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Indian Goods — Pre­mière partie

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Indian Goods

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Pre­mière partie

Cha­pitre 1 — Le penthouse

Octobre 1948

La brume mon­tait du Huang­pu comme une haleine de malade. Chen Wei­ming tra­ver­sa le lob­by du Cathay Hotel en rajus­tant le col de son man­teau, les semelles de ses chaus­sures cla­quant sur le marbre dans un silence inha­bi­tuel. À cette heure — neuf heures du matin —, le hall aurait dû bruis­ser de l’ac­ti­vi­té des por­tiers, du frois­se­ment des jour­naux dans les fau­teuils club, des éclats de voix des hommes d’af­faires amé­ri­cains qui pre­naient leur café avant de rejoindre leurs bureaux du Bund. Mais ce matin d’oc­tobre, une tor­peur étrange pesait sur les mosaïques dorées, comme si l’hô­tel lui-même rete­nait son souffle.

Le gar­çon d’as­cen­seur — un gamin de Pudong que Chen connais­sait depuis des années — lui adres­sa un signe de tête et fit cou­lis­ser la grille de cuivre. Onzième étage. Chen ne dit rien. Il n’a­vait pas besoin de pré­ci­ser sa destination.

Dans la cabine qui s’é­le­vait en grin­çant, il obser­va son reflet dans le miroir biseau­té. Cin­quante ans. Les tempes grises, le visage éma­cié par les nuits de tra­vail et autre chose qu’il pré­fé­rait ne pas nom­mer. Le cos­tume anthra­cite, impec­cable, qu’il por­tait depuis vingt ans au ser­vice de Sir Vic­tor — tou­jours le même tis­su anglais, renou­ve­lé tous les trois ans aux frais de la mai­son Sas­soon. Com­bien de temps encore pour­rait-il se per­mettre ce genre de vêtement ?

La grille s’ou­vrit sur le cou­loir feu­tré du onzième étage. Moquette épaisse, appliques Art déco, silence de cathé­drale. Chen avan­ça jus­qu’à la porte du pen­thouse et frap­pa trois coups, comme à son habitude.

— Entrez, Weiming.

La voix de Sir Vic­tor Sas­soon lui par­vint assour­die, loin­taine. Chen pous­sa la porte.

Le pen­thouse bai­gnait dans une lumière grise qui fil­trait à tra­vers les grandes baies vitrées. Dehors, le Bund dis­pa­rais­sait dans le brouillard ; on devi­nait à peine la masse sombre des immeubles de l’autre rive, à Pudong. L’ap­par­te­ment — trois cents mètres car­rés de lam­bris de chêne, de tapis per­sans et de meubles anglais — sem­blait plus vaste qu’à l’or­di­naire, et Chen com­prit pour­quoi : les éta­gères avaient été vidées, les bibe­lots embal­lés, les tableaux décro­chés. Des malles de cuir fauve s’a­li­gnaient contre le mur du fond, éti­que­tées en lettres noires : NAS­SAU — BAHAMAS.

Sir Vic­tor se tenait près de la fenêtre, appuyé sur ses deux cannes. Il por­tait un cos­tume de tweed gris et une cra­vate de soie bor­deaux — la tenue qu’il affec­tion­nait pour les mati­nées de tra­vail. Ses che­veux blancs, soi­gneu­se­ment pei­gnés en arrière, lui­saient dans la lumière bla­farde. Il se retour­na en enten­dant Chen appro­cher, et son visage s’é­clai­ra d’un sou­rire las.

— Wei­ming. Vous êtes ponc­tuel, comme tou­jours. Asseyez-vous.

Chen s’ins­tal­la dans le fau­teuil que Sas­soon lui dési­gnait, face au bureau d’a­ca­jou. Le bureau aus­si avait été vidé — plus de dos­siers, plus de télé­grammes, plus de cet amon­cel­le­ment de papiers qui avait consti­tué pen­dant vingt ans le pay­sage quo­ti­dien de Chen. Seuls res­taient un sous-main de cuir, un encrier de bronze, et une enve­loppe de papier kraft posée bien en évidence.

Sas­soon s’as­sit lour­de­ment, ses cannes appuyées contre l’ac­cou­doir. Ses jambes, bri­sées par un acci­dent d’a­vion pen­dant la Grande Guerre, le fai­saient souf­frir davan­tage avec l’hu­mi­di­té de l’au­tomne shan­ghaïen. Chen l’a­vait obser­vé pen­dant des années lut­ter contre cette dou­leur, la mas­quer sous des plai­san­te­ries et des pirouettes de dan­dy. Aujourd’­hui, il ne mas­quait rien.

— Je pars, Wei­ming. Définitivement.

