Fecal NYC

Fecal NYC, un blog de Fecal Face dot com, le site avec un drôle de nom qui ne justifie même pas car on n’y parle pas de coprophilie. C’est un drôle de site qui parle en photos d’art et de gens qui ont l’air heureux, de jolies filles et d’événements en tout genre en images. J’aime particulièrement leurs derniers billets +~DEAD BIRDS, +~VESTIGES OF BETTER DAYS, +~CITY IN PASTELS.

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Je crois que ça vaut le coup d’aller faire un tour dans les parages et de se laisser porter par ces visages souriants et ces couleurs… Et accessoirement tenter de comprendre pourquoi Fecal Face ?

PS: je veux des jambes comme ça…

Sunderklaas à Ameland

Saint-Nicolas en Europe – 1

Photo © Wilbert Baan

Dans une des plus septentrionales îles de la couronne des terres qui ceignent les Pays-Bas, Ameland, sur les terres frisonnes de l’Archipel des Wadden (Waddenzee), se perpétue une tradition directement issue du culte puissant que Saint-Nicolas a instillé dans l’Europe du Nord. Car si Nicolas est la plupart du temps représenté avec sa parure d’évêque, on oublie souvent qu’il était avant tout marin, alors face à l’Océan, on attend la venue du saint, de ses complices et de ses soldats, surgissant dans la nuit dans une symbolique de forces fécondantes.
Dès le soir du 5 décembre tombé, les hommes envahissent les rues, vêtus d’uniformes blancs en papier mâché et de masques volontairement innocents assurant un parfait anonymat, et emportent avec eux les jeunes hommes qui ont eu 18 ans dans l’année, dans une virée à vocation initiatique. Si on vire manu militari les étrangers et les touristes comme des malpropres, c’est littéralement pour conserver l’hermétisme de ces cérémonies, mais secrètement aussi pour ne pas éventer les abus qui sont permis aux hommes ce soir-là ; violences, combats, courses et alcool, tout est autorisé. C’est sans dire que les femmes se doivent de ne pas sortir dès lors que le cor a sonné, sans quoi elles seront pourchassées dans les rues et vivement rossées.

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Sous cette exaltation poussée à l’extrême des valeurs masculines, on assiste en fait à un rite d’initiation des jeunes hommes pour leur entrée dans la vie des adultes. Cette entrée se fait la nuit, et dans l’anonymat. Si les femmes sont chassées, c’est pour préserver l’espace public, par définition masculin.
Une fois les hommes défoulés, ils pénètrent dans la demeure des femmes et simulent des violences sexuelles, avant de nocer avec force friandises et boissons.
Sur cette île battue par les vents de la Mer du Nord au paysage modelé par le déplacement des dunes de sable, on retrouve une communauté catholique, en plein bastion du protestantisme le plus radical, mais là ne se trouve certainement pas la raison de cette fête aux origines mal définies, mais il semblerait qu’on assiste à un savant mélange de rite cosmogonique avec la correspondance de la Saint-Nicolas avec le début de la période du repos des marins ; dans les contrées aux activités maritimes, les femmes tiennent le foyer et cette fête semble marquer le retour des hommes — et symboliquement,  leur retour aux affaires en somme…

Localisation d’Ameland sur Google Maps.

Des histoires d’argent, de pierres et de trésors et l’apprenti sorcier

Tahir Shah au cours de sa quête initiatique rencontre Mr Krishnan qu’on lui désigne comme étant l’homme le plus riche du monde. Évidemment, dit comme ça, ça peut prêter à sourire car on ne s’attend évidemment pas à trouver ce personnage éminent dans les bas-fonds de Bangalore. Tahir va donc à la rencontre de cet homme le plus riche du monde, une homme ridé d’à peine un mètre soixante enveloppé d’une couverture beige rapiécée, un milliardaire sans le sou.

