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Café du matin #3

Café du matin #3

Qua­rante-cinq degrés à l’ombre de ton corps fris­son­nant. J’ai les doigts rouges et gon­flés sur mon cla­vier, gourds d’être res­té trop long­temps dehors par quelques degrés en-des­sous de zéro, res­té trop long­temps à lire et à te cher­cher alors que tu n’étais pas là. Les pieds humides et froids, l’âme déchi­rée comme la glace qui fond et s’écrase sur le sol gelé, avec le même bruit, la même lourdeur.

Café du matin #2

Café du matin #2

Café du matin, je ne sais plus com­bien. Une crême oran­gée, mous­seuse, qui reste sur les parois de la tasse tan­dis que je bois la der­nière goutte dans un léger bruit de bouche qui me per­met d’aspirer tout ce qui peut res­ter dans la tasse.

Café du matin #1

Café du matin #1

Alors voi­là, on boit son café tran­quille, pre­mier café du matin… la jour­née risque d’être belle, légè­re­ment voi­lée mais belle, la pre­mière vraie jour­née chaude de la sai­son, il va cer­tai­ne­ment faire chaud, du moins de quoi sor­tir en tee-shirt sans risque d’avoir le moindre fris­son sur les tétons sous le tis­su. Encore une occa­sion de ratée de s’exprimer avec pudeur.

L’or du Pactole

Il y a des civi­li­sa­tions qui ont tout inven­té et qu’on a presque oubliées. La Lydie est de celles-là. Deman­dez autour de vous : on connaît Cré­sus, mais comme on connaît Pic­sou — un nom deve­nu adjec­tif, une richesse pro­ver­biale déta­chée de toute géo­gra­phie, de toute chair, de toute poussière.

Palerme aux trois langues

Il faut lever la tête, et il faut le faire long­temps, parce que la nuque pro­teste et que la lumière de la Cha­pelle Pala­tine est avare. On finit par dis­tin­guer, au-des­sus des mosaïques byzan­tines et de leur or immo­bile, un pla­fond de bois qui n’a rien à faire là.

Les jar­dins de thé d’Is­tan­bul, géo­gra­phie de l’heure suspendue

C’est d’a­bord un son. Une petite cuillère qui tourne dans un verre, quelque part sous les pla­tanes, et le tin­te­ment clair du métal contre la paroi mince. On l’en­tend avant de voir quoi que ce soit. Il tra­verse le feuillage, se mêle au cri des mouettes, au ron­fle­ment loin­tain d’un vapur qui accoste.

Les stèles du tophet de Carthage

Salamm­bô est une ban­lieue de Tunis comme il y en a par­tout sur cette côte : des vil­las basses aux volets déco­lo­rés, des bou­gain­vil­lées qui débordent des murets, la ligne du TGM qui file vers La Mar­sa avec un bruit de fer­raille patiente, et l’o­deur du sel qui monte dès qu’on tourne le dos à la rue.

Qala­wun, ou le tom­beau de l’es­clave aux mille dinars

Rue al-Mu’izz, Le Caire. Un sul­tan kipt­chak, un hôpi­tal pour les fous, un dôme qui a sur­vé­cu à sept siècles de trem­ble­ments de terre.

Un style à poulpes

Un motif tra­verse la Médi­ter­ra­née, 1500–400 avant notre ère

Le savon d’A­lep, ou la très longue mémoire d’un pain vert

Il y a des objets qui contiennent plus d’his­toire que bien des monu­ments. Un pain de savon brun, fen­du d’un cœur vert, en sait plus long sur la Médi­ter­ra­née que la plu­part des livres qui pré­tendent la raconter.

Le Bou­co­léon, palais des lions de mer

Il faut d’a­bord accep­ter de ne rien voir. C’est la condi­tion d’en­trée, le droit de pas­sage. Celui qui longe la rive sud de la vieille Istan­bul, sur cette ave­nue Ken­ne­dy où les voi­tures filent comme si la mer de Mar­ma­ra n’exis­tait pas, celui-là passe devant le Bou­co­léon sans le savoir.

Le tar­bouche, iti­né­raire d’un couvre-chef méditerranéen

Dans le souk Ech-Chaoua­chine de Tunis, entre la mos­quée Zitou­na et la Kas­bah, un vieil homme façonne encore, assis en tailleur sur un banc de bois poli par deux siècles de la même pos­ture, un bon­net de laine rouge qu’il appelle chéchia.

Umbi­li­cus Urbis Romae

Il est onze heures et la pierre com­mence à rendre ce qu’elle a pris. On entre au Forum par la via Sacra, on des­cend, et la pre­mière chose que le corps apprend, avant l’œil, c’est que ce creux entre les col­lines est un four.