Chen hocha la tête. Il savait. Tout Shan­ghai savait, ou devi­nait. Les liqui­da­tions d’ac­tifs, les trans­ferts vers Hong Kong et Londres, les rumeurs qui cir­cu­laient dans les cou­loirs de la Bourse. Mais entendre les mots, pro­non­cés dans cette pièce où il avait pas­sé tant d’heures, c’é­tait autre chose.

— Nas­sau, dit Sas­soon en dési­gnant les malles d’un geste vague. Le cli­mat me convient. Moins humide qu’i­ci. Et les Baha­mas, voyez-vous, ont l’a­van­tage d’être bri­tan­niques sans être l’An­gle­terre. Les impôts y sont plus… raisonnables.

Il eut un sou­rire — ce sou­rire de renard que Chen lui connais­sait depuis tou­jours, celui qui appa­rais­sait quand il par­lait d’argent.

— Les com­mu­nistes seront là dans un an, peut-être moins, conti­nua Sas­soon. Deux ans au maxi­mum. Ce n’est plus une ques­tion de savoir si, mais quand. J’ai eu une belle vie ici, Wei­ming. Une très belle vie. Mais je sais recon­naître la fin d’une partie.

Chen ne répon­dit pas. Que pou­vait-il dire ? Que lui aus­si voyait venir la fin ? Que chaque matin, en lisant les jour­naux, il sen­tait le sol se déro­ber un peu plus sous ses pieds ? Sas­soon n’a­vait pas besoin de ses confirmations.

— J’ai pré­pa­ré quelque chose pour vous, dit Sas­soon en pous­sant l’en­ve­loppe vers lui. Une prime. Vingt ans de ser­vice, cela mérite recon­nais­sance. Et une lettre de recom­man­da­tion — je l’ai rédi­gée moi-même. Elle vous ouvri­ra des portes à Hong Kong, si vous déci­dez de par­tir. Ou ailleurs.

Chen prit l’en­ve­loppe. Elle était lourde. Il ne l’ou­vrit pas.

— Je vous remer­cie, Sir Victor.

— Ne me remer­ciez pas. Vous l’a­vez mérité.

Un silence s’ins­tal­la. Dehors, une sirène de bateau mugit sur le fleuve, assour­die par le brouillard. Chen regar­da les malles, les murs nus, le bureau vide. Vingt ans de sa vie tenaient dans cette pièce — les télé­grammes qu’il avait déchif­frés, les lettres qu’il avait tra­duites, les ren­dez-vous qu’il avait orga­ni­sés, les secrets qu’il avait gar­dés. Et main­te­nant, tout cela s’en allait vers les Baha­mas, dans des malles de cuir fauve.

Il remar­qua, sur le bureau, à côté de l’en­crier, une pho­to­gra­phie dans un cadre d’argent qu’il n’a­vait jamais vue aupa­ra­vant. Elle mon­trait un bâti­ment de brique, long et bas, avec une che­mi­née fumante — un entre­pôt indus­triel, quelque part sous un ciel tro­pi­cal. Au bas de la pho­to, une ins­crip­tion à l’encre brune : Bom­bay, 1887.

Sas­soon sur­prit son regard.

— Mon grand-père, dit-il sim­ple­ment. Les entre­pôts de Bom­bay. C’est là que tout a commencé.

Chen savait. Il avait tou­jours su. Les registres qu’il avait consul­tés dans les archives de la mai­son Sas­soon, les vieilles lettres en anglais qu’il avait clas­sées, les euphé­mismes dans la cor­res­pon­dance — Indian goods, Pat­na mer­chan­dise, Ben­gal pro­duce. L’o­pium. La for­tune des Sas­soon avait été bâtie sur l’o­pium de l’Inde, ache­mi­né vers la Chine par dizaines de mil­liers de caisses, pen­dant des décen­nies. Le poi­son qui avait rava­gé son propre peuple.

Il ne dit rien. Il n’a­vait jamais rien dit.

Sas­soon ran­gea la pho­to­gra­phie dans un tiroir de la malle la plus proche, avec des gestes lents, presque tendres.

— C’est du pas­sé, Wei­ming. Tout cela, c’est du pas­sé. L’o­pium, les guerres, les trai­tés inégaux — c’est de l’his­toire ancienne. Aujourd’­hui, je suis dans l’im­mo­bi­lier, les hôtels, les courses de che­vaux. L’argent s’est… blan­chi, si vous vou­lez. Il a chan­gé de nature.

Non, pen­sa Chen. L’argent ne change jamais de nature. Il porte tou­jours l’o­deur de sa source.

Mais il gar­da cette pen­sée pour lui, comme il avait gar­dé tant de pen­sées pen­dant vingt ans.

— Vous êtes shan­ghaïen, Wei­ming, reprit Sas­soon après un silence. Votre place est ici. Moi, je n’ai jamais été qu’un invi­té — un invi­té bien trai­té, certes, mais un invi­té tout de même. Les com­mu­nistes me pren­dront tout ce que je n’au­rai pas empor­té. Mais vous… vous pou­vez peut-être trou­ver votre place dans le monde qui vient.

