Oct 2, 2012 | Livres et carnets |
Avant…

Photo © Birding Mongolia
On en viendrait presque à oublier que lorsque les Hommes se battent et s’entre-déchirent, la nature, elle, continue de vivre dans la plus belle des intelligences, celle où se partagent les intérêts communs, loin de l’imbécile apparence, des chimères du paraître et de la course à la vanité… Belle leçon de nature, au milieu de l’orgueil et des combats.
Dans les endroits les plus stériles, où seuls parviennent à pousser quelques maigres brins d’herbe, vit une autre espèce de rongeur, l’imouran, à peu près de la taille d’un écureuil. La teinte de son pelage se confond avec la prairie sur laquelle il se déplace comme un serpent, ramassant les graines éparpillées par le vent, et les transportant dans sa minuscule demeure. L’imouran a une amie fidèle, l’alouette jaune, à dos brun et tête brune. Quand l’imouran court dans la plaine, elle se poste sur son dos, battant des ailes pour maintenir son équilibre, et se fait joyeusement porter au galop par cette curieuse monture à la longue queue en broussaille. L’alouette en profite pour débarrasser avec dextérité le pelage de son compagnon de tous les parasites qui s’y sont enfouis ; elle sait aussi faire entendre son chant mélodieux, tout le temps que dure cette course allègre. C’est pour cela que les Mongols ont surnommé l’imouran « le coursier de la joyeuse alouette ». D’ailleurs celle-ci sait encore lui rendre d’autres services ; elle avertit toujours l’imouran de la présence des aigles et des faucons, en poussant trois coups de sifflets aigus avant de se réfugier derrière une pierre ou dans un fossé. Dès qu’il entend ce signal, nul imouran ne sort plus la tête de son trou tant que le brigand des airs ne s’est pas éloigné. C’est ainsi que l’alouette et son coursier vivent en amical voisinage.
[audio:Borbanngadyr.xol]
Ferdynand Ossendowski, Bêtes, hommes et dieux
A travers la Mongolie interdite, 1920–1921
Editions Phebus Libretto
Après…
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Sep 30, 2012 | Arts, Chambre acoustique |

Jean-Francois de Troy
La déclaration d’amour (1724)
Tandis que Johann Sebastian Bach écrivait et composait ses célèbres cantates pendant cinq années complètes de liturgie, il composa également des cantates “profanes”, qui n’avaient de profanes que le nom. Fortement inspirée par le luthéranisme, elles sont remarquables par leur extrême variété et leur finesse (comme entendu notamment dans la cantate dite « de la chasse »). Voici deux autres extraits de cantates profanes.
[audio:BWV202.xol]
BWV202 — Weichet nur, betrübte Schatten (cantate dite « Du mariage », ca. 1718–1723) . Pièce écrite pour hautbois, deux violons, alto, basse continue et une soprano soliste.
1er mouvement (aria). Weichet nur, betrubte Schatten.
Giebel, Concerto Amsterdam, Jaap Schröder
[audio:BWV204.xol]
BWV204 — Ich bin in mir vergnügt (ca. 1726–1727). La pièce est orchestrée pour flûte traversière, deux hautbois, deux violons, alto et basse continue et une soprano soliste. Texte de Christian Friedrich Hunold.
6ème mouvement (aria). Meine Seele sei vergnugt.
The Amsterdam Baroque Orchestra and Choir, Ton Koopman
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Sep 26, 2012 | Arts |
En guise de point de départ à une série de billet sur les natures mortes, voici une de celles qui m’ont particulièrement touché, réalisée par le peintre hollandais Willem Kalf aux alentours de 1655–1657. La nature morte à l’aiguière d’argent, exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam est une huile de taille moyenne (73,8 x 65,2 cm) aux tons sombres, à la composition serrée, stricte. La nature morte est incluse dans une niche de pierre dont on ne voit pas l’arrondi, mais dont on distingue le rebord dépassant du mur.

La toile se compose d’une coupe en porcelaine blanche et bleue de facture chinoise contenant des agrumes ; oranges, cédrats et citron épluché symbolisant le temps qui passe. Ce citron épluché est un lieu de transition entre l’apparente immuabilité des éléments en présence et la nature en voie de corruption. Le traitement pictural de la peau des agrumes captant la lumière est absolument exceptionnel, chaque touche colorée accrochant la lumière par la peau granuleuse d’une manière parfaite.

On peut même voir dans le citron épluché le jus perler sous la peau blanche (mésocarpe).