Photo © NZ Dave

Mr Krishnan raconte alors sa terrible histoire à Tahir Shah. Né dans une famille de fermier, on lui apprit très tôt qu’il était en fait descendant des rois de Vijayanâgara, et afin de vénérer la mémoire de ces ancêtres, on vouait un culte à quelques vieux objets entassés dans une pièce spéciale de la maison et qui se transmettaient de génération en génération. Mr Krishnan épousa la carrière terne de juriste et se maria, eut quatre enfants et au terme de trente-deux ans d’activité dut mettre un terme à sa carrière en raison d’une santé fragile. Peu porté sur les choses de la religion, Mr Krishnan avait mis au rebut son butin ancestral et sur les injonctions de sa femme, se décida à faire don de ses objets à de bonnes œuvres religieuses, mais devant les tracasseries administratives que cela engendrait, il se résolut à tout garder. Enfin, un soir, il s’intéressa d’un peu plus près à quatre lingots de forme oblongue, recouverts de suie et de crasse, se disant que c’était peut-être de l’or. Alors il se mit à gratter, à frotter, à récurer et découvrit des objets de couleur vive. Pendant deux ans, l’homme étudia la minéralogie et la gemmologie de peur de se faire rouler par le premier margoulin à qui il demanderait une estimation. Il en vint à la conclusion que les lingots étaient en fait trois énormes rubis roses et un saphir absolument colossal qui avaient traversé les âges sous leur épaisseur de crasse. La possession de ces énormes pierres ne fit qu’aggraver l’état de santé de l’homme déjà malade mais il fit tout de même tailler les pierres par une personne de confiance, et finit par en révéler l’existence.
Le premier rubis faisait 215 carats, le second 650, taillé dans une pierre qui à l’origine en  faisait 1125. Le troisième, une fois taillé s’annonçait à 2475 carats. Le volume et la rareté de la pierre fit porter l’estimation de son prix à plus de 24 milliards de livres sterling. Le saphir quant à lui, faisait 1370 carats et son estimation atteignait les 3 milliards de livres.
B. Krishnan allait marier ses filles et vivait dans un appartement à cent cinquante roupies par mois, mais d’argent il n’avait point, car si la somme colossale qu’il possédait par devers lui faisait de lui un homme bien plus riche que le sultan du Brunei ou Bill Gates, personne au monde ne peut s’offrir la plus petite de ses pierres, ce qui ne lui permet pas de payer la dot de ses filles.

Photo © Susanne Stoop

A l’autre bout du monde(1), en Belgique se trouve une rue, le long de la voie ferrée aux abords de la gare d’Anvers, une petite rue sombre et poussiéreuse, sans charme, portant le doux nom de Pelikaanstraat. C’est le quartier des diamantaires dont la plupart sont des hassidims ou des Indiens. Mine de rien, c’est la rue la plus chère du monde. Ici l’argent tient à peu de choses et le chiffre d’affaire annuel s’élève à plus de 28 milliards de dollars.

Le mois dernier, Arte a diffusé un documentaire appelé le trésor de la famille Atkin(2), diffusé après Monsieur Klein(3). C’est le genre d’histoire sur laquelle on tombe un peu par hasard et qui séduit tout de suite par le ton sur lequel l’histoire est racontée. Mark Atkin arrive à Lodz en Pologne, et retrouve la propriété de son grand-père, un industriel qui a fait fortune dans le caoutchouc. En 1939, il est obligé de quitter sa maison à cause des nazis et enterre dans son jardin, dans une baignoire, quelques uns de ses plus beaux objets. Dans sa maison, il cache son argent, des objets de valeurs dans les parquets, dans les murs…

Photo © Stan Baranski

Il confie ce secret à son fils qui le confie lui-même à son fils, Mark, lequel revient et retrouve la maison. Il offre le voyage à son père et commence à creuser le jardin de la propriété. Mais l’armée débarque et menace de les faire enfermer. La maison du grand-père de Mark est désormais sous le contrôle de l’armée polonaise qui y a installé ses laboratoires secrets. Autant dire que l’accès en est impossible, alors commence le bal des démarches administratives car Mark aimerait ne serait-ce que pouvoir entrer dans la maison. Il arrive à faire intervenir le maire, en vain…
C’est une incroyable chasse au trésor qui s’engage au beau milieu des tracasseries administratives d’un pays qui semblent encore vivre à l’époque du rideau de fer… Tout semble perdu face à l’armée lorsque l’avocat de Mark lui apporte une bonne nouvelle ; la famille est toujours propriétaire de la maison. Sa famille et lui pourront pénétrer dans la maison…


Tahir Shah est un drôle de personnage. Ethnologue, fils de Sayed Idries Shah, le jeune Tahir passe une partie de son enfance avec un Afghan, Hafiz Jan(4), un grand type à la peau brune parcheminée, ne quittant jamais son turban, un personnage sombre dont la malle contient toutes sortes de poudres, de philtres et d’instruments et qui intriguent l’enfant. Les deux hommes deviennent complices et Tahir supplie Hafiz de lui apprendre la sorcellerie, comment avaler un sabre ou marcher sur des braises, ou encore donner l’impression qu’un couteau traverse la peau sans que la moindre goutte soit versée. Le jeune Tahir fait alors son apprentissage de jeune sorcier, d’illusionniste (Jadoowalla) avec le vieil homme jusqu’au jour où une démonstration tourne mal et manque d’envoyer les deux hommes au royaume des ombres. Hafiz Jan fait alors sa malle et décide de retourner dans son pays.
Des années plus tard, Tahir prendra la route et ira retrouver le vieil Afghan pour lui demander de terminer son éducation de magicien, mais celui-ci refusera, gardant en mémoire l’événement qui faillit les tuer, et lui donne le nom de celui qui lui a tout appris, le terrifiant Hakim Feroze. L’apprenti sorcier raconte cette initiation dans un pays, l’Inde, où posséder des dons de magicien, où illuminer les foules par des exploits fondés sur l’illusion est une question de pouvoir. Hakim Feroze est un personnage très étrange, avenant, charismatique et très cultivé, et à partir du moment où Tahir Shah aura réussi à le convaincre de reprendre du service pour mener à bien son éducation d’illusionniste, il se montrera d’une exigence frisant la tyrannie, d’une cruauté qui ne souffre aucune incartade. Le dernier stade de l’apprentissage de Tahir consiste à sillonner l’Inde à la recherche de ces «choses exceptionnelles» qui sont l’arrière-cour de ce pays que nous ne connaissons pas sous cet angle. Un livre incroyable dans lequel on découvre les métiers les plus improbables parmi lesquels de cruels Thugs, des nettoyeurs d’interstices de lames de plancher, des loueurs de bébé et de terrifiants Konkalwalla — des voleurs de cadavres qui les font bouillir, les nettoient puis vendent les squelettes pour les cours de biologie.