Chen faillit rire. Trou­ver sa place ? Lui, le secré­taire d’un capi­ta­liste étran­ger, l’homme qui avait ser­vi une for­tune née de l’o­pium ? Dans le monde que Mao pré­pa­rait, il serait au mieux un paria, au pire un enne­mi de classe.

— Je vous sou­haite un bon voyage, Sir Victor.

— Mer­ci, Weiming.

Sas­soon se leva, s’ap­puyant lour­de­ment sur ses cannes. Chen se leva aus­si. Ils se firent face un ins­tant — le Bri­tan­nique boi­teux qui avait régné sur Shan­ghai pen­dant vingt ans, et le Chi­nois qui l’a­vait ser­vi en silence.

— Vous avez été un excellent secré­taire, dit Sas­soon. Le meilleur que j’aie jamais eu. Je ne l’ou­blie­rai pas.

Il lui ten­dit la main. Chen la ser­ra. La peau de Sas­soon était froide, papyracée.

— Adieu, Weiming.

— Adieu, Sir Victor.

Chen tra­ver­sa le pen­thouse en sens inverse, l’en­ve­loppe ser­rée contre sa poi­trine. Il ne se retour­na pas. La porte se refer­ma der­rière lui avec un déclic feutré.

Dans l’as­cen­seur qui redes­cen­dait, il regar­da à nou­veau son reflet dans le miroir. Le même visage, le même cos­tume. Mais quelque chose avait chan­gé. Il le sen­tait dans sa poi­trine, comme un vide qui se creusait.

Le lob­by du Cathay l’ac­cueillit avec son mur­mure habi­tuel — les por­tiers avaient repris leur poste, quelques clients tra­ver­saient le hall en direc­tion du res­tau­rant. Les mosaïques dorées brillaient sous les lustres. Tout sem­blait nor­mal. Tout sem­blait continuer.

Chen sor­tit sur le Bund.

Le brouillard s’é­tait légè­re­ment levé, lais­sant appa­raître la ligne grise du fleuve. Le Huang­pu cou­lait vers la mer, char­riant des jonques et des sam­pans, indif­fé­rent aux empires qui s’ef­fon­draient sur ses rives. Chen res­ta un moment immo­bile sur le trot­toir, l’en­ve­loppe dans la poche de son manteau.

Pour la pre­mière fois depuis 1930, il n’a­vait plus de maître.

Le froid humide de l’au­tomne s’in­si­nuait sous ses vête­ments. Il rele­va son col et se mit à mar­cher vers le sud, sans savoir où il allait.

* * *

Cha­pitre 2 — Les suites nationales

Octobre 1948

Chen revint au Cathay trois jours plus tard. Il n’a­vait pas pré­vu d’y retour­ner si tôt — à quoi bon ? — mais ses pas l’y avaient conduit mal­gré lui, comme un che­val four­bu qui retrouve le che­min de l’écurie.

Le pré­texte était une liasse de docu­ments à remettre au nou­veau direc­teur géné­ral, un Bri­tan­nique rou­geaud nom­mé Pem­ber­ton que Chen avait croi­sé une dizaine de fois sans jamais lui adres­ser la parole. Des papiers sans impor­tance — des copies de contrats, des fac­tures anciennes — que Sas­soon avait oubliés dans un tiroir et que Chen avait retrou­vés en ran­geant son propre bureau, celui qu’il occu­pait au sixième étage et qu’il avait dû vider en deux jours.

Mais le vrai motif, Chen le connais­sait : il ne pou­vait pas s’en aller. Pas encore. Pas comme ça.

Le lob­by n’a­vait pas chan­gé. Les mêmes mosaïques, les mêmes lustres de cris­tal, le même par­fum mêlé de cire et de tabac blond qui flot­tait dans l’air depuis l’ou­ver­ture de l’hô­tel en 1929. Chen tra­ver­sa le hall d’un pas qu’il vou­lait assu­ré, saluant d’un signe de tête le por­tier qui l’a­vait recon­nu. Au comp­toir de la récep­tion, une jeune femme en uni­forme qu’il ne connais­sait pas lui deman­da s’il avait rendez-vous.

— Je dois remettre des docu­ments à Mr. Pem­ber­ton. De la part de Sir Vic­tor Sassoon.

Le nom pro­dui­sit son effet habi­tuel. La récep­tion­niste décro­cha le télé­phone, échan­gea quelques mots à voix basse, puis lui indi­qua que Mr. Pem­ber­ton était en réunion mais qu’il pou­vait lais­ser les docu­ments à son secrétariat.

Chen hocha la tête et se diri­gea vers l’as­cen­seur. Mais au lieu de mon­ter au bureau de Pem­ber­ton, il appuya sur le bou­ton du qua­trième étage.

