Architektôn

Architektôn, littéralement « maître charpentier » : le mot est employé pour la première fois au Vè siècle, dans l’œuvre de l’historien Hérodote, alors que les poèmes  homériques, au VIIiè siècle, ne connaissaient que le tektôn, « menuisier » ou « charpentier », soit l’ouvrier par excellence. Tel quel, le terme suffit à faire comprendre que dans le monde grec l’architecte est issu du milieu des artisans.

Marie-Christine Hellmann, L’architecture grecque
Livre de poche, collection Références


La première mention connue du mot architecte, αρχιτεκτων (αρχι-archi, chef de – et de τεκτων – tekton, charpentier.), apparaît au Ve siècle av. J.‑C. dans le livre d’Hérodote, Histoires (3, 60) décrivant le tunnel de Samos: « l’architecte chargé de ce travail fut le Mégarien Eupalinos, fils de Naustrophos ». Hérodote utilise ce mot pour le constructeur du pont de bateaux permettant de franchir l’Hellespont en -513 (Histoires 4,88): “Darius Ier fut très satisfait de ce pont de bateaux et récompensa richement son architecte, Mandroclès de Samos”. Pour Hérodote, le mot architecte donné à Eupalinos qui est un des “auteurs des trois plus grands ouvrages que possède la Grèce” ou à Mandroclès de Samos n’a pas pour lui le sens qu’il a pris aujourd’hui, c’est plus un technicien de la construction ou un ingénieur. (source Wikipedia)

De Salamandrae Terrestris Vita, Evolutione, Formatione Tractatus [Adolph Friedrich Funk – 1802-1830]

De vita salamandrae terrestris

Voici à nouveau un livre écrit en latin — De Salamandrae Terrestris Vita, Evolutione, Formatione Tractatus — par le naturaliste Adolph Friedrich Funk, datant de 1827 dans lequel sur les trois dernières pages s’étendent de superbes planches d’illustrations représentant la salamandre terrestre (salamandra salamandra) sous toutes ses coutures. Une rare qualité de représentation…

Description de l’Arabie, d’après les observations et recherches faites dans le pays même [Carsten Niebuhr 1733-1815]

Voici deux tomes d’un livre paru en 1779 en français, originellement écrit en danois en 1772 (Beschreibung von Arabien pour le premier volume, Reisebeschreibung von Arabien und anderen umliegenden Ländern pour les deux seconds) par le géographe Carsten Niebuhr et dans le plus pur esprit des Lumières part à la rencontre des peuples vivant sur cette terre, pour en ramener une somme d’informations encyclopédique, dont certains extraits, vus depuis notre époque, ne manquent pas de cocasserie.

Accompagné de son ami naturaliste et élève de Linné Pehr Forsskål, il l’aidera à publier deux livres importants : 

Icones rerum naturalium, ou figures enluminées d’histoire naturelle du Nord [Petrus Ascanius – 1723-1803]

Petrus (ou Peder) Ascanius est un zoologiste norvégien de l’époque de Carl von Linné. Il parcourut les côtes de son pays pour en ramener un inventaire illustré en cinq cahiers de la faune et de la flore des fjords sous le titre Icones rerum naturalium ou figures enluminées d’histoire naturelle du Nord (Copenhague, 1805), disponible à la consultation et au téléchargement sur Google Books. Un vieux livre joliment relié et parfaitement conservé, illustré de gravures aux couleurs resplendissantes. (more…)

L’expérience du sacré

Photo © Thomas Berg

Dernier tableau pour Zweig avec ce passage de toute beauté, lorsque la femme qui raconte son histoire se laisse bercer d’illusions sur le jeune homme qu’elle a l’intention de sauver. Un regard amoureux, tendre, mais biaisé. Nécessairement.

Il répéta ces paroles en tremblant : avec force et netteté elles résonnèrent dans le vide absolu du lieu. Puis il y eut un moment de silence, si grand que l’on pouvait entendre au-dehors le léger bruissement des arbres et des feuilles où le vent passait. Et soudain, il se prosterna comme un pénitent et il prononça, avec une extase toute nouvelle pour moi, en langue polonaise, très vite et sans interruption, des paroles que je ne comprenais pas. Mais ce devait être une prière extatique, une action de grâce, un acte de contrition, car cette confession tempétueuse courbait sa tête humblement par-dessus l’appui du prie-Dieu ; toujours plus passionnés se répétaient les sons étrangers, et c’était toujours avec plus de véhémence qu’une même parole jaillissait de sa bouche avec une indicible ferveur. Jamais auparavant et jamais depuis lors, je n’ai entendu prier de la sorte dans aucune église du monde. Ses mains étreignaient nerveusement le prie-Dieu en bois, tout son corps était secoué par un ouragan intérieur, qui parfois le soulevait brusquement et parfois l’accablait dans une prosternation profonde. Il ne voyait ni ne sentait plus rien : tout en lui semblait se passer dans un autre monde, dans un purgatoire de la métamorphose ou dans un élan vers la sphère du sacré.

Stefan Zweig, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme
1927, Leipzig
(titre original : Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben einer Frau, in Verwirrung der Gefühle. Drei Novellen)

La gratitude

doug-wheller

Photo © Doug Wheller

J’ai déjà tenté à plusieurs reprises de vous décrire l’expressivité exceptionnelle de sa physionomie et de tous ses gestes ; mais celui-là, je ne puis le dépeindre, car c’était une béatitude si extatique et si surnaturelle qu’on n’en voit presque jamais de pareille dans une figure humaine ; elle n’était comparable qu’à cette ombre blanche qu’on croit apercevoir au sortir d’un rêve lorsqu’on s’imagine avoir devant soi la face d’un ange qui disparait.
Pourquoi le dissimuler ? Je ne résistai pas à ce regard. La gratitude rend heureux parce qu’on en fait si rarement l’expérience tangible ; la délicatesse fait du bien, et, pour moi, personne froide et mesurée, une telle exaltation était quelque chose de nouveau, de bienfaisant et de délicieux. Et tout comme cette homme ébranlé et brisé, le paysage aussi, après la pluie de la veille, s’était magiquement épanoui.

Stefan Zweig, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme
1927, Leipzig
(titre original : Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben einer Frau, in Verwirrung der Gefühle. Drei Novellen)

Stefan Zweig, au terme d’une vie mondaine marquée par l’errance, mettra fin à ses jours à Petropolis, Brésil, le 22 février 1942, écœuré et rendu incapable de vivre du fait de l’étreinte de son pays et sa culture par le nazisme. Il laissera une lettre qui se termine avec ces mots :

« Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. »