L’apprenti sorcier, Tahir Shah,
Editions de Fallois

Notes:
(1). Je ne pensais pas un jour pouvoir me rapporter à une chronique du Point.
(2). Qu’on peut encore  voir sur le site internet d’Arte.
(3). Peut-être le seul bon film d’Alain Delon, avec également William Wilson, de Louis Malle, dans les histoires extraordinaires.
(4). Hafiz Jan est le gardien du tombeau des ancêtres de Tahir Shah.

Retour dans la neige

Retour dans la neige

Lire Robert Walser est un baume pour le cœur. Il fait partie de ces Grands Hommes qui ont gardé un pied dans le dix-neuvième siècle et qui se sont promenés discrètement dans la vie d’autres Grands Hommes, laissant quelques traces légères à la surface de son époque, imperceptibles. Aussi, Walser a fait l’admiration de Robert Musil, de Franz Kafka mais de manière générale, il est resté confiné dans une période un peu bâtarde.
Son écriture se caractérise par une vision très infime des choses, son regard s’attache au moindre détail au point qu’il a rendu ce trait si caractéristique dans la forme-même de son écriture, dans ses «microgrammes» (Cf. le blog de Jean-Louis Kuffer), une écriture si minuscule couvrant des petits papiers qu’elle semble tendre vers l’infiniment petit, vers la disparition.
Robert Walser a été interné en 1929 à la clinique psychiatrique d’Herisau en Suisse, et s’est arrêté d’écrire en 1933, errant entre ces murs jusqu’au jour de sa mort à 78 ans, en 1956, jour étonnant de Noël où il s’enfonça dans la neige jusqu’à l’épuisement, retournant ainsi à la neige…

Un soir, après le repas, j’allai encore en hâte au bord du lac drapé de je ne sais plus très bien quelle mélancolie pluvieuse et sombre. Je m’assis sur un banc sous les branches dégagées d’un saule et ainsi, m’abandonnant à des pensées vagues, je voulus m’imaginer que je n’étais nulle part, une philosophie qui me procura un bien-être étrange et délicieux. L’image de la tristesse sur le lac, sous la pluie, était magnifique. Dans son eau chaude et grise tombait une pluie minutieuse et pour ainsi dire prudente. Mon vieux père avec ses cheveux blancs m’apparut en pensées, ce qui fit de moi un enfant timide et insignifiant, et le portrait de ma mère se mêla au doux et paisible murmure et à la caresse des vagues. Avec l’étendue du lac qui me regardait comme je le faisais moi-même, je découvris l’enfance qui me considérait elle aussi, comme avec de beaux yeux limpides et bons. Tantôt j’oubliais tout à fait où je me trouvais, tantôt je le savais de nouveau. Quelques promeneurs silencieux allaient et venaient tranquillement sur la rive, deux jeunes ouvrières s’assirent sur le banc voisin et commencèrent à bavarder et là-bas sur l’eau, là-bas sur le lac bien-aimé, où les larmes douces et sereines coulaient paisiblement, des amateurs de navigation voguaient encore dans des bateaux ou des barques, le parapluie ouvert au-dessus de leurs têtes, une image qui me fit rêver que j’étais en Chine ou au Japon ou dans un autre pays de poésie et de rêve. Il pleuvait si gentiment et si tendrement dans l’eau et il faisait si sombre. Toutes les pensées sommeillaient puis toutes les pensées étaient de nouveau en éveil. Un vapeur sortit sur le lac; ses lumières scintillaient à merveille dans l’eau lisse et gris argent du lac qui portait ce beau bateau comme s’il éprouvait de la joie à cette apparition féerique. La nuit tomba peu après, et avec elle l’aimable invitation à se lever du banc sous les arbres, à s’éloigner de la rive et à prendre le chemin du retour.

Retour dans la Neige, Robert Walser,
traduit de l’allemand par Golnaz Houchidar, 1999
Éditions Points.