Les suites nationales.

L’as­cen­seur s’ou­vrit sur un cou­loir qu’il connais­sait par cœur. Moquette bor­deaux, appliques de bronze, portes de bois sombre espa­cées de dix mètres. Chaque porte por­tait une plaque dis­crète : India Suite, Japan Suite, Chi­na Suite, France Suite. Le cou­loir des nations — l’une des fier­tés de Sir Vic­tor, qui aimait dire que le Cathay était le seul endroit au monde où l’on pou­vait dor­mir à Tokyo, Paris ou Pékin sans quit­ter Shanghai.

Chen s’ar­rê­ta devant la porte de la suite chi­noise. Elle était entrou­verte. Une femme de chambre en sor­tit, pous­sant un cha­riot de linge. Elle sur­sau­ta en le voyant.

— Mon­sieur ? Vous cher­chez quelque chose ?

— Non. Je… je vou­lais sim­ple­ment voir.

La femme de chambre le dévi­sa­gea avec méfiance. Elle ne le recon­nais­sait pas — elle était nou­velle, sans doute arri­vée après le départ de Sas­soon. Pour elle, Chen n’é­tait qu’un incon­nu en cos­tume éli­mé qui traî­nait dans les couloirs.

— La suite est libre, dit-elle. Mais si vous n’êtes pas client…

— Je tra­vaillais ici. Avant.

Le mot avant res­ta sus­pen­du entre eux. La femme de chambre haus­sa les épaules et s’é­loi­gna avec son cha­riot. Chen pous­sa la porte.

La suite chi­noise s’ou­vrit devant lui, bai­gnée dans la lumière grise de l’a­près-midi. Trois pièces en enfi­lade — un salon, une chambre, un cabi­net de toi­lette — meu­blées dans le style Ming, ou ce qu’un déco­ra­teur anglais des années vingt ima­gi­nait être le style Ming. Fau­teuils de palis­sandre aux accou­doirs sculp­tés de dra­gons, para­vents de soie peints de pay­sages mon­ta­gneux, vases de por­ce­laine bleue sur des consoles laquées. Aux murs, des estampes repré­sen­tant des let­trés en robes de céré­mo­nie, des pavillons au bord de lacs bru­meux. Une Chine de carte pos­tale, figée dans un pas­sé qui n’a­vait jamais existé.

Chen avan­ça dans la pièce. Il se sou­ve­nait de la pre­mière fois qu’il avait visi­té ces suites, en 1930, le jour de son embauche. Sas­soon l’a­vait fait venir au Cathay pour un entre­tien — Chen avait alors trente ans, un diplôme de St. John’s Uni­ver­si­ty en poche, et une recom­man­da­tion du père Mor­ri­son, un jésuite amé­ri­cain qui ensei­gnait l’an­glais aux fils de bonne famille. Sas­soon l’a­vait reçu dans son pen­thouse, l’a­vait inter­ro­gé sur ses com­pé­tences, sa connais­sance des langues, sa dis­cré­tion. Puis il l’a­vait emme­né visi­ter l’hô­tel, comme on fait visi­ter un royaume à un nou­veau vassal.

— Regar­dez, Wei­ming, avait dit Sas­soon en ouvrant la porte de la suite indienne. Chaque client peut dor­mir dans son propre pays. L’An­glais en Angle­terre, le Fran­çais en France, le Japo­nais au Japon. Et le Chinois…

Il avait ouvert la porte de la suite chi­noise avec un geste théâtral.

— Le Chi­nois en Chine. N’est-ce pas merveilleux ?

Chen avait hoché la tête, impres­sion­né mal­gré lui par le luxe des lieux. Mais une pen­sée l’a­vait tra­ver­sé, qu’il n’a­vait pas expri­mée : Et vous, Sir Vic­tor ? Dans quel pays dormez-vous ?

La réponse, il l’a­vait com­prise plus tard. Sas­soon ne dor­mait dans aucun pays. Il dor­mait dans l’argent. L’argent n’a pas de patrie.

Chen s’as­sit dans l’un des fau­teuils de palis­sandre. Le bois était froid sous ses mains. Par la fenêtre, il aper­ce­vait le Bund en contre­bas, la file des auto­mo­biles, les coo­lies qui tiraient leurs pousse-pousse, les sil­houettes pres­sées des hommes d’af­faires. La vie conti­nuait, indifférente.

Il pen­sa aux archives qu’il avait consul­tées, au fil des années, dans le sous-sol du Sas­soon House. Des mil­liers de lettres, de registres, de télé­grammes, remon­tant jus­qu’aux années 1850. L’his­toire de la mai­son Sas­soon s’y déployait en chiffres et en euphé­mismes — les tonnes d’o­pium expé­diées de Bom­bay à Can­ton, les béné­fices astro­no­miques, les pots-de-vin ver­sés aux fonc­tion­naires chi­nois, les guerres que l’Em­pire bri­tan­nique avait menées pour for­cer la Chine à s’ou­vrir au com­merce du poison.

