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En pré­lude à la val­lée des rubis de Joseph Kes­sel… Le temple des mendiants

En pré­lude à la val­lée des rubis de Joseph Kes­sel… Le temple des mendiants

On peut com­men­cer à lire Joseph Kes­sel en pas­sant par la grande porte, avec Le Lion et les livres qui ont été por­tés à l’é­cran et que l’on connaît plus pour leur suc­cès propre que par le nom de celui qui en a écrit l’his­toire, comme La pas­sante du sans-sou­ci ou L’ar­mée des ombres. Ou alors on peut entrer par la petite porte avec ses romans de jeu­nesse ou tar­difs, ou ses repor­tages magni­fiques. Il y a de toute façon beau­coup de matière, beau­coup à lire, et c’est ce que j’ai com­men­cé à faire, sans trop crier gare. Une réédi­tion récente de La val­lée des rubis m’a per­mis de décou­vrir un texte pas­sion­nant sur un des lieux les plus étranges de ce monde ; Mogok. Mogok est une ville bir­mane située dans la région de l’an­cienne capi­tale royale Man­da­lay. Répu­tée pour ses mines de pierres pré­cieuses et semi-pré­cieuses, les étran­gers ne peuvent s’y rendre qu’a­vec un per­mis spé­cial et à condi­tion qu’ils béné­fi­cient d’une licence leur per­met­tant d’ex­ploi­ter le com­merce des pierres. On sait aus­si que les ouvriers des mines sont sou­vent dro­gués afin de sup­por­ter les condi­tions de tra­vail abo­mi­nables dans les­quelles sont extraites les gemmes, et que les auto­ri­tés font tout pour que cela ne soit pas connu. Pas assez appa­rem­ment, mais cela n’empêche pas l’ex­ploi­ta­tion de continuer.
L’his­toire de Kes­sel se déroule depuis Paris jus­qu’à Mogok, où le nar­ra­teur et son ami Jean se rendent pour retrou­ver les traces d’un tré­sor de rubis « sang-de-pigeon » per­du de manière mys­té­rieuse. Avant d’ar­ri­ver sur les terres bir­manes, ils passent par Bom­bay, ce qui sera pour eux une expé­rience gla­çante… Je livre ici deux pages de ce grand livre, à lire avec pré­cau­tions. Âmes sen­sibles… s’abs­te­nir… (more…)

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Grand-père avait un éléphant

Vaikom Muhammad BasheerVoi­ci un petit livre tout à fait éton­nant. Trou­vé dans la sélec­tion 2013 du prix du meilleur roman décer­né par les lec­teurs de Points, cet OVNI lit­té­raire à la cou­ver­ture rose brillante est un conte clair comme l’eau du ruis­seau. Par­fois, je me demande ce qui me passe par la tête quand je me décide à ache­ter des bouquins.
L’au­teur, Vai­kom Muham­mad Basheer, est connu pour son œuvre à carac­tère social, racon­tant avec une cer­taine ten­dresse la vie dans la pro­vince du Kera­la (extrême sud-ouest de l’Inde), où un quart des habi­tants sont musul­mans), aus­si bien que pour son rôle poli­tique dans le pro­ces­sus d’in­dé­pen­dance de l’Inde.
Koun­niou­pat­toum­ma est une jeune fille indienne, musul­mane, éle­vée dans un cocon de ten­dresse et de richesses ; son père s’oc­cupe des affaires de la mos­quée et per­sonne ne lève le petit doigt sans en réfé­rer à son avis, jus­qu’au jour où les affaires ne vont plus et voi­ci la famille rui­née, la jeune fille et sa mère obli­gée de vendre leurs bra­ce­lets en or pour ache­ter une petite mai­son dans les fau­bourgs, là où les gens font leurs besoins sur la route ou dans la rivière où est tirée l’eau à boire… Pour­tant, Oum­ma, sa mère est la fille pré­fé­rée de son grand-père, lequel avait pour­tant un élé­phant, un grand mâle avec des défenses !