Photo d’en-tête © Billy Wilson

Absent sur la photo

Tenzing Norgay plantant le drapeau néo-zélandais au sommet de l'EverestJe n’aime pas éclater de joie sur les sommets. Tu sais qu’il n’y a même pas une photo d’Hillary sur l’Everest lors de cette première ascension de 1953 ? Hillary avait un appareil et il a photographié Tenzing sur fond de profil montagneux, mais il n’a pas demandé à Tenzing de le prendre en photo. Ce n’est pas curieux, ça ? Hillary était là-haut au nom de la collectivité, il n’était qu’un représentant de l’espèce humaine. J’ignore s’il a eu la tentation de passer l’objectif à Tenzing. Je sais qu’il ne l’a pas fait et pour moi, ce déclic raté est le plus beau de tous, un signe d’humilité qui donne la priorité à l’exploit, non pas à celui qui l’accomplit. Ce grand échalas osseux néo-zélandais d’un mètre quatre-vingt-douze ne s’est pas fait prendre en photo au sommet de l’Everest. C’est pour moi une leçon.

Nives Meroi in sur les traces de Nives
Erri de Luca, 2005

Ceux qui ornaient les parois de cavernes d’animaux, les chamanes de la préhistoire

La peau dure des préjugés

Pieter Brueghel l'ancien, les MoissonneursL’art pariétal, bien qu’il soit plus éloigné de nous sur notre frise chronologique que le Titien, Brueghel l’Ancien, et les papyrus de l’Égypte Ancienne et malgré son apparente simplicité immanente, constitue un mystère que nous sommes encore bien loin d’avoir totalement éclairci. Car derrière les gravures des livres d’école et les poncifs que l’on peut lire habituellement se cache une des dernières parts de mystère de notre humanité.
Pour voir ce qu’en disait une histoire de l’art (la mienne est celle de Horst Woldemar Janson — j’aurais préféré pouvoir citer celle d’Ernst Gombrich, mais on a les références qu’on peut), je me suis donc plongé dans les premiers chapitres de ce gros livre. Ce qui m’a tout de suite étonné c’est l’affirmation presque gratuite qui y est faite:

Les hommes de l’Âge de Pierre ne distinguaient pas clairement l’image de la réalité ; pour eux, peindre un animal signifiait l’amener à leur portée ; en «tuant» l’image, ils pensaient avoir tué l’esprit vital de l’animal.

Je crois que je n’arrive encore pas à m’en remettre, la ficelle est un peu grosse.
Ce qui pose simplement question, c’est le pourquoi du dessin et de la peinture sur les parois à une époque où — on peut aisément l’imaginer — les préoccupations devaient être principalement tournées vers la quête de nourriture et la survie dans un monde passablement hostile. Premier cliché à détruire ; l’homme préhistorique n’est pas qu’un chasseur et passe plus de temps à rêvasser et dormir que chercher sa nourriture, que déjà, il commence à stocker et conserver. Il a donc du temps de cerveau disponible — une cible parfaite pour les annonceurs — pour s’adonner à des loisirs ou des activités de l’esprit. Après tout, s’il est arrivé jusque là, ce n’est pas sans raison, c’est parce que son esprit a déjà commencé à évoluer. Second cliché qu’on évacue d’entrée de jeu: les hommes qui ont fait ces peintures sont des hommes de Cro-Magnon, des êtres évolués qui ont vécu au pire 40 000 ans av J.-C. Ce sont donc des hominidés modernes, des homo sapiens pour la plupart…

On peut imaginer que l’art pariétal — un autre préjugé, on l’a déjà appelé «art», il est déjà typé — fasse partie de ces loisirs et que la peinture est une activité divertissante, au même titre que la lecture ou la culture des orchidées à notre époque. Dans ce cas, première question, pourquoi cette peinture qu’on a souvent typé comme étant de l’art (ne pas oublier que la définition de l’art est l’expression d’un idéal esthétique) s’est retrouvée confinée dans des endroits incroyables, inaccessibles, dans des diverticules ou des couloirs étroits si sa vocation était décorative ?
Autre préjugé, les peintures pariétales n’ont pas été produites que dans des grottes ou cavernes, mais également sur des parois extérieures, mais elles n’ont malheureusement pas aussi bien résisté à l’usure du temps et ne sont parvenues jusqu’à nous que de manière fragmentaire au travers de ce qu’on appelle les «abris» . On n’arrête pas de se contredire dans cette histoire.

Reformulons. Prenons l’exemple de cette grotte de Rouffignac qui m’a tant ému. Pourquoi donc les hommes se sont enfoncés sous terre dans cette cavité qui les a mené à plus de deux kilomètres de l’entrée, dans l’obscurité la plus parfaite et dans un lieu réputé dangereux, où les ours avaient l’habitude d’hiberner, où les pires dangers étaient à prévoir et surtout, loin du regard de tous ?