Indian goods. C’é­tait l’ex­pres­sion consa­crée. Chen l’a­vait vue mille fois dans la cor­res­pon­dance. Nous avons expé­dié trois cents caisses d’In­dian goods par le vapeur Doris. Le mar­ché des Indian goods reste favo­rable mal­gré les troubles à Can­ton. Un lan­gage codé, presque inno­cent, pour dési­gner la drogue qui avait détruit des mil­lions de vies chinoises.

Et lui, Chen Wei­ming, diplô­mé de St. John’s, fils d’un ins­ti­tu­teur de Suz­hou, petit-fils d’un let­tré qui avait pas­sé les exa­mens impé­riaux — lui avait ser­vi cette mai­son pen­dant vingt ans. Il avait clas­sé ces archives, tra­duit ces lettres, faci­li­té ces affaires. Il avait fer­mé les yeux.

Pour­quoi ?

La réponse était simple, et Chen la connais­sait : parce qu’on l’a­vait bien payé. Parce que le tra­vail était confor­table. Parce que Sir Vic­tor était cour­tois, culti­vé, géné­reux avec ses employés. Parce qu’il était plus facile de ne pas penser.

Et aus­si — Chen se l’a­vouait rare­ment — parce qu’il avait lui-même goû­té au poi­son. Parce qu’il savait, dans sa chair, ce que l’o­pium appor­tait : cet oubli soyeux, cette paix qui dis­sol­vait les ques­tions. Com­ment condam­ner un com­merce dont il était lui-même, à sa manière, un client ?

Un bruit de pas dans le cou­loir le tira de ses pen­sées. Chen se leva brus­que­ment. Un homme en cos­tume sombre appa­rut dans l’en­ca­dre­ment de la porte — la qua­ran­taine, visage rou­geaud, mous­tache taillée avec soin. Pemberton.

— Vous êtes le secré­taire de Sir Vic­tor, n’est-ce pas ? Chen ?

— Oui, monsieur.

— On m’a dit que vous aviez des docu­ments pour moi.

Chen sor­tit la liasse de papiers de sa poche inté­rieure et la ten­dit à Pem­ber­ton, qui la feuille­ta distraitement.

— Très bien. Je ferai suivre. Autre chose ?

— Non, monsieur.

Pem­ber­ton le regar­da avec une curio­si­té tein­tée d’impatience.

— Vous n’a­vez plus rien à faire ici, vous savez. Sir Vic­tor est par­ti. L’hô­tel fonc­tionne très bien sans… sans votre assistance.

Le ton était poli, mais le mes­sage était clair. Chen incli­na la tête.

— Je com­prends, mon­sieur. Je m’en vais.

Il tra­ver­sa la suite chi­noise une der­nière fois, évi­tant le regard de Pem­ber­ton. Dans le cou­loir, il croi­sa la femme de chambre qui reve­nait avec son cha­riot. Elle ne lui accor­da pas un regard.

L’as­cen­seur le rame­na au rez-de-chaus­sée. Chen tra­ver­sa le lob­by sans s’ar­rê­ter, fran­chit les portes de bronze, débou­cha sur le Bund. Le froid de l’a­près-midi le sai­sit. Il enfon­ça les mains dans ses poches et se mit à marcher.

Il n’a­vait plus sa place ici. Il n’a­vait plus sa place nulle part.

* * *

Cha­pitre 3 — Le bar du Horse and Hound

Novembre 1948

Trois semaines pas­sèrent. Chen prit l’ha­bi­tude de reve­nir au Cathay tous les deux ou trois jours, non plus en employé ni en visi­teur, mais en client — ou plu­tôt en simu­lacre de client, car il com­man­dait rare­ment plus d’un verre qu’il fai­sait durer des heures.

Le bar du Horse and Hound occu­pait l’aile ouest du rez-de-chaus­sée, une longue salle lam­bris­sée d’a­ca­jou où des gra­vures de chasse anglaise alter­naient avec des miroirs biseau­tés. Le comp­toir de cuivre lui­sait sous les appliques ; des fau­teuils de cuir pati­né s’a­li­gnaient le long des fenêtres qui don­naient sur Nan­jing Road. C’é­tait le lieu de ren­dez-vous des tai­pans, des cour­tiers, des jour­na­listes étran­gers — tout ce que Shan­ghai comp­tait de puis­sants et d’in­for­més venait là échan­ger des rumeurs, conclure des affaires, noyer des angoisses dans le whis­ky écossais.

