Namazu‑e, l’art du pois­son-chat

Namazu‑e, l’art du pois­son-chat

Le Nama­zu (鯰) est une repré­sen­ta­tion divine pre­nant la forme d’un pois­son-chat sur le dos duquel se trouve le Japon ; ses mou­ve­ments de pois­son tur­bu­lent sont à l’o­ri­gine des séismes que connaît le pays et c’est suite à cer­tains d’entre eux que le Nama­zu est appa­ru au creux des croyances shintō.

Le dieu Take­mi­ka­zu­chi (武甕槌) ou dieu Kashi­ma (鹿島神, Kashi­ma no kami) est le seul à pou­voir le main­te­nir en place grâce à son pieu, et en immo­bi­li­sant sa tête sous la pierre kaname-ishi (要石, lit­té­ra­le­ment « pierre-clef », « clef de voûte »). Mais par­fois, le dieu relâche son atten­tion et le nama­zu en pro­fite pour s’en­fuir et cau­ser de nou­veaux séismes. Source Wiki­pe­dia.

Cette gale­rie est un pano­ra­ma de Namazu‑e, d’es­tampes repré­sen­tant ce pois­son ain­si que la cohorte des dieux affi­liés.

 

Cette gale­rie a été récu­pé­rée sur le site Pink Ten­tacles, dont on ne sent plus le pouls depuis quelques temps déjà et qui menace de dis­pa­raître du jour au len­de­main. Ceci fait office de sau­ve­garde.

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La route vers l’O­rient

Le célèbre mis­sion­naire basque Saint Fran­çois-Xavier (dont le vrai nom est tout de même Fran­cis­co de Jas­so y Azpi­li­cue­ta) a débar­qué sur les côtés du Japon, en août 1549, à Kago­shi­ma dans le but de conver­tir ces terres extrêmes au culte du Dieu unique (et acces­soi­re­ment d’ou­vrir quelques routes com­mer­ciales pro­fi­tables avec ces peuples qui n’é­tant pas chré­tiens se trou­vaient être dans le plus grand dénue­ment spi­ri­tuel, donc sau­vages) avec le suc­cès qu’on connaît puisque les Japo­nais sont pour la plu­part… boud­dhistes shintō. Le pari de conver­tir un peuple dont la reli­gion tient presque de la phi­lo­so­phie ani­miste et qui place en toute chose un esprit doué de volon­té propre était un vrai chal­lenge.
Il reste aujourd’­hui au Japon quelques églises gar­nies de tata­mis, mais il y a tout de même quelques 537 000 japo­nais qui se déclarent aujourd’­hui Kiri­shi­tan (chré­tien).
Jor­di Savall et l’en­semble Hes­pè­rion XXI, ain­si que la Capel­la Reial de Cata­lu­nya se sont asso­ciés pour res­ti­tuer l’am­biance musi­cale de cette période au tra­vers d’une expé­rience met­tant en scène des musi­ciens “occi­den­taux” sur les pièces de musique sacrée et des musi­ciens japo­nais pour les pièces de l’é­poque dite du com­merce Nam­ban ou Nan­ban (ou période du com­merce avec les bar­bares du sud — 南蛮貿易時代).

Nan­ban (南蛮, lit­té­ra­le­ment « Bar­bare du Sud », aus­si retrans­crit Nam­ban) est un mot japo­nais qui désigne à l’o­ri­gine la popu­la­tion d’A­sie du Sud et du Sud-Est, sui­vant un usage chi­nois pour les­quels les peuples « bar­bares » situés dans les quatre direc­tions ont une dési­gna­tion spé­ci­fique en fonc­tion de celle-ci. Au Japon, le mot prend un nou­veau sens pour dési­gner les Euro­péens lorsque ceux-ci arrivent au Japon à par­tir de 1543, d’a­bord du Por­tu­gal, puis d’Es­pagne, puis plus tard des Pays-Bas et d’An­gle­terre. Les Néer­lan­dais, Anglais et Russes sont alors plus sou­vent sur­nom­més Kōmō (紅毛), ce qui signi­fie « che­veux rouges ». Le mot Nan­ban est alors consi­dé­ré comme appro­prié pour les nou­veaux visi­teurs, dans la mesure où ils viennent du Sud par bateau, et dans celle où leurs manières sont consi­dé­rées comme non sophis­ti­quées par les Japo­nais. (Wiki­pe­dia)

Voi­ci une très belle pièce de cet album, com­po­sée par Cristó­bal de Morales, une pièce médi­ta­tive repré­sen­ta­tive de ce superbe tra­vail orches­tré par Jor­di Savall.
Regum cui, invi­ta­to­rium.

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日本

J’aime l’i­dée que des gens puissent se retrou­ver sur une plage pour attendre que le soleil se lève et célé­brer ensemble ce moment déli­cat, une pure com­mu­nion avec la nature.

À décou­vrir éga­le­ment, les autres vidéos de Heath Cozens. Et un grand mer­ci à Soren pour ça (je te hais).

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Le vide et le plein, ou les dés­illu­sions de Nico­las Bou­vier

Pen­dant des années, Nico­las Bou­vier a vécu au Japon, se déra­ci­nant com­plè­te­ment avec sa femme et leur deux enfants et vivant dans un pays avec lequel s’ins­tau­re­ra un dia­logue qu’on connaît déjà au tra­vers de ses chro­niques japo­naises. Tou­te­fois, si y on déce­lait une cer­taine séré­ni­té et une joie de vivre, ses car­nets du Japon prennent une toute autre teinte, celle du voile de la réa­li­té, même si au fond, rien de tout ceci ne l’empêche de vivre des moments de pure féli­ci­té.

