Les mys­tères de la Gue­ni­zah du Caire

Les mys­tères de la Gue­ni­zah du Caire

Dans les anciens royaumes boud­dhistes, il n’est pas rare de trou­ver des caches ou des salles annexes rem­plies des sta­tues de Boud­dha ou de bod­hi­satt­vas qui ont été offerts en offrande au temple, et que les textes — ou l’é­thique — inter­disent de détruire ou de se débar­ras­ser. Il se trouve sim­ple­ment que la place finit par man­quer. De la même manière, les syna­gogues sont en règle géné­rale, si la place le per­met, équi­pées d’une petite salle ser­vant de remise pour les objets cultuels ou les écrits sur les­quels figurent au moins un des sept noms de Dieu. Puis­qu’il est inter­dit d’ef­fa­cer le nom de Dieu ou de détruire le docu­ment sur lequel il est ins­crit, il faut donc remi­ser le docu­ment dans un lieu sacré, mais à l’é­cart de l’es­pace prin­ci­pal de culte. Ain­si existent ces petites salles dans les syna­gogues qu’on appellent gue­ni­za ou gue­ni­zah (גניזה). Si le terme hébreu désigne un endroit de mise en dépôt, il signi­fie éga­le­ment pré­ser­va­tion.

Synagogue Ben Ezra (intérieur) - Le Caire

Syna­gogue Ben Ezra (inté­rieur) — Le Caire

La gue­ni­zah la plus connue est celle que l’on nomme gue­ni­zah du Caire, que l’on trouve dans une petite syna­gogue du Caire, la syna­gogue Ben Ezra. Cette syna­gogue, lieu de culte juif situé en terre d’is­lam, porte en elle une his­toire par­ti­cu­lière ; située dans un vieux quar­tier cai­rote, au des­sus du por­tail sud de la Cita­delle de Baby­lone, à deux pas du Nil, elle est construite sur le lieu exact où Moïse aurait été recueilli dans son panier aqua­tique. On trouve éga­le­ment dans les envi­rons l’é­trange et célèbre église sus­pen­due (Al-Kanî­sah al-Mu’al­la­qah) qui fut autre­fois le siège du patriar­cat copte, ain­si que le monas­tère Saint-Georges, haut lieu de l’or­tho­doxie d’Égypte. Non loin de là, on trou­vé éga­le­ment l’É­glise d’Abou Ser­ga, lieu sup­po­sé où Marie, Joseph et l’en­fant Jésus se réfu­gièrent lor­qu’­Hé­rode ordon­na l’exé­cu­tion des enfants du Royaume. En clair, dans ce Vieux Caire sont ras­sem­blées toutes les reli­gions du livre.

Les Juifs gui­dés par Jéré­mie lors de l’exode baby­lo­nienne sous Nabu­cho­do­no­sor II, y construi­sirent la pre­mière syna­gogue dans laquelle ils dépo­sèrent à l’in­té­rieur de la gue­ni­zah la Torah inache­vée du scribe Esdras (Ezra — עזרא הסופר). A plu­sieurs reprises dans son his­toire, le lieu fut dévas­té puis recons­truit, mais éton­nam­ment, la gue­ni­zah fut pré­ser­vée, ain­si que les docu­ments qui s’y trouvent. Ain­si, ce sont plus de 250 000 docu­ments, rédi­gés en hébreu, qu’on a pu mettre à jour dans cette petite salle.

Solomon Schechter étudiant les manuscrits de la guenizah de la synagogue Ben Ezra au Caire

Solo­mon Schech­ter étu­diant les manus­crits de la gue­ni­zah de la syna­gogue Ben Ezra au Caire