L’art et le sacré

Châsse de Saint-Yves Hélory de Kermartin dans la Cathédrale de TréguierCe qu’on peut objecter immédiatement au fait de dire que c’est de l’«art» pariétal, c’est que la fonction artistique n’a pas pour vocation d’être cachée mais au contraire montrée à la face du monde. C’est en tout cas comme ça qu’on peut la voir dans toute l’histoire de l’humanité ; les frontispices des temples égyptiens d’Edfou, Esna, Kôm Ombo sont visibles à des kilomètres à la ronde, les peintures des primitifs Flamands ou Italiens ont pour vocation de dire avec des images ce que le peuple ne peut lire en latin, à des fins de prosélytisme, l’architecture des Cathédrales doit imposer, etc. L’art n’a pas son essence dans la discrétion et la confidentialité.

En revanche, ce qui l’est, c’est le liturgique, le sacré, un autre pan de l’esprit humain : le sacré. Chez les Égyptiens de l’Antiquité, ce qui est sacré est enfermé au cœur du naos, inaccessible au commun des mortels — on ne sait d’ailleurs pas vraiment ce qu’on pouvait y trouver puisque seul Pharaon y avait accès. Dans nos églises et cathédrales, on conserve des reliques — ce qui me vient immédiatement en tête, c’est la châsse contenant le crâne de Saint-Yves Hélory de Kermartin dans la cathédrale de Tréguier, qu’on ne sort que lors du pardon, le 19 mai —, on peint des retables et des triptyques qu’on ferme, qu’on soustrait aux yeux de la plèbe comme celui de l’Agneau Mystique par Jan Van Eyck qui reste fermé et ne montre guère l’intérieur. Tout système de pensée a en lui un pan de sacré.

Deux fous contre tous

Si donc l’«art» pariétal n’est pas de l’art puisqu’il n’a pas vocation à être l’expression d’un idéal esthétique, qui plus est montrable à tous, que sont ces peintures ? Loin de tout ce qu’on a cru savoir pendant des années, depuis la découverte de la grotte d’Altamira en 1879, depuis Lascaux, depuis Chauvet et Cosquer, un livre écrit en 1996 par deux hommes a bousculé l’ordre des choses en abordant le problème sous un angle peu commun. Le premier est Jean Clottes, préhistorien, conservateur général du Patrimoine. Le second est David Lewis-Williams, archéologue et docteur en anthropologie sociale, spécialiste de l’art des San. Ensemble, ils ont élaboré une théorie faisant entrer en scène une dimension de l’esprit à peu près inconnue jusque là dans le domaine des études préhistoriques ; la neuropsychologie. Il va sans dire que ces deux individus passent pour des fous, des originaux, qui, au sein-même de leur communauté ont essuyé railleries et quolibets, mais au bout du compte, ils apportent un éclairage nouveau à ce que nous avons pris pour acquis pendant des années.

Gravure de chamane toungouse, Musée de l'Homme

Le postulat de Clottes et Lewis-Williams n’est pas d’affirmer que l’art pariétal n’est pas de l’art, mais serait plutôt un des stades de l’expression d’une culture particulière, de rituels spirituels qui feraient intervenir différents niveaux de conscience. Pour cela, ils nous expliquent que ce sont par exemple les systèmes de pensée des plus anciennes sociétés chamaniques connues ; les populations d’Asie centrale et septentrionale; Tungus, Evènes, Saami, Télenghites ou Touvas.

États de conscience modifiée ou altérée

Le personnage du chamane est directement issu de la culture sibérienne:

Sam est une racine altaïque signifiant « s’agiter en remuant les membres postérieurs ». Saman est un mot de la langue evenki qui signifie “danser, bondir, remuer, s’agiter”. Dans les dialectes évènes, « shaman » se dit xamān ou samān. Chez les Bouriates, boo murgel signifie « encornement (ou affrontement) de chamane ».
L’idée générale est celle d’imitation des espèces animales, notamment celles qui sont prisées à la chasse : les cervidés et les gallinacés. Source Wikipédia.

Chaman Saami et son tambour rituel

Ce qu’on apprend bien vite, c’est que même si le terme de chamane est inexorablement lié aux sociétés primitives et à un penchant un peu new-age de nos sociétés modernes qui tentent de puiser dans les sociétés amérindiennes du sud et du nord — on ne peut pas s’empêcher de penser à Pierre Clastres pour l’ethnologie ou à Carlos Castaneda pour les années 70 — des modèles de vie basés sur des connaissances supposées élevés, il a quelque chose d’universel:

De fait, la capacité de passer, volontairement ou pas, d’un état de conscience à un autre fait universellement partie du système nerveux humain. […] Les états de transe sont causés par toutes sortes de facteurs. Certaines conditions pathologiques, telles que l’épilepsie du lobe temporal, la migraine et la schizophrénie, se caractérisent par des hallucinations. […] L’absorption de drogues psychotropes, telles que la cocaïne ou le LSD, est la méthode d’évasion volontaire la plus connue en Occident, surtout depuis les années soixante, lorsque l’usage des drogues fut quasiment sacralisé par beaucoup de jeunes. D’autres conditions susceptibles d’induire des états de conscience altérée sont tout aussi importants pour notre enquête. Elles incluent la déprivation sensorielle (absence de lumière, de bruit et de stimulation physique), l’isolement social prolongé, la douleur intense, la danse exténuante et des sons insistants et rythmiques, comme le tambour et les chants psalmodiés.

