qui avait pris des coups et qui s’en fou­tait main­te­nant. Pas de bijoux. Pas de maquillage, ou presque. Elle fumait sa ciga­rette et elle regar­dait la nuit tom­ber et on avait envie de savoir à quoi elle pensait.

Leurs yeux se croisèrent.

Elle ne sou­rit pas. Pas de manège, pas de baisse de pau­pières. Elle le regar­da comme on regarde un meuble, pour voir s’il va avec le reste, puis elle se détourna.

Dor­lange vida son verre. Le whis­ky lui brû­lait la gorge. Il ne savait pas encore qu’elle s’ap­pe­lait Ele­ni, qu’elle était grecque, qu’elle avait fui Salo­nique six mois plus tôt avec deux valises et un mari qu’on avait enter­ré en route, à Alexan­drie, dans un cime­tière qu’elle ne retrou­ve­rait jamais. Il ne savait pas qu’elle occu­pait la chambre 218, au bout du cou­loir, et qu’il enten­drait bien­tôt ses pas, la nuit, quand elle ne dor­mait pas.

Il com­man­da un autre whisky.

* * *

Les jours sui­vants se ressemblèrent.

Le matin : petit-déjeu­ner dans la grande salle, par­mi les Anglais qui lisaient les jour­naux d’un air consti­pé. Les nou­velles étaient mau­vaises. Rom­mel avan­çait, ou n’a­van­çait plus, ou allait reprendre l’of­fen­sive, selon les ver­sions. Des types arri­vaient du désert, brû­lés, hagards, buvaient un coup et repar­taient. D’autres pré­pa­raient leurs bagages pour l’A­frique du Sud. On par­lait d’é­va­cua­tion. On par­lait de ce qui se pas­se­rait si les Alle­mands entraient au Caire.

L’a­près-midi : la cha­leur. Dor­lange res­tait dans sa chambre, les per­siennes fer­mées, à écou­ter le ven­ti­la­teur. Il dor­mait, se réveillait en sueur, dor­mait encore. Il lisait trois pages de son livre, puis le repo­sait. Il écri­vait des lettres qu’il déchi­rait ensuite. À qui les aurait-il envoyées ?

Par­fois il sor­tait. Il mar­chait dans les rues autour de l’hô­tel. L’O­pé­ra, les jar­dins, le quar­tier des banques où des gens fai­saient la queue pour des billets vers ailleurs. Il allait jus­qu’au Nil, s’as­seyait sur un banc, regar­dait les felouques. L’eau était brune, lente. Elle ne sem­blait cou­ler nulle part.

Mais c’est au She­pheard’s qu’il revenait.

L’hô­tel était un piège, une colle. On y entrait pour une nuit et on y res­tait. Des gens vivaient là depuis des mois, peut-être des années — le vieux Hatha­way, d’autres qu’il apprit à recon­naître. Une faune étrange. Des offi­ciers en rup­ture de front, des femmes sans maris visibles, des hommes d’af­faires dou­teux, des jour­na­listes, des espions pro­ba­ble­ment. Per­sonne ne posait de ques­tions. C’é­tait la règle.

Il y avait un Suisse.

Grand, sec, tou­jours en cos­tume de lin, tou­jours impec­cable mal­gré la cha­leur. Il s’ap­pe­lait Mül­ler, se pré­sen­tait comme archéo­logue. Mais quand Dor­lange lui deman­da sur quel site il tra­vaillait, Mül­ler eut un sou­rire vague.

— Les fouilles sont sus­pen­dues, bien sûr. Je tra­vaille sur mes notes. Je classe.

Il par­lait un fran­çais par­fait, sans accent, ce qui était sus­pect. Son arabe aus­si était par­fait, disait-on. Il avait l’a­ma­bi­li­té des gens qui mentent bien — cha­leu­reuse, pré­cise, étanche.

Il y avait les Smith.

Reg­gie Smith, bri­tan­nique, loud, rou­geaud, tra­vaillait au Bri­tish Coun­cil. Il par­lait trop, riait trop, buvait trop. Sa femme, Oli­via, était son contraire — mince, sèche, silen­cieuse. Elle regar­dait les gens avec des yeux de vivi­sec­teur. On disait qu’elle écri­vait, mais per­sonne n’a­vait lu ce qu’elle écri­vait. Dor­lange la sur­prit plu­sieurs fois en train de le fixer. Quand il sou­te­nait son regard, elle ne détour­nait pas le sien. Elle conti­nuait, pre­nait des notes men­tales. Il se deman­da ce qu’elle écri­rait sur lui.

Et puis il y avait Durrell.

Law­rence Dur­rell. Petit, ner­veux, une mous­tache de séduc­teur, des yeux qui brillaient tou­jours d’une iro­nie dont on ne savait pas si elle était tour­née vers vous ou vers lui-même. Il tra­vaillait au ser­vice de presse bri­tan­nique — en clair, il fai­sait de la pro­pa­gande. Il s’en moquait ouvertement.

