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Salâh Ad-Dîn Al-Ayyû­bî, le plus magna­nime des sultans

Salâh Ad-Dîn Al-Ayyû­bî(1), lit­té­ra­le­ment le ver­tueux de la reli­gion, fils d’Ayyoub(2), connu éga­le­ment sous son nom de jeu­nesse Yûsuf, puis sous le nom que lui don­ne­ront les Francs, Sala­din, est sur­tout connu pour son rôle dans la recon­quête de Jéru­sa­lem face aux Occi­den­taux lors des Croi­sades. Dans un monde arabe per­clus par les divi­sions face aux inva­sions, il conti­nue­ra l’œuvre de son maître Nur ad-Din et sera le pre­mier à uni­fier une pro­vince immense, allant du nord de la Syrie au Yémen et de la Tuni­sie à l’Égypte tan­dis que les Francs se par­tagent encore dans un désordre total quelques cités puis­santes sur la bande côtière palestinienne.

Por­trait de Sala­din par Cris­to­fa­no dell’Altissimo

On sait aus­si que Sala­din fait par­tie de ces per­son­nages que l’his­toire connait et recon­nait pour avoir été en quelque sorte vic­time de leur suc­cès. Ne cher­chant en aucun cas la gloire ou la richesse, c’est par un concours de cir­cons­tances que son maître Nur ad-Din lui confie­ra le cali­fat fati­mide d’Égypte. Ce qu’on sait moins, c’est que Sala­din, loin d’être le per­son­nage cha­ris­ma­tique et impi­toyable, un grand chef guer­rier mon­té en épingle par les films et l’his­toire cano­nique, est un homme d’une reli­gio­si­té à toute épreuve et d’une géné­ro­si­té extrême dont les actes de pro­di­ga­li­té ont sou­vent été consi­dé­rés comme incons­cients par ses admi­nis­tra­teurs et ses trésoriers.

Ceux qui ont connu Sala­din s’at­tardent peu sur sa des­crip­tion phy­sique — petit, frêle, la barbe courte et régu­lière. Ils pré­fèrent par­ler de son visage, de ce visage pen­sif et quelque peu mélan­co­lique, qui s’illu­mi­nait sou­dain d’un sou­rire récon­for­tant met­tant l’in­ter­lo­cu­teur en confiance. Il était tou­jours affable avec ses visi­teurs, insis­tant pour les rete­nir à man­ger, les trai­tant tou­jours avec les hon­neurs, même s’ils étaient des infi­dèles, et satis­fai­sant à toutes leurs demandes. Il ne pou­vait accep­ter que quel­qu’un vienne à lui et reparte déçu, et cer­tains n’hé­si­taient pas à en pro­fi­ter. Un jour, au cours d’une trêve avec les Franj, le «brins», sei­gneur d’An­tioche, arri­va à l’im­pro­viste devant la tente de Sala­hed­din et lui deman­da de lui rendre la région que le sul­tan avait prise quatre ans plus tôt. Il la lui donna !
On le voit, la géné­ro­si­té de Sala­din a frô­lé par­fois l’inconscience.

Ses tré­so­riers, révèle Bahaed­din, gar­daient tou­jours en cachette une cer­taine somme d’argent pour parer à tout impré­vu, car ils savaient bien que, si le maître appre­nait l’exis­tence de cette réserve, il la dépen­se­rait immé­dia­te­ment. En dépit de cette pré­cau­tion, il n’y avait dans le tré­sor de l’État à la mort du sul­tan qu’un lin­got d’or de Tyr et qua­rante-sept dirhams d’argent.
Quand cer­tains de ses col­la­bo­ra­teurs lui reprochent sa pro­di­ga­li­té, Sala­din leur répond avec un sou­rire désin­volte : « Il est des gens pour qui l’argent n’a pas plus d’im­por­tance que le sable. » De fait, il a un mépris sin­cère pour la richesse et le luxe, et, lorsque les fabu­leux palais des califes fati­mides tombent en sa pos­ses­sion, il y ins­talle ses émirs, pré­fé­rant, quant à lui, demeu­rer dans la rési­dence, plus modeste, réser­vée aux vizirs.

L’er­reur stra­té­gique de Sala­din fut, dans son immense magna­ni­mi­té, de relâ­cher sys­té­ma­ti­que­ment ses pri­son­niers lors de la reprise des cités franques et de leur per­mettre de se réfu­gier dans la cita­delle de Tyr, là où les Francs mas­sa­craient les leurs avec une sorte de délec­ta­tion bar­bare. Entas­sés dans la cita­delle, les Francs menés par Richard Ier d’An­gle­terre (Cœur de Lion), se sont regon­flés à bloc pour aller reprendre la cité d’Acre. C’est cet évé­ne­ment qui eut rai­son des nerfs de Saladin.
La per­son­na­li­té com­plexe de cet homme adu­lé par son peuple, détes­té en rai­son de sa popu­la­ri­té par ses détrac­teurs, le por­te­ra à pas­ser la fin de sa vie dans une dépres­sion léthar­gique, ava­chi dans les jar­dins de son palais, malade et amorphe, rêvant à la gran­deur du monde arabe que la reprise d’Acre met à mal.