Chaman Telenghite (http://ch.stepanoff.free.fr/images_anciennes.html)

La modification de la conscience menant à l’hallucination est un cheminement dont les principales caractéristiques sont connues, identifiées et universelles (il est admis que l’hallucination est un phénomène «yeux ouverts») :
Stade 1, la perception sans objet d’idées et de formes: Le sujet voit des figures géométriques, des cercles, des vagues, des lignes, des grilles.
Stade 2, rationalisation: Le sujet rationalise l’objet de sa vision et assimile la forme à une forme connue, il transforme l’objet en signifiant au niveau religieux ou émotionnel.
Stade 3, transition: Le sujet voit un tunnel, un gouffre, un tourbillon, un vortex tournoyant ayant pour fonction de synthétiser les visions précédentes dans un treillis décoré d’images géométriques. Le bout du tunnel donne accès à un univers peuplé d’animaux, de personnages, de monstres.
Dernier stade, hallucination : Le sujet est synthétisé avec l’animal, on hallucine. Ce stade comme le second est conditionné par le socle culturel et social. Certains chamanes savent que cet état n’est facilement atteignable et parfois la prise de drogues permet en dernier recours d’y parvenir.
Pour bien comprendre ce qui peux se passer, voici comment peut survenir l’état de conscience modifié: on commence par percevoir des figures géométriques, des vagues ou des points. Le stade 2 formalise ces figures en animaux par exemple, les vagues en serpents, les points en mouches, etc. Le stade 3 est un tourbillon dans lequel le treillis est formé des motifs de la peau d’un serpent et de points bourdonnants et le stade 4 est l’hallucination, on se voit intégrer un autre sujet, un animal par essence symbole de puissance (lion, tigre, bœuf), dont même la posture a son importance (accouchement, charge, combat, etc.)

Chaman Tungus avec ses andouillers

Les sociétés des chasseurs-collecteurs pensent habituellement que les effets et les hallucinations du dernier stade de la transe résultent d’une perte de l’âme, c’est-à-dire que l’esprit du chamane quitte son corps. La perte d’âme est fréquemment ressentie comme un envol ou comme un voyage sous terre.

Dans la cosmogonie du chamane, la relation entre l’âme, les esprits et le monde souterrain est en prise directe avec le réel. Le chamanisme n’a rien d’une lubie dans ces sociétés dans lesquelles le chamane est un être de savoir, le chamanisme n’est pas un complément trivial, c’est un mode de vie et de pensée qui embrasse tout.

Chamanisme et animalité ; la fonction de la grotte

Mais alors, quel rapport entre les lieux choisis pour l’expression des peintures et les états de conscience modifiés ? L’état d’hallucinations nécessite des conditions particulières que le chamane va rechercher:

Il choisira fréquemment un site d’art rupestre, considéré comme un lieu adéquat pour la recherche de visions. Le critère essentiel du lieu retenu est son isolement. Loin des humains et de l’aide de sa communauté, il va jeûner et méditer. Ses souffrances seront parfois exacerbées par la flagellation qu’il s’inflige. Finalement, la faim, la douleur, la concentration intense et l’isolement social se combinent pour le faire entrer en transe.

Chaman Evenk, Musée de l'Homme

La fonction de la grotte apparait. Son isolement, sa profondeur jouent un rôle dans la provocation des hallucinations. Toutefois, il semblerait que dans la cosmogonie chamanique, elle ait également une autre fonction. Dans ce système de représentation du monde, il existe deux mondes principaux, le monde du réel et le monde des esprits, chacun ayant plusieurs strates généralement symétriques, chaque strate pouvant représenter individuellement un des stades de la modification de conscience et à l’interface de ces deux mondes, symboliquement, on retrouve… la pierre, ou plus précisément, la surface de la pierre. En effet, et c’est d’autant plus flagrant à Rouffignac que la surface de la paroi est faite de moellons de silex inclus dans une argile très molle, très friable, la surface de la pierre fait office de membrane entre les deux mondes.