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Pho­to © Ric­car­do Romano

Dans cet uni­vers deve­nu sombre, Koun­niou­pat­toum­ma passe les années sans trou­ver d’homme qui ne veuille d’elle à marier, à plus forte rai­son parce que ses parents sont pauvres, jus­qu’au jour où, vou­lant secou­rir un moi­neau femelle, elle tombe dans un fos­sé et n’ar­rive à en sor­tir que grâce aux bons soins d’un jeune homme qui va dis­pa­raître aus­si vite qu’il est apparu.
Der­rière l’his­toire simple d’une fille naïve sur­pro­té­gée qui finit par être livrée à un monde dur se trouve une belle réflexion sur les liens qu’en­tre­tiennent les dif­fé­rentes reli­gions qu’on trouve en Inde. Car même entre musul­mans, par­fois, on a du mal à recon­naître les siens…

- C’est quoi? demande Kounnioupattoumma.
Pour le reste, elle avait com­pris. Elle avait enten­du par­ler de « poules élec­triques » qui s’al­lument quand on appuie sur un bou­ton. Mais le mot « radio », en revanche, elle ne le connais­sait pas.
— C’est une boîte, explique Aïsha, d’où sortent de la musique et des infor­ma­tions de très, très nom­breux pays.
— On entend La Mecque ?
— L’A­ra­bie, la Tur­quie, l’I­ran, l’Af­gha­nis­tan, la Rus­sie, l’A­frique, Madras, l’Al­le­magne, l’A­mé­rique, Sin­ga­pour, Del­hi, Kara­chi, Lahore, Mysore, l’An­gle­terre, Le Caire, l’Aus­tra­lie, Cal­cut­ta, Cey­lan — on peut cap­ter des sta­tions de presque par­tout dans le monde.
Koun­niou­pat­toum­ma ne com­pre­nait pas bien de quoi il était ques­tion. Mais une chose était sûre, cette fille en fai­sait trop.
— Tu as un tama­rin chez toi ?
— Non !
Et pour­tant, c’é­tait bien le plus impor­tant, non ? Elle pous­sa l’avantage :
— Et un élé­phant, fausse bécasse, tu en as un ?
— Non !
— Mon grand-père avait un élé­phant, dit Koun­niou­pat­toum­maen se ren­gor­geant, un grand mâle à défenses !
Aïsha répon­dit avec fierté :
— Mon grand-père avait un char à bœufs ! Il trans­por­tait des mar­chan­dises qu’il livrait dans des bou­tiques ou chez les gens. C’é­tait son tra­vail. Avec son char à bœufs, il a payé des études à mon père jus­qu’à la maî­trise. Et ton grand élé­phant, où est-ce qu’il est ?
— Oh, il est mort. Enfin, décédé.
— Quand est-ce qu’il est mort ?
— Pas mort, décé­dé. (C’é­tait un élé­phant musul­man, il fal­lait donc dire « décé­dé », ou « tré­pas­sé », comme pour les croyants. « Mort », c’é­tait bien pour les kafir(*).) Il a tué quatre kafir !
— Seule­ment quatre ? Et com­bien de musulmans ?
— Zéro. C’é­tait un élé­phant formidable !
— Si c’est bien vrai, répon­dit Aïsha en riant, il aura droit à quatre demeures au para­dis, riche­ment incrus­tées, pierres pré­cieuses, dia­mants, perles et rubis, respectivement !
Quand une per­sonne avait accom­pli ici bas des actions méri­toires — et tuer un kafir en était une — elle jouis­sait dans l’autre monde de mul­tiples plaisirs.

Notes :
kafir : désigne de manière péjo­ra­tive les non-musulmans.

Vai­kom Muham­mad Basheer, Grand-père avait un éléphant
Points Zul­ma, 2005
Tra­duit du Malaya­lam (Inde) par Domi­nique Vitalyos

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Recueils de minia­tures indiennes ayant appar­te­nu à Emile Prisse d’Avennes

Le célèbre archéo­logue Prisse d’A­vennes, par­ti­cu­liè­re­ment ins­pi­ré pour trans­mettre son goût de l’art arabe, pos­sé­dait dans ses col­lec­tions par­ti­cu­lières deux petits recueils de minia­tures indiennes du XVIIème siècle, d’ins­pi­ra­tion moghole, de très belles gouaches fines, rehaus­sées de fil d’or et d’argent.