Bataille de Hit­tin

C’est véri­ta­ble­ment lors de la prise de Jéru­sa­lem, Ville Sainte, qu’on peut se rendre compte à quel point l’homme est véri­ta­ble­ment conscient de la valeur qui revêt l’en­tente entre les peuples et les religions.

Et le ven­dre­di 2 octobre 1187, le 27 rajab de l’an 583 de l’hé­gire, le jour même où les musul­mans fêtent le voyage du Pro­phète à Jéru­sa­lem, Sala­din fait son entrée solen­nelle dans la Ville Sainte. Ses émirs et ses sol­dats ont des ordres stricts : aucun chré­tien, qu’il soit franc ou orien­tal, ne doit être inquié­té. De fait, il n’y aura ni mas­sacre ni pillage. Quelques fana­tiques ont récla­mé la des­truc­tion de l’é­glise du Saint-Sépulcre en guise de repré­sailles contre les exac­tions com­mises par les Franj, mais Sala­din les remet à leur place. Bien plus, il ren­force la garde sur les lieux de culte et annonce que les Franj eux-mêmes pour­ront venir en pèle­ri­nage quand ils le vou­dront. Bien enten­du, la croix franque, ins­tal­lée sur le dôme du Rocher est rame­née; et la mos­quée al-Aqsa, qui avait été trans­for­mée en église, rede­vient un lieu de culte musul­man, après que ses murs ont été asper­gés d’eau de rose.

Textes extraits du livre d’Amin Maa­louf, Les croi­sades vues par les Arabes, la bar­ba­rie franque en terre sainte.
Jean-Claude Lat­tès, 1983

Note :
1 — Titre exact : abū al-muẓẓa­far ṣalāḥ ad-dīn al-malik an-nāṣir yūsuf ben najm ad-dīn al-ʾayyūbī ben šāḏī, أبو المظفر صلاح الدين “الملك الناصر” يوسف بن نجم الدين أيوب بن شاذي.
2 — Ayyoub (Najm ad-Din Ayyub), ancien com­pa­gnon de route de Nur ad-Din (Nour ad-Din Mah­mûd el Mâlik al Adil). Sala­din uti­li­se­ra son nom pour fon­der la dynas­tie ayyou­bide.

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“Sefer nameh” — Nāsir al Dīn ibn Khos­row, Abū Mu īn

Nasir Khos­rau (Nasi­ri Khus­ru, Nāsir al Dīn ibn Khos­row, Nas­si­ri Khos­rau) est un poète per­san, ori­gi­naire du Kho­ras­san, dont le nom de plume est Huj­jat. On sait peu de choses de lui, si ce n’est qu’il était cer­tai­ne­ment un peu por­té sur la bou­teille et qu’il était un grand éru­dit, connais­sant plu­sieurs langues et très ver­sé dans l’as­tro­no­mie et les sciences natu­relles. Il est de ces per­son­nages qui ont fait la jonc­tion entre le Moyen-Orient, l’Oc­ci­dent et l’Inde. On sait éga­le­ment de lui qu’il aban­don­na fina­le­ment les plai­sirs de la vie et qu’il se ren­dit à La Mecque et à Médi­na pour y trou­ver réponse à toutes les ques­tions qu’il se posait sur la reli­gion. Le récit de ce voyage, le Sefer nameh, est un témoi­gnage unique du monde musul­man au XIème siècle.

“Sefer nameh”, rela­tion du voyage de Nas­si­ri Khos­rau en Syrie, en Pales­tine, en Égypte, en Ara­bie et en Perse, pen­dant les années de l’hé­gire 437–444 (1035 1042) / Publié, tra­duit et anno­té par Charles Sche­fer. Paris — 1881

Dis­po­nible au for­mat PDF sur Gal­li­ca et Archive.org. Lire en ligne sur Archive.org.

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La rose et la tulipe, car­net de voyage à Istan­bul 10 : Au pied de Sul­tan Ahmet Camii, la majes­tueuse Mos­quée Bleue

La rose et la tulipe, car­net de voyage à Istan­bul 10 : Au pied de Sul­tan Ahmet Camii, la majes­tueuse Mos­quée Bleue

Epi­sode pré­cé­dent : La rose et la tulipe, car­net de voyage à Istan­bul 9 : Yere­ba­tan Sarnıcı, domaine de Méduse

Istanbul - avril 2012 - jour 2 - 140 - Sultanahmet Camıı (Mosquée bleue)