Rien d’étonnant à ce qu’ils aient cru que les grottes menaient à cet étage souterrain du cosmos. Parois, voûtes et sols n’étaient que de fines membranes qui les séparaient des créatures et des événements du monde inférieur. Ceux qui se rendaient dans les cavernes les considéraient comme des lieux redoutables, liminaux, qui, à proprement parler, les amenaient dans un autre univers. Peut-être devrait-on dire en constituaient les entrailles.

chamane_equatorien

Chamane équatorien en transformation. Il est personnifié sous les traits caractéristiques du dieu du renouveau, à tête de jaguar montrant les crocs, esprit de la nuit et sous les traits emplumés de l’Oiseau Soleil, esprit du jour.

Il y a un étrange rapport organique entre le minéral et cette membrane charnelle. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir dans ces grottes ornées des motifs en forme de vulve. La boucle se boucle…
La pierre, l’élément central, devient d’autant plus vivant lorsque les hasards de ses anfractuosités servent de support, dans un premier temps à la forme des animaux dessinés…

[…] Le reste du corps demeure caché derrière la surface. Ces figures ne sont pas seulement peintes sur ces surfaces ; elles deviennent partie intégrante des parois de la caverne, en même temps qu’elle les interprètent. Plus important encore, elles paraissent sortir du fin fond de la roche.

Dans un second temps à la signifiance ésotérique des représentations…

Dans le diverticule [des félins, dans la grotte de Lascaux], huit de ces lignes affectent le dos d’un félin. […] Il est possible que ce soit exactement cela: des incisions — non aléatoires cependant — faites dans la membrane rocheuse pour laisser passer les animaux et le pouvoir surnaturels, ou pour établir une sorte de rapport, dont le sens de jours nous échappe, entre leur réalisateur et le monde de l’au-delà que l’on croyait exister derrière la surface. Autrement dit avec ces incisions, ils agissaient sur les surfaces souterraines d’une façon qui différait de la réalisation des figures mais en était complémentaire.

Les grottes sont comme les antichambres des mondes inférieurs dans une cosmogonie qui nous est forcément éloignée, et à la lumière de l’hallucination créée par l’état de conscience modifié, on commence à comprendre ce qui lie le monde souterrain à un système de croyance élaboré.

Couloir de la grotte de Lascaux, Dordogne

Le tourbillon créé des sensations d’obscurité, de resserrement et parfois des difficultés à respirer. La pénétration dans un véritable trou du sol ou dans une grotte reproduit et matérialise physiquement cette expérience neuropsychique. […] Mais l’entrée dans une grotte ne fait pas que reproduire le tourbillon ; elle peut également induire des états de conscience altérée. […] Les hallucinations engendrées par la pénétration dans une grotte et par l’isolement se combinaient probablement avec les images qui se trouvaient déjà sur les parois pour y créer un monde spirituel riche et animé. Le lien étroit entre grottes et états de conscience altérée paraît irréfutable.

Figures géométriques et cervidés, grotte de Lascaux, Dordogne

La théorie de Clottes et Lewis-Williams prend tout son sens et surtout apporte un éclairage nouveau à une vision parfois un peu trop simpliste d’hommes peignant dans des cavernes dans un but artistique ou décoratif. On est vraisemblablement face à un comportement utilitariste qui prend toute son origine dans une métaphore dont le signifiant prend corps au travers d’un médium inattendu.

Représentations animales

Que sont ces animaux ? On a vu que dans le processus de l’hallucination, l’animal apparait à plusieurs niveaux ; dans le stade de rationalisation puis dans le stade final. Il semble également que l’animal ait une fonction symbolique à l’intérieur de la cosmogonie chamanique.
En effet, les détails parfois précis des animaux peints permet de renseigner l’œil averti sur sa signification ; on peut reconnaître le sexe, l’âge, l’attitude ou l’action liée. Tout indique que ceci n’ait aucune valeur symbolique générale. En revanche, la plupart des peintures ont des constantes qu’on retrouve d’un lieu à l’autre.

  • Couleurs : seuls le noir et le rouge sont utilisés alors que les autres couleurs existent dans la nature et sont disponibles (bleu, jaune, blanc, etc.)
  • Échelle : souvent les rapports d’échelle ne sont pas respectés, cela indique clairement que nous ne sommes déjà plus dans le figuratif.
  • Posture : le sol n’est jamais représenté, les animaux flottent la plupart du temps dans l’air ou sont comme vus en plongée.
  • Supports : la plupart du temps, il est choisi en fonction du fait qu’il est préservé des déprédations naturelles. De la même manière, il est toujours en relation, entre ses aspérités et ses fissures avec le sujet dessiné.
  • Délicatesse : des animaux esquissés en côtoient souvent d’autres représentés avec une précision infinie ; ceci écarte d’emblée l’idée d’une fonction décorative.
  • On se rend compte également que la distribution des animaux souvent mêlés (les rhinocéros laineux côtoient les chevaux, les aurochs et les mammouths), si elle semble souvent chaotique ou pour le moins hasardeuse, il n’en est en fait rien. Chaque disposition a un sens et chaque anfractuosité est utilisée et même le sens de circulation de la grotte fait sens.