— Je fabrique des men­songes, dit-il un soir à Dor­lange au Long Bar. Mais des men­songes utiles. Des men­songes patrio­tiques. C’est un art, vous savez.

Il avait vécu à Cor­fou, avant. Il avait écrit des livres. Il connais­sait Hen­ry Mil­ler, par­lait de Paris d’a­vant-guerre, racon­tait des his­toires qu’on ne savait pas s’il inven­tait. Il était char­mant et dan­ge­reux, comme tous les gens charmants.

— Vous êtes quoi, vous ? deman­da-t-il à Dor­lange. Je veux dire : réellement.

— Négo­ciant, dit Dorlange.

— Bien sûr.

Dur­rell sou­rit. Il n’in­sis­ta pas. Mais à par­tir de ce soir-là, Dor­lange sen­tit qu’il était observé.

* * *

Le 1er juillet, on brû­la les archives.

Dor­lange l’ap­prit au petit-déjeu­ner. Des offi­ciers par­laient à voix basse, mais assez fort pour qu’on entende : l’am­bas­sade bri­tan­nique détrui­sait ses docu­ments. On éva­cuait les familles. La flotte avait quit­té Alexan­drie. Rom­mel était à cent kilomètres.

Il sor­tit sur la ter­rasse. Le ciel était bizarre — sale, gris, alors qu’il fai­sait grand soleil. Puis il com­prit. Ce n’é­tait pas des nuages. C’é­tait de la fumée. Des flo­cons noirs retom­baient sur la ville, légers, comme une neige de suie. Des papiers. Des mil­liers de papiers brû­lés qui des­cen­daient sur Le Caire.

Le Ash Wed­nes­day. Le Mer­cre­di des Cendres.

Sur la ter­rasse, les gens levaient la tête, regar­daient tom­ber les débris. Une femme ten­dit la main, attra­pa un frag­ment de papier à moi­tié cal­ci­né. Elle le regar­da, le lais­sa tom­ber. Un ser­veur balayait les cendres qui s’ac­cu­mu­laient sur les tables.

Hatha­way, à sa table, pérorait.

— Pré­cau­tion nor­male, disait-il. Pure­ment rou­tine. Ne signi­fie rien.

Per­sonne ne le croyait. On buvait, mais on ne par­lait plus. L’air lui-même avait chan­gé — on res­pi­rait de la peur, du papier brû­lé, de l’empire en train de crever.

Ce soir-là, Dor­lange des­cen­dit au cabaret.

Il n’y était pas encore allé. C’é­tait au sous-sol de l’hô­tel, une salle en demi-cercle avec une scène minus­cule, des tables trop ser­rées, un bar au fond. L’air était épais de fumée et de par­fums. Des offi­ciers buvaient avec des femmes qu’ils n’a­vaient pas ame­nées. Un orchestre jouait des trucs amé­ri­cains, mal, avec une appli­ca­tion touchante.

Dor­lange trou­va une place au fond, com­man­da un whis­ky. Le troi­sième, le qua­trième, il ne comp­tait plus.

Et puis la chan­teuse entra.

Elle n’é­tait pas belle. Pas belle au sens où on l’en­tend — pas ces visages lisses de maga­zine. Elle avait quelque chose d’ir­ré­gu­lier, de trop grand, le nez, la bouche, les yeux sur­tout, immenses, sombres, qui pre­naient toute la place. Un grain de beau­té par­fai­te­ment pla­cé au-des­sus de la lèvre supé­rieure, un autre près de l’a­rête du nez. Peau brune. Che­veux noirs, lourds, défaits sur les épaules. Une robe rouge trop simple.

Elle chan­ta.

C’é­tait de l’a­rabe. Dor­lange ne com­pre­nait rien. Mais la voix — la voix était une chose phy­sique, qui entrait par la peau, pas par les oreilles. Rauque, un peu cas­sée, avec des aigus qui ser­raient la gorge. Elle chan­tait comme on saigne. Quelque chose de vieux, de bles­sé, quelque chose qui venait de très loin.

Il ne pou­vait pas déta­cher ses yeux d’elle.

Quand elle eut fini, il y eut des applau­dis­se­ments polis. Elle salua à peine, quit­ta la scène. Dor­lange la vit pas­ser entre les tables, s’ar­rê­ter ici et là pour dire un mot, accep­ter une ciga­rette. Elle avait une démarche lente, comme si elle por­tait quelque chose de lourd. Quel­qu’un l’ap­pe­la par son prénom.

Nehad.