Le doc­teur Solo­mon Schech­ter, un éru­dit mol­dave exi­lé ensuite aux États-Unis où il fon­da le conser­va­tisme juif amé­ri­cain se fixa comme objec­tif de recen­ser les ouvrages conser­vés ici. A par­tir de 1896, il pas­sa son temps à décor­ti­quer les lignes, dans la pous­sière nocive de ce lieu éteint et secret qui alté­ra pro­fon­dé­ment sa san­té et fit des décou­vertes excep­tion­nelles. La plus impor­tante pièce de cette col­lec­tion se trouve être pré­ci­sé­ment la Torah inache­vée d’Ez­ra, mais éga­le­ment le contrat de mariage d’un rab­bin égyp­tien ayant vécu au XIIIème siècle, Avra­ham Maï­mo­nide, fils de Moïse Maï­mo­nide, célèbre rab­bin anda­lou, une Torah écrite sur une peau de gazelle remon­tant au Vème siècle AEC et enfin, deux exem­plaires d’un extrait du Manus­crit de Qum­rân qui n’a­vait pas encore été décou­vert lors du recen­se­ment.

Lettre autographe d’Avraham Maïmonide, conservée à la Gueniza du Caire

Lettre auto­graphe d’Avraham Maï­mo­nide, conser­vée à la Gue­ni­za du Caire

Tous ces docu­ments ont per­mis d’a­voir une vision pro­fonde des mœurs juifs en terre d’is­lam puisque nombre d’entre eux per­mettent de connaître la manière dont on par­lait l’a­rabe au début de la conquête de l’Égypte par les peuples arabes, mais éga­le­ment, puisque beau­coup de ces docu­ments sont des actes de la vie quo­ti­dienne admi­nis­tra­tive, de com­prendre com­ment évo­luait cette socié­té dans ces rap­ports de coha­bi­ta­tion entre les dif­fé­rentes reli­gions. La syna­gogue telle qu’on peut la voir aujourd’­hui a été réno­vée il y a peu, mais la majeure par­tie du bâti­ment est iden­tique à la syna­gogue recons­truite en 1115, ce qui en fait une des plus anciennes syna­gogues du monde. Aujourd’­hui, la tota­li­té des docu­ments sont dis­per­sés et conser­vés dans des biblio­thèques amé­ri­caines ou anglaises.

Synagogue Ben Ezra - Le Caire

Syna­gogue Ben Ezra — Le Caire

Synagogue Ben Ezra (localisation) - Le Caire

Loca­li­sa­tion de la Syna­gogue Ben Ezra du Caire sur Google Maps

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Emile Prisse d’A­vennes en trois nou­veaux volumes

Emile Prisse d’A­vennes en trois nou­veaux volumes

Il y avait bien long­temps que je n’a­vais pré­sen­té ces livres mer­veilleux illus­trés par le génia­lis­sime Prisse d’A­vennes, qui illu­minent de leurs cou­leurs puis­santes les plus belles pages de l’Égypte ancienne. Un volume de texte, deux volumes d’illus­tra­tions, tous les trois dis­po­nibles sur le site de Gal­li­ca.

His­toire de l’art egyp­tien d’a­près les monu­ments… / par Prisse d’A­vennes,… ; Texte par P. Mar­chan­don de la Faye

His­toire de l’art égyp­tien d’a­près les monu­ments, depuis les temps les plus recu­lés jus­qu’à la domi­na­tion romaine / par Prisse d’A­vennes ; ouvrage publié sous les aus­pices du Minis­tère de l’ins­truc­tion publique, des cultes et des beaux-arts ; texte par P. Mar­chan­don de La Faye (1)

His­toire de l’art égyp­tien d’a­près les monu­ments, depuis les temps les plus recu­lés jus­qu’à la domi­na­tion romaine / par Prisse d’A­vennes ; ouvrage publié sous les aus­pices du Minis­tère de l’ins­truc­tion publique, des cultes et des beaux-arts ; texte par P. Mar­chan­don de La Faye (2)

 

 

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Le pha­raon can­ni­bale

Lorsque le pha­raon lui-même est plus grand que le plus grand des dieux, il les mange…