Sur le côté droit de la coupe se trouve une petite boîte à pilule ouverte à couvercle vitré qui me pose question. J’ai déjà trouvé ce genre de boîte sur d’autres natures mortes de Kalf, sans comprendre réellement la raison de cette présence. D’une part, je ne sais pas si c’est réellement une boîte à pilule, d’autre part, le fait qu’elle soit ouverte a nécessairement une explication.
L’aiguière en argent est d’une facture exceptionnelle et révèle un objet d’art particulièrement riche, typique des œuvres d’orfèvrerie à motif auriculaire exécutées aux XVIème et XVIIème siècle.
L’objet qui attire l’œil dans cette œuvre c’est cette coupe de verre qui surplombe la composition, une coupe, ou plutôt un verre d’une forme toute particulière qu’on ne trouve qu’en Hollande au XVIIème siècle et qu’on appelle un Roemer ou Römer. C’est un verre à vin sur lequel le type de vin qu’il sert à déguster est gravé. Son nom vient de Rome, dont on dit que ces verres étaient originaires et il est généralement fait de deux couleurs, le blanc et le vert. Le vert est obtenu à partir de potasse de bois, raison pour laquelle on appelle cette couleur Waldglas. Ce verre reposant sur une tige creuse était parfois remplie d’eau et l’on déposait dans la vasque elle-même une de ces agrumes épluchés. L’allégorie prend alors tout son sens : l’agrume épluché symbolisant le temps qui passe plongé dans un verre particulièrement fin symbolisant la fragilité de cette existence… On retrouvera ces verres en particulier chez le peintre Pieter Claesz, contenant parfois une orange épluchée comme dans cette très belle œuvre de Cornelis de Heem. Il est à noter que dans la symbolique de cette iconographie particulière, un verre à moitié rempli symbolise également, comme l’agrume épluché, l’inexorabilité du temps qui passe.

Roemer gravé (photo © Ancientglass)
Toutes les natures mortes ont un message en particulier à faire passer, généralement pour dire combien la vie est futile et ne tient pas à grand chose… D’où le nom de vanité que désignera certaines natures mortes, notamment en Hollande à l’époque baroque. A nous de décoder le message, même s’il est souvent répété de manière mécanique par les peintres hollandais du XVIIème siècle.
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Sep 24, 2012 | Chambre acoustique |
Voici un motet plein d’ardeur et de vivacité, comme dit dans le titre, une pièce d’une excessive intensité dont je ne livre ici que la première partie. Les trois mouvements suivants sont beaucoup plus calmes et d’une rare beauté. On entend parfaitement l’exaltation religieuse dont les pièces suivantes signent le calme et le retour à la ferveur. Tout en légèreté, tout en finesse, du Vivaldi au sommet de son art.
Un album savant et plein de fureur de la collection tesori del piemonte, vol. 31, ‘In furore’, ‘Laudate pueri’ e concerti sacri. Sandrine Piau, soprano, Ottavio Dantone, direttore.
[audio:motetto.xol]
I.Aria — In furore iustissimae — Allegro
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Sep 23, 2012 | Carnets de route (Osmanlı lale), La rose et la tulipe (carnet de voyage à Istanbul), Sur les portulans |
Épisode précédent : La rose et la tulipe, carnet de voyage à Istanbul 18 : Visages des rues banales d’Istanbul
Istanbul est une grande ville. Même si l’on se contente de ne visiter que la vieille ville, il faut bien à un moment donné, histoire de ne pas toujours tourner autour des mêmes lieux, prendre les transports en commun, ou même le taxi. Je n’ai pas essayé le métro parce que je n’avais besoin de le prendre, mais j’ai pris le tramway plusieurs fois, une ligne qui transperce la vieille ville et ébranle les pavés de son tremblement maladif, à Eminönü, qui passe devant la gare de Sirkeci, remonte une rue très commerçante jusqu’à Gülhane, le jardin de Topkapi et poursuit devant Sultanahmet, Çemberlitaş, passe devant l’Université, Laleli, puis s’engouffre dans les profondeurs d’une ville inconnue. De l’autre côté de la Mosquée Nouvelle, le tramway fait trembler le pont de Galata, passe à Karaköy puis remonte jusqu’à Kabataş au bord du Bosphore en s’étant frayé un chemin entre quelques mosquées d’un intérêt assez vague. Le tramway est moderne, climatisé et confortable. Par tous, il est couru et fonctionne jusqu’aux environs d’une heure du matin.
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