Elle pas­sa près de sa table sans le regar­der. Puis, au der­nier moment, elle tour­na la tête. Leurs yeux se croi­sèrent. Une seconde. Elle ne sou­rit pas. Elle hocha la tête, imper­cep­ti­ble­ment, comme si elle le reconnaissait.

Mais elle ne pou­vait pas le recon­naître. Ils ne s’é­taient encore jamais vus.

Elle dis­pa­rut par une porte, au fond. Dor­lange res­ta là, son verre à la main, la gorge sèche.

Il sut, à ce moment-là, que quelque chose allait commencer.

* * *

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Les car­nets égyptiens

Les car­nets égyptiens

Les car­nets égyptiens
23
MARS 2019

Nous étions seuls et nus face à l’im­men­si­té d’un désert de sable jaune, ara­sé par la lumière crue d’un mois de février pas tout à fait comme les autres. Il n’y avait rien autour, tout le monde s’é­tait éva­noui, et il ne res­tait plus que nos pauvres âmes esseu­lées mais rem­plies de bonheur.

Il ne reste plus grand chose des sou­ve­nirs de cette époque, une époque loin­taine où la peau de mon visage était encore lisse et tendre, un visage que je ne recon­naî­trais plus dans le miroir tel­le­ment les années m’en séparent.

Il n’en reste plus non plus les car­nets que j’au­rais pu écrire si j’a­vais été Eugène Fro­men­tin ou Eugène Dela­croix. Tout a dis­pa­ru sous des mon­tagnes de mémoires ensa­blées comme les corps des sphinx. Peut-être ici une odeur, le goût sucré et âcre du kar­ka­deh, sa teinte rouge sang, sa cha­leur bien­ve­nue tan­dis qu’à Assouan je regar­dais le soleil se cou­cher der­rière les pentes abruptes au som­met duquel res­plen­dit la lumière blanche du tom­beau de l’A­ga Khan.

Te sou­viens-tu de ces jours aux sen­teurs d’é­pices, où tout le bon­heur pos­sible emplis­sait cha­cun des cen­ti­mètres car­rés de nos corps haras­sés par les heures de marche dans le sable qui s’in­si­nuait dans nos chaus­sures ajou­rées ? Te sou­viens-tu des jours où nous buvions un whis­ky à tem­pé­ra­ture ambiante au comp­toir d’un pub au pla­fond bas et aux poutres impo­santes ? Te sou­viens-tu encore de cette odeur de soupe qui cui­sait tan­dis que tu lisais Ray­mond Chand­ler, sans alcool, sans fumée, avec l’air de la mer dans nos che­veux secs, la peau des joues cuite par le vent char­gé d’embruns…

Nous pou­vions mou­rir dans la grâce, le sen­ti­ment de plé­ni­tude et d’é­ter­ni­té entre nos mains.

Il ne reste plus grand chose de l’Égypte, comme si elle avait dis­pa­ru dans les limbes d’une mémoire qui res­semble à l’É­gypte d’au­jourd’­hui. Les deuxièmes fois sont tou­jours un peu triste et ne res­semblent jamais à la pre­mière, à la joie de la décou­verte dont il ne reste plus rien quand on y retourne. La magie des lieux s’est éva­nouie lorsque j’en suis par­ti et ne revien­dra que lors d’une pro­chaine vie, lorsque tout aura chan­gé. En réa­li­té, ne t’y trompe pas, tout depuis a chan­gé, le pas­sé n’a rien su figer et le pré­sent t’a rat­tra­pé. Garde tes sou­ve­nirs bien près de toi car c’est la seule trace qui res­te­ra lorsque ce monde aura dis­pa­ru. D’ailleurs, il est déjà en train de dis­pa­raître. Il a peut-être même dis­pa­ru sans que qui que ce soit ne s’en soit ren­du compte.

Demain, tu te retour­ne­ras et il ne sera plus là. Quelque chose l’au­ra rem­pla­cé, que tu pour­ras décou­vrir à nouveau.

Tu auras beau man­ger des tranches de pas­tèque fraîches en écou­tant les felouques râper la sur­face de l’eau, rien n’y fera, il fau­dra tou­jours attendre et peut-être même prendre le temps de ne rien faire. Pour l’ins­tant, il faut se conten­ter d’at­tendre, de prendre des notes et de conti­nuer à étu­dier les car­nets égyptiens.

 

Des Égypte de l’esprit…

Le fait est que seules les impres­sions acci­den­telles laissent une empreinte durable sur notre sen­si­bi­li­té ; nous ne les avions pas recher­chées — et moins encore, nous n’avions réser­vé à cette fin une place dans un tour orga­ni­sé. Comme le disait à peu près E. M. Fors­ter, la mémoire ne retient vrai­ment que ce que l’on a sai­si de biais. Il y aus­si des Égypte de l’esprit ; et en fin de compte, c’est peut-être le hasard des lec­tures et des notes mar­gi­nales qui per­met encore le mieux d’échapper à leur aridité.