Le pha­raon devient dieu lui-même par le cou­ron­ne­ment, il s’ap­pro­prie la force des cou­ronnes au sens le plus réa­liste, en les man­geant. C’est de la même façon qu’il s’ap­pro­prie la sub­stance divine. Dans les Textes des Pyra­mides se trouve «le fameux hymne au pha­raon can­ni­bale qui se nour­rit des dieux, mange les grands au déjeu­ner, les moyens au dîner et les petits au sou­per, qui leur brise les ver­tèbres et leur arrache le cœur, qui dévore cru ceux qu’il ren­contre sur son che­min.» C’est lais­ser entendre que le pha­raon est le plus grand de tous les dieux, au moins leur égal, le maître des hommes et des choses, le maître des eaux du Nil, de la terre et même de la récolte en train de croître. «J’é­tais, fera-t-on dire plus tard à un pha­raon défunt, quel­qu’un qui fai­sait pous­ser l’orge.»

Fer­nand Brau­del, Les mémoires de la Médi­ter­ra­née
Livre de Poche, Col­lec­tion Réfé­rences
Édi­tions de Fal­lois 1998

Détail du Papyrus de Greenfield ou Livre des Morts de Nésitanebtashérou du British Museum

Détail du Papy­rus de Green­field ou Livre des Morts de Nési­ta­neb­ta­shé­rou
Bri­tish Museum, Londres

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Les nuits du Caire, Gil­bert Sinoué

Les nuits du Caire, Gil­bert Sinoué

This is Cairo....This is my hometown.

Pho­to © Mar­wa Mor­gan

Tout nou­vel­le­ment sor­ti dans une petite col­lec­tion chez Arthaud, le livre de Gil­bert Sinoué, Les nuits du Caire, est un vrai grand bol d’air frais. Le nar­ra­teur, un Égyp­tien chré­tien né au Caire mais qui a pas­sé sa vie en France, revient en pleine révo­lu­tion pour retrou­ver la femme qu’il a aimé qua­rante ans aupa­ra­vant dans l’es­poir de refon­der quelque chose. Sur son che­min, ceux qui ont fait la révo­lu­tion, les foules en colère, les isla­mistes qui l’en­lèvent avant de se rendre compte qu’ils ont connu son propre père… Son par­cours jus­qu’à l’ap­par­te­ment de sa bien-aimée, Myriam, sera jon­ché des ombres de son pas­sé, dans un Caire bou­le­ver­sé où il ne recon­naît plus rien.
Alors au bout du che­min, il ne reste plus rien, à part les sou­ve­nirs…

Lorsque je l’a­per­çus, ce fut comme un jaillis­se­ment de lumière, l’é­cla­te­ment d’un soleil. A un souffle de moi. Ses parents l’ac­com­pa­gnaient.
Elle ne pou­vait être réelle ! Cette blan­cheur ! L’é­clat de ce teint ! Ces joues de lys et de roses. Ce cou d’al­bâtre. Che­veux noirs de jais, tres­sés dans le pou­droie­ment des nuits du Caire. Lèvres ser­ties dans le rubis et le corail. Et ses yeux. Ses yeux cou­leur opale comme la mer.
Elle ne pou­vait être réelle.
Elle l’é­tait pour­tant.
Et je m’embarquai dans un rêve fou.

Gil­bert Sinoué, Les nuits du Caire
Arthaud, 2003

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Mys­té­rieux por­trait de femme du Fayoum (l’in­ven­tion de la pein­ture de che­va­let et du poin­tillisme)

Ne vous est-il jamais arri­vé de ren­con­trer une pein­ture qui vous trouble à ce point que vous n’ar­ri­viez pas à chas­ser l’i­mage de votre mémoire ? Ne vous est-il jamais arri­vé d’être à ce point trou­blé par le visage d’une femme que vous n’au­riez jamais pu connaître puisqu’elle est morte il y a des cen­taines d’an­nées, éloi­gnée de vous par un gouffre d’in­tem­po­ra­li­té, mais que vous vous disiez tout de même que vous auriez aimé la connaître ? C’est à peu près l’im­pres­sion que j’ai eu la pre­mière fois que j’ai vu ce visage peint exhu­mé du Fayoum.

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