Dif­fi­cile de pas­ser devant sans être frap­pé par sa majes­té, son immense sta­ture, ses six inter­mi­nables mina­rets qui semblent déchi­rer le ciel. La Mos­quée Bleue, qu’on appelle ain­si en rai­son des mil­liers de car­reaux de faïence pro­ve­nant d’Iz­nik qui en parent l’in­té­rieur et dont la domi­nante de cou­leur créé un ensemble bleu, se voit de loin et attire néces­sai­re­ment le regard. Ses façades sont de marbre, de ce marbre qu’on retrouve par­tout dans la ville sous de mul­tiples formes, dans tous les lieux publics, sur les places, les fon­taines, les pave­ments des maga­sins, et même jusque dans les toi­lettes publiques, à Beya­zit, où des dalles de marbre séparent les cabines des toi­lettes à la turque et à la Süley­ma­niye où le marbre occupe riche­ment le moindre espace dans les toi­lettes sou­ter­raines de la mos­quée. Ce marbre vei­née de gris et de bleu, d’une excep­tion­nelle finesse, n’est pas là par hasard. La région n’a pas l’air spé­cia­le­ment pour­vue en miné­raux, et il faut en réa­li­té aller du côté d’une île au nom étrange, Pro­con­nèse (île aux che­vreuils en grec), qu’en turc on appelle Mar­ma­ra Adası et qui don­na son nom à la mer qui borde Istan­bul. Mar­ma­ra, c’est tout sim­ple­ment le marbre, celui qui affleure et donne sa majes­té à l’Is­tan­bul otto­mane en la parant de blanc, un blanc qui éblouit et donne mal à la tête lorsque le soleil s’y réfléchit.
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Émile Prisse d’A­vesnes — L’art arabe d’a­près les monu­ments du Kaire, depuis le VIIe siècle jus­qu’à la fin du XVIIe siècle, Paris, 1869–1877

Émile Prisse d’A­vesnes (ou Avennes) a pas­sé sa vie à faire connaître en France et plus lar­ge­ment dans l’Eu­rope du XIXè siècle l’art arabe et son prin­cipe d’or­ne­men­ta­tion à la fois com­plexe et d’une sim­pli­ci­té révol­tante. Immer­gé dans une Égypte mil­lé­naire durant deux longs séjours, il ramè­ne­ra en France pour conser­va­tion la fameuse « chambre des ancêtres » trou­vée sur les parois du temple de Thout­mô­sis III dédié à Amon-Rê à Kar­nak, aujourd’­hui expo­sée dans une petite salle du dépar­te­ment des anti­qui­tés égyp­tiennes du Louvre, et il s’ap­pli­que­ra à ordon­ner des rele­vés d’ornementation de toute beau­té, com­pi­lée dans la somme de L’art arabe, écrit et mis en page entre 1869 et 1877.

Liens :

  1. Listes royales égyptiennes
  2. L’Art arabe d’a­près les monu­ments du Kaire depuis le VIIe siècle jus­qu’à la fin du XVIIIe par Prisse d’A­venne, inté­gra­le­ment dis­po­nible sur le site de la NYPL digi­tal gallery.
  3. L’é­mis­sion d’Ab­del­wa­hab Med­deb (Cultures d’is­lam) sur Prisse d’A­vennes sur le site de France Culture, dont l’in­vi­tée est Mer­cedes Volait, direc­trice de recherche au CNRS.

 

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Choses gla­nées I

Ocean­dots

Ocean dots Atlantic Ocean  Navassa

Ocean dots est une ency­clo­pé­die des îles qui manque peut-être un peu de pro­fon­deur, mais qui per­met de faire de belles décou­vertes et sur­tout de fonc­tion­ner en réponse aux sys­tèmes glo­baux de posi­tion­ne­ment et notam­ment Google Earth ; une idée qui pour­rait don­ner des idées à cer­tains, his­toire d’é­tof­fer l’outil…

Codex xcix

Codex XCIX est un blog sur les arts visuels à tra­vers les âges. Les articles ne sont pas nom­breux, mais de bonne qua­li­té et sur­tout, diver­si­fiés. Pour les ama­teurs de belles choses à voir.

Le voyage de Lapérouse

Pré­sen­té par le très bon blog Biblio­dys­sey, on peut trou­ver le livre et les illus­tra­tions d’o­ri­gine sur le site de l’u­ni­ver­si­té de Har­vard(et télé­char­geable). Un superbe docu­ment issu d’une époque où la repré­sen­ta­tion pas­sait par de véri­tables artistes sou­vent éga­le­ment eth­no­logues ou géographes.

Dis­co­ver Isla­mic art

Dis­co­ver Isla­mic art est un site de musées sans fron­tières (MWNF), pré­sen­tant une immense base de don­nées d’œuvres dis­sé­mi­nées aux quatre coins de la pla­nète. On peut y faire des visites vir­tuelles de musées ou d’ex­po­si­tions, comme de monu­ments plus ou moins inac­ces­sibles, comme par exemple le palais Qasr al-Khayr al-Ghar­bi. (Existe aus­si en ver­sion dis­co­ver baroque art)

MWNF

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