Chen s’ins­tal­lait tou­jours à la même place, un tabou­ret au bout du comp­toir, près de la fenêtre. De là, il pou­vait obser­ver sans être vu — les allées et venues dans le lob­by, les visages des clients, les conver­sa­tions à demi-voix. Le bar­man, un Por­tu­gais de Macao nom­mé Fer­nan­dez qui tra­vaillait au Cathay depuis l’ou­ver­ture, le recon­nais­sait et le ser­vait sans poser de ques­tions. Un whis­ky-soda, tou­jours le même. Chen le buvait len­te­ment, très len­te­ment, fai­sant durer chaque gor­gée comme on fait durer un souvenir.

Ce soir de novembre, le bar était plus vide qu’à l’or­di­naire. La moi­tié des tabou­rets étaient inoc­cu­pés ; les conver­sa­tions se fai­saient rares. Chen remar­qua que plu­sieurs habi­tués avaient dis­pa­ru — Mor­ri­son, le cour­tier en coton, qu’il voyait chaque semaine depuis des années ; les deux Alle­mands de la mai­son Sie­mens, tou­jours ins­tal­lés près de la che­mi­née ; le jour­na­liste du North Chi­na Dai­ly News qui venait prendre des nou­velles de Sas­soon. Par­tis. Tous par­tis. Le Cathay se vidait comme un navire qui prend l’eau.

Il en était à son deuxième whis­ky — une folie, au prix où il les payait — quand une voix de femme s’é­le­va à sa gauche.

— Vous permettez ?

Chen se retour­na. Une femme d’une cin­quan­taine d’an­nées se tenait près de lui, un verre de gin à la main. Elle por­tait une robe de soie grise, un col­lier de perles, et ses che­veux blonds gri­son­nants étaient rele­vés en un chi­gnon lâche. Son visage, autre­fois beau, s’é­tait affais­sé sous le poids des années et de l’al­cool ; mais ses yeux bleus gar­daient une viva­ci­té ironique.

Chen la recon­nut aus­si­tôt. Mar­ga­ret Hart­ley. La veuve du cour­tier Hart­ley, mort dans un camp japo­nais en 1943. Il l’a­vait croi­sée des dizaines de fois du temps de Sas­soon — aux récep­tions du pen­thouse, aux courses de l’hip­po­drome, aux dîners de cha­ri­té. Elle l’a­vait tou­jours trai­té avec cette poli­tesse dis­tante que les Bri­tan­niques réser­vaient aux domes­tiques de bonne tenue.

— Je vous en prie, dit Chen en dési­gnant le tabou­ret voisin.

Mar­ga­ret Hart­ley s’as­sit avec un sou­pir. Elle fit signe à Fer­nan­dez de lui res­ser­vir un gin.

— Vous êtes le secré­taire de Sir Vic­tor, n’est-ce pas ? Chen quelque chose ?

— Chen Weiming.

— Wei­ming. Oui. Je me sou­viens de vous. Vous étiez tou­jours là, dans l’ombre de Sir Vic­tor, avec votre car­net et votre air sérieux.

Elle but une gor­gée de gin, gri­ma­ça légèrement.

— Il est par­ti, n’est-ce pas ? Nas­sau, m’a-t-on dit. Le soleil, les pal­miers, les impôts allé­gés. Très malin de sa part.

— Oui, madame.

— Et vous, pour­quoi êtes-vous resté ?

La ques­tion était directe, presque bru­tale. Chen hésita.

— Je suis shanghaïen.

— Et alors ? Shan­ghai ne sera plus Shan­ghai dans six mois. Les com­mu­nistes arrivent. Tout le monde le sait. Ceux qui peuvent par­tir partent. Ceux qui ne peuvent pas…

Elle lais­sa sa phrase en sus­pens et vida son verre.

— Moi, je ne peux pas, reprit-elle. Plus d’argent. Mon mari a tout per­du pen­dant la guerre — les Japo­nais ont sai­si nos biens, nos comptes. Quand il est mort à Lung­hua, il ne res­tait rien. Je vis ici depuis trois ans, dans une suite que je n’ai plus les moyens de payer. L’hô­tel me tolère par cha­ri­té — ou par oubli. Je ne sais pas com­bien de temps ça durera.

Chen ne répon­dit pas. Il connais­sait ces his­toires — les for­tunes englou­ties par la guerre, les veuves et les orphe­lins aban­don­nés dans les décombres de l’empire colo­nial. Le Shan­ghai d’a­vant 1941 avait été un para­dis pour les Occi­den­taux ; le Shan­ghai d’a­près n’é­tait plus qu’un purgatoire.

— Vous fumez ? deman­da Mar­ga­ret Hart­ley en sor­tant un étui à ciga­rettes de son sac.

— Non. Merci.

Elle allu­ma une ciga­rette, aspi­ra longuement.