Simon Leys, Mar­gi­nales,
in Le bon­heur des petits pois­sons, Lettres des anti­podes
JC Lat­tès, 2008

 

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Des rives du Nil aux berges d’Argenteuil…

Des rives du Nil aux berges d’Argenteuil…

Un des plus beaux livres que j’ai lu ces der­niers temps, qui a obte­nu le prix Nico­las Bou­vier 2014, déli­vré lors du fes­ti­val Éton­nants Voya­geurs de Saint-Malo. Entre nous, les Levan­tins, par Ben­ny Ziffer.

La col­lec­tion Kha­lil est res­tée en Égypte, et, à long terme, elle a vain­cu l’Égypte. Il y a quelque chose de sym­bo­lique dans le fait que, qua­rante ans après la révo­lu­tion nas­sé­rienne, avec la dis­pa­ri­tion du Chef de l’État, Moha­med Kha­lil a recou­vré sa demeure et son hon­neur. Ses por­traits accro­chés à nou­veau aux murs de son palais fran­çais offrent le témoi­gnage que la volon­té de res­sem­bler à l’Oc­ci­dent, aspi­ra­tion condam­nable aux yeux d’au­cuns, demeure vivace en Égypte, après des années d’é­touf­fe­ment chauvin.
De la fenêtre du deuxième étage du musée don­nant sur le Nil, on aper­çoit à tra­vers les plis d’un rideau blan­châtre des bateaux recou­verts de bâches ber­cés par les flots, dans la petite mari­na d’un club de plai­sance. Est-ce un hasard si ce pay­sage res­semble à s’y méprendre au tableau de Claude Monet expo­sé dans une salle voi­sine, Argen­teuil, bateaux au long de la berge ?

Ben­ny Zif­fer, Entre nous, les Levantins
Actes Sud 2014
Tra­du­ti de l’hé­breu par Jean-Luc Allouche

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Du Camp et Flau­bert en Orient

Du Camp et Flau­bert en Orient

Voi­ci de quoi illus­trer la désin­vol­ture de ce drôle de bon­homme une peu dan­dy qu’é­tait Maxime du Camp, par­ti sur les routes orien­tales pour flam­ber ses deniers entre Le Caire et Bey­routh. On disait l’homme fan­tasque, for­tu­né, un peu léger, et c’est avec lui que Gus­tave Flau­bert est par­ti sur les routes. Cen­sé en rap­por­ter des pho­to­gra­phies pour une mis­sion confiée par le Minis­tère de l’Ins­truc­tion Publique, voi­ci ce que nous apprend Flau­bert dans une lettre écrite à sa mère en octobre 1850 :

“Maxime a lâché la pho­to­gra­phie à Bey­routh. Il l’a cédée à un ama­teur fré­né­tique : en échange des appa­reils, nous avons acquis de quoi nous faire à cha­cun un divan comme les rois n’en ont pas : dix pieds de laine et soie bro­dée d’or. Je crois que ce sera chic !”

Flau­bert et Du Camp en orient, c’est une conjonc­tion à l’o­ri­gine de la pro­duc­tion de trois grandes œuvres. Tout d’a­bord le Voyage en Orient de Flau­bert lui-même, le ras­sem­ble­ment de plu­sieurs textes qui ne sont que ses cor­res­pon­dances et ses car­nets lors de ce long voyage et qu’on trouve aujourd’­hui sous ce titre aux édi­tions Folio Gal­li­mard. En fait de voyage en orient, c’est une excur­sion avec plus de 600 kg de maté­riel en Égypte, au Liban et en Pales­tine, en Tur­quie et en Grèce.

Du côté de Maxime Du Camp, on trouve plu­sieurs choses comme par exemple ses Mémoires d’un sui­ci­dé dans lequel il raconte son expé­rience éprou­vante du voyage en Égypte, mais éga­le­ment Le Nil : Égypte et Nubie, son jour­nal de voyage, à par­tir duquel on peut croi­ser les infor­ma­tions déli­vrées par Flau­bert dans ses cor­res­pon­dances. Et enfin, on en arrive à l’œuvre magis­trale : 2 albums et 168 pho­to­gra­phies du voyage en Égypte, en Nubie et en Syrie, l’ou­vrage qui recense la plu­part des pho­to­gra­phies prises par Du Camp lors de cette expédition.

On pour­ra éga­le­ment lire ce très bel article sur Flau­bert et les arts visuels, ain­si que le livre dont on sait qu’il ins­pi­ra Flau­bert pour ce voyage : Nou­veau manuel com­plet d’ar­chéo­lo­gie, ou Trai­té sur les anti­qui­tés grecques, étrusques, romaines, égyp­tiennes, indiennes, etc. par Karl Otfried Mül­ler.

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