Selon Barrière, la grotte de Rouffignac — et sans doute d’autres cavernes — aurait une valeur femelle et elle «serait symboliquement source de vie et de mort», avec des animaux qui vont vers les profondeurs et disparaissent dans l’hiver et la mort, tandis que ceux qui paraissent sortir des «bouches d’ombre» traduiraient la renaissance de la vie à la belle saison.

Une question demeure. Que sont ces animaux ? A quoi correspondent-ils ? Leur fonction n’est pas claire, et la représentation qu’on en a dans sa diversité indique une chose. Nous ne sommes en présence de vrais animaux, ni même de représentations de vrais animaux. Ce que nous voyons, ce sont les nouvelles identités des chamanes.

On commence alors à se demander combien des animaux présumés réalistes ne sont pas des animaux au sens où nous l’entendons mais des animaux-esprits ou des chamanes dont la transformation est complète.

Nous y sommes. Les peintures représentant ces animaux, figurent en réalité des hommes transfigurés.

Illustration de la transformation chamanique, grotte des Trois-Frères, Ariège

Représentations humaines

L’art pariétal, on le sait également parce qu’on l’a appris à l’école, ne consiste pas uniquement dans le représentation d’animaux, mais dans la figuration de mains, en négatif ou en positif, généralement de couleur rouge ou noire. Également, on trouve parfois des représentations d’êtres humains, mais là encore, on trouve des préceptes tout à fait étonnants. Tandis que les animaux sont toujours dessinés dans les couloirs, les humains, aussi rares soient leurs représentations, ne figurent que dans les cheminées des grottes, pour une raison qu’on ne s’explique pas bien. A Rouffignac par exemple, un visage d’homme est dessinée en noir à l’intérieur d’une cheminée profonde de 6 mètres. Fait très exceptionnel, on trouve dans la grotte des Trois-Frères dans l’Ariège un personnage mi-animal mi-humain, portant des andouillers et à la musculature aussi développée que celle d’un félin. Très tôt on lui a donné le nom de Sorcier. Il semble qu’en ce qui concerne les peintures de mains, cela ait été beaucoup plus qu’une sorte de signature de l’artiste, mais bien plutôt un médium sur la membrane constituée par la surface de pierre.

Il semble bien que le but n’était pas de faire des «images» des mains. La peinture chargée de pouvoir établissait plutôt une sorte de lien entre la personne, le voile rocheux et le monde des esprits qui bouillonnait derrière lui. Toucher avait autant d’importance que peindre, bien que sans doute un sens différent.

Représentation sommaire, L'homme blessé, Grotte de Chauvet

Ce serait l’acte de couvrir la main et les surfaces immédiatement adjacentes d’une peinture, souvent rouge mais parfois noire, qui serait important. Ainsi les protagonistes aurait scellé dans la paroi leurs mains ou celles des autres, les faisant disparaître derrière ce qui était probablement une substance rituellement préparée, sans doute chargée de pouvoir, plutôt qu’une «peinture» dans notre acception du terme. Ce qui importait le plus alors, ce n’était pas les empreintes laissées sur la paroi, mais l’instant où les mains étaient «invisibles».

Mains négatives et points, grotte de Pech Merle

Une nouvelle vision des choses

Clottes et Levis-Williams passent en revue toutes les théories précédemment utilisées en en retirant ce qu’elles avaient de bon pour les chasser les unes après les autres. Ils font une grande avancée en mettant l’accent tacitement sur le fait que l’art pariétal n’est finalement pas réellement un art puisqu’il remplit une fonction symbolique sacrée. Ce n’est pas non plus une célébration rituelle pour favoriser la chasse ou un passage des saisons (totémisme et magie de la chasse). Nous ne sommes pas non plus dans le structuralisme, lequel n’explique en rien la dimension souterraine des représentations. Malgré une perspicacité hors du commun de la part des deux hommes et une détermination dans leur travail, leurs conclusions ont certainement touché leur but au vu du nombre de réactions négatives, dépréciatives ou même insultantes de la part de leurs congénères dont ils font état à la fin du livre.

Dessin original du "Sorcier", grotte des Trois-Frères, Ariège

Reconstitution du Sorcier, grotte des Trois-Frères, Ariège

Ce qu’ils soulignent également, c’est que le chamanisme a eu ses heures de gloire pendant une période d’environ 25 000 ans, disons quasiment 40 000 si l’on considère que ces croyances d’un autre âge (au sens littéral du terme) sont encore vivantes aujourd’hui chez les Evènes ou les Saame et d’autres populations d’Asie centrale, c’est à dire sur une période entre 12 et 20 fois supérieure à la période pendant laquelle s’est répandu… le christianisme.

Jean Clottes, David Lewis-Williams
Les chamanes de la préhistoire, Transe et magie dans les grottes ornées
Texte intégrale, polémiques et réponses
Editions La Maison des Roches
Collection Points Histoire

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