Recueils de minia­tures indiennes n°1

Recueils de minia­tures indiennes n°2

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Les piliers d’Ashoka

Pilier d’A­sho­ka de Lau­riya Nandangarh

Asho­ka (ou Aço­ka, अशोक en hin­di), troi­sième empe­reur de la dynas­tie Mau­rya qui s’est ins­tal­lée en Inde juste après le retrait des armées d’A­lexandre le Grand, est un des per­son­nages les plus impor­tants de l’his­toire de l’Inde car il est consi­dé­ré comme le pre­mier fédé­ra­teur de l’é­tat, autre­fois com­po­sé de petites prin­ci­pau­tés. Au IVème siècle av. J.-C., il réus­sit à ins­tau­rer une cer­taine sta­bi­li­té dans le royaume et fait gra­ver sur des rochers et des piliers dis­sé­mi­nés dans le pays les lois qui gou­vernent son pays, ain­si que des récits de conver­sion au boud­dhisme dont il est un des grands pro­sé­lytes. Asho­ka a lais­sé son empreinte dans le ter­ri­toire au point que son emblème se trouve aujourd’­hui au cœur du dra­peau du pays, dans le sym­bole du dhar­ma­ca­kra (धर्मचक्र en sans­krit), un des huit sym­boles aus­pi­cieux, repré­sen­té par une roue de cha­riot sym­bo­li­sant l’enseignement de Boud­dha sur le che­min de l’é­veil. Le plus célèbre des piliers d’A­sho­ka est celui de Sārnāth (hin­dî : सारनाथ), dont il ne reste plus aujourd’­hui que le cha­pi­teau, sur­mon­té d’une fleur de lotus ren­ver­sée (sym­bole de le vie nais­sante et fer­tile) sur lequel repose un abaque ornée de quatre dhar­ma­ca­kra espa­cés par des petits ani­maux repré­sen­tant les quatre points car­di­naux. Au-des­sus de cet abaque se trouvent quatre lions repré­sen­tant les quatre ver­tus du bouddhisme.
Tous les piliers ne sont pas déco­rés avec autant de détails et pour cer­tains, les (ou le) lions sont man­quants. Le plus étrange est assu­ré­ment celui de Meh­rau­li qui, mal­gré sa com­po­si­tion en fer, ne porte aucune trace de cor­ro­sion. (more…)

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Der­rière les jalis du mau­so­lée d’Itimâd-ud-Daulâ

Dans la ville d’Agrâ, connue pour abri­ter sur son ter­ri­toire le superbe Taj Mahal, se trouve un élé­gant bâti­ment de marbre blanc flan­qué de quatre tours hexa­go­nales d’en­vi­ron treize mètres de haut, bâti sur un socle car­ré posé sur la rive gauche de la rivière Yamu­nâ. Ce mau­so­lée, construit par la fille de Mîrzâ Ghiyâs Beg (grand-père de Arju­mand Bânu Begam, plus connue sous le nom de Mum­tâz Mahal), qui avait pris le titre de pilier de l’é­tat (Iti­mâd-ud-Dau­lâ — اعتماد الدولہ کا مقبرہ) au dix-sep­tième siècle, est consi­dé­ré comme le pre­mier exemple d’ar­chi­tec­ture moghole(1). On estime sou­vent qu’il est le brouillon du Taj Mahal dans richesse orne­men­tale et la beau­té du bâti­ment est sou­te­nue par les jalis(2), des écrans de marbre fine­ment cise­lés confé­rant à l’in­té­rieur une ambiance fan­to­ma­tique lorsque la lumière y pénètre et par l’in­clu­sion de pierre semi-pré­cieuses dans les pan­neaux de marbre blanc à la finesse remarquable.

Itimad-ud-Daulah's Tomb - detail
Jali screen and decorated spandrels. IMG_7999
Itimad-ud-daulah's Tomb
Itimad Ud Daulah

Loca­li­sa­tion du mau­so­lée d’I­ti­mâd-ud-Dau­lâ sur Google Maps.

Notes:
1 — Le peuple moghol des­cend de Tamer­lan, de tra­di­tion tur­co-mon­gole et per­sa­ni­sé
2 — Le jali le plus célèbre est celui de la mos­quée Sid­di Saiyyed à Ahme­da­bad, au Guja­rat. C’est une ver­sion indienne du mou­cha­ra­bieh (maš­rabīya, مشربية) arabe.

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