Le ciel n’est pas un usu­rier mais je sais qu’il me deman­de­ra des comptes pour cha­cune des jour­nées pas­sées dans cette paix, dans ces grands arbres, dans cet espace, luxe suprême du Japon.

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On y retrouve éga­le­ment des moments d’in­ter­ro­ga­tion, des textes très per­son­nels, pas tou­jours très gais, des moments de flot­te­ments au pays de l’Ukiyo‑e. Si Bou­vier est un grand poète, un voya­geur hors pair, c’est avant tout un homme qui ne cesse d’é­crire sur ce qui le motive ou l’a­gace.

La vie est courte aus­si et ce n’est pas la peine d’en consa­crer la moi­tié à des irri­ta­tions super­flues. Ensuite, comme dit Michaux : « Tout ce qui ne contri­bue pas à mon édi­fi­ca­tion : zéro. » En troi­sième lieu, parce qu’il y a moins de varié­té et d’in­ven­tion dans les défauts que dans les qua­li­tés (je me rends bien compte qu’il s’a­git là d’un pos­tu­lat, mais j’y crois abso­lu­ment).

On y retrouve ce goût de la flâ­ne­rie et tou­jours ces adresses à l’at­ten­tion du lec­teur. On y exhorte le voya­geur poten­tiel à se pré­pa­rer au monde, à faire usage du monde… Comme si son but n’é­tait que de nous rendre fami­lier du monde dans lequel on vit.

Tous les voyages sont eth­no­gra­phiques. Votre propre ville même, si vous l’é­tu­diez avec la patience, la curio­si­té et la méthode que les meilleurs esprits mettent à l’é­tude d’une tri­bu sau­vage, atten­dez-vous à des sur­prises. Le quo­ti­dien n’existe pas. L’or­di­naire n’existe pas. Vous croyiez connaître la chambre ? Vous vous aper­ce­vrez que vous ne savez pas même d’où viennent les meubles, ni qui paie le loyer.

Ce qui est épa­tant dans ces lignes, c’est que contrai­re­ment à ses chro­niques japo­naises dans les­quelles il nous ini­tie au sens de la vie japo­naise, à tous ses mys­tères et ses enchan­te­ments, ses car­nets sont plu­tôt de nature à mon­trer les cou­tures mal finies, l’en­vers d’un décor trop poli pour être hon­nête. Par-des­sus tout, il déteste ce prin­cipe selon lequel l’uni­té vaut moins que un, en vigueur depuis tou­jours dans ce pays d’in­su­laires exal­tés par leur propre culture et si réfrac­taire à l’ex­té­rieur et cela, depuis les pre­miers sho­gu­nats. Ici, le ver­nis craque, la cara­pace se fend et on voit dans cette socié­té bas­sesses et mes­qui­ne­ries de petites gens sans enver­gure. Bou­vier nous rap­pelle qu’il a beau être à l’autre bout de la Terre, que tout ici sonne exo­tique, rien n’empêche l’hu­main d’être aus­si mes­quin ici qu’ailleurs. Et puis sans rire, cette socié­té stricte, rigou­reuse, effi­cace par­fois, cache de vilains vices qu’il est bon de dénon­cer, on ne vous trompe pas sur la mar­chan­dise.

Le dégoût de l’ef­fi­ca­ci­té : Faites à loi­sir quelque chose de modé­ré­ment agréable mais sur­tout de par­fai­te­ment inutile. Une nos­tal­gie. Mais la nos­tal­gie est un sen­ti­ment subal­terne, d’où jamais rien de bon n’est sor­ti. C’est, si vous vou­lez, la bonne du désir, le désir du pauvre d’es­prit.

On y retrouve éga­le­ment par­fois des échos de son Meis­terstück, L’u­sage du monde, des mots qui nous rap­pellent quelque chose. On dirait du Bou­vier… (éton­nant qu’on l’aime)

Le voyage ne vous appren­dra rien si vous ne vous lui lais­sez pas aus­si le droit de vous détruire. C’est une règle vieille comme le monde. Un voyage est comme un nau­frage, et ceux dont le bateau n’a pas cou­lé ne sau­ront jamais rien de la mer. Le reste, c’est du pati­nage ou du tou­risme.

Plus éton­nant, pour une fois, on y voit l’au­teur par­ler de l’é­cri­ture, de son hési­ta­tion, de ses doutes. Lui qui contre toute appa­rence éprouve un lan­gage fluide et poé­tique semble se heur­ter à des murs et rejette ses mots. On savait qu’il met­tait des années à écrire ses livres de voyages, on a peut-être ici un embryon d’ex­pli­ca­tion.

Une phrase comme : « Ils écrivent avec leurs sabres une page san­glante de l’his­toire japo­naise » devrait vous envoyer direc­te­ment un homme en pri­son. C’est un faux billet ou un billet qui n’a pas cours. Même au fond des cam­pagnes vous n’ob­tien­drez rien en échange. Autre expres­sion, encore plus riche : « Un peintre témoin de son temps. » Com­ment diable pour­rait-il faire autre­ment ? Être témoin du temps des autres ? D’un temps dans lequel il n’a pas vécu ? Cela aus­si relève de la cor­rec­tion­nelle. Hélas quatre-vingt-dix-neuf pour cent du lan­gage est aujourd’­hui dans cet état.
Voi­là pour­quoi écrire m’est tel­le­ment ardu. Presque tout ce qui me vient, je le rejette : faux billets, chèques sans pro­vi­sion.

Toutes les pho­tos © Oki­na­wa Soba

Nico­las Bou­vier, Le vide et le plein
Car­nets du Japon 1964–1970 (Poche)
Folio Gal­li­mard

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