— Vous savez ce qui est étrange ? J’ai pas­sé trente ans à Shan­ghai. Trente ans. Je suis arri­vée en 1918, jeune mariée, pleine d’es­poir. J’ai vu la ville gran­dir, s’en­ri­chir, deve­nir la métro­pole la plus exci­tante du monde. Et main­te­nant, je regarde tout s’ef­fon­drer, et je me dis que je n’ai jamais com­pris cet endroit. Pas vrai­ment. C’é­tait un décor, un théâtre. Et nous, les étran­gers, nous jouions notre rôle sans voir ce qui se pas­sait en coulisses.

Elle se tour­na vers Chen, le regar­da avec une inten­si­té nouvelle.

— Vous, vous avez vu les cou­lisses, n’est-ce pas ? Vous savez com­ment ça fonc­tionne vrai­ment. L’argent, le pou­voir, les com­bines. Tout ce que Sir Vic­tor ne mon­trait jamais.

Chen sou­tint son regard.

— Je ne sais pas grand-chose, madame.

— Allons. Ne soyez pas modeste. Vingt ans au ser­vice de Sas­soon — vous devez en savoir plus sur cette ville que n’im­porte qui.

Chen pen­sa aux archives, aux lettres, aux chiffres. Aux Indian goods. À tout ce qu’il savait et qu’il n’a­vait jamais dit.

— Peut-être, dit-il. Mais savoir n’est pas comprendre.

Mar­ga­ret Hart­ley eut un rire bref, sans joie.

— Phi­lo­sophe, en plus. Sir Vic­tor avait du goût.

Elle écra­sa sa ciga­rette dans le cen­drier et fit signe à Fer­nan­dez de lui ser­vir un autre gin. Le bar­man hési­ta — Chen vit pas­ser dans ses yeux une expres­sion de pitié mêlée d’embarras — puis obtempéra.

— Nous sommes des fan­tômes, Chen, dit Mar­ga­ret Hart­ley en levant son verre. Vous et moi. Nous ne le savons pas encore, mais nous sommes déjà morts. Le monde qui nous a faits n’existe plus. Celui qui vient n’au­ra pas de place pour nous.

Elle but d’un trait, repo­sa le verre vide.

— À la vôtre.

Chen leva son propre verre, qu’il n’a­vait pas terminé.

— À la vôtre, madame.

Ils res­tèrent un moment côte à côte, silen­cieux, regar­dant par la fenêtre les lumières de Nan­jing Road qui s’al­lu­maient dans le cré­pus­cule. Les néons des maga­sins cli­gno­taient rouge et vert ; des auto­mo­biles pas­saient en klaxon­nant ; des ven­deurs ambu­lants criaient leurs mar­chan­dises. La ville vivait encore, fré­né­tique, insou­ciante. Mais pour com­bien de temps ?

Chen ter­mi­na son whis­ky et se leva.

— Je dois par­tir, madame. Bonne soirée.

Mar­ga­ret Hart­ley lui adres­sa un signe de tête dis­trait. Elle avait déjà com­man­dé un autre gin.

Chen tra­ver­sa le lob­by, salua le por­tier, sor­tit sur le Bund. La nuit était tom­bée. Le fleuve scin­tillait sous les lumières des bateaux. Il fai­sait froid — un froid humide qui s’in­si­nuait sous les vête­ments, péné­trait jus­qu’aux os.

Il se mit à mar­cher vers le sud, vers son appar­te­ment de la Conces­sion fran­çaise. À mi-che­min, il s’ar­rê­ta. Ses pas l’a­vaient conduit, sans qu’il y pense, devant l’en­trée d’une ruelle qu’il connais­sait bien. Une ruelle qui menait, après quelques détours, à une mai­son de thé du quar­tier de Hong­kou. La mai­son de Madame Qian.

Il hési­ta. La nuit était froide. Son appar­te­ment était vide. Et dans la ruelle, il y avait la cha­leur, les cous­sins, la lampe à opium, l’oubli.

Pas ce soir, se dit-il. Pas encore.

Il reprit sa marche vers le sud. Mais il savait qu’il revien­drait. Il reve­nait toujours.

* * *

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Kach­gar — قەشقەر — Col­lec­tion de timbres #3

Kach­gar — قەشقەر — Col­lec­tion de timbres #3

Kach­gar
قەشقەر

Col­lec­tion de timbres #3

Ce n’est pas parce qu’on est confi­nés qu’on n’a pas le droit de voya­ger. Une fois par jour, je vais essayer de vous faire décou­vrir le monde, les lieux que j’ai­me­rais connaître un jour et que d’autres ont eu la chance de par­cou­rir. Aujourd’­hui, nous retour­nons en Chine, dans l’an­cien Tur­kes­tan.
Pho­to by simon sun on Uns­plash

Kach­gar (ou Kash­gar, Kashi, قەشقەر en ouï­ghour, 喀什 en chi­nois, sino­gramme du bruit de la toux —  — et quelque chose qui peut avoir un rap­port avec l’Is­lam — ). Son nom pro­vient d’un métis­sage entre l’a­ra­bo-per­san ghar , “caverne” et le terme ouï­ghour qash qui désigne le jade. C’est dire si nous sommes ici au car­re­four des civi­li­sa­tions. Située dans la région auto­nome du Xin­jiang, l’an­cien Tur­kes­tan chi­nois, sa situa­tion pri­vi­lé­giée sur la Route de la soie en a fait un objet de convoi­tises tout au long des siècles. D’a­bord par les Chi­nois sous la dynas­tie Han, puis par les Boud­dhistes de l’Em­pire kou­chan, par l’Is­lam qui s’y ins­tal­le­ra défi­ni­ti­ve­ment, par les troupes de Gen­gis Khan, les armées russes au XIXè siècle et à inter­valles régu­liers par les Chi­nois qui finissent par en faire une dépen­dance sous contrôle de Pékin jus­qu’à ce jour. La grande majo­ri­té eth­nique occu­pant cet endroit du globe est l’eth­nie ouï­ghoure, peuple tur­co­phone, même si la pro­pen­sion de Han chi­nois est en constante aug­men­ta­tion. Le peuple ouï­ghour a la vie dure, c’est le moins qu’on puisse dire, parce que musul­man en grande par­tie et pas for­cé­ment très prompt à se sou­mettre au régime com­mu­niste de Pékin. Mais cela est une longue et triste histoire.

Kach­gar porte les stig­mates de son his­toire et si on peut y voir un peu par­tout dans son dédale de petites rues aux mai­sons de brique jaune les dra­peaux de la Chine com­mu­niste orner la moindre mai­son, nous sommes ici avant tout en terre d’Is­lam, et plus que tout en terre ouï­ghoure qui tente tant bien que mal de pré­ser­ver son identité.

Immense cœur de ville lar­dé de petites rues étroites qui conservent la frai­cheur dans cette région où l’am­pli­tude des tem­pé­ra­tures donne des sueurs froides (en moyenne ‑10°C l’hi­ver, +32° l’é­té), la ville com­mence à subir la pres­sion immo­bi­lière qui voit s’ins­tal­ler en péri­phé­rie d’im­mondes barres d’im­meubles au style post-com­mu­niste qui défi­gurent son allure millénaire.

Mais comme je ne connais Kach­gar qu’au tra­vers des yeux des autres, je vous pro­pose de vous lais­ser emme­ner par ceux qui y sont vrai­ment allés : Time Tra­vel Turtle (en), Clo et Clem, et His­toires de tongs.

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Shaxi — 沙溪 — Col­lec­tion de timbres #1

Shaxi — 沙溪 — Col­lec­tion de timbres #1

Shaxi — 沙溪

Col­lec­tion de timbres #1

Ce n’est pas parce qu’on est confi­nés qu’on n’a pas le droit de voya­ger. Une fois par jour, je vais essayer de vous faire décou­vrir le monde, les lieux que j’ai­me­rais connaître un jour et que d’autres ont eu la chance de par­cou­rir. Aujourd’­hui, nous par­tons à Shaxi, en Chine.
Pho­to © Sina.com

Shaxi, ou Shāxīz­hèn (bourg de Shaxi) est un tout petit vil­lage situé dans la pré­fec­ture de Dali, dans la grande pro­vince du Yun­nan. Son nom en chi­nois uti­lise le sino­gramme du sable — 沙 — et celui du ruis­seau — 溪 -, le suf­fixe — 镇 — signi­fiant bourg.

Pour y arri­ver, il faut comp­ter une cen­taine de kilo­mètres à par­tir de Dali — 大理市 — ou de Lijiang — 丽江市. Autant dire qu’il est dif­fi­cile de tom­ber des­sus par hasard à moins de se perdre sur une route de cam­pagne qui ne mène qu’à d’autres vil­lages en ser­pen­tant dans une cam­pagne val­lon­née. Habi­tée par les eth­nies Bai白族, sino­gramme du blanc - et Yi彝族, sino­gramme du vase -, cette région est proche des contre­forts du Myan­mar et consti­tuait un des arrêts de la route du com­merce du thé entre le Yun­nan, le Myan­mar et le Tibet. 

Visi­ble­ment, le vil­lage n’a pas com­plè­te­ment per­du son âme et ne res­semble pas à une vitrine sans vie, avec ses petites ruelles pavées et de superbes mai­sons avec cour inté­rieur où le bois côtoie avec charme la pierre noire des mai­sons. La place du théâtre est un joyau d’ar­chi­tec­ture tra­di­tion­nelle avec ses tuiles rondes et ses toits relevés.

Mais ceux qui en parlent le mieux sont ceux qui y sont allés, et pour cela, je laisse la place à trois blogs qui en parlent magni­fi­que­ment et dont les pho­tos valent tous les mots : Planet3W, World Wild Brice, et mon pré­fé­ré, Sous le ciel